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TroisTriangles
Kangen
CentreDentaire

Volume 13, numéro 4 — Mercredi, 22 février 2017



Carnavalez-vous !
    

Carnavalez-vous?

Bonjour tout le monde,

La magnificence des photos de ce numéro est un véritable carnaval. Le mot carnaval nous vient de langue italienne. Il signifie sans viande et il désignait tout d'abord la période du carême. Des années plus tard, il a été adopté en France pour nommer la période de festivités qui précède le jeûne de quarante jours et culmine dans le Mardi gras. Je n'avais jamais associé dans ma tête les mots carnaval et végétarien. C'est bon pour la joyeuse créativité. Briser la prison des conventions fait sourire. Donc carnavalez-vous ?

Ce numéro présente tout d'abord cet énigmatique masque français immortalisé par Marie-Dominique Demers-King. J’ai choisi cette photo pour illustrer le sommaire en pensant aux différents carnavals dans le monde en cette période de l'année. Plus bas, les splendides oeuvres de Daniel Heikalo, un nouveau venu dans nos pages, ornent le texte de Yves Gagnon. La grâce indienne se révèle dans sa dignité millénaire dans le cliché de Jacqueline Martin au temple hindouiste de Kanchipuram. La photo du plant de gingembre en fleur dans l’article de Diane Mackay est un baume pour les yeux et pour l’âme.

Les textes ne sont pas en reste. Yves Gagnon s’est lâché lousse en écrivant une fiction écologique pour nos pages. J'ai repéré un hommage à Bob Morane dans le personnage de Jason Ballantine. Est-ce que je me trompe ? Diane Mackay nous initie aux bienfaits et la culture du gingembre, plante alimentaire récemment intégrée dans la gastronomie québécoise. Daniel Laguitton nous invite à nous mobiliser pour préserver la balance écologique de cette belle planète. Je rédige un dernier texte sur la méditation dans cette trilogie commencée en janvier. Il ne pouvait se terminer que par une invitation à la gratitude.

En tant qu'éditrice, je présente mes excuses à tous ceux d'entre vous qui ont reçu plusieurs fois le message de parution du webzine numéro 3. Une erreur humaine est à l'origine de cette bévue. J'en suis désolée. 

Merci à tous ces collaborateurs qui font de Covivia un carnaval écologique. Merci à vous chers lecteurs d'être au rendez-cous.

Renée Demers
reneedemers@covivia.com

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Thématiques : Créativité



Persévérance méditative
    

Renée Demers

Pleine conscience, nourriture pour l'esprit

Voici le troisième et dernier texte de cette série sur la méditation de pleine conscience. Comme mentionné dans l'introduction des deux premiers textes, je donnerai une conférence à Expo Manger Santé 2017 à Montréal sur la pleine conscience. J’avais pensé ajouter à ce titre les termes « même dans le bruit » car au Palais des congrès lors de cet événement, c’est festif, éducatif, gargantuesque, mais peu silencieux. J’ai opté pour « nourriture de l’esprit », étant donné l’axe privilégié de cette exposition. En réfléchissant à cette sortie publique ainsi qu’aux thèmes des prochains textes publiés dans Covivia, j’ai réalisé que je pouvais me servir de cette plate-forme pour développer l’autre, tels des vases communicants. 

Pour les personnes qui souhaitent assister à cette conférence, je la donnerai à Montréal à Expo Manger Santé les 24 et 25 mars à 14 : 30 sur la Petite Scène Atelier. J’ajouterai alors à ces informations, l’énergie de ma voix et la présence révélatrice.

3- Persévérance méditative

J’aime de plus en plus le calme et le silence. Je ressens leur doux enveloppement et je m’y dépose. Méditer m’aide à apprivoiser la présence à ce qui est. Alors que parfois je m’enlise dans des constructions mentales qui envisagent le pire d’une situation de vie, quand je m’arrête pour être, les problèmes perdent leur attraction dans cette perspective plus vaste. Je suis. L’amour m’envahit. La bonté à l’égard de l’humanité que je partage avec tous et la confiance dans les méandres du cours de la vie se manifestent. Je bascule. De mon esprit, des racines montent vers le ciel.

Je ne suis alors plus emprisonnée dans les limites de mon mental. Je ne suis pas non plus réduite à mon unique force. Je suis reliée.

Mon être est physique, émotif, sentimental, intellectuel et spirituel. Reconnaître toutes ces dimensions, les vivre de plus en plus consciemment et les nourrir est nécessaire à un équilibre heureux. Ayant moins de responsabilités à cet âge avancé, je peux consacrer plus de temps à la contemplation. Les tabous que j’entretenais au sujet de mon immatérialité se désagrègent sous la lumière et l’amour du cosmos.

Différents éléments facilitent la pratique méditative. Car commencer est une chose, mais continuer est parfois plus difficile. Cependant il ne faut pas se décourager. Même si on arrête quelque temps, s’y remettre est toujours bon. Le rythme, la marche et la méditation en groupe sont des ajouts qui nourrissent la persévérance.

Rythme

Le rythme est un élément important dans la pratique méditative comme dans toute la nature. Le soleil marque le temps diurne entre son lever et son coucher. La lune celui de la nuit. Le tempo est primordial à l’œuvre musicale. Le battement régulier du cœur maintient la vie humaine et il est intimement lié au processus respiratoire. Le fait de se servir de la respiration comme ancrage dans la méditation rend celle-ci plus facile. L’attention au souffle et à son rythme constant est apaisante. Le cerveau est incapable d’être attentif à deux éléments à la fois. Il ne peut pas être à la fois attentif à l’expiration et aux pensées qui passent. Donc en portant notre attention à la régularité du souffle, on court-circuite l’habitude de s’identifier à ces pensées.

Méditer est une activité de non-effort et de lâcher-prise. Le calme de l’esprit se manifeste dans un état d’inactivité engendré par la détente des nerfs et des muscles et la présence à ce qui est réellement. En fixant notre attention sur la respiration régulière sans en rien changer, en relaxant et en n’exigeant de soi-même aucune performance, on augmente notre capacité de concentration et on favorise le silence dans l’esprit.

Méditer à la même heure tous les jours est aussi aidant, car le rythme soutient la discipline et la persévérance. Chacun peut trouver pour soi quel est le moment propice pour se recueillir selon sa disposition et sa disponibilité. La régularité et la volonté s’unissent au début pour créer et maintenir un espace sacré. Ensuite, le bien-être que cette activité engendre nous incite à nous y adonner. En ce lieu, la notion du temps progressif liée au mental, l'attachement aux pensées ainsi que la propension à l’action disparaissent. La dimension spirituelle de notre être est subtile. Elle se dévoile dans le vide aussi nommée pauvreté dans la tradition chrétienne. 

La femme en bleu
Photo : Jacqueline Martin - Au temple hindouiste de Kanchipuram


Marche 

La marche méditative est une autre forme contemplative . Elle se pratique à l’intérieur ou à l’extérieur. Cela consiste à se mouvoir en silence et en pleine conscience. La promenade dans la nature est recommandée quand cela est possible. La personne a les yeux ouverts bien évidemment. Elle porte d’abord son attention sur le contact de ses pieds sur le sol et elle perçoit l’accueil de la terre. Elle prend aussi le temps de se ressentir dans l’espace tout autour et sa position verticale vers le ciel. Elle regarde droit devant et elle est détendue. Elle pose un pied devant l’autre. Elle est consciente du poids de son corps qui se transporte d’une jambe à l’autre. Elle respire normalement. Elle se déplace au rythme qui lui convient en ligne droite ou en cercle.

Si vous méditez plus de trente minutes, il est bon d’entrecouper les séances assises de marche méditative. Cela permet de remettre les fluides corporels en circulation et de délier les jambes. Vous vous déplacez dans la pièce pour une période de cinq à dix minutes et vous reprenez ensuite la méditation statique. Vous ajustez la sonnerie du cadran pour signaler la transition. J’aime bien faire la marche consciente en cercle quand je médite en groupe, ce dont je vous entretiens dans le prochain paragraphe.

Cercle

La méditation collective qui réunit plusieurs personnes est bénéfique. L’énergie additionnée de plusieurs rend la méditation plus facile et profonde. Elle se pratique de façon régulière. Par exemple une fois par semaine, les participants s’assemblent pour méditer une heure durant. IIs établissent ensemble le déroulement de la séance et ils s’en tiennent à ce rituel pour les rencontres suivantes jusqu’à ce qu’un élément nouveau demande une transformation. Tous sont égaux à l’intérieur de ce cercle.

Dans ces introspections collectives, nous percevons notre séparation physique réelle les uns des autres ainsi que notre union au niveau cosmique. Nous sommes telles des éponges regroupées dans un bocal rempli d’eau. Chacune des éponges étant notre moi imprégné de cette eau universelle.

Un moment de parole et d'écoute peut suivre pour partager.

Cependant il est aussi bon de se réunir dans un silence complet. Nous expérimentons rarement un espace silencieux en groupe hormis peut-être dans des moments de malaise... Dans les conservations de groupe souvent les mots nous séparent alors que le silence ritualisé est unifiant.

Gratitude

Alors que je commence ma méditation, que je suis assise confortablement, je perçois ma respiration régulière et le bien-être dans mon corps. Mon mental est paisible. Mes émotions calmes. Tout est bien. Je suis privilégiée dans cette simplicité bienheureuse. Je dis alors merci. Mon coeur ouvre. Mes poumons poussent un soupir. Mon esprit s'illumine. Je suis.

Bon enracinement cosmique,

Renée Demers
reneedemers@covivia.com

Thématiques : Méditation, Spiritualité


Ressources
DivineEssence
Ecoumene
GaiaViau

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Conférence avec Christophe Bernard

site web : guildedesherboristes.org - Courriel : info@guildedesherboristes.org


Semences de lumières, racines de joie

Offerts par Sylvia Berlin,
formatrice en aucupression Jin Shin Do, Gestalt et Mouvement authentique.
Elle pratique le Qi Gong et la méditation depuis plus de 25 ans.
sylberlin@gmail.com 450-242-1559


Semences du Portage

Site web : semencesduportage.com - Courriel : info@semencesduportage.com



Nous sommes les Roy !
    

Champs libres

Le dimanche 15 janvier dernier, le Comité Vigilance Hydrocarbures Matawinie organisait à l'Abbaye Val Notre-Dame de Saint-Jean-de-Matha une activité de création littéraire sous le thème du transport des hydrocarbures avec l'imposition de la maxime « Nous sommes les rois ». Une quinzaine de créateurs réunis par le Comité – citoyens engagés, poètes, auteurs, sculpteurs, bédéistes, peintres et illustrateurs – ont pris part à l'exercice. Certains on travaillé sur place, d'autres à partir de leurs domiciles.

Les oeuvres créées seront compilées dans un recueil qui servira à sensibiliser la population et les élus aux risques inhérents au transport et à la dépendance aux hydrocarbures. De grandes planches seront montées afin de permettre une immersion dans les diverses oeuvres visuelles et littéraires des participants. Une exposition itinérante permettra aussi d'éveiller le public à ces enjeux d'actualité.

J'ai choisi de rédiger un conte, une forme littéraire que je n'avais jamais explorée jusque-là. Je vous livre le texte que j'ai remis à l'organisme. Il est illustré par des oeuvres de mon ami Daniel Heikalo, artiste impliqué dans l'initiative artistique et médiatique du Comité.

Nous sommes les Roy !

Anticosti, Port-Menier, 3 octobre 2052, Complexe Junex, mezzanine de la tour 3

Le jour tire à sa fin. Le soleil, sur le point de se noyer dans la ligne d'horizon, éclabousse d'un rouge hurlant les trois tours qui paraissent en feu. Le brulis qui recouvre l'île jusque dans ses moindres retranchements semble de nouveau enflammé. L'eau du fleuve, toujours recouverte de plusieurs centimètres de pétrole brut, reflète les lueurs du couchant, conférant au paysage une perspective fantasmagorique.

Du haut de l'édifice de verre et d'aluminium, Ralph Ferguson, vice-président la société Junex, semble lessivé. Il contemple le panorama surréaliste qui s'offre à lui du haut de la tour. Ce matin, il a convoqué son conseil de crise. Autour de la table ovale trônent Jason Ballantine, directeur des opérations maritimes, Yves Mongeau, chef de la sécurité et William Lamontagne, directeur des approvisionnements. Le président Jim Foster est retenu à Dallas où les derniers cyclones ont rendu l'aéroport international inopérant. En attendant l'arrivée de la secrétaire, le vice-président résume l'état des lieux.

Arbres en feu
Image : Daniel Heikalo

– Suite au grand feu du printemps, les ressources alimentaires sont comme vous le savez d'une précarité extrême. Mis à part un troupeau de 1 200 cerfs de Virginie qui s'est réfugié durant le sinistre sur la pointe rocheuse de l'ouest de l'île et une éclosion spectaculaire de morilles noires, les sources de nourriture sont pratiquement épuisées. L'équipe qui travaille à l'atelier culinaire transforme quotidiennement la viande de 3 cerfs en galettes qu'elle assaisonne de champignons déshydratés, parfois de quelques bleuets ou d'huile de sapin baumier récupéré d'une ancienne entreprise de distillation d'huiles essentielles. On arrive pour le moment à nourrir les 284 âmes recensées qui demeurent sur l'île, concentrées qu'elles sont dans les trois tours devenues dortoirs par la force des choses ainsi que dans les quelques dépendances qui ont pu être sauvées des flammes.

– Au rythme actuel de consommation de la viande de cerf, poursuit le président, le conseil prévoit qu'au printemps le troupeau sera réduit à 850 têtes, cela sans compter la mortalité qui risque d'être élevée due à la compétition pour les ressources végétales rarissimes et à la contamination des eaux souterraines et des eaux de surface. Pour le moment, le commerce avec la communauté innue d'Ekuanitshit nous permet toujours de nous approvisionner en eau potable, en thé du Labrador, en bleuets et parfois en viande de lièvre et d'orignal, deux espèces encore abondantes en Minganie où, par miracle, le feu n'a pas décimé la forêt. De nombreux mammifères ont trouvé refuge dans ce sanctuaire de 3 000 km carrés épargné des flammes. Par contre, le conseil de bande négocie âprement ces approvisionnements contre du pétrole qui leur est encore utile pour propulser leurs motoneiges et leurs bateaux. La valeur utile de l'essence tire à sa fin puisque l'infrastructure industrielle n’arrive plus à produire les pièces de remplacement des moteurs qui commencent déjà à faire défaut. Le conseil de bande, sous la pression des traditionalistes, songe à abandonner tout transport motorisé de façon à revenir au mode de vie traditionnel que prône un nombre croissant de jeunes Innus, convaincus que c'est là le seul moyen de survie à long terme. Ce scénario, pour nous, est le pire qui puisse survenir, car il entrainerait pratiquement la fin de notre commerce avec les Innus.

Lorsque madame Jeannine Frost prend place autour de la table, monsieur Ferguson déclare la session ouverte. La priorité à l'ordre du jour: l'approvisionnement en eau potable.

Le président ouvre l'assemblée en résumant la problématique de l'eau.

– Comme vous le savez, nos réserves d'eau potable sont presque réduites à néant. On en compte à ce jour moins de deux mille litres, ce qui est nettement insuffisant pour passer l'hiver. En appliquant un rationnement des plus stricts, on se rend à peine à la fin de novembre. Nous devons absolument faire appliquer notre entente avec le conseil de bande même si le pétrole ne représente plus la monnaie d'échange qu'il était. Je ne vois toutefois pas ce que nous pourrions leur offrir d'autre; ils ne raffolent pas de nos galettes et ils peuvent récolter toutes les morilles dont ils peuvent rêver. Ils négocient plus serré d’autant plus que leurs réserves d'eau sont au plus bas à cause des faibles pluies. Depuis une semaine déjà, la frégate Jupiter est prête à se rendre à Havre-Saint-Pierre pour prendre livraison de l'eau, mais il semblerait que trois membres du conseil, les frères Roy, y fassent obstacle. Heureusement, le grand chef Fabien n'est pas de leur avis. À ce qu'on m'a dit, il souhaite toujours recevoir sa livraison de carburant, ce qui permettra à une partie de la communauté de gagner les territoires du nord où le caribou abonde. Mais on ne sait pas s'il maintient le contrôle au Conseil de bande composé de sept membres. Il faut ajouter que l'acheminement de l'eau à partir du réservoir Saint-Jean jusqu'à Havre-Saint-Pierre par les tuyaux de fer fortement corrodés de la défunte Rio Tinto devient de plus en plus précaire.

– On n'a qu'à envoyer un contingent de miliciens armés et les obliger à remplir les citernes, suggère Yves Mongeau, de la sécurité.

– Ça pourrait peut-être fonctionner cette fois-ci, mais pour l'année prochaine, oublie ça, de répondre la secrétaire, un peu pimbêche. Y vont nous couper l'eau juste pour le plaisir de nous voir sécher deboutt'. J'veux pas dire qu'on l'a pas mérité, mais ce n’est pas mon premier choix. Y va falloir partir d'ici, pis vite à part de t'ça!

–Mais pour aller où? questionne Lamontagne. En Gaspésie? Y a peut-être de l'eau, mais c'est brûlé partout. Y a même pus de gibier. Ben des morilles par contre... Moi j'dis qu'i' faut négocier. J'ai de l'expérience avec les Innus et je vous répète que l'utilisation de la force n'est pas à notre avantage. Les Innus sont fiers et surtout entêtés. Le retour aux valeurs ancestrales leur communique une fougue tribale qu'ils avaient perdue. Ça leur confère une nouvelle confiance dans l'avenir, un sentiment de posséder la vérité, de contrôler leur destinée.

– Il est clair que notre survie dépend maintenant de leur bonne volonté, d'ajouter Jason Ballantine, on est donc mieux de filer doux. On ne peut sûrement pas compter sur nos collègues de Calgary qui s'engluent eux aussi avec les Indiens de leur coin. Il semble que l'eau soit en train de devenir la plus importante valeur d'échange maintenant que les l'argent n'intéresse plus personne. On ne peut certainement pas leur offrir des miroirs ou des bracelets. Pis de toute façon, de nombreux insulaires sont déjà allés les rejoindre cet été et, si la tendance se maintient, peut-être que nous deviendrons sauvages à notre tour.

– J'te vois pas pantoute en mocassin pis en coat de fourrure. Ça irait ben à ta femme, par contre.

– Mêle pas ma femme à ça ! de répliquer Jason, susceptible quand il est question de son couple disparate.

– Un peu de sérieux, s'il vous plait ! On pourrait leur offrir nos derniers fusils, propose Ralph Ferguson et, ultimement mettre ton yacht dans la balance, Jason. Pour les fois que tu t'en sers!

Après de brèves délibérations sur l'organisation des immeubles et des dépendances pour l'hiver, la répartition du bois carbonisé pour les foyers, le partage des bouteilles de vin et de rhum restantes et quelques propositions stériles d'amélioration des galettes de cerfs, il est décidé que Jason et William gagnent Havre-Saint-Pierre dès le lendemain à bord du Jupiter afin d'y faire remplir coûte que coûte les citernes avec les 10 000 litres d'eau potable, négociés de bonne foi au printemps avec le conseil de bande.

– Avec le gel qui approche, les canalisations ne seront plus opérationnelles d'ici deux semaines, trois au maximum. Ça presse trop de régler ça pour rester ici les bras croisés! conclut le vice-président.

Une fois la session levée, chacun, chacune retourne dans ses appartements, tourmentés par les incertitudes qui les guettent.

Longue-Pointe-de-Mingan, 3 octobre 2052

Michel, Denis et Fabien Roy se suivent en silence sur l'étroit sentier qui mène au réservoir Saint-Jean. La piste serpente au sein d'une dense forêt composée d'épinettes torturées, d'éricacées rampantes et, dans les cuvettes humides, d'un enchevêtrement d'aulnes souffreteux dont le feuillage d'un rouge flamboyant s'arrime voluptueusement aux teintes d'orange et d'ocre dont sont parées les espèces rampantes. Malgré l'heure tardive, la forêt demeure lumineuse.

Conifères rayonnants
Image : Daniel Heikalo

La bande se dirige vers la réserve d'eau de la communauté innue. Michel a convaincu ses deux jeunes frères que le temps était venu de mettre un terme définitif à la présence sur Anticosti de cette communauté d'abuseurs, responsables du déversement de millions de barils de pétrole lourd dans le fleuve il y a 12 années lors du naufrage du superpétrolier Suncor qui s'est s'entêté à quitter Port-Menier par temps incertain. En s'échouant sur les récifs, son flanc fut lacéré ce qui a causé la pire catastrophe environnementale de tous les temps, laissant s'écouler toute sa cargaison de pétrole de schiste. Un naufrage prévisible, surtout depuis que, sous la pression des actionnaires, la société avait accentué l'exploitation des shales de Macasty.

Comme le prévoyaient les scénarios élaborés par les scientifiques indépendants, l'accident a entrainé la contamination de toutes les zones riveraines de l'île ainsi que de celles de la Côte-Nord, de Sept-Îles jusqu'à Natashquan, privant toutes les communautés innues du privilège de pratiquer la pêche, particulièrement celle des saumons qui se sont englués par millions, année après année, dans l'huile lorsqu'ils tentaient de remonter leurs rivières pour y déposer leurs oeufs.

– Comme les quantités d'eau stockées dans les réservoirs souterrains de Havre-Saint-Pierre et de Longue-Pointe sont suffisantes pour répondre aux besoins de la communauté durant l'hiver, il s'agit tout simplement, explique Fabien, l'ainé, de bloquer la prise d'eau avec de la boue et des branchages à la façon des castors : l'écoulement en deviendrait ainsi impossible ce qui ferait que ces chacals de Junex seraient obligés de s'empoisonner avec l'eau qu'ils ont eux-mêmes souillée, ou encore mieux, de quitter l'île avant l'hiver.

Apocalyptique
Image : Daniel Heikalo

Le trio arrive au réservoir sous une lune laiteuse qui réverbère sa lumière verte sur une voute céleste enveloppante et mystique. Après une contemplation silencieuse de l'astre lunaire, les trois frères se mettent au travail. À l'aide des pelles et des scies qu'ils ont transportées, ils créent d'abord un immense bouchon d'argile sur la prise d'eau qu'ils recouvrent de branchages puis d'arbustes et d'arbres, le tout cimenté judicieusement de boue et d'argile.

– C'est sûr que personne va pouvoir défaire ça avant l'hiver, affirme Michel.

– Ça c'est certain, confirme un Denis rayonnant.

Une fois leur oeuvre complétée, les trois frères allument un feu dans le creux du rocher qui surplombe le plan d'eau. Ils initient spontanément une danse traditionnelle rythmée par des chants de célébration, stimulés qu’ils sont par les perspectives nouvelles qui s'offriront bientôt à eux dans un monde sans pétrole, sans motoneige et sans bateau à moteur.

– Nous sommes les Roy, scandent les 3 Innus au rythme de leurs mouvements arrimés au pouls de la terre.

– Nakatuenitam ishkutenu kanuenitam aiamieunnu1, répètent-ils inlassablement, jusqu'à l'atonie.

Avant de s'assoupir autour du feu agonisant, avec la levée de la brume, surgissent au milieu de la baie, une femelle orignal et son faon, tous deux de l'eau à mi-cuisse, se délectant de racines de nénuphars que la mère soutire de la vase.

Les trois frères épuisés accueillent comme une récompense cette scène bucolique. Ils ne songent pas aux réprimandes inévitables que leur servira le grand chef Fabien, convaincus qu'ils sont que, tôt ou tard, celui-ci se ralliera aux arguments des plus jeunes qui voient dans l'abandon de la dépendance au pétrole, une voie vers un avenir rempli de promesses de vie, de santé et de communion avec une nature demeurée constante dans sa générosité, malgré les affronts répétés qui lui furent infligés.

Les trois Innus s'endorment paisiblement sur des matelas d'aiguilles ratissées grossièrement au pied d'une immense épinette noire, qui telle une sentinelle, veille sur ce vaste territoire innu qui demeurera, si les dieux le veulent, une terre nourricière pour l'éternité.

Forêt, tâche d'huile
Image : Daniel Heikalo

Yves Gagnon
Les Jardins du Grand-Portage

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1– Texte tiré de la chanson Tshekuannu de Florent Vollant sur l'album Puamuna

L'abbaye Val Notre-Dame

Pour visualiser les œuvres photographiques de Daniel Heikalo

www.flickr.com/photos/daniel_heikalo/albums

Page Facebook de Vigilance hydrocarbure

Yves Gagnon lance son tout nouveau spectacle Rutabaga Rumba à Québec au Tam-Tam café le vendredi 24 mars à 20 h

Rutabaga

Thématiques : Amérindien, Eau, Écologie, Poésie



La puissance d'un rhizome
    

La puissance d'un rhizome

Originaire d'Asie, le gingembre, Zingiber officinale, largement utilisé en médecine arabe, ayurvédique et chinoise depuis 5 000 ans, est également répandu au Maghreb et dans toute l'Afrique. Condiment incontournable de la cuisine asiatique, les chefs contemporains l'incorporent dans leurs préparations qui en deviennent ainsi de plus en plus métissées.

Fleur de gingembre

Culture

Le gingembre, une plante tropicale, se cultive au soleil, dans un environnement chaud et humide. On le reproduit de façon végétative, un peu comme les pommes de terre, en mettant en terre un morceau de rhizome muni d'un bourgeon. En région septentrionale, il faudrait le partir en pot à l'intérieur au début de mars. Il produira une pousse en 2 semaines, mais le nouveau rhizome ne sera prêt pour la récolte que 9 mois plus tard. Les rhizomes se récoltent une fois le feuillage séché. Les Espagnols ont introduit la culture du gingembre en Jamaïque qui, depuis, en est devenu le plus grand producteur.

Propriétés médicinales

En ces temps de grippe hivernale, on devrait tous profiter des propriétés diaphorétique, expectorante et mucolytique du gingembre. Ses huiles essentielles antiseptiques et antivirales ainsi que ses substances antioxydantes en font un excellent stimulant du système immunitaire pour soigner diverses infections. Cette zingibéracée contient plusieurs huiles essentielles. Frais son rhizome recèle plus de gingérols, hépato protecteurs et vermifuges, que sous sa forme sèche. Cette dernière contient cependant davantage de shogaols issus de la transformation des gingérols lors du séchage, ce qui lui confère des propriétés anti-inflammatoires et analgésiques supérieures.

Pour bénéficier de son action diaphorétique, il faut boire l'infusion de gingembre frais bien chaude, ce qui stimulera la circulation périphérique, fera augmenter la température du corps, ouvrira les pores de la peau et favorisera la sudation, avec pour effet de faire progresser et passer la fièvre.

Infusion

Ayant été affligée d'un vilain microbe en ce début de février, j'ai alterné les infusions de gingembre frais avec d'autres à base de framboisier, d'achillée, de camomille, de menthe poivrée, de guimauve et de thym. Pour l'infusion de gingembre, je faisais infuser 15 ml de gingembre frais râpé ou coupé finement dans 500 ml d'eau bouillante pendant 5 minutes auquel j'ajoutais un peu de miel et du jus de citron. Au stade du mal de gorge, je me soignais avec une décoction de racine de guimauve, de gingembre et de thym. Au stade du nez coulant, j'ajoutais quelques feuilles de framboisier à l'infusion de gingembre. Comme vous pouvez le constater, plusieurs formulations peuvent être expérimentées pour soulager les divers symptômes du rhume et de la grippe.

L'infusion refroidie ou tiède est conseillée pour les problèmes du système digestif, comme le manque d'appétit, les crampes d'estomac, l'indigestion et les vomissements. Dans les cas de constipation chronique, consommé en infusion 30 minutes avant le repas, il augmente les sécrétions biliaires et intestinales. Cette amélioration de l'efficacité digestive réduit le temps du transit intestinal. Le gingembre contribue à décongestionner le foie et, grâce à ses propriétés hypoglycémiantes, il aide le pancréas et peut être utile pour traiter le diabète de type II.

Gingembre coupé

Il est également reconnu que le gingembre tonifie le système sanguin, nettoie les vaisseaux sanguins, aide à réduire le mauvais cholestérol et contribue à fabriquer le bon cholestérol. Dans le cas de règles douloureuses, le gingembre active la circulation et réduit la congestion. À doses régulières, ses propriétés anti-inflammatoires stabilisent les douleurs dues à l'arthrite et atténuent les douleurs articulaires.

Les sportifs bénéficient d'un petit surcroit d'énergie en consommant du gingembre avant l'entrainement ainsi que d'une meilleure récupération après l'effort.

Le gingembre frais ou en bonbon confit, pris une heure avant le déplacement, s'avère supérieur au Gravol pour soigner le mal des transports sur mer ou sur terre. Il contribuera également à réduire les nausées dues à des traitements de chimiothérapie. Pour les nausées de grossesse, la préparation jusqu'à 4 fois par jour d'une tisane de gingembre frais, à une dose modérée de 2 à 5 ml par tasse infusée pendant 5 minutes, bue à petites gorgées tout au long de la journée, s'avère d'une grande efficacité dans la majorité des cas.

Précautions

Aviva Romm, sage-femme, herboriste et médecin, suggère de respecter un dosage d'un gramme de gingembre déshydraté par jour durant la grossesse.

Le gingembre séché est plus réchauffant que le frais et n'est donc pas recommandé aux femmes souffrant de bouffées de chaleur. On l'évite aussi dans les cas d'ulcères d'estomac à cause de son action échauffante, et dans les cas de pierres à la vésicule biliaire à cause de ses propriétés cholagogues.

Fraîchement râpé et ajouté à la dernière minute à un riz, des pâtes, un sauté ou un potage, le gingembre confèrera au plat son piquant, son goût singulier ainsi que toutes ses propriétés médicinales. Pourquoi donc s'en priver ?

Est-il nécessaire de préciser que la qualité biologique du gingembre demeure incontournable ?

Diane Mackay Diane Mackay,
Biologiste, jardinière et herboriste
Les Jardins du Grand-Portage

Références :

Gagnon, Caroline, Lanctôt-Bédard, Valérie. Materia medica pour sorcières et sorciers avertis… 2002-2003.

Hébert, Mona. La médecine des femmes : une vision naturelle de la santé au féminin. Les éditions du Roseau, 2003.

O'Reilly, Moïra. Interactions, contre-indications et complémentarités, plantes-médicaments. L'Herbothèque, 2004.

Romm, Aviva. Botanical Medecine for Women's Health. Churchill Livingstone, 2010.

Rebecca L. Johnson, Steven Foster, Tierona Low Dog, M.D. et David Kiefer, M.D. National Geographic Guide to Medicinal Herbs, 2014.

Thématiques : Alimentation, Herboristerie, Jardinage, Phytothérapie



Quatre réponses face à l’urgence écologique
    

Sur les pas de Thomas Berry

Quatre réponses face à l’urgence écologique

Un minisondage en ligne a récemment retenu mon attention. La question posée était celle-ci : L’humanité existera-t-elle dans 5000 ans? Les répondants devaient choisir entre quatre options :

  1. Bien sûr, car nous sommes intelligents;
  2. Oui, si nous changeons nos comportements;
  3. Cela semble vraiment douteux;
  4. Pas une chance.

Après avoir opté pour la deuxième réponse, je me suis empressé de consulter la répartition des opinions exprimées : pour 23,6 % des répondants, notre survie ne faisait aucun doute, 46,3 % pensaient qu’elle dépend d’un changement de comportement; 17,6 % entretenaient de sérieux doutes, et 12,5 % ne nous donnaient pas la moindre chance de survie.

Quelle que soit la représentativité de cette prise de pouls fortement biaisée par le type de site Web où elle se trouve, la nature des questions posées m’a immédiatement rappelé un passage du chapitre 6 de The Dream of the Earth où, après avoir situé le réveil matin du mouvement écologiste au début des années 60, avec la publication de Printemps silencieux  de Rachel Carson, Thomas Berry écrit : « Le génie chimique était au centre de toutes les technologies de base de cette époque et avait un effet mortel. Les réponses suscitées par cette situation au cours des deux dernières décennies [1965-1985] peuvent être résumées en se référant à quatre groupes ». Il nomme ensuite les quatre groupes auxquels il fait références : « les nouveaux entrepreneurs », « les critiques humanistes de la technologie », « les militants pour l’intégrité de la nature » et « les agents de guérison de la Terre ».

Les « nouveaux entrepreneurs » sont souvent, mais pas exclusivement, des individus ayant reçu une formation scientifique et œuvrant dans un secteur technique ou dans les affaires. Ils ont en commun d’être « possédés par l’idée de progrès continu, sinon vers un pays des merveilles, tout au moins vers une amélioration constante de la condition humaine grâce à nos procédés scientifiques industriels. Ce groupe est pratiquement insensible à la détérioration de la planète au cours du vingtième siècle, particulièrement celle qui a eu lieu durant les années d’après-guerre, depuis que les sciences appliquées en génie chimique, électronique, nucléaire, aéronautique, aérospatial et agronomique ont pris le contrôle de l’Amérique du Nord et de tout ce qui vit sur ce continent ».

Qui n’a pas un jour ou l’autre entendu un de leurs prédicateurs futuristes livrer à la radio ou ailleurs d’époustouflantes tirades sur l’âge d’or auquel nous conduisent les nouvelles technologies? Éradication des maladies grâce à la génétique et aux nanomédicaments intelligents, immortalité, société des loisirs, colonies sur Mars et en voulez-vous, en voilà! Les nouveaux entrepreneurs ont même aujourd’hui un ambassadeur de poids : lors d’une interview suite à sa nomination comme secrétaire d’État des États-Unis, l’ex-PDG d’EXXON répondait en effet à la journaliste qui lui demandait de préciser sa position par rapport au réchauffement climatique : « C’est seulement un problème d’ingénierie! » C’est précisément ce que pensent aussi les dangereux apprentis sorciers de la géo-ingénierie.

De ces nouveaux entrepreneurs dont 23,6 % des répondants du sondage mentionné plus haut font de toute évidence partie, Thomas Berry dit encore qu’ils « ne semblent avoir aucune idée des dégâts causés par l’intrusion brutale de l’homme dans des écosystèmes naturels qui avaient évolué de manière tellement minutieuse durant des centaines de millions d’années ».

Fin connaisseur de l’attitude religieuse (il était lui-même membre d’un ordre religieux), Thomas Berry compare ces optimistes invétérés à une secte dont les dogmes reposent sur une mystique du progrès, ce dernier étant évidemment défini par des critères purement matérialistes et anthropocentriques. « Cette mystique mobilise tout le langage mythique et culturel et même les attitudes et émotions qui étaient auparavant associées à nos traditions religieuses et humanistes. On fait état de la “culture” corporative, du “sens mythique” de l’entreprise, de “l’âme” de la compagnie, de “l’esprit” de la corporation [de sa mission!], des structures de “croyance”, comme si l’on tentait de dépasser la conviction instinctive que l’objectif de l’entreprise est de séduire le client tout en pillant les ressources naturelles et en empoisonnant l’environnement. Il faut toutefois reconnaître que tous ceux qui pillent la planète ne font pas preuve d’une totale indifférence par rapport aux conséquences de leurs gestes. Bien des individus décents, intelligents, compétents et qui s’efforcent d’améliorer la condition humaine ne comprennent tout simplement pas les conséquences véritables de leurs faits et gestes : leur engagement est total et leur jugement est tout simplement catastrophique ».

Le deuxième groupe est celui des « critiques humanistes de la technologie ». Ce sont généralement des intellectuels dont la critique est tantôt fondée sur des considérations humanistes, tantôt sur le constat des retombées sociales désastreuses de nos procédés technologiques industriels. Thomas Berry voit en Jacques Ellul (1912-1994), théologien protestant français, un des critiques humanistes les plus mordants. « Dans son ouvrage intitulé Le système technicien, il [Jacques Ellul] met en évidence l’infiltration de méthodes technocratiques dans toutes les phases de la vie humaine et la superposition d’une technosphère à la biosphère et même à la psychosphère, phénomène qui s’accompagne d’une dévitalisation et d’une déshumanisation progressives de la vie ». Theodore Roszak et Ivan Illich sont aussi mentionnés comme illustres représentants de ce groupe auquel on peut certainement associer des auteurs comme André Malraux avec son fameux « le XXIe siècle sera mystique ou ne sera pas » et Henri Bergson lorsqu’il affirme que bien que la mécanique soit elle-même fondée sur une mystique (celle des nouveaux entrepreneurs), elle appelle à son tour un « supplément d'âme ».

Dans le cadre de sa description des critiques humanistes, Thomas Berry précise : « Il existe également des condamnations morales systématiques des inégalités au niveau de la distribution des charges et des bénéfices au sein de l’ordre industriel. Et pourtant, aucune de ces critiques ne semble s’inquiéter des conséquences du saccage du monde naturel par ce même ordre industriel. Qu’il s’agisse du mouvement syndical dans les pays capitalistes, des mouvements socialistes et communistes ou du capitalisme lui-même, on observe partout le même engagement total envers le processus technologique industriel. Tout est ramené à des questions d’emploi, de partage de la richesse, ou de rôle plus équitable au sein de la société ». Autrement dit, les nouveaux entrepreneurs ont à l’occasion un discours pseudohumaniste et ne se recrutent pas nécessairement dans « la partie patronale » de nos débats de société.

Paul Watson
Paul Watson, fondateur de Sea Shepherd, par Witty lama

Le troisième groupe comprend des pionniers de la défense de la nature comme Henry Thoreau (1817-1862) et John Muir (1838-1914) aux États-Unis, mais également des organismes militants comme Greenpeace, Earth First et le très actif Sea Shepherd fondé par le Canadien Paul Watson. Pour Thomas Berry, ce groupe est constitué de « ceux qui critiquent notre société technologique et industrielle en lui reprochant de perturber le monde naturel au niveau de ses biosystèmes les plus fondamentaux. La source ultime du mal dans notre mode de vie actuel est perçue comme étant la poursuite du bien-être de l’humanité aux dépens de la nature. Ce troisième groupe maintient que rien de bien utile ne sera accompli tant que nous n’abandonnerons pas notre attitude de conquête pour adopter plutôt une attitude plus ouverte et réceptive envers la nature ».

« L’effort d’affirmation et de défense de la norme biocentrique de réalité et de valeurs est en plein essor. L’Écologie profonde, un mouvement lancé par Arne Naess et repris plus tard par George Sessions, Bill Devall et plusieurs autres tenants d’une approche plus intégrée de la vie, constitue l’exposé théorique le plus puissant de la norme biocentrique ». La plupart des grandes initiatives internationales en matière d’écologie résultent plus ou moins directement du militantisme de ce groupe.

Le quatrième groupe reconnu par Thomas Berry est celui des guérisseurs de la Terre : « Hormis ces groupes, il en existe un quatrième qui fait évoluer les nouveaux programmes nécessaires si l’on veut guérir la planète et favoriser des modes de production alimentaire et énergétique plus fonctionnels. Les partisans de cette approche admettent que des affrontements du type de ceux auxquels Greenpeace, Sea Shepherd et Earth First ont recours sont nécessaires, mais ils mettent l’accent sur la mise en place de nouveaux programmes. Ils voudraient proposer des modèles fonctionnels de relation entre les humains et la nature susceptibles de remédier aux schèmes industriels dysfonctionnels. Les plus efficaces de ces nouveaux modèles sont en place dans les secteurs de la production alimentaire, de l’énergie, de l’habitation, de l’architecture, des arts et métiers, du traitement des déchets, de l’assainissement, de la santé et de la foresterie ».

Dans le minisondage mentionné plus haut, les 46,3 % des répondants qui étaient d’avis que la survie de l’humanité dépend d’un changement de comportement appartiennent, au moins en théorie, à ce quatrième groupe dont nous reparlerons…

DanielLaguittonDaniel Laguitton
Abercorn, Qc

Thématiques : Écologie, Spiritualité



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Volume 13, numéro 4 — Mercredi, 22 février 2017
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