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TroisTriangles
Charlebois
CentreDentaire

Volume 13, numéro 10 — Mercredi, 17 mai 2017



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Bonjour tout le monde

Le soleil luit aujourd’hui. C’est un événement remarquable dans ce printemps québécois automnal. Ses rayons répandent la joie. C’est bon.

Dans ce numéro, vous lirez un article de Yves Gagnon sur la rhubarbe. Enfant, je la coupais dans le jardin des voisins. Je la mangeais trempée dans du sucre blanc. Son goût suret était surprenant et je m'en lassais rapidement. Cependant en tant que citadine, c’était un acte festif que de cueillir un aliment directement du champ et de l’ingérer ! Pour sa part, Daniel Laguitton témoigne de la réflexion de Thomas Berry sur les liens existant entre le capitalisme, la chrétienté et le paradigme mécaniste dans lequel nous évoluons en Occident depuis près de trois siècles. La nature est la grande sacrifiée de ce chapitre de l’histoire humaine. Quant à moi, je suis en deuil de ma mère depuis maintenant 6 mois. J’ai réfléchi à mots ouverts sur cette relation que la mort a transformée. Alors que je rédige ce mot de l'éditrice comme dernière étape de publication du webzine, au lendemain de la fête des Mères, j'ai l'impression d'avoir inconsciemment composé une carte de souhait posthume.

Les oiseaux chantent et leurs mélodies égaient mes oreilles à travers la fenêtre ouverte. Une légère brise frôle mes mains et mon visage. La sensualité printanière est délicieuse...

Bonne quinzaine,

Renée Demers
reneedemers@covivia.com

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Deuil
    

Renée Demers - Penser pour panser

Deuil

À l’instar du ciel grisonné par les applications dépressives du climat, ma psyché déprime.

La méditation m’aide à prendre conscience de cet état de fait. Mon penchant conditionné serait de m’en vouloir d’afficher une telle attitude intérieure et de m’empresser de la cacher à la face du monde, la mienne comprise. Quand je m’assois en silence et que le vide m’englobe, l’amour monte. Pour moi, pour ma mère et pour tous les êtres tristes. Libérée de l’ensorcellement des pensées et de la peur de la dépression, j’accède à la clarté. La sensibilité et la compassion se manifestent.

Le deuil de ma mère décédée l’automne dernier laboure ma terre intérieure. Elle a quitté l’existence dans un état d’intense lassitude. Je ressens son essence quand vient le soir et que ma conscience diurne diminue. Au réveil, vibre encore un échange guérissant. Il est délicat de parler ouvertement de cette expérience. Comment décrire ces frôlements subtils que mon sens du toucher perçoit à peine sur le sommet de ma tête quand je suis assise tranquille ou qu’allongée, je m’apprête à dormir ? Comment interpréter ces rêves lumineux dans lesquels elle et les morts chers à mon cœur viennent me visiter ? Comment expliquer l’ambiance triste qui subsiste dans mon âme lorsque la conscience se réinstalle au matin et que j’ouvre les yeux ?

Spiral stairs, UK
Photo : M.D. King-Demers - Spiral stairs, UK

Dernièrement, j’ai échangé de vive voix sur cette expérience avec des amies. Leur affection, leur écoute et leur connaissance me soutiennent encore dans cette découverte alors que j'écris ces lignes. L’amitié est précieuse. L’amie vers laquelle je suis attirée pour partager l’intimité est justement initiée dans la matière qui m’occupe présentement. Comme par hasard ! Pour elle, c'est une évidence: les morts ont besoin de notre amour. Cela concorde avec mon expérience.

Les relations sont sacrées. Elles créent un lieu révélateur. En m'extériorisant dans la relation amicale, en risquant la transparence et l’authenticité, je me découvre. J’observe avec l'autre des zones inexplorées. À deux, c'est plus facile. Si je garde cachée à l’intérieur de moi ma singularité, par peur et par défiance de l’autre, je me prive de la lumière réverbérante des relations. Quand je communique avec l’autre, ensemble nous mettons au monde entre nous un espace. Il agit comme un miroir et un creuset. La conscience de soi grandit. Quand en plus l'intimité s'installe, l'amour s'y déploie. Les relations nous affranchissent de la peur et de limites fictives. 

À mon étonnement dans le deuil, je constate que les relations avec les êtres chers ne se terminent pas avec la mort physique. Longtemps après leur disparition charnelle, nous interagissons eux et moi. Autrement que lorsque nous nous côtoyions sur la Terre. Leur dématérialisation et cette communication improbable, inattendue et inconnue entre nous instaurent chez moi un apprivoisement du monde immatériel.

Depuis mon jeune âge, je ressens physiquement mon énergie et ma vitalité. Elle est encastrée dans mon corps mais aussi dans cette personnalité nommée Renée Demers, dans sa mémoire, son esprit et ses sentiments. Est-ce que je me termine aux contours de mon corps physique? Quand je ferme les yeux, jusqu’où s’étend la sensation des frontières de mon être? En tout cas, elle déborde de la peau qui me recouvre. Quand le corps rend l’âme, sa matière minérale retourne à la terre. Mais où va cette entité impalpable que je ressens au-delà de ma peau ?

Le deuil de ma mère entrouvre un peu plus les portes de la perception. La relation profonde et aimante entre deux personnes ne se résume pas à l’interaction de deux corps vivants. C’est une constatation intrigante. Le rapport que ma mère et moi entretenions se poursuit malgré sa disparition. Je ne peux pas observer cet échange à l’aide de mes organes de sens physiques ni analyser leur contenu avec mon cerveau rationnel. Cependant, je ressens un doux amour pour elle et le goût de prendre soin d’elle. Je perçois son essence dans le lointain. Elle me visite dans le monde onirique. Une lumière traverse la frontière invisible entre les mondes matériels et immatériels. Notre lien se perpétue au-delà de notre existence terrestre. L'espace relationnel continue de livrer ses trésors.

Renée Demers
reneedemers@covivia.com

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Thématiques : Méditation, Mort, Spiritualité


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Acerbe rhubarbe
    

Champs libres

Acerbe rhubarbe

Rhubarbe

Alors que je m'installe à mon clavier pour rédiger un texte sur la rhubarbe, la pluie perdure depuis trois jours, cela sans compter les trombes d'avril, prémisses des inondations que vous savez. Question de priorité, je préférerais vous entretenir du lien entre l'effet de serre, les changements climatiques et les fluctuations au régime des pluies qu'on observe depuis une décennie au moins, un phénomène amplifié par l'effet d'emballement.

En pitonnant, j'écoute le prophète Jean Leloup chanter son magnifique Paradis perdu.

Il y aura tout d'abord les épreuves et le vent
Il y a aura les tempêtes, les mers d'huile
Il y aura les vagues meurtrières
Il y aura les récifs, les écueils
Il y aura les requins, il y aura le scorbut, les épidémies
Il y aura les mutineries
Et plusieurs d'entre nous y laisseront leur vie…

… et j'ai envie de clamer aux humains de la Terre :

Vos dieux vous parlent ! Ne les entendez-vous point ?

De guerre lasse, je reviens à mes cultures, puisqu'il faut bien se nourrir. Et après tout, ne sait-on jamais, ce seront peut-être les jardiniers qui assureront la survie de notre espèce. Alors la rhubarbe, oui, acerbe rhubarbe.

Elle me rappelle mon père qui adorait la récolter toute jeune. Il trempait l'extrémité des pétioles dans le sel avant de les croquer, une habitude printanière qui semblait le combler de joie. Il ne m'a pas transmis ce rituel. Je trouve la rhubarbe crue trop acide, qu'elle soit givrée de sel ou de sucre. Par contre je l'apprécie en confiture, en tarte ou en crumble, associée à d'autres fruits, notamment la fraise, la framboise et le bleuet.

Tiges de rhubarbe

Facile de culture

Membre de la famille des polygonacées et originaire de la Sibérie ou du Tibet, la rhubarbe est vivace sous nos latitudes. Elle revient année après année pour peu qu'on la nourrisse avec un peu de compost. Lorsque sa productivité donne des signes de fléchissement ou que ses feuilles paraissent victimes de pathogènes, on n'a qu'à la déplacer, soit à l'automne, soit tôt au printemps. On en profite pour la diviser en espaçant les plants au mètre. C'est ainsi qu'on la propage, car les graines ne donnent pas des plants aux mêmes caractéristiques que les parents.

On récolte les pétioles au printemps alors qu'ils sont les plus tendres, mais on peut aussi en prélever à l'automne. En récoltant régulièrement, on stimule leur production. Par contre, on gagne à la laisser fleurir, car sa spectaculaire hampe florale de 1,5 m produit une multitude de fleurs blanches éblouissantes qui nourrissent de leur nectar une pléiade d'insectes bénéfiques.

BourgeonFleursGraines

Usages et propriétés

Le goût caractéristique de la rhubarbe est dû à l'acide oxalique qu'on trouve également dans l'oseille. Cet élément lui confère d'ailleurs des propriétés insecticides. On en fait une décoction en faisant bouillir 5 à 6 feuilles dans cinq litres d'eau durant une demi-heure. On laisse ensuite macérer durant quelques heures. On filtre, on ajoute un trait de savon liquide et on vaporise sur les plants infestés. On rapporte de bons contrôles notamment avec les limaces, les pucerons et les acariens.

La rhubarbe est bien pourvue en potassium, en fer, en calcium et en magnésium. Elle est réputée astringente, cholagogue, dépurative, stomachique, laxative, purgative, tonique et vermifuge. Sa teneur élevée en acide oxalique induit la fixation du calcium lors de sa digestion ce qui peut nuire aux reins tout comme aux articulations. Il est donc recommandé de la consommer avec modération. Associer à du sucre à raison de deux parties de rhubarbe pour une partie de sucre blond, on en fait une savoureuse compote qu'on peut congeler.

À l'occasion, j'aime bien en préparer des tartes en combinaison avec des petits fruits. Mais c'est en crumble que je la préfère, principalement en association avec des fraises. En voici une recette tirée de mon Festin quotidien.

Crumble à la rhubarbe et aux fraises (10 portions)

Ingrédients

Pour la croûte

250 ml (1 t) de flocons d'avoine
250 ml (1 t) de farine à pâtisserie
125 ml (½ t) de noisettes hachées
125 ml (½ t) de sucre
60 ml (¼ t) d'huile à cuisson
60 ml (¼ t) de beurre mou
5 ml (1 c. à thé) de sel
10 ml (2 c. à thé) de vanille

Pour la préparation aux fruits

500 ml (2 t) de tiges de rhubarbe émincées
250 ml (1 t) de fraises entières, fraîches ou congelées
125 ml (½ t) de sucre
60 ml (¼ t) de farine

Préparation

Dans un bol, mélanger les ingrédients pour la croûte.

Dans un autre bol, mélanger les ingrédients pour la préparation aux fruits.

Dans un pyrex de 20 x 30 cm (8 x 12 po) ou l'équivalent, compacter les 23 du mélange à croûte de façon à créer un fond de 1 cm (½ po) d'épaisseur. Ajouter la préparation aux fruits puis compléter avec le tiers restant du mélange pour la croûte, en garniture sur le dessus.

Cuire au four durant 45 minutes à 180 °C (350 °F).

Servir chaud avec une crème anglaise, une crème de soya à la vanille, un yogourt ou une glace à la vanille.

Et Jean leloup de poursuivre :

Au-delà de la mer, il existe un pays presque aussi beau que la folie
Y vivent des peuples parfaitement sains, parfaitement accueillants
On s'y baigne toute la journée dans des chutes et des torrents
Et des cascades et des rivières
Et l'eau est aussi pure et aussi légère que l'air
Nul besoin de planter
Le blé pousse à foison, attendant les moissons

Il faut bien garder espoir!

Yves Gagnon
Les Jardins du Grand-Portage

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Yves Gagnon offre un atelier intitulé Le jardinage écologique sur le terrain le samedi 17 juin. L’atelier d’une durée de 5 heures permet de voir et de comprendre l’organisation d’un jardin écologique en pleine effervescence. Le complément parfait aux lectures sur le sujet, surtout pour les visuels !! Pour inscription, aller à l’onglet Nos formations sur le site Les jardins du Grand-Portage.

Au jardinMalgré la pluie incessante, les semis vont bon train aux Jardins du Grand-Portage grâce à leur emplacement en altitude et leur sol sableux qui favorise le drainage. La 38e saison est bien partie !

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Thématiques : Alimentation, Jardinage, Poésie



Sur les pas de Thomas Berry - Inspection de bagages
    

Sur les pas de Thomas Berry

Inspection de bagages

Douanes

Le manuscrit de ma traduction de The Dream of the Earth de l’écothéologien Thomas Berry m’a un jour été retourné par un éditeur spécialisé en écologie avec la suggestion que le « bagage chrétien » (sic) de l’auteur m’ouvrirait peut-être les portes d’autres éditeurs. Ce type d'assimilation implicite de la dimension spirituelle d’un regard sur le monde à un fardeau ou à une paille dans l'oeil est fréquent chez des baby-boomers souffrant d’un trouble de stress post-traumatique pour avoir fait leurs premiers pas dans la Grande Noirceur. Chat échaudé craint l’eau froide, on le sait, mais jeter le bébé avec l’eau du bain relève, par contre, de la démesure.

Thomas Berry est tellement peu représentatif de l’idéologie chrétienne traditionnelle, en particulier de celle d’avant l’encyclique du pape François « pour la sauvegarde de la maison commune », que certains porteurs de vieux bagages l’ont même accusé d’hérésie panthéiste et de paganisme. Un autre écothéologien de la trempe de Thomas Berry, Matthew Fox, apologiste de Maître Eckhart, avait lui-même été réduit au silence en 1988 par les douaniers orthodoxes du Vatican et fut finalement exclu de l’ordre des Dominicains en 1993 pour « insubordination ».

Intitulé « La spiritualité chrétienne et l’expérience américaine », le chapitre 9 de The Dream of the Earth, démontre de manière convaincante que le « bagage chrétien » de Thomas Berry, si l’on insiste à utiliser ce terme, loin d’occulter sa vision de la crise écologique, la valide au contraire dans la mesure où il lui permet d’en situer certaines racines dans un aspect sombre de la chrétienté et d’y proposer des solutions.

D’entrée de jeu, Thomas Berry décrit la colonisation de l’Amérique du Nord en ces termes : « L’aventure américaine peut être décrite sur fond de philosophie des Lumières, de christianisme post-Réforme, de compétences scientifiques, d’habiletés technologiques, de dynamisme commercial et de puissance militaire, composantes qui ont toutes déferlé sans restreinte sur ce qui était peut-être un des continents les plus riches, les plus innocents et, à coup sûr, un des plus beaux et un des moins dénaturés de la planète. »

Le verbe « déferler » n’est pas bénin. Ailleurs il parle d’un « assaut brutal envers la Terre » et voit un lien entre les traditions spirituelles encadrant la colonisation et cet assaut brutal : « En dépit des aspects positifs évidents de la spiritualité occidentale tout au long de l’histoire américaine, les traditions spirituelles qui la sous-tendent ont aussi des aspects négatifs, aliénants et même destructeurs. Le fait que les traditions spirituelles occidentales n’aient pas conduit leurs adeptes à modérer l’assaut terrifiant de la société américaine envers le monde naturel, ni même à le comprendre ou à s’y opposer témoigne d’une certaine incompétence ou d’un manque de compréhension de la part de ces traditions. […] Nous ne prétendons pas que la spiritualité traditionnelle soit la seule force en cause, mais elle constitue une force omniprésente extrêmement importante pour la compréhension du processus global ».

Thomas Berry dégage quatre facteurs qui lient la tradition chrétienne et l’assaut envers la planète.

  1. « Si notre association du divin à une entité qui transcende la nature nous permet d’établir un pacte entre l’humanité et le divin, elle se traduit aussi par une négation du monde naturel en tant que lieu de rencontre des dimensions divine et humaine. »
  2. « Une autre difficulté provient de notre insistance à considérer l’humain comme un être spirituel ayant une destinée éternelle dépassant celle des autres membres de la création et relié au divin par un pacte particulier. »
  3. « Une troisième difficulté a surgi à un stade ultérieur, lorsque, après la séparation du divin et de l’humain au niveau de leur rencontre intime au sein du monde naturel, la période de Descartes fit également abstraction du principe vital présent dans les êtres naturels. La notion de matière grossière dont l’activité dépend entièrement de manipulations externes et est de nature purement mécanique en est une extension directe. Nous sommes alors entrés dans une phase mécaniste de notre manière de penser et des normes de base régissant notre expérience du réel et des valeurs. Si une telle phase s’est avérée extrêmement efficace dans ses réalisations à court terme, ses conséquences à long terme n’en sont pas moins désastreuses. »
  4. « Un autre facteur important de l’expérience américaine réside dans la doctrine millénariste chrétienne concernant une ère infrahistorique de paix, de justice et d’abondance devant infailliblement advenir dans le dénouement du plan rédempteur. »

Thomas Berry n’est pas le premier à établir de telles corrélations. En 1913, le philosophe Allemand Ludwig Klages (1872-1956) publiait « Mensch und Erde » [l’Homme et la Terre], ouvrage qui fait aujourd’hui figure de traité d’écologie visionnaire. On y lit notamment ceci [traduction libre à partir d’une traduction anglaise par Joe Pryce] : « Nous avons déjà fait remarquer que le “progrès”, la “civilisation” et le “capitalisme” constituent diverses facettes d’une même orientation volitive. Il nous faut aussi admettre que les disciples de cette manière d’aborder le monde sur une base volitive proviennent exclusivement de la chrétienté. Ce n’est que dans ce monde chrétien que les inventions se sont accumulées et que la méthodologie de quantification scientifique “exacte” a été perfectionnée; et ce n’est enfin que dans ce monde, ce monde chrétien continuellement engagé dans l’impérialisme le plus implacable que l’on puisse concevoir, que l’on trouve ces hommes engagés dans la conquête de toutes les races non chrétiennes tout comme dans la conquête de la nature tout entière. [NDT : ces lignes sont écrites en plein colonialisme (1913), 100 ans avant la revanche des fanatiques barbus coupeurs de têtes]. Nous sommes par conséquent contraints de situer les causes immédiates du “progrès” historique mondial dans la chrétienté elle-même. En surface, bien sûr, la chrétienté semble toujours prêcher “l’amour”, mais si l’on y regarde de plus près, ce mot “amour” joue le rôle persuasif d’un masque doré qui cache en réalité une commande catégorique : “Tu dois”, ordre inconditionnel à l’usage exclusif de l’humain, un humain qui en est venu à se considérer comme divin, comme un dieu placé en opposition avec la nature tout entière. La chrétienté peut recourir à des formules comme “le bien-être de la race humaine” ou “de l’humanité”, mais ce que ces formules signifient vraiment, c’est qu’aucun autre être vivant n’a la moindre valeur intrinsèque ou la moindre finalité, sinon celle qui découle d’une obligation de servir l’homme. Depuis le passé le plus lointain, “l’amour” du chrétien ne l’a jamais empêché de persécuter les païens avec une haine meurtrière. Ce même “amour” ne l’empêche pas jusqu’à ce jour d’abolir les rituels sacrés des cultures tribales conquises. On sait fort bien que le bouddhisme interdit de tuer les animaux parce qu’il reconnaît le fait évident que toute créature terrestre partage avec l’humain une nature commune. Par contre, on rassurerait tout de suite quiconque s’objecterait à ce qu’un Italien tue un animal en affirmant que cette créature “n’a pas d’âme” et “n’est pas chrétienne”. Il est donc clair que, pour le chrétien fervent, seul l’homme a le droit de vivre. » [Et vlan!]

Comme on le voit, Klages ne mâchait pas ses mots et sa critique de l’anthropocentrisme chrétien comme facteur de l’assaut brutal envers la biosphère se retrouve en partie chez un Thomas Berry ou un Matthew Fox, pourtant tous deux chrétiens et prêtres. Que Klages ait glissé vers un antisémitisme patent et soit pour cela devenu idéologiquement problématique et « peu fréquentable » n’invalide pas son analyse. Quand bien même Galilée eût fini sa vie comme grand inquisiteur, « et pourtant elle tourne » n’en resterait pas moins juste.

« Tout comme la doctrine de la transcendance divine éliminait du monde naturel une présence divine généralisée, la vision millénariste d’un futur merveilleux se traduisait par un statut dégradé de toutes les modalités d’existence présentes. L’imperfection devint généralisée et tout devait donc être transformé. Cela signifiait aussi que tout ce qui n’avait pas été utilisé devait l’être pour que sa raison d’être s’accomplisse. Rien n’était acceptable dans son état naturel. » Ces mots qui pourraient être de Klages, sont de Thomas Berry dont la pensée ne peut être qualifiée de « bagage chrétien », au sens épouvantail du terme, que par phobie ou faute de l’avoir lu.

Avant de revenir, dans une autre chronique, sur la nouvelle cosmologie proposée par Thomas Berry, l’éloge qui suit de l’ouverture et du mouvement, trouvé aussi dans ses bagages, nous servira de conclusion : « Par définition, toute “tradition” est un processus en évolution et non un mode de croyance, de pensée ou d’action bien établi, fermé et immuable. Il n’y a pas de version définitive du christianisme, de l’hindouisme ou du bouddhisme, on peut seulement discerner un processus chrétien, un processus hindou ou un processus bouddhiste. […].Ce qu’il importe de comprendre ici, c’est que les traditions doivent sans cesse dépasser les formulations diverses auxquelles elles donnent lieu pour faire place à de nouveaux modes d’expression ».

DanielLaguittonDaniel Laguitton
Abercorn, Qc

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Thématiques : Écologie, Société, Spiritualité



Suggestions de lectures
    
[sans texte]



Sur la toile
    

L'épigénétique - Tal Shaller

Tal Schaller a effectué ses études de médecine à Genève. En 1974, il crée et dirige la Fondation Soleil, vouée à la promotion des médecines non conventionnelles. La Fondation est reconnue d'utilité publique en Suisse et fonctionne à Genève de 1974 à 1994. En 1990, il a fondé les éditions Vivez Soleil dont le fonds éditorial a été repris par les éditions Lanore. Il déclare avoir été inspiré par Edmond Bordeaux Székely. Il a épousé Johanne Razanamahay, avec laquelle il a écrit plusieurs essais. Il a fondé l'Institut de Santé Globale à Taulignan, une expérience qui a tourné court à cause de démêlés avec les autorités et qu'il raconte dans son livre L’affaire Schaller : condamné puis acquitté. Adepte de la gélothérapie qu'il qualifie de « rirothérapie », il exerce aujourd'hui en pratique libérale non conventionnée, à Pierrelatte et à Genève, et poursuit une intense activité de conférencier en France et à l'étranger.

[ Source ]


Deux ans avant sa mort, Christiane Singer parle de comment retrouver la gratitude dans les moments les plus difficiles de notre vie, comment chaque être peut faire la différence sur cette Terre, et pourquoi s'aimer soi-même dans tous ses opposés, est la clé la plus importante et le plus difficile pour cheminer et manifester vers la paix. De nombreux indices pour avancer vers la guérison au sens global et spirituel du terme.
Émission de 2005, par André Kolly et Daniel Wettstein, avec Evelyne Thevenaz.

[ Source ]


Only the Child Knows

Only the Child Knows
The first year of life from the perspective of Body-Mind Centering® (BMC) With Bonnie Bainbridge Cohen
L’enfant sait
La première année de vie dans la perspective du Body-Mind Centering® (BMC) Avec Bonnie Bainbridge Cohen

[ Source ]


Grâce à l'acupuncture, une opération à coeur ouvert.. sans anesthésie !

En Chine, cette méthode permet de limiter les risques d'infection, permet une meilleure cicatrisation et favorise une bonne récupération. Regardez...

Opération à coeur ouvert

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Le flux instinctif libre

Le flux instinctif libre, ou free flow instinct, c'est le fait de ne pas porter de protections pendant ses règles... sans pour autant se couvrir de sang. Quelle est cette sorcellerie ? Rencontre avec Tabatha, qui a depuis des années jeté ses serviettes.

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Stampeding buffalo returning to Canada

More than 50 indigenous Canadian tribes have united to reintroduce North America's largest land mammal.

Bisons

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Volume 13, numéro 10 — Mercredi, 17 mai 2017
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