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TroisTriangles
Kangen
CentreDentaire

Volume 13, Numéro 17 — Mercredi, 15 novembre 2017



L'unité dans la diversité
    

Unité, diversité

L'unité, c'est pour dire qu'on est tous pareils.
La diversité, c'est pour dire qu'il n'y en a pas deux pareils.
Le paradoxe, c'est quand deux propositions contradictoires sont vraies en même temps.

La vie est pleine de paradoxes.

Par exemple le paradoxe de la mort
qui est à la fois une illusion et la fin d'une illusion.

Au-delà des illusions, il est certain que la lumière de Paule Lebrun
éclairera encore longtemps la place que nous gardons pour elle dans notre coeur.

« Je survivais et dans cette survie, il y avait un miracle. » Paule Lebrun (1945 - 2017)

Paule Lebrun, une Zorbou, par Luc Fournier

- - - - -

Bonjour tout le monde!

C'est certain qu'il y a une unité quelque part dans ce numéro,
mais ce qui saute aux yeux pour commencer, c'est sa diversité.

Renée Demers s'est plongée dans la Bhagavat-gita, un livre indémodable qui nous en dit un peu plus à chaque fois qu'on le relit. « Sa lecture pourrait inspirer les activistes écologistes de la terre » dit Renée.

Yves Gagnon a rencontré Raôul Duguay au Salon du livre de la péninsule acadienne. Il nous raconte cette rencontre avec le philosophe, poète et musicien du touttt est dans touttt. Puis fait un survol du parcours de cet homme d'exception.

Jean-Yves Dionne s'adresse aux personnes qui souffrent de douleurs chroniques (i.e. à peu près tout le monde). Il faut y aller mollo avec les opioïdes et les anti-inflammatoires, surtout qu'il existe des alternatives naturelles et sans effets secondaires.

La semaine passée, Facebook m'a averti que ma fille Ariane Gagnon-Légaré allait voir le film La ferme et son État. Je lui ai écrit pour lui demander si c'était un sujet qui l'inspirerait à écrire un article pour Covivia. Elle a répondu oui et malgré un horaire difficile, elle a trouvé le temps de préparer un compte-rendu limpide, détaillé et fort bien écrit.

Daniel Laguitton, toujours sur les traces de Thomas Berry, parle du passage obligé de l'anthropocentrisme au biocentrisme. On n'a pas vraiment le choix, mais il y en a plusieurs qui ne coopèrent pas, fait que ça traîne. En prendre conscience peut aider à faire avancer les choses.

En conclusion, je remercie tous nos lecteurs, toutes nos lectrices et toutes les autres personnes qui nous lisent. On a besoin de vous...   Je remercie aussi les personnes qui s'inscrivent à notre liste d'envoi, c'est plaisant de la voir grandir, ainsi que les personnes qui décident de contribuer financièrement à notre aventure ou qui renouvellent leur contribution annuelle. Et je sais qu'il y a quelque part des personnes qui gagneraient à annoncer leur message dans nos pages, si vous êtes l'une d'elles, écrivez-moi...

Serge Grenier
gestion@covivia.com



Le Chant du Bienheureux
    

Renée Demers - Penser pour panser

Le Chant du Bienheureux

Alors que je vous entretenais de mon anxiété dans un contexte d’activité professionnelle dans le précédent numéro de Covivia, voilà que dans les jours qui suivirent, mon intuition me guida vers un livre exceptionnel qui m’apporte des éléments de réponses à cette question. Demandez et vous recevrez !1

J’ai aussi reçu des commentaires bienfaisants et des confidences de plusieurs lectrices et lecteurs au sujet de ce texte. C’est bon de se savoir lu et de vous lire à mon tour. Je vous remercie de m’écrire. 

Bhagavad-Gita

Je suis donc plongée depuis une semaine dans la Bhagavad-Gita. En état de grâce. La connaissance est nourrissante. J’ai deux exemplaires de ce recueil en traduction française et anglaise que j’ai stockés dans ma bibliothèque il y a quelque temps de cela. Je les avais achetés en me disant qu’un jour je le lirais, intriguée par des citations récurrentes tirées de cette épopée chez plusieurs auteurs. Novembre est propice pour ce genre littéraire. Sa noirceur et sa profondeur apportent un silence tranquille. J’arrive à percevoir plus aisément dans cette saison taciturne des concepts spirituels.

Vous devinerez que j’affectionne cette période de l’année. Quand le crépuscule tombe, je m’y love. Une cape de protection moelleuse m’enveloppe.

La Bhagavad-Gita ou Chant du Bienheureux est un texte mystique de l’Inde. Il a été transmis jusqu’à nous depuis des millénaires de génération en génération par transmission orale avant d’être publié. Traduit en langue latine, française et anglaise autour du début du 18e siècle, il a depuis influencé de multiples penseurs et plus près de notre époque Henry David Thoreau, Gandhi et Simone Weil entre autres.

Déroutant, il commence par une scène dans laquelle Arjuna, prince héritier de la couronne, s’apprête à conduire une bataille contre son demi-frère usurpateur du trône royal. En conversation avec son cocher qui se révélera plus loin dans le récit être la réincarnation de Krishna, il lui fait part de son hésitation à guerroyer contre ses parents tant aimés et leur entourage avec qui il a grandi. Triste, perplexe et incertain, il prend une pause et engage une conversation avec Krishna. 

Celui-ci tout au long du recueil lui explique pourquoi il doit mener à bien cette action. Il est question d'abord du doute qui ouvre des chemins infinis dans le mental et nous égare. Krisha l'exhorte à s'engager une fois pour toutes pour rétablir la paix, la justice et l'harmonie dans le royaume. Comment ! En clarifiant le rôle qu'il est nécessaire qu'il joue en fondant son jugement sur la réalité telle qu'elle est. Et ce sans l'intention de récolter les fruits de son action. L'inaction n'existe pas dit-il: agir et non-agir sont entrelacés. La plénitude, ajoute-t-il, vient d'un profond engagement dans le monde par la maîtrise et la création ainsi que la complète expression de notre spécificité et de notre devoir sacré en temps et lieu.2 L'implication paisible apporte le bonheur. Ne s'occuper ni des échecs ni des succès. Même qu'il est mieux, complète-t-il, de tomber en accomplissant son dharma que de prospérer dans le dharma d'un autre. Puis sacrifier tout à Brahman, autant l'acte que ses résultats.

À la fin, Arjuna conscient de sa mission, instruit et apaisé acceptera de conduire la bataille.

Au fur et à mesure que je reçois les mots et les concepts contenus dans ces pages, je perçois la justesse du titre qui les coiffe. Le chant du Bienheureux m’enchante et éveille en moi cet état placide du bonheur. Comme si on me fournissait l'abc de l'ordre du monde.

Bhagavad-Gita

Il est question de génie d’ailleurs dans ce texte, du magicien créateur qui habite en chacun de nous et qui ne demande qu’à agir et à exprimer son devoir, sa vocation. Le fil d’Ariane qui traverse tout l’ouvrage est le dharma. Actuellement, quel est le rôle que j'ai à jouer et comment l’exercer?

Incidemment, autour de moi, des gens m’ont consultée ces derniers jours pour que je leur donne un avis sur des guerres personnelles qu’elles vivent. Avec leur rejeton adulte qui s’incruste chez eux longtemps après l’enfance. Avec leur propriétaire qui ne s’acquitte pas de ses obligations. Pensons aussi aux activistes écologistes qui mènent une bataille essentielle. La Bhagavad-Gita répond à nos questionnements sur ces missions dans lesquels la vie nous demande de nous engager dans notre univers intime autant que social. "Touttt est dans touttt" pour citer Raôul Duguay dont il est question plus bas dans ce webzine.

On trouve également dans cet ouvrage, des instructions pour la méditation, des informations sur l’organisation sociale traditionnelle de l’Inde sous forme de caste ainsi que sur les trois attributs qui régissent la nature soit sattva, rajas et tamas ou clarté, passion et ignorance ou ténèbres. Krishna explique aussi la réincarnation, l’au-delà, le yoga, l’attachement, le désir, la colère, etc. L’enseignement y est poétique et imagé. Riche et stimulant. Ambroisie pour l'esprit.

Cela me fascine de discerner dans les textes mystiques fondateurs ainsi que dans la tradition orale des différentes civilisations au cours des âges un même fondement. Son enrobage se décline en plusieurs couleurs et formes propres à la culture dans laquelle les sages, les saints ou les avatars ont vécu. Cela ajoute à leur beauté.

Des questions sont soulevées dans mon intellect en parcourant ces pages de sagesse et de révélation. Qu’est-ce qui soutient les activités de l’esprit, du souffle et des sens ? Quelle est l’énergie à l'arrière qui dynamise ces organisations biologiques ? Dans quel champ apparaissent l’esprit, les idées, les pensées, la respiration et les perceptions des sens ? Quelle énergie irrigue ce champ ? Est-ce celle de Dieu, de Brahman, du non-manifesté, du vide ? N’est-ce pas la même pour nous tous ? Ne puisons-nous pas tous à cette source primordiale? N’est-ce pas là que nous nous retrouvons quand nous communions? Une fois passée à travers notre esprit, nos sens et notre respiration, cette énergie crée une multitude infinie de formes et de biographies. Mais avant cela?

Je suis bouche bée et cœur ouvert devant cette dernière interrogation...je retourne méditer.

Renée Demers
reneedemers@covivia.com

1. « Demandez et l’on vous donnera; cherchez et vous trouverez; frappez et l’on vous ouvrira. » Mattieu 7.7 La Bible de Jérusalem, Éditions Desclée de Brouwer, 1975

2. Traduction libre tirée de : The Great Work of Your Life, Stephen Cope, Bantam Books, 2012

Références:

  • La Bhagavad-Gita, suivie du commentaire de Sankara (extraits)
    Traductions d’Émile Senart et de Michel Hulin, Éditions Points, 2010
  • The Bhagavad-Gita, Krisnha’s Counsel in Time of War
    Translated by Barbara Stoler Miller, Bantam Classics, 1986

Thématiques : Société, Spiritualité


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Courriel : reneedemers@covivia.com



Raôul Duguay, l'éternel enfant
    

Champs libres

Raôul Duguay

L'éternel enfant

Hymne à la joie
Hymne à la joie, 2014, acrylique sur toile, 22 po. x 55 po.

J'ai eu le bonheur de rencontrer Raôul Duguay au Salon du livre de la péninsule acadienne en octobre dernier. Il y signait des dédicaces pour sa biographie Raôul Duguay — L'arbre qui cache la forêt rédigée par Louise Thériault et publiée aux Éditions du CRAM. Il participait également à différentes activités publiques au cours desquelles j'ai renoué avec un artiste quelque peu oublié et découvert ses origines acadiennes. Sa mère, Sophie Lauza Gauvin, née en 1906 à Paquetville, l'a initié aux consonances des voyelles à partir de la soupe à l'alphabet qu'elle prenait plaisir à lui servir. Ce furent ses premiers Ô !

Je lui ai trouvé la même ferveur, la même profondeur et la même simplicité que lorsque je m'enivrais de ses textes et de sa musique en 1975, année de la parution de son premier album, Alllô Tôulmônd, un des chefs-d'œuvre de la discographie francophone.

Raoul Duguay
Photo : Jean-Pierre Lefebvre.

J'ai vu et entendu Raôul pour la première fois sur scène lors d'un spectacle de L'Infonie au collège Jean-de-Brébeuf. Le jeune bourgeois de Laval-sur-le-Lac que j'étais n'était pas préparé à ce happening qui m'a profondément marqué et ouvert sur des dimensions autres que celles proposées par les Beatles, les Rolling Stones, Plume et Charlebois que j'écoutais à l'époque.

Walter Boudreau, le directeur artistique de l'Infonie décrit en ces termes les assises de l'expérience multidisciplinaire du groupe : «L'Infonie est essentiellement porteuse de deux idées fondamentales : l'indéfini, c'est-à-dire l'ouverture au possible, et l'infini, la direction dans la splendeur vers la vastitude qui comportent, l'une comme l'autre, une dimension spirituelle.» «Pour Raôul et Walter, l'Infonie, c'était la liberté d'expression et l'exploration de tous les possibles.»

Pour l'étudiant en philosophie que j'étais, la fusion des genres telle que la mettait en scène L'Infonie constituait une révélation, une perspective nouvelle sur l'art, la musique et l'écriture. Par exemple, on pouvait entendre Touttt est au bouttt chanté par Raôul, le Kyrie de Guillaume de Machaut et l'Agnus Dei de Bach dirigés par Walter Boudreau ; puis Guy Thouin, incarné en chanteur de charme, qui enchaînait avec N'oublie jamais suivi par Viens danser le OK Là !, le hit du groupe. J'étais stupéfait, tout comme la majorité des spectateurs, peu habitués à des manifestations aussi contrastées, imaginatives et débridées.


Archives, Raôul Duguay.

J'ai revu Raôul sur scène à diverses reprises, entre autres au Nelson avec le groupe Maneige qui présentait l'album Les Porches sur lequel Raôul chantait et jouait de la trompette. Puis, avec son groupe, dans la période du vinyle Alllô Tôulmônd qui comprenait des chefs-d'œuvre tels Le Chemin, Le Désert, Le Voyage et son succès La Bittt à Tibi, l'arbre qui cache la forêt de ses multiples réalisations artistiques. Puis parut L'Envol en 1976, un album réalisé par André Angelini, tout aussi inspiré et percutant.

C'était une époque de folie créatrice : Raôul nous en mettait plein les oreilles avec ses onomatopées vocales qui s'éternisaient sur scène pour le plus grand bonheur des spectateurs. Livrées avec ses 5 octaves de voix, Raôul par ses chansons me touchait au cœur et donnait l'espoir qu'une société meilleure se profilait à l'horizon, qu’émergerait un paradigme économique plus humain, plus juste et plus respectueux de la Vie sous toutes ses formes.

Tôulmônd veut touttt avoir
Sans rien savoir
Du prix d'la Vie
Tôulmônd est su'l trottoir
Ak son histoire
C'est le règne de la matière
Le pouvoir a pété touttt les lumières
C'est le krrrash
On a perdu le soleil intérieur qui coûte rien
On a vendu
Not' vérité pour un p'tit pain

Le Krrrash "A", Album L'Envôl

Bien que j'étais entraîné et survolté comme tous par sa Bittt à Tibi, c'était ses pièces plus intérieures qui me remuaient les entrailles.

J'ai mal à l'amour
pour touttt ceux qui n'aiment pas
pour touttt ceux qu'on n'aime pas
qui ne se laissent pas aimer touttt suite
du fond de mon âme de mon corps
j'appelle l'Éternel

Le Désert, Album Alllô Tôulmônd

Chicoutimi 1962
Chicoutimi 1962. Archives, Raôul Duguay.

Raôul Duguay est né en 1939 à Val-d'Or en Abitibi où il a grandi. Il commence des études classiques au séminaire d'Amos et les poursuit au séminaire de Chicoutimi. À l'époque, Raôul écrivait déjà des poèmes et jouait de la trompette dans la fanfare du séminaire. Rebelle dans l'âme, le jeune poète quitte Chicoutimi après avoir complété Philo 1 — la septième année du cours classique — , et entre à 21 ans à la faculté de Philosophie à l'Université de Montréal. Il deviendra au gré des multiples rencontres qu'il fera la bébittt urbaine qu'on a connue, l'infoniaque abitttibien.

Toujours féru de philosophie, continuellement en questionnement sur le sens du chemin, fasciné par le cosmos et l'infinitude, Raôul s'abreuvera tout du long de son existence aux textes de philosophes et maîtres spirituels tels Héraclite, Leibniz, Cantor, Mandelbrot, Krishnamurti, Satprem, Sri Arobindo, Rajnesh et Ma Premo. Il fréquente les ateliers de cette dernière qui, lors de séances de méditation, lui demande de chanter le ôm. «Chanter ce simple mantra aura tout un impact sur la vie professionnelle de l'artiste. [...] Émergera alors en lui l'idée d'animer La voie de la voix, série d'ateliers qu'il va créer et offrir durant une trentaine d’années.»

Sa démarche spirituelle influencera son écriture, ses chansons et ses projets artistiques multiples. Après la parution de l'album Le Chanteur de pommes en 1982, je l'ai perdu de vue et n'ai pas pris conscience de ses nombreuses réalisations ultérieures, découvertes en lisant sa bio.

Raoul Duguay
Photo : Marie-Josée Roy.

En écoutant J'ai soif, son dernier opus enregistré en 2010, j'ai retrouvé la voix chaude et suave de l'artiste qui décline avec 2 octaves en moins, des textes profonds et sensibles sur l'eau. On y découvre le flugelhorn limpide de Raôul ainsi que des arrangements fluides et savoureux.

Réalisées par Raôul et Mathieu Dandurand, portées par des musiciens éminents tels Jean-François Groulx au piano, Paul Picard aux percussions, Dominic Soulard et Mathieu Dandurand à la guitare et le groupe Mes aïeux pour quelques chœurs, les pièces s'écoutent très bien en rafales. J'apprécie particulièrement Chérie, Heureusement et Ève qui évoque le péril de l'eau.

Ève mère de la Terre
Écoute ma prière
L'ombre de la folie
Plane autour de la vie
Les vils conquistadors
Te tiennent en tutelle
Profanent ton or bleu
Font des mers leurs poubelles
Ève mère de la Terre
Viens tôt me secourir
Viens tôt me secourir
Viens m'apprendre à mourir

Mon bref portrait de cet artiste inclassable ne serait pas complet sans relater sa passion retrouvée pour la peinture, un art qu'il avait délaissé pendant plus de trente ans. « Ce que lui donne la peinture, c'est tout simplement une autre dimension de la même intention, une autre manifestation de la même idée ou de la même émotion exprimée dans un poème, une musique et une sculpture. Voilà pourquoi peindre est pour lui un acte fondamentalement poétique. La peinture, c'est de la poésie.»


Infiniment, 2010, acrylique sur toile, 44 po. x 44 po.

Les sujets préférés de l'artiste sont les arbres. Principalement le bouleau, son arbre-fétiche « car il porte un mystère qui est celui de sa lumière ». Sur son site internet, on découvre des œuvres riches en lumière et en couleurs qui suggèrent « l'éternelle et l'infinie beauté de la vie. »

Une fois complétée la lecture de la biographie de Raôul, j'ai pris conscience de la magnificence et de la constance de l'œuvre de cet artiste immense. Je conclurai par un extrait d'une des préfaces du livre signée par Richard Séguin — on y trouve également celles de Walter Boudreau et de Normand Latourelle — qui écrivait que lorsqu’il pensait à Raôul, il avait en tête la forêt de ses poèmes « de chêne rouge au tronc vigoureux, d'aulne couvrant les terrains découverts, de merisiers aux racines profondes, de clairières sous les nuages, de sol humide des versants de montagne, de tremble et sa musique, de frêne rouge du Saint-Laurent, d'érable argenté le long des ruisseaux, de pommier en fleurs du mois de mai, de cèdre bien droit, de sapin, d'épinette et de ce bouleau blanc qu'on trouve dans tes toiles. Une forêt de poèmes, émouvant témoignage d'une vie au service de la poésie. »

Suite à la lecture de cette biographie dont je vous recommande chaudement la lecture, je clamerais :

Raôul t'es grand, t'es au bouttt, t'es touttt.

Albums à découvrir ou à réécouter :
Alllô Tôulmond
L'Envol
J'ai soif

À déguster :
Raôul Duguay
L'arbre qui cache la forêt

À admirer :
Les oeuvres picturales de Raôul
On en trouve bon nombre sur son site internet

raoulduguay.net

Tous les textes entre guillemets « » sont tirés de
Raôul Duguay — L'arbre qui cache la forêt par Louise Thériault. Éditions du CRAM.


Nuit d'été, 2012, acrylique sur toile, 22 po. x 22 po.

Yves Gagnon
Les Jardins du Grand-Portage

Thématiques : Créativité



Souffrez-vous de douleurs chroniques?
    

JeanYvesDionne

Souffrez-vous de douleurs chroniques?

La crise de décès dus aux opioïdes soulève un débat profond. Notre société semble aux prises avec une épidémie de douleurs chroniques. Y a-t-il autre chose à faire que de gober des analgésiques comme des bonbons?

Consommation d’opioïdes

Au Canada, nous sommes parmi les champions de l’usage des analgésiques et des opiacés / opioïdes (opioïdes fait référence aux narcotiques naturels comme la morphine ainsi qu’aux molécules de synthèse, comme le fentanyl).1 Le problème est sérieux. Sur la carte de Opioid Consumption Maps — Morphine, mg/capita, 2015, le Canada, les États-Unis et plusieurs pays d’Europe se trouvent dans le peloton de tête en ce qui concerne la consommation de ces substances.

Des substances pas banales

Nous connaissons les risques de toxicité, de dépendance et de tolérance des dérivés de la morphine.

Outre une dépendance psychologique, ces substances causent une dépendance organique, pharmacologique. Le corps crie pour avoir sa dose. Ce n’est plus seulement une question de soulager la douleur initiale. La douleur est exacerbée par le « sevrage » lorsque le médicament ne vient pas; les douleurs sont présentes tout le temps.

Le phénomène de tolérance fait référence au fait que le corps a besoin d’une dose de plus en plus élevée pour obtenir le même soulagement.

Sachant ceci, les opioïdes devraient être la dernière solution pour une douleur chronique. Pourtant, force est de constater que ce n’est pas le cas.

Les anti-inflammatoires

L’usage d’anti-inflammatoires n’est pas nécessairement mieux. On a cru, avec l’arrivée des médicaments de la classe des inhibiteurs COX-2 comme Celebrex (Celecoxib), que tout serait plus simple puisque ces molécules affectent moins (ou différemment…) l’estomac.

Le retrait du tristement célèbre Vioxx™ en 2004 nous raconte une tout autre histoire.2,3 Cet anti-inflammatoire cause une toxicité cardiaque importante qui augmente avec la durée d’utilisation.

Qui plus est, cette toxicité n’est pas propre au Vioxx™, ni même aux inhibiteurs de la même famille (COX-2). En effet, une chercheure de Montréal, Michelle Bally, a tout récemment démontré que cette toxicité cardiaque se retrouve chez tous les anti-inflammatoires non stéroïdiens (AINS).4 L’ibuprofène, le diclofénac, le naproxène et tous ces médicaments courants sont donc nocifs pour le coeur.

Que faire pour aider à diminuer les douleurs chroniques?

Tout d’abord, plusieurs approches intéressantes, qui sortent de mon champ de compétence, sont efficaces contre les douleurs chroniques. Pensons à l’acuponcture, la chiropractie, les TENS (appareils de neurostimulation électrique transcutanée), les exercices spécifiques, certaines approches psychologiques comme la thérapie cognitivo-comportementale, l’hypnose et la pleine conscience (voir http://www.jydionne.com/douleur-chronique-pleine-conscience/).

Côté produits naturels, 2 substances « banales » ont retenu mon attention au fil de mes recherches: la vitamine D et le magnésium.

Vitamine D

L’usage de vitamine D pourrait réduire la douleur jusqu’à 57% ! 5

La première chose à comprendre est que la carence en vitamine D est beaucoup plus fréquente que ce que l’on présumait. En effet, Santé Canada montre que 41% des gens n’ont même pas le taux sanguin minimum (50 nmol/l) pour prévenir le rachitisme (voir http://www.jydionne.com/vitamine-d-etes-vous-en-carence/).

Mais la vitamine D n’est pas juste utile pour prévenir le rachitisme! Elle joue aussi un rôle important dans le contrôle de l’inflammation.6,7 Plus votre taux sanguin de vitamine D est élevé, plus les facteurs d’inflammation se normalisent. Ainsi, le taux sanguin que Santé Canada recommande est beaucoup trop bas. Selon les experts, le minimum sanguin devrait être de 75 nmol/l. Dans les maladies inflammatoires, on devrait même tendre vers un taux de 150 nmol/l (à tout le moins, au-delà de 110 nmol/l).

Études sur le lien entre la vitamine D et les douleurs chroniques

La Dr Marie-France Le Goaziou de l’Université Claude Bernard à Lyon, en France, a publié un travail admirable sur ce sujet.

Lien entre la carence en vitamine D et les douleurs chroniques: Sur 135 femmes en douleurs chroniques, 39,3% avaient un taux de vitamine beaucoup trop bas (< 30 nmol/l). Chez les 61 femmes portant le voile, le taux moyen était encore plus bas, soit 20,1 nmol/l.8 D’ailleurs, pour ces femmes, le risque de carence sévère est augmenté de 637% par rapport à une femme qui ne porte pas ce genre de vêtement.8

Lien entre la prise de suppléments de vitamine D et l’amélioration des douleurs: Dans un groupe similaire, le taux de vitamine D était très faible au départ (26 nmol/l en moyenne). Dr Le Gaoziou a montré qu’en corrigeant ce taux rapidement avec des doses massives de 400 000 UI à 600 000 UI de vitamine D, les douleurs chroniques et la qualité de vie étaient grandement améliorées.9

Des doses moins importantes (5 000 UI et plus), mais prises à chaque jour, peuvent apporter les mêmes bienfaits. Parlez-en à votre médecin traitant pour faire vérifier votre taux sanguin de vitamine D.

Magnésium

Le magnésium est un minéral oublié. Pour une grande partie de la population (42,9% des Canadiens selon Santé Canada), l’alimentation ne couvre pas le besoin estimé moyen.10

Quelques études sur le magnésium et les douleurs chroniques

  • À l’hôpital, le fait de donner du magnésium en intraveineux permet de diminuer les doses de morphine de 7,6 mg en moyenne.11
  • Le magnésium aide à réduire les douleurs lombaires.12
  • Il est même utile pour les douleurs neuropathiques.13
  • On connait aussi son utilité dans le syndrome prémenstruel, les douleurs menstruelles, les migraines, etc.14

Quel supplément de magnésium choisir?

Évitez les suppléments contenant de l’oxyde de magnésium. C’est le plus fréquent et le moins cher, mais certainement pas le mieux absorbé. Préférez le citrate, le bisglycinate, le lactate ou l’aspartate de magnésium.15,16

Des doses de 300 à 400 mg de magnésium par jour sont utiles pour les douleurs chroniques et sont sécuritaires.

Conclusion

Il y a bien d’autres suppléments qui peuvent aider à soulager les douleurs chroniques, selon leurs causes. Mais ces deux suppléments, vitamine D et magnésium, peuvent être utiles et faire la différence entre un traitement médical décevant et un traitement qui soulage réellement.

Santé!

Jean-Yves Dionne

Références:

  1. Destiné V. Où consomme-t-on le plus d’opioïdes dans le monde? La réponse en carte http://ici.radio-canada.ca/nouvelle/1018883/crise-opioides-monde-reponse-carte adapté de https://ppsg.medicine.wisc.edu
  2. http://www.ledevoir.com/societe/sante/65223/merck-retire-le-vioxx-du-marche
  3. http://www.liberation.fr/societe/2004/10/01/le-vioxx-retrait-mondial-sur-ordonnances_494476
  4. Bally M, Dendukuri N, Rich B, Nadeau L, Helin-Salmivaara A, Garbe E, Brophy JM. Risk of acute myocardial infarction with NSAIDs in real world use: Bayesian meta-analysis of individual patient data. BMJ. 2017 May 9;357:j1909. doi: 10.1136/bmj.j1909. Review. PubMed PMID: 28487435; PubMed Central PMCID: PMC5423546. http://www.bmj.com/content/357/bmj.j1909.long
  5. Wu Z, Malihi Z, Stewart AW, Lawes CM, Scragg R. Effect of Vitamin D Supplementation on Pain: A Systematic Review and Meta-analysis. Pain Physician. 2016 Sep-Oct;19(7):415-27. Review. PubMed PMID: 27676659. https://www.ncbi.nlm.nih.gov/pubmed/27676659
  6. Calton EK, Keane KN, Newsholme P, Soares MJ. The Impact of Vitamin D Levels on Inflammatory Status: A Systematic Review of Immune Cell Studies. PLoS One. 2015 Nov 3;10(11):e0141770. doi: 10.1371/journal.pone.0141770. eCollection 2015. Review. PubMed PMID: 26528817; PubMed Central PMCID: PMC4631349. http://journals.plos.org/plosone/article?id=10.1371/journal.pone.0141770
  7. https://chfa.ca/images/uploads/2011/11/CHFA_RechercheEtSante_2015Q1_2.pdf
  8. Le Goaziou MF, Contardo G, Dupraz C, Martin A, Laville M, Schott-Pethelaz AM. Risk factors for vitamin D deficiency in women aged 20-50 years consulting in general practice: a cross-sectional study. Eur J Gen Pract. 2011 Sep;17(3):146-52. doi: 10.3109/13814788.2011.560663. PubMed PMID: 21348788. https://www.ncbi.nlm.nih.gov/pubmed/21348788
  9. Le Goaziou MF, Bodier E, Souweine G, Moreau A, Perdrix C, Flori M, Dupraz C. Douleurs musculo-squelettiques non systématisées diffuses et déficit sévère en vitamine D. Étude avant-après en médecine générale. Presse Med. 2013 Apr;42(4 Pt 1):e106-13. doi:10.1016/j.lpm.2012.09.021. PubMed PMID: 23332894.
  10. http://www.hc-sc.gc.ca/fn-an/surveill/atlas/map-carte/male_homme_magnesium-fra.php
  11. Albrecht E, Kirkham KR, Liu SS, Brull R. Peri-operative intravenous administration of magnesium sulphate and postoperative pain: a meta-analysis. Anaesthesia. 2013 Jan;68(1):79-90. doi: 10.1111/j.1365-2044.2012.07335.x. Review. PubMed PMID: 23121612.
  12. Yousef AA, Al-deeb AE. A double-blinded randomised controlled study of the value of sequential intravenous and oral magnesium therapy in patients with chronic low back pain with a neuropathic component. Anaesthesia. 2013 Mar;68(3):260-6. doi: 10.1111/anae.12107. PubMed PMID:23384256. https://www.ncbi.nlm.nih.gov/pubmed/23384256
  13. Pickering G, Morel V, Simen E, Cardot JM, Moustafa F, Delage N, Picard P, Eschalier S, Boulliau S, Dubray C. Oral magnesium treatment in patients with neuropathic pain: a randomized clinical trial. Magnes Res. 2011 Jun;24(2):28-35. doi: 10.1684/mrh.2011.0282. PubMed PMID: 21659058.
  14. Parazzini F, Di Martino M, Pellegrino P. Magnesium in the gynecological practice: a literature review. Magnes Res. 2017 Feb 1;30(1):1-7. doi:10.1684/mrh.2017.0419. Review. PubMed PMID: 28392498. https://www.ncbi.nlm.nih.gov/pubmed/28392498
  15. http://lanutrition.fr/bien-comprendre/les-complements-alimentaires/les-principaux-complements-alimentaires/les-complements-correcteurs-de-l-alimentation/le-magnesium/quel-magnesium-choisir.html
  16. Driessens F. C. M. ; Boltong M. G. ; Planell J. A On formulas for daily oral magnesium supplementation and some of their side effects. Magnesium-Bulletin1993, vol. 15, no1, pp. 10-12.


L'agriculture et son contrat social
    

La ferme et son État

Je suis repartie du visionnement de La Ferme et son État inspirée et rassurée. :)  Marc Séguin y propose un assemblage de visions de l'agriculture ouvertes sur la complexité des enjeux actuels, intégrant avec assez de rigueur écologie, société, économie, et éthique animale aussi (sans pour autant questionner l'exploitation des animaux, note pour les véganes).

Un premier aspect que j'ai apprécié du film est qu'il présente un portrait holistique, honnête et bienveillant des interactions entre les enjeux agricoles actuels. Au fil des échanges avec les différent.e.s protagonistes, M. Séguin montre comment une agriculture à petite échelle, utilisant peu, voire pas, de pesticides et d'engrais de synthèse, respecte mieux les humains, les autres animaux et la nature en général, facilite une alimentation saine, contribue au dynamisme des régions, protège la biodiversité, atténue les changements climatiques, etc. En somme, il présente différents visages d'une agriculture viable, opérant à l'intérieur des limites des écosystèmes et répondant aux besoins des communautés.

L'échelle humaine a plusieurs avantages en agriculture également. Reposant sur des investissements plus modestes, elle facilite le démarrage de nouveaux projets, notamment ceux portés par des nouvelles.eaux venu.e.s dans le monde agricole. Cette plus petite échelle favorise le contact des travailleuses.eurs avec le sol, avec la nature. Elle leur permet de prendre part à la plupart des étapes de la production agricole. Cette production est ainsi porteuse de plus de sens.

cf Bande annonce du film

Le documentaire met de l'avant des entrepreneur.e.s qui se donnent l'espace pour innover dans cette sphère d'activité souvent marquée par la tradition et l'industrialisation. J'ai en particulier apprécié l'exemple, en apparence tout banal ou déconnecté, de ce chef danois réputé, qui a ramené à leur plus simple expression plusieurs éléments cérémonials de la haute cuisine, afin de se donner mieux le temps de cuisiner à partir d'aliments frais, bruts. À tous les maillons du système alimentaire, des citoyen.ne.s aux entreprises de transformation, en passant par les restauratrices.teurs, se donner le temps et en accepter les coûts, est la base d'un travail agricole revalorisé et d'une alimentation saine. Ça prend du temps, du travail et de la main d'oeuvre, utiliser moins de machines, de pesticides et d'engrais de synthèse, ça en prend tout autant laver, préparer et couper des légumes...

On a mieux la latitude d'un rythme différent dans un projet à échelle humaine. On y a la liberté de réfléchir aux modalités de notre projet en fonction de la spécificité du contexte dans lequel on baigne, plutôt que de poursuivre des manières de faire établies. L'innovation sociale se nourrit de cette marge de manoeuvre où réfléchir et expérimenter. J'ai trouvé rafraîchissant de voir une variété de projets originaux, pensés outside the box. Cette créativité, quand elle trouve où s'exprimer, recèle d'un potentiel signifiant, pour les individus comme les collectivités.

cf Bande annonce du film

Ces visions « postagroindustrielles » ont un autre atout de taille. Elles font de la place à la fête, au plaisir, à la célébration! Yé! Le fun fait partie de ce que ces créatrices.teurs agricoles intègrent dans l'équation. La ferme impossible de Dominic Lamontagne, qui place au coeur de son projet une microbrasserie, m'apparaît particulièrement réjouissante à cet égard.

À travers les diverses initiatives collectionnées par M. Séguin, un constat s'impose: nos politiques et notre cadre législatif sont des obstacles coriaces. Le cadre qu'on a bâti pour gérer notre agriculture est fermé à la diversité et il est têtu! La relève agricole espère de la souplesse et de l'accessibilité pour exprimer sa créativité. La population désire des aliments locaux et sains qui ne sont pas ceux favorisés par le système. Ces réalités sont bien documentées, entre autres à travers les démarches assez consensuelles apparemment, qui ont débouché sur les deux rapports Pronovost (d'abord, le Rapport de la Commission sur l'avenir de l'agriculture et de l'agroalimentaire québécois en 2008, puis À l'écoute de la relève agricole - Le vécu et les attentes des jeunes agriculteurs québécois en 2016).

Le hic est que ces changements demandent du travail. Changer un système ne se fait pas avec le dos de la cuillère. Il y a d'abord un passif social à ébranler. L'industrialisation qu'on a adoptée au fil des dernières décennies a émergé sur fond d'une agriculture difficile; bien des familles en vivaient dans la misère. Aujourd'hui, on veut faire autrement en reprenant l'échelle humaine d'antan, avec de nouvelles méthodes, de nouveaux outils. On fait toutefois face à ces préjugés historiques.

De façon analogue, à l'échelle individuelle et des familles, la tendance vers une nourriture de plus en plus transformée est bien ancrée. Choisir de prendre le temps au quotidien de préparer nous-même nos repas ou de payer le prix des aliments transformés de qualité impliquerait le renouvellement de notre culture culinaire. Sans oublier que l'industrialisation alimentaire a des avantages, notamment celui de diminuer le temps alloué à la préparation des repas (une tâche qui tombait – et tombe toujours? – souvent dans la cour des femmes).

En ce sens, j'ai trouvé spécialement inspirante la Maison de l'alimentation de Copenhague. Cette dernière a pour mission d'améliorer la qualité des repas que la Ville de Copenhague offre à ses citoyen.ne.s et de créer une culture populaire alimentaire saine, heureuse et durable. L'intervenant présentant cette Maison dans le film martelait combien la réalisation de cette mission dépend d'un travail monumental.

On a donc un chantier de taille à mener, celui de définir un nouveau contrat social entre les productrices.teurs agricoles et la population. Fernande Ouellet marque éloquemment ce point dans le film. Les lois et règlements cristallisent habituellement des normes qui sont déjà en vigueur dans la société. Au-delà des souhaits populaires pour une alimentation écologique et paysanne, nous avons ainsi une réflexion collective à mener, d'abord pour imaginer un système renouvelé, ou du moins des pans de ce système, puis pour le mettre en place.

Le film de M. Séguin me semble propice pour stimuler la réflexion collective en ce sens.

Une fois le cadre législatif assoupli, les programmes de subventions favorables, la terre accessible, le contrat social actualisé, bref, la voie ouverte pour une diversité de projets agricoles, on a en main une clé prometteuse pour revitaliser et dynamiser les villages et campagnes. Des jeunes et moins jeunes auraient la capacité de s'y installer pour faire fructifier leurs projets de cultures maraîchères ou hors-sol, cette offre dynamique de produits et d'activités attirerait des gens des environs ou d'ailleurs, soit un terreau fertile pour mettre en branle un cercle vertueux et prospère. Ces bénéfices souhaités sont mis de l'avant par plusieurs intervenant.e.s au fil du documentaire.

cf Bande annonce du film

En terminant, j'ai envie de faire du pouce dans la trajectoire de cette vision alternative de l'agriculture. La connexion entre le monde rural et celui urbain n'est pas traitée de façon spécifique dans le film, l'agriculture urbaine non plus. Ç'en n'est pas le propos, on ne peut tout tout tout traiter!

Je vois dans la refonte du contrat social au sein duquel on se nourrit l'opportunité de revoir aussi le lien entre agriculture, zones rurales et urbaines, et le continuum qu'on peut probablement tisser entre les deux... en passant même par les banlieues? Ces réflexions m'apparaissent un creuset fertile où repenser la place de l'agriculture, de la verdure et de la nature au sein des villes. L'agriculture et l'alimentation sont des activités économiques essentielles, sans conteste signifiantes.

Pour tout vous dire, je rêve de collectivités où la verdure de tout acabit pique allègrement la place de l'asphalte et du ciment, grimpe et se perche un peu partout dans les villages et villes. Où une bonne part de cette verdure est comestible et cultivée de façon conviviale par les gens du coin. Où ainsi, chacun.e, petit.e.s et grand.e.s, passe souvent du temps dehors, les mains dans la terre, à prendre soin d'une plante, à jaser avec le voisinage ou les passant.e.s, à regarder les nuages qui passent. Où régulièrement, on prend un autobus pour aller passer nos vacances ou encore une petite fin de semaine dans une ferme non loin, et participer aux corvées du moment. Où les campagnes sont émaillées de projets originaux et productifs, facilités entre autres par la mutualisation de ressources et la collaboration. Et aux marges de ces terres mises à profit, la nature conserve une place de choix pour mener sa vie paisible et prospère, à la portée des aventurièr.e.s qui se nourrissent aussi de plein air.

Ça vous tente? ;-)

Ariane Gagnon-Légaré
arianegl@gmail.com

Note : Les photos sont tirées de la bande annonce du film.

Thématiques : Agriculture, Société



Sur les pas de Thomas Berry - Anthropocentrisme et biocentrisme
    

Sur les pas de Thomas Berry

Anthropocentrisme et biocentrisme

Au chapitre 12 de The Dream of the Earth, l’écothéologien américain Thomas Berry affirme que « la transition la plus difficile à réaliser est de passer d’une norme anthropocentrique du progrès à une norme biocentrique ».

L’évidence s’impose de plus en plus, en effet, que le progrès ne peut plus être défini en ne visant que la gratification des êtres humains, mais en tenant compte de la santé et de la prospérité de la biosphère dans son ensemble. L’équilibre difficile entre intérêt collectif et intérêt individuel fait l’objet de débats idéologiques incessants dans les milieux politiques où, théoriquement tout au moins, il sous-tend un clivage gauche-droite de moins en moins pertinent; il fait aussi les manchettes chaque fois que la tension entre libertés individuelles et sécurité collective est d’actualité. La préséance de l’intérêt général sur l’intérêt individuel sous-tend maintes lois comme celles qui encadrent les comportements susceptibles d’affecter la santé publique, l’usage du tabac, des véhicules automobiles, des armes à feu (avec de choquantes exceptions), etc. L’article 28 de la Constitution de la Confédération Iroquoise ou Grande Loi de la Paix, dont les origines orales remontent au 12e siècle, établit le principe d’une vision transgénérationnelle dans la prise de décisions : « ais toujours à l’esprit non pas seulement le présent mais aussi les générations futures… ». Dans les nombreux mouvements d’entraide qui ont adopté le modèle des Alcooliques anonymes pour se rétablir d’une assuétude, la première des douze « Traditions » affirme également « Notre bien-être commun devrait être prioritaire, le progrès individuel de chacun dépend de notre unité ». Autrement dit, lorsque le Titanic coule, ne sonne pas le personnel de cabine pour demander de la crème pour ton café.

Egocentrisme vs biocentrisme

À propos du « biocentrisme », Thomas Berry écrit aussi que « tout progrès de l’espèce humaine aux dépens de la communauté plus vaste du vivant aboutit nécessairement à un appauvrissement de la vie humaine elle-même. La dégradation de la maison commune entraîne une dégradation de l’humanité ». Il étend ainsi à la biosphère la formule célèbre du poète anglais John Donne : « Aucun homme n’est une île, un tout, complet en-soi; tout homme est un fragment du continent, une partie de l’ensemble; si la mer emporte une motte de terre, l’Europe en est amoindrie, comme si les flots avaient emporté un promontoire, le manoir de tes amis ou le tien; la mort de tout homme me diminue, parce que j’appartiens au genre humain; aussi n’envoie jamais demander pour qui sonne le glas : c’est pour toi qu’il sonne ». Devant les statistiques effarantes qui montrent que 80 % des insectes et 50 % des animaux marins ont disparu en 40 ans, le poète écrirait sans doute aujourd’hui son poème : N’ENVOIE JAMAIS DEMANDER POUR QUI SONNE LE GLAS : C’EST POUR TOI QU’IL SONNE.

Dans ce même chapitre 12, on lit encore : « Le changement requis consiste à passer d’un anthropocentrisme profiteur à un biocentrisme de participation. Ce changement va plus loin qu’un environnementalisme qui resterait foncièrement anthropocentrique dans la mesure où son objectif ne serait que de limiter les effets délétères de la présence humaine sur l’environnement ».

En lisant et en traduisant ces lignes de Thomas Berry, j’ai été frappé par l’apparente contradiction qu’elles représentent par rapport à une phrase de l’Encyclique Laudato si sur la sauvegarde de la maison commune où, au paragraphe 118, le pape François écrit : « Un anthropocentrisme dévié ne doit pas nécessairement faire place à un “bio-centrisme”, parce que cela impliquerait d’introduire un nouveau déséquilibre qui non seulement ne résoudrait pas les problèmes, mais en ajouterait d’autres ».

La phrase est vague : les guillemets qui encadrent le mot « bio-centrisme », sans le définir, ainsi que l’indécis « pas nécessairement » laissent planer un certain flou auquel contribue encore le qualificatif « dévié » appliqué à l’anthropocentrisme. Il est donc utile de creuser un peu les notions de biocentrisme et d’anthropocentrisme pour tenter d’y voir plus clair.

Pour mention seulement, notons l’acception du « biocentrisme » attribuée au médecin américain Robert Lanza qui désigne une prédominance de la biologie sur toutes les autres sciences. C’est d’autre chose qu’il s’agit ici.

Philosophie de la biodiversité

Certaines définitions tirées d’un ouvrage de Virginie Maris intitulé Philosophie de la biodiversité : Petite éthique pour une nature en péril précisent le sens de certains mots clés. Elle écrit notamment que « différentes théories morales proposent d’inclure l’ensemble des êtres vivants dans la sphère des individus méritant une considération morale directe. On parle alors de biocentrisme. Paul Taylor considère que tout être vivant est un centre-téléologique-de-vie. Les organismes vivants ont leur finalité, ils possèdent un bien qui leur est propre, l’accomplissement de leurs fonctions biologiques, qu’ils poursuivent par leurs propres moyens. Selon l’égalitarisme biocentrique, tous les êtres vivants ont la même valeur, et cette valeur nous impose le respect ».

L’égalitarisme biocentrique est aux antipodes du spécisme (racisme interespèces) tout en restant plus dualiste et granulaire que le biocentrisme que souhaite Thomas Berry qui, tout en reconnaissant des facultés et des rôles spécifiques aux divers éléments de la biosphère, affirme que cette dernière est « une communion de sujets et non une collection d’objets ». Ce biocentrisme s’approche de l’écocentrisme (du grec oikos, la maison) au sujet duquel Virginie Maris précise que « le biocentrisme comme le pathocentrisme, s’ils remettent en cause l’anthropocentrisme, restent cependant tributaires d’une approche individualiste de la considérabilité morale. Or la protection de la biodiversité s’intéresse surtout à des entités supra-individuelles, comme les espèces ou les écosystèmes. Les tenants de l’écocentrisme invitent à prendre en compte dans la délibération morale ces entités globales. Elles ont, comme les êtres vivants, un bien propre qu’il est possible de promouvoir ou d’entraver par nos actions, et qui devrait donc nous imposer certaines obligations morales. Dans le préambule de la Convention sur la diversité biologique, les 189 pays signataires se déclarent conscients de la “valeur intrinsèque” de la biodiversité. La diversité biologique a une valeur intrinsèque, indépendamment de sa valeur instrumentale ou utilitaire ».

Notons en passant que La Convention sur la diversité biologique (CDB), document clé concernant le développement durable, est un traité international adopté lors du sommet de la Terre à Rio de Janeiro en 1992 et dont l’objectif est de développer des stratégies nationales pour la conservation et l'utilisation durable de la diversité biologique. Le siège du Secrétariat de la CDB est situé à Montréal et, selon son site Web, la longue liste des pays ayant ratifié la convention comporte deux exceptions criantes : les États-Unis et le Saint-Siège.

Au sujet de l’anthropocentrisme, Virginie Maris écrit : « L’attribution d’une considération morale exclusive aux seuls êtres humains est qualifiée d’anthropocentrisme. Parce que seuls certains êtres humains sont dotés de rationalité morale, les valeurs sont fondamentalement anthropogéniques; elles sont générées par des êtres humains ».

C’est sur ce point que l’Église catholique, en dépit du pas significatif que représente l’ouverture à une spiritualité de la création dans l’encyclique Laudato si, semble ancrée dans un anthropocentrisme « idéal » jamais atteint dont les dérives pratiques menacent aujourd’hui la maison commune. D’où les qualificatifs systématiquement appliqués au terme « anthropocentrisme » tout au long de l’encyclique. Ce que le pape François dénonce, c’est un anthropocentrisme qu’il qualifie de « despotique » (par. 68), de « déviant » (par. 69), de « moderne » (par. 115), ou de « dévié » (par. 118, 119, 122), mais la suprématie de l’homme reste, au niveau doctrinal de l’Église catholique, un principe intouchable comme le montre l’affirmation que « la façon correcte d’interpréter le concept d’être humain comme “seigneur” de l’univers est plutôt celle de le considérer comme administrateur responsable » (par. 116). La prise de position tranchée du pape Jean-Paul II CONTRE l’écocentrisme et le biocentrisme dans un discours prononcé en 1997 lors du Congrès Environnement et Santé reste donc inchangée, à savoir qu’« au nom d’une conception inspirée par l’écocentrisme et le biocentrisme, on propose d’éliminer la différence ontologique et axiologique entre l’homme et les autres êtres vivants, considérant la biosphère comme une unité biotique de valeur indifférenciée. On en arrive ainsi à éliminer la responsabilité supérieure de l’homme au profit d’une considération égalitariste de la dignité de tous les êtres vivants. Mais l’équilibre de l’écosystème et la défense d’un environnement salubre ont justement besoin de la responsabilité de l’homme. La technologie qui infecte peut aussi désinfecter, la production qui accumule peut distribuer équitablement ».

Un anthropocentrisme idéal reste donc idéologiquement implanté dans la vision judéo-chrétienne du monde et, devant l’évidence des ravages de sa version pratique androcentrique (patriarcale), le courage d’un champion du biocentrisme comme Thomas Berry, lui-même membre d’une congrégation religieuse, n’en est que plus remarquable lorsqu’il dénonce les empires ecclésiaux comme un des quatre piliers du patriarcat qu’il tient responsable de l’impasse écologique où nous sommes engagés.

Le passage de l’anthropocentrisme au biocentrisme, s’il doit se concrétiser à grande échelle, reposera d’abord sur une pratique individuelle qui prouvera une fois de plus que lorsque l’esprit progresse, la lettre suit.

DanielLaguittonDaniel Laguitton
Abercorn, Qc



Sur la toile
    

Quand Eros et activisme social se rencontrent

Toujours se rappeler la lumière...

« Qu’est-ce qui nous manque tant, disions-nous, pour prendre feu et passer à l’action? Le facteur Joie. Redonner joie et magie à nos projets sociaux. »

Paule Lebrun

[ Source ]


The Nature of Consciousness, Rupert Spira

All experience appears in, is known by and, ultimately, is made of Consciousness. Therefore, our knowledge of anything is only as good as our knowledge of Consciousness. But who or what has knowledge or experience of Consciousness? Only Consciousness itself. Consciousness knows itself as ever-present and without limits, that is, eternal and infinite. It knows itself in itself, as itself, by itself. Everything appears in accordance with our understanding of Consciousness. Thus, to know the true nature of anything — such as the mind, the body or the world — it is first necessary to know the nature of Consciousness itself. That is why all the great spiritual and philosophical traditions state that in order to know the ultimate reality of the universe, one must first know the nature of oneself.

Rupert Spira

This talk was recorded in May, 2015 at the SAND gathering in Italy.
For more information about Rupert Spira please visit: http://non-duality.rupertspira.com/

[ Source ]


Regeneration international
Cool the Planet. Feed the World

OUR VISION

A healthy global ecosystem in which regenerative agriculture and land-use practices cool the planet, feed the world, and promote public health, prosperity, peace, and democracy.

Regeneration International

[ Source ]


LGBTQIA+ : la nouvelle donne en sciences

L'ouverture à la pluralité des sexes, des genres et des identités sexuelles que connaissent nos sociétés oblige des chercheurs à revoir leurs concepts, leurs objets de recherche et la façon de mener leurs travaux, tant en sciences naturelles qu'en sciences humaines. Des experts en ont discuté cette semaine à Montréal.

Le « bar des sciences » au bar L'Barouf, à Montréal Photo : Radio-Canada/Martin Thibault

Les sciences ont longtemps fonctionné dans un cadre hétéronormatif et sans remettre en question l’utilisation des binômes conceptuels que sont mâle-femelle et hommes-femmes, mais les choses changent rapidement, avec toutes sortes d’implications pour les scientifiques. Ce n’était là qu’un des nombreux thèmes abordés dans le cadre du « bar des sciences » de l'émission Les années lumière intitulé LGBTQIA+ c’est quoi ton genre?, qui s’est déroulé au bar L’Barouf, à Montréal.

[ Source ]


Meet the Martha Stewart of Marijuana

Cheryl Shuman has run the Beverly Hills Cannabis Club for more than two decades, serving high-grade strands to A-list celebrities and throwing exclusive pot parties for the Hollywood elite. VICE met up with the self-made cannabis queen to tour her extensive weed farm, see how she runs her business, and hear how the drug helped her fight cancer.

Cheryl Shuman

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