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TroisTriangles
GaiaViau
CentreDentaire

Volume 13, numéro 19 — Mercredi, 13 décembre 2017


Demandez et vous recevrez
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Demandez et vous recevrez

Ok, d'accord, j'en entends qui vont dire :

« Oui, mais j'ai déjà demandé quelque chose et je ne l'ai pas eu! »

Et il y a certainement aussi des personnes qui vont dire
qu'elles ont reçu quelque chose qu'elles n'avaient pas demandé.

Il n'y en aura pas de facile, mais ce n'est pas une raison pour baisser les bras.

En tout cas, nous vous avions demandé de répondre à un sondage
et nous avons reçu une soixantaine de réponses.

Il n'est pas trop tard pour répondre, car le formulaire est encore en ligne.

Nous ferons un résumé détaillé des résultats en janvier,
mais nous pouvons déjà dire que nous avons reçu plusieurs bonnes suggestions
et que nous allons en tenir compte dès le début de l'an prochain.

Bref, tout cela est très encourageant, merci !

Et nous en profitons pour vous souhaiter le meilleur temps des fêtes...

Dîner de Noël de l'équipe de Covivia
La joyeuse équipe de Covivia au restaurant Robin des bois...

Dans ce dernier numéro de l'année, Renée Demers parle du solstice d'hiver, cette période de l'année où tout est à nouveau possible et qu'on  célèbre dans la civilisation occidentale depuis deux millénaires par la naissance de Jésus et la fête de Noël. Yves Gagnon nous raconte sa passion pour le jazz et partage ses coups de coeur et quelques bonnes adresses pour les mélomanes. Jean-Yves Dionne nous suggère d'épicer notre temps des Fêtes avec de la vanille, de la cannelle, du girofle ou du gingembre. Et il termine avec une recette de vin chaud fort appropriée pour les soirées en bonne compagnie. Daniel Laguitton parle des biorégions, ces zones géographiques avec leur propre géologie, leurs propres conditions climatiques et leurs propres formes de vie. Pour ma part, j'ai recueilli les propos de Caroline Gagnon dont l'histoire personnelle est intimement liée à celle de la Guilde des herboristes qui regroupe les amoureux et les amoureuses des plantes médicinales.

Pour finir dans la section Sur la toile, nous avons trouvé 18 bienfaits du yoga, prouvés scientifiquement; plusieurs professeurs de philosophie qui jettent un second regard sur l'éducation au Québec; une professeure de la méthode Feldenkrais qui explique ces séquences de mouvements calqués sur le mode de développement moteur du bébé et des enfants; un voyage fantastique en 3D de l'infiniment petit à l'infiniment grand; et pour terminer musicalement, une entrevue avec Clare Torry, la chanteuse qui a improvisé simplement un dimanche soir la chanson sans paroles qui est devenue une des pièces les plus connues de Pink Floyd.

Et j'attire votre attention sur une pétition vient d'être mise en ligne sur le site de l'Assemblée nationale du Québec : « Nous, soussignés, demandons au gouvernement du Québec de prévoir des mesures d’accommodements pour les étudiants qui sont sensibles aux ondes électromagnétiques afin qu’ils puissent poursuivre une scolarisation régulière. »

Bonne lecture et à l'année prochaine !

Serge Grenier
gestion@covivia.com


Solstice hivernal
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Renée Demers - Penser pour panser

Solstice hivernal

En haut de la montagne, la forêt hiberne. Sa mère la Terre privée de la chaleur du soleil se repose. La sève ne monte plus. La noirceur gagne en durée. Les feuillus dénudés sont assoupis dans le creux douillet de la nuit annuelle.

Le déclin de la lumière diurne atteindra bientôt son nadir, le solstice hivernal. On le célèbre dans la civilisation occidentale depuis deux millénaires par la naissance de Jésus et la fête de Noël.

Plus récemment dans l’histoire, on le souligne par une orgie de consommation et d’ampoules électriques multicolores. À nos yeux aveuglés ou distraits, la subtile lueur de l’ouverture cosmique échappe. Car c’est dans le recueillement, le silence et la pénombre que celle-ci se perçoit.

Dans notre histoire personnelle, nous retrouvons la même séquence. Tous nos épisodes de vie se retrouvent dans ce schéma : naissance, continuité, mort. Ils durent le temps d’une occupation professionnelle, d’un rôle parental, d’une histoire d’amour, d’une journée d’existence ou d’une biographie entière. Puis suivent l’entre-deux, le repos et la renaissance.

La terre en jachère puise dans l’inactivité sa régénérescence.

En cette période de l’année, tout est à nouveau possible. Alors que la Terre s’est ombragée, les conditions nécessaires à l’éveil du germe se trament sous la surface gelée. Dans les ténèbres, nous assistons au mystère du cycle de la vie. L’espoir nous porte. Au creux de l’hiver, notre intuition capte les menues vibrations de la renaissance. Si nous avons abandonné cette faculté innée, notre mémoire se souvient des printemps verdoyants consécutifs aux Noëls blancs.

Arc en hiver
Arc en hiver - Danièle Laberge

L’entre-deux est inconfortable à qui ne s’adapte pas. Début décembre, la lumière manque. Un état mélancolique voire dépressif pour certains s’installe. La fatigue se fait sentir. Les virus ont la belle vie et ils obligent plusieurs à ralentir. Une invitation au retour à soi, au repos et au détachement nous est lancée.

Après avoir lu les derniers mots d’un chapitre d’un roman captivant arrive la page blanche. Le temps de reprendre son souffle.

Telle est l’ambiance du solstice d’hiver. Tout s’arrête. Avant de renaître. On ressent plus fortement ce ralentissement à la campagne dans le tableau vivant de la nature. En milieu urbain, les innovations technologiques omniprésentes masquent les rythmes essentiels, inhérents à notre nature terrestre. Elles repoussent les limites corporelles des citadins jusqu’à l’épuisement. Dans ce contexte, plus de détermination est nécessaire pour ralentir le rythme et goûter à la pause du temps.

Je m’incline devant cette fin appréhendée qui n’est qu’un point de bascule dans le renouveau. Devant l’immensité des possibles si bien représentée par l’enfant dans la crèche. Le nouveau-né possède la prémisse de tous les devenirs. L’environnement et son destin en circonscriront certains. Par exemple, le nourrisson a la capacité de parler toutes les langues. Il spécialisera les muscles de sa gorge et de sa bouche pour émettre les sons que son entourage lui renvoie.

Le silence de décembre est vide. Plein du rien capable de tout. Il déborde d’espace. Grandiose d’inexistence, il est prêt à s’incarner dans une nouvelle réalité ou à infuser un second souffle à un projet en cours. L’arrêt, le silence et l’entendement sont nécessaires. Pour saisir l’aspiration. L’inspiration la glissera à notre oreille. L’esprit soutiendra la planification de son émergence, notre volonté la portera jusqu’à maturité, jusqu’à la floraison spectaculaire.

Au solstice d’hiver, l’intériorité nous invite. La fécondité y est généreuse. Tel un voile, sa texture est si fine qu’elle est à peine perceptible. C’est à tâtons qu’on la saisit. Pour s’en envelopper, il faudra fermer les lumières, allumer les chandelles, écouter le silence et contempler la noirceur. Puis recevoir le subtil. En serons-nous capables ?

L'adoration des bergers
L'adoration des bergers - Georges de La Tour

L’histoire de Jésus nous montre que toutes les forces en présence sont prêtes à coopérer. Tout s’est mis en place autour de Jésus pour favoriser sa naissance. La totale disponibilité maternelle, la charitable protection paternelle, le dos porteur de l’âne et le souffle chaud du bœuf, le confort simple de l’étable, l’évitement d’Hérode, l’humilité des bergers, la richesse des Rois Mages. En coopérant avec le cosmos, l’environnement et l’entourage, nos projets sont favorisés.

Après la naissance, dans la crèche, le temps s’arrête. Les visiteurs se présentent apportant des étrennes. Pendant une dizaine de jours, dans les faits l’heure du lever du soleil stagne. À compter de la Fête royale de l’Épiphanie, elle augmentera à nouveau. Qu’il est bon de se baigner dans ce laps d’éternité qui chaque année revient. Se poser réceptive dans ce moment d’ultime déséquilibre entre le jour et la nuit. En état de grâce. Se réjouir de ce bain de forces cosmiques si proches de la Terre à ce moment de l'année. Et célébrer la réceptivité!

La lumière reprendra sa croissance avec les Rois mages qui ayant rencontré le Sauveur s’en retourneront dans leur terre. Ils ont reçu la bonne nouvelle. Tout est à nouveau possible. Un nouveau cycle d'action débute lentement. Dans l’humilité, dans la chaleur des liens aimants, dans la protection du plus petit et du vulnérable (n’est-ce pas le propre de la nature terrestre et de l’enfant), dans le don de soi, dans le silence, dans l’étable modeste, la renaissance nous invite à l'efficacité dans la beauté, la bonté et l’amour.

Renée Demers
reneedemers@covivia.com

Thématiques : Rituel, Spiritualité


Ressources
GrandPortage
AnneVastel
Alchimiste

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Conférence avec Chanchal Cabrera

Courriel : info@guildedesherboristes.org - Site web : www.guildedesherboristes.org


Quand le jazz est là...
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Champs libres

Quand le jazz est là...

Section de cuivre de Bathyscaphe
Section de cuivre de Bathyscaphe, encre par Yves Durand.

« La musique est un bienfait du ciel, elle en est descendue. »
   Platon, quelque part en Grèce vers le IVe s. av. J.-C.

« Pourquoi de la musique plutôt que du bruit? Nous n'avons pas trouvé de réponse. Nous avons du accepter que la musique existe. Mais encore une fois, quelle est la nature de cette musique? Se déroule-t-elle selon une partition fixée à l'avance dans ses moindres détails ou au contraire s'invente-t-elle au fur et à mesure? »
   Hubert Reeves, Patience dans l'azur.

« Contrairement à la récitation de textes appris par cœur, comme dans la musique classique ou le théâtre, on a souvent comparé le jazz à l’art de la conversation : un dialogue vivant, à bâtons rompus, d’une grande intensité, d’une grande concentration, entre des gens qui ont de grandes et belles choses à dire, à se dire et à partager. On ne se demande pas : va-t-il se tromper? On se demande : qu’est-ce qu’il va dire? »
   Jean Derome, compositeur, interprète sur saxophones et flûtes, entre autres.

C'est un ami qui m'a fait découvrir le jazz. C'était en 1975. Jusque-là, j'écoutais plutôt du rock et du folk. Jethro Tull, Les Rolling Stones, James Taylor, Cat Stevens. Féru du genre, il me suggéra Forest Flower: Charles Loyds at Monterey, un vinyle édité en 1967 à partir de l'enregistrement d'un spectacle livré le 18 septembre 1966 au Festival de jazz de Monterey. Le soyeux saxophoniste dirigeait depuis peu un quatuor composé du surréaliste Cecil McBee à la basse, du fabuleux Jack DeJohnette à la batterie et du prodigieux Keith Jarrett au piano que je découvrais en même temps et dont je n'ai depuis cessé de me délecter.

Pour apprécier une nouvelle musique, on doit s'y exercer. J'ai donc écouté et réécouté Forest Flower jusqu'à en devenir accro. À l'époque, j'enregistrais sur cassette les vinyles de façon à ne pas les endommager durant la période de leurs nombreuses écoutes initiales. Je me revois dans mon lit à Laval, m'enivrant du saxophone feutré de Loyds et du piano ludique de Jarrett qui me transportaient en spirales ascensionnelles.

Je n'ai pas pu résister à Dream Weaver – Atlantic SD1459 – , l'opus précédent du quartette datant de 1966 dans lequel la flûte de Loyds portée par un Jarret inspiré et spontané mène au firmament. Certaines pièces proches du free m'initiaient à un univers musical qui allait prochainement m'être révélé.

Vu mon intérêt organique et indéfectible pour du rock franc et chromé, ce même ami me proposa A tribute to Jack Johnson – Columbia KC 30455 – de Miles Davis avec les grands Michael Henderson à la basse, Bill Cobham à la batterie, Herbie Hancock aux claviers et John McLaughlin à la guitare électrique qui y va d'une performance délirante appelant une réponse conséquente de Davis. Une révélation. Un autre album que j'écoutai en rafale. Puis vint ce besoin de me vautrer de plus en plus dans cette musique nouvelle que j'apprivoisais, du jazz énergique qui collait à mon tempérament fougueux et vindicatif d'adolescent.

C'était l'époque des vinyles à 4,44 $. Je ne m'en privions point. Je m'en procurai en quelques années plus d'une centaine. Je cite ici les plus marquants. Mon top 10 du jazz des années 70. Féconde période.

  • Charles Loyds Forest Flower   Charles Loyds at Monterey – Atlantic SD1473 – 1967
  • John McLaughlin Extrapolation Polydor 2310 018 – 1969
  • Billy Cobham Spectrum Atlantic SD 7268 – 1973
  • Chuck Mangione Chase the clouds away A&M SP 4518 – 1975
  • Jean-Luc Ponty Aurora Atlantic SD 18163 – 1976
  • John Mayall Jazz Blues Fusion Polydor 2301 032 – 1973
  • Herbie Hancock Head Hunters Columbia KC 32731 – 1973
  • Joe Farrell Penny Arcade CTI 6034 – 1973
  • Joe Farrell Upon this rock CTI 6042 – 1974
  • Frank Zappa The Grand Wazoo  Reprise MS 2093 – 1972
  • Frank Zappa Waka/Jawaka Reprise MS 2094 – 1972

Le temps et l'espace ne me permettent pas de décrire l'enthousiasme qui m'étreint lorsque je ressors ces vinyles de ma collection et que je les réécoute en rédigeant ce texte. Ce jazz est toujours aussi actuel, aussi senti, aussi envoûtant.

Je clos ce bref retour en arrière en me permettant d'insister sur la délectation que m'ont procuré les albums de Joe Farrell. J'ai eu la chance de voir ce phénomène de près sur scène au cabaret In concert, supporté dans sa livraison d'exception par un Joe Beck, énergique, tonitruant avec sa guitare électrique funky. Je n'oublierai jamais cette soirée.

Frank Zappa
Frank Zappa

De son côté, Frank Zappa, que je découvre à l'époque avec Waka/Jawaka, me déconcerte par son imaginaire débridé. Sur The Grand Wazoo, produit dans la même séquence créative, il démontre sa maîtrise du jazz ainsi que son immense créativité en tant que compositeur. Un album qui repose sur la participation de 21 musiciens dont le singulier Sal Marquez à la trompette et à la voix, le précis Ainsley Dunbar à la batterie et l'admirable George Duke aux claviers et à la voix, une première collaboration de ce musicien d'exception qui allait suivre Zappa durant de nombreuses années.

Cette période de travail en studio de Zappa fait suite à une chute de scène survenue à Londres le 10 décembre 1971 qui l'a immobilisé pour une longue période. Il a aussi produit à ce moment Hot Rats, un autre classique du compositeur.

Du jazz local

Lorsque je me suis installé à Saint-Didace en 1980, j'ai ralenti sensiblement ma consommation de disques de jazz américain, écoutant davantage de musique québécoise.

Dans la foulée du Festival international de Jazz de Montréal, du Off et des quelques boîtes de jazz qui ont vu le jour au fil du temps, une communauté de jazzmans extrêmement créatifs et féconds a vu le jour. Une forme d'émulation, d'échange et de partage a donné naissance à un jazz montréalais qui me fascine et m'emballe depuis. Depuis près de 20 ans maintenant, je m'en empiffre.

J'ai contribué à créer une dizaine d'événements de jazz dans ma région, à l'église de Saint-Didace, chez nous aux Jardins ainsi qu'au vignoble à Saint-Gabriel. Cette expérience m'a permis de mieux connaître plusieurs de ces musiciens inspirés et depuis, je suis à l'affût de tout ce qui bouge dans le domaine. Dorénavant, je n'achète que du jazz québécois qui me sied et me comble parfaitement. Je me repais goulûment de sa singulière créativité qui ne souffre d'aucune comparaison. Je vous fais part de quelques coups de cœur.

Jean Derome

Jean Derome
Jean Derome,
encre par Francine Labelle.

Le saxophoniste et flûtiste Jean Derome s'est produit à 3 reprises sur scène dans ma région. La première fois aux Jardins, ensuite à l'église de Saint-Didace puis au vignoble Saint-Gabriel, les trois fois en formule trio avec le batteur Pierre Tanguay et le contrebassiste Normand Guilbeault. Trois performances de haute voltige, une fusion et une complicité d'exception où chacun excelle à faire résonner son instrument avec une virtuosité communicative. Pendant qu’est livrée une farandole de notes, on oublie les maux du ciel et de la terre. Un véritable baume pour l'âme.

Jean Derome est d'une productivité hors du commun. Il dirige et participe à une multitude de projets et groupes : trios, quatuors, quintettes, sextets, big band. Je citerai ici Les dangereux Zhoms comprenant selon l'époque de 5 à 12 musiciens qui livrent une musique contemporaine, libre et expérimentale, le projet Évidence en trio avec Pierre Tanguay à la batterie et Pierre Cartier à la basse qui révèlent habilement les multiples facettes de la musique de Thelonious Monk, des collaborations très fertiles avec le guitariste René Lussier, une participation éloquente à la Fanfare Pourpour, au projet Mingus Erectus dirigé par Normand Guilbeault; je termine cette liste incomplète par le stupéfiant trio Derome Guilbeault Tanguay que j'ai pu voir et entendre le samedi 2 décembre dernier au Dièze Onze, augmenté cette fois du pianiste Félix Stüssi qui a su magnifier la luminosité la performance éclectique de la formation. Pendant les solos en enfilades, on pouvait sentir une forme d'extase chez tous les membres du groupe dont les sourires ne mentaient pas, tout comme ceux des spectateurs. Pour l'occasion, le groupe se nommait Nova 4 qu'on reverra assurément sur les scènes montréalaises.

Le trio Guilbeault, Derome, Tanguay
Le trio Guilbeault, Derome, Tanguay
composé de Jean Derome, Normand Guilbeault et Pierre Tanguay.
Photo : Pierre Crépô.

Jean Derome m'expliquait en ces termes comment il percevait le jazz : « La part d’improvisation dans le jazz est ce qui rend cette musique très intéressante puisqu’en improvisant les musiciens se trouvent à agir en tant que compositeurs. Même s’ils travaillent à partir d’un morceau préétabli, ils rajoutent leur griffe personnelle à la pièce. Dans ce sens, l'apport de l’interprète est encore plus important que dans les autres musiques. Ce ne sont pas de petits détails d’interprétation qui font la différence comme dans l’interprétation d’une pièce classique, par exemple, c’est la musique qui est changée au complet par l’improvisation. C’est très émouvant d’assister à un moment de création en direct et, dans nos sociétés, cela devient de plus en plus rare, de plus en plus précieux. »

Pour découvrir l'univers de Jean Derome, je vous suggère :

Trio Derome Guilbeault Tanguay The feeling of jazz Ambiances magnétiques AM 145 – 2005
Trio Derome Guilbeault Tanguay Danse à l'Anvers Ambiances magnétiques AM 205 – 2011
Trio Derome Cartier Tanguay Évidence Musique de Thelonious Monk Ambiances magnétiques AM 028 – 1993
Jean Derome et les dangereux Zhoms Navré Ambiances magnétiques AM 038 – 1995

Ivanhoe Jolicoeur

Ivanhoe Jolicoeur
Ivanhoe Jolicoeur,
graphite par Francine Labelle.

Quiconque fréquente la scène jazz de Montréal aura peut-être eu la chance d'entendre la trompette vigoureuse et limpide d'Ivanhoe Jolicoeur. Je l'ai découvert à l'Off Festival de jazz en 2007 alors qu'il lançait son Bathyscaphe au Lion d'or devant une foule maigrelette. Ce qu'ont manqué les amateurs cette journée-là! Une succession de solos de trompette, de trombone par Marc Tremblay et de saxophone par Yves Adam, portée par un prodigieux Gaétan Daigneault au piano, un surprenant Alain Picotte à la contrebasse et un solide Daniel Lemay à la batterie. Je fus conquis par ce jazz de fond marin, parfaitement maîtrisé et euphorisant. Du rythme, du vertige, de la haute voltige. Le CD Bathyscaphe est sûrement le plus usé de ma collection québécoise.

Le groupe a livré son matériel à deux reprises par chez nous. La première fois aux Jardins, ensuite au vignoble Saint-Gabiel et ce pour le plus grand bonheur des Lanaudois, peu gâtés en matière de jazz. Le samedi 2 décembre dernier, Ivanhoe lançait au Dièze Onze avec son groupe Bathyscaphe Au plus profond des os, d'une qualité équivalente sinon supérieure au premier, cette fois avec Étienne Lebel au trombone, Éric Saint-Jean au piano et Jean Cyr à la contrebasse. Quel sextet. Définitivement, un achat recommandé.

Section Brass
Le coeur des cuivres de Bathyscaphe avec Yves Adam au saxophone, Ivanhoe Jolicoeur à la trompette, Étienne Lebel au trombone. Photo: Diane Mackay.

Ivanhoe me confiait après le spectacle son approche de la composition : « Les émotions transpirent dans ma musique. Je m'assois au piano, je laisse aller mes doigts et tout à coup, surgit une idée et je pars de là pour écrire mes arrangements. Je n'ai pas la prétention de connaître l'harmonie à fond, mais je sais que j'ai un bon sens de la mélodie. Je suis un gars assez carné et rustre donc, ma musique est pour tout le monde. Je crois qu’extraverti serait le mot pour décrire mes pièces. »

Ivanhoe Jolicoeur Bathyscaphe – 2007
Ivanhoe Jolicoeur & Bathyscaphe Au plus profond des os – 2017

Samuel Blais

Samuel Blais, graphite par Yves Durand
Samuel Blais,
graphite par Yves Durand.

J'ai découvert le saxophoniste Samuel Blais à la brasserie L'Albion de Joliette lors d'un concert intitulé Hommage à Jazz Messenger, un projet initié par des professeurs de musique du CÉGEP de Joliette, dont Samuel Blais. Charmé par la livraison intégrale de l'album Moanin' du groupe qui a mis au monde le Hard Bop, j'ai invité Samuel à performer au vignoble en première partie avec cet hommage pédagogique à Jazz Messenger et, en deuxième partie, avec quelques-unes de ses compositions ainsi que des standards choisis. Soirée d'arabesques musicales hautes en couleurs.

Samuel m'informa alors du lancement prochain de l'album Split Cycle 2, qui fait suite au premier Split Cycle. Élaboré avec deux collègues musiciens de New York, le breton Nicolas Letman-Burtinovic à la contrebasse et le japonais Akira Ishiguro à la guitare électrique ainsi que le batteur montréalais Alain Bourgeois. Je ne fus point déçu de m'être déplacé au Dièze Onze pour leur prestation énergique, qui fusionne le jazz et le rock d'une manière fort convaincante. Le groupe déménage comme on dit quand ça brasse. Un jazz urbain qui envoûte, transporte dans des sphères voluptueuses, du jazz à son meilleur, à la fois en rythme et en finesse. Quand on observe ces musiciens qui se surprennent eux-mêmes sur scène, ça signifie que la sauce prend. Assurément une proposition à voir et à entendre.

Split Cycle Mediavision 16834  – 2012
Split Cycle 2 Seeds of sound records SoS 04 – 2016

Je ne voudrais pas clore ce bref survol du jazz québécois sans nommer quelques autres grandes pointures du domaine, les saxophonistes Yanick Rieux, Rémi Bolduc et André Leroux, les trompettistes Joe Sullivan et David Carbonneau, le tromboniste Richard Gagnon, les pianistes François Bourassa et Marianne Trudel ainsi que le guitariste René Lussier.

Pour ceux qui désirent s'initier au jazz sans nécessairement s'investir dans une exploration exhaustive du genre, l'écoute de la magnifique émission de Stanley Péan, Quand le jazz est là, sur ICI Musique du lundi au vendredi de 17 h 30 à 20 h, permet de découvrir la grande diversité de l'univers foisonnant du jazz tout en s'offrant une expérience ludique, soir après soir.

Je termine en vous invitant à découvrir le bistro Dièze Onze sur la rue Saint-Denis, une boîte de jazz qui présente en continu parmi les meilleurs artisans du jazz québécois, une musique libre, hautement bienfaisante, réconfortante et salvatrice.

Ivanhoe Jolicoeur
Ivanhoe Jolicoeur,
graphite par Francine Labelle

Le Dièze Onze
4115 A, rue Saint-Denis, Montréal
dieseonze.com

Upstairs Jazz bar & Grill
1254, rue Mackay, Montréal
upstairsjazz.com

Festivals

festijazzrimouski.com
jazzmttremblant.com
montrealjazzfest.com

Quand le jazz est là

icimusique.ca/animateur/peanstanley

Survol des sorties jazz à Montréal

sortiesjazznights.com

Pour en savoir plus :

jeanderome.com
samuelblais.com
facebook.com/ivanhoe.jolicoeur

Jean Derome et Pierre Tanguay
Jean Derome et Pierre Tanguay dans le feu de la créativité. Photo : Claude Cyr.

Yves Gagnon
Les Jardins du Grand-Portage


Un temps des Fêtes épicé!
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JeanYvesDionne

Un temps des Fêtes épicé!

En cette période du temps des Fêtes, les épices sont à l’honneur! Elles tiennent aussi une place bien particulière dans le monde des plantes médicinales. Les vertus des épices que nous utilisons quotidiennement sont nombreuses! Je vous propose donc un aperçu des vertus des quatre épices les plus utilisées pendant cette période de l’année, accompagnées de quelques recettes intéressantes!

Vanille, pour le goût et la conservation

Vanille - orchidéeLa vanille est de loin la saveur la plus utilisée au monde. Elle demeure l’une des saveurs les plus capiteuses dont la popularité ne se dément pas au fil des ans. C’est probablement aussi la plus étrange des épices puisqu’elle est la seule orchidée cultivée extensivement pour son usage alimentaire. Il faut distinguer les vanilles naturelles provenant du fruit (ou gousse) de la saveur synthétique de vanille (vanilline et éthylvanilline). Les vanilles naturelles ont assurément des arômes et saveurs beaucoup plus complexes grâce à la présence de multiples molécules aromatiques qui diffèrent d’un cultivar à l’autre et d’une région de production à l’autre.

Effet sur la flore intestinale, antioxydant

Gousses de vanille

L’extrait de vanille inhibe la capacité des bactéries de reconnaître leurs semblables et de s’y agglomérer. Cette capacité permet aux bactéries, en particulier aux pathogènes, de croître et d’atteindre une masse critique qui peut entraîner le déséquilibre du milieu (comme la flore intestinale) et l’infection. En inhibant cette propriété, la vanille pourrait donc, théoriquement, avoir un effet bénéfique sur la flore intestinale.1 De plus, in vitro, la vanille possède de bonnes capacités antioxydantes.2

Sans avoir de grands effets médicinaux (peut-être l’avenir nous en dévoilera-t-il), la vanille a à tout le moins l’avantage d’améliorer sainement le goût et la conservation des aliments auxquels on l’ajoute.

Pour en savoir plus: Route des épices: la vanille

Fabriquez votre propre extrait de vanille

Extrêmement simple à faire! Vous avez besoin de 6 à 8 gousses de vanille et de rhum brun ou de vodka, au choix. Déposez les gousses de vanille dans un pot et remplissez-le jusqu’au trois quart de rhum ou de vodka. Attendez quelques semaines, et le tour est joué !

Un peu de cannelle avec ça?

La cannelle provient principalement de l’écorce de 2 espèces: la cannelle (Cinnamomum zeylanicum ou C. verum), dite vraie ou de Ceylan, et la casse (Cinnamomum aromaticum ou C. cassia), aussi appelée cannelle de Chine ou cannelle du Vietnam.

La cannelle est utilisée comme épice dans de nombreux mets. D’ailleurs, en observant différentes associations culinaires, on constate l’étendue de l’usage des épices, tant du point de vue historique que géographique. Fait intéressant: les pommiers et les canneliers n’ont jamais poussé sur les mêmes territoires. Il est étrange, tout de même, que la combinaison pomme-cannelle soit devenue traditionnelle!

Antiseptique, hypoglycémiante et pédiculicide

La cannelle a deux usages médicinaux principaux: son huile essentielle a d’importantes propriétés antiseptiques, et la casse aurait des effets hypoglycémiants (pour diminuer le sucre dans le sang).

Les données au sujet de l’effet antiseptique sont assez convaincantes pour que plusieurs compagnies alimentaires se tournent, lorsque possible, vers l’huile essentielle de cannelle comme agent de conservation: notamment, les compagnies Häagen Dazs (pour sa crème glacée au chocolat) et Nature’s Path (pour plusieurs de ses céréales).

Autre point intéressant, il semble que l’huile essentielle de cannelle soit pédiculicide (contre les poux de tête).3

In vivo et in vitro, la fraction hydrosoluble de la casse a des effets mimant ceux de l’insuline.4 Le principe actif serait un polymère de flavonoïdes (polyphénol)5, unique à la casse, qui stimulerait le récepteur cellulaire de l’insuline et en augmenterait la sensibilité.

Pour en savoir plus: Route des épices: la cannelle

Café latteUne boisson chaude saupoudrée de cannelle?

Durant le temps froid, pourquoi ne pas inclure à vos sorties hivernales un vin chaud ou un jus de pomme chaud rehaussé d’un bâton de cannelle? Ou encore, saupoudrez un peu de cannelle sur vos cappuccinos, cafés lattés et autres boissons chaudes!

Clou de girofle : anesthésique et antimicrobien

Clou de girogleLes plus anciennes références trouvées mentionnent l’usage du clou de girofle comme antiseptique, pour rafraîchir l’haleine et comme anesthésique. Ce dernier effet est probablement le plus connu puisque, encore aujourd’hui, l’huile de clou est vendue comme anesthésique, principalement pour les maux de dent. D’ailleurs, l’huile de clou s’est avérée aussi efficace que la benzocaïne comme anesthésiant de la muqueuse buccale avant une injection pré obturation.6

Plusieurs chercheurs ont aussi démontré (in vivo et in vitro) que le clou de girofle a aussi des effets antimicrobiens, antioxydants,antifongiques, antiviraux et cytotoxiques, sans être mutagène ni insectifuge.7 Le clou aurait, entre autres, un effet antifongique puissant contre les principaux dermatophytes (des champignons qui causent des infections de la peau, des ongles et des cheveux).8

Finalement, le clou, seul ou en association avec lacannelle, est capable d’inhiber la Listeria monocytogenes dans un aliment laitier.9 Vivement les recettes du temps des fêtes dans lesquelles ces saveurs sont à l’honneur!

Pour en savoir plus: Route des épices: le clou de girofle

Pomme d'ambreUne boule de Noël qui parfume la maison?

Lorsque j’étais enfant, ma grand-mère faisait chaque année une étrange boule de Noël. Elle prenait une orange bien ferme et pas trop grosse et la hérissait de suffisamment de clous de girofle pour qu’on ne distingue presque plus la couleur de la pelure. Cette boule, qui porte aussi le nom poétique de pomme d’ambre, dégageait un parfum complexe qui durait des semaines.

Gingembre : pour des déplacements des Fêtes plus confortables

GingembreLe gingembre est utilisé tant dans la préparation des plats principaux que dans celle des desserts puisqu’il s’allie à toutes les saveurs, qu’elles soient salées ou sucrées. Il a deux principaux effets médicinaux: anti-inflammatoire et anti-nauséeux. Il serait d’ailleurs aussi efficace que l’ibuprofène (Advil™) pour soulager l’inflammation.10, 11

L’usage du gingembre contre la nausée est globalement accepté. Il existe même un Gravol® naturel dont l’ingrédient actif est le gingembre et qui a l’avantage de ne pas causer de somnolence! Durant la grossesse, malgré une controverse initiale, il est maintenant communément admis que le gingembre est une réponse efficace et sécuritaire aux nausées associées à cette période.12 à 16 Il semble également efficace pour les nausées très sévères induites par la chimiothérapie.17

Le gingembre a aussi un effet stimulant intéressant contre la fatigue, même si la science ne s’est pas encore attardée à cet effet dans des études cliniques. Ce sont probablement ses principes actifs, gingérols et shogaols, qui procurent une sensation d’énergie. Le gingembre pourrait probablement être classé comme adaptogène, mais comme son effet est rapide, appelons-le plutôt tonique.

Pour en savoir plus: Route des épices: le gingembre

Un petit remontant contre le froid: le Glühwein (vin chaud)

Maintenant que vous connaissez plusieurs des propriétés des épices du Temps des Fêtes, voici une recette qui vous permettra de vous réchauffer le cœur pendant cette période de temps froids, tout en profitant des leurs effets bénéfiques!

Le vin chaud trouve ses origines en Europe du Nord, principalement dans les pays germaniques où il se nomme Glühwein. C’est une boisson réconfortante incomparable quand on rentre du froid, d’une journée de ski par exemple. Moins calorique que le chocolat chaud, il laisse une douce impression de chaleur.

Les recettes de vin chaud sont aussi nombreuses que les utilisateurs… voici donc ma recette personnelle (pour 3 à 6 personnes):

  • 1 bouteille de vin rouge (pas besoin de prendre un grand cru!)
  • quelques bâtons de cannelle (autant qu’il y a de convives)
  • 4-5 clous de girofle
  • quelques tranches de gingembre frais (1 à 2 cm)
  • 7-8 grains de poivre de Jamaïque (le fameux All spice)

Faites chauffer doucement tous ces ingrédients, jusqu’à obtention d’un léger frémissement. Servez dans une tasse et mettez-y l’un des bâtons de cannelle.

Le fait de chauffer le vin le désalcoolise puisque l’alcool s’évapore longtemps avant le point d’ébullition du liquide. Le point d’ébullition de l’alcool est de 78 degrés Celsius alors que celui de l’eau est de 100 degrés C.

Variantes:

  • Couper le vin de jus d’atocas moitié-moitié.
  • Jus chaud : Remplacer le vin par du jus d’atocas et/ou de pommes.

Passez de joyeuses et savoureuses Fêtes!

Références :

  1. Choo JH, Rukayadi Y, Hwang JK. Inhibition of bacterial quorum sensing by vanilla extract. Lett Appl Microbiol. 2006;42(6):637-41. PMID: 16706905
  2. Shyamala BN, Naidu MM, Sulochanamma G, Srinivas P. Studies on the antioxidant activities of natural vanilla extract and its constituent compounds through in vitro models. J Agric Food Chem. 2007;55(19):7738-43. PMID: 17715988
  3. Yang YC, Lee HS, Lee SH, Clark JM, Ahn YJ. Ovicidal and adulticidal activities of Cinnamomum zeylanicum bark essential oil compounds and related compounds against Pediculus humanus capitis (Anoplura: Pediculicidae). Int J Parasitol. 2005 Dec;35(14):1595-600.
  4. Jarvill-Taylor KJ, Anderson RA, Graves DJ. A Hydroxychalcone Derived from Cinnamon Functions as a Mimetic for Insulin in 3T3-L1 Adipocytes. J Am Coll Nutr 2001;20(4):327-36.
  5. Anderson RA, Broadhurst CL, Polansky MM, et al. Isolation and characterization of polyphenol type-A polymers from cinnamon with insulin-like biological activity. J Agric Food Chem. 2004 Jan 14;52(1):65-70.
  6. Alqareer A, Alyahya A, Andersson L. The effect of clove and benzocaine versus placebo as topical anesthetics. J Dent. 2006 Nov;34(10):747-50.
  7. Chaieb K, Hajlaoui H, Zmantar T, et al. The chemical composition and biological activity of clove essential oil, Eugenia caryophyllata (Syzigium aromaticum L. Myrtaceae): a short review. Phytother Res. 2007 Jun;21(6):501-6.
  8. Park MJ, Gwak KS, Yang I, et al. Antifungal activities of the essential oils in Syzygium aromaticum (L.) Merr. Et Perry and Leptospermum petersonii Bailey and their constituents against various dermatophytes. J Microbiol. 2007 Oct;45(5):460-5.
  9. Cava R, Nowak E, Taboada A, Marin-Iniesta F. Antimicrobial activity of clove and cinnamon essential oils against Listeria monocytogenes in pasteurized milk. J Food Prot. 2007 Dec;70 (12):2757-63.
  10. Bliddal H, Rosetzsky A, Schlichting P, Weidner MS, Andersen LA, Ibfelt HH, Christensen K, Jensen ON, Barslev J. A randomized, placebo-controlled, cross-over study of ginger extracts and ibuprofen in osteoarthritis. Osteoarthritis Cartilage. 2000 Jan;8(1):9-12. PubMed PMID: 10607493.
  11. Altman RD, Marcussen KC.Effects of a ginger extract on knee pain in patients with osteoarthritis. Arthritis Rheum. 2001 Nov;44(11):2531-8. PubMed PMID: 11710709.
  12. Fischer W et al. Ginger treatment of hyperemesis gravidum. Eur J Obstet Gynecol Reprod Biol 1990;38:19-24
  13. Vutyavanich T, Kraisarin T, Ruangsri R. Ginger for nausea and vomiting in pregnancy : randomized, double-masked, placebo-controlled trialObstet Gynecol. 2001 Apr;97(4):577-82. PubMed PMID: 11275030.
  14. Borrelli F, Capasso R, Aviello G, Pittler MH, Izzo AA. Effectiveness and safety of ginger in the treatment of pregnancy-induced nausea and vomitingObstet Gynecol 2005 Apr;105(4):849-56. PubMed PMID: 15802416.
  15. Ernst E, Pittler MH. Efficacy of ginger for nausea and vomiting: a systematic review of randomized clinical trialsBr J Anaesth 2000;84(3):367-71. PMID: 10793599
  16. Boone SA, Shields KM. Treating pregnancy-related nausea and vomiting with ginger.Ann Pharmacother. 2005 Oct;39(10):1710-3 PubMed PMID:16131535.
  17. Zick SM, Ruffin MT, Lee J, Normolle DP, Siden R, Alrawi S, Brenner DE. Phase II trial of encapsulated ginger as a treatment for chemotherapy-induced nausea and vomitingSupport Care Cancer. 2009 May;17(5):563-72. Epub 2008 Nov 13. PubMed PMID: 19005687.

Thématiques : Herboristerie, Santé


Sur les pas de Thomas Berry - La biorégion, cadre d’une manière viable d’habiter la Terre
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Sur les pas de Thomas Berry

La biorégion, cadre d’une manière viable d’habiter la Terre

Dans son livre-clé The Dream of the Earth [Le rêve de la Terre, traduction D.L.] l’écothéologien américain Thomas Berry insiste sur l’importance de passer d’une norme anthropocentrique à une norme biocentrique, en particulier dans notre définition du « progrès ». « S’il doit y avoir un progrès véritable, il doit profiter à toute la communauté du vivant. » Or, le contexte le plus favorable à un tel changement est la biorégion qu’il définit ainsi : « Une biorégion est une zone géographique identifiable par ses systèmes vivants interactifs et qui est relativement autosuffisante dans le contexte des processus sans cesse renouvelés de la nature ».

Les diverses entités minérales, végétales et animales sont les cellules de l’organisme vivant qu’est la Terre. Les biorégions en sont les organes. « Cette planète se présente à nous non pas comme une réalité globale uniforme, mais comme un ensemble de régions aux différences très marquées contribuant chacune à l’unité globale de la planète. On y trouve des régions arctiques et des régions tropicales, des régions littorales et des régions continentales, des montagnes et des plaines, des rivières, des vallées et des déserts. Chacune de ces régions a sa propre géologie, ses propres conditions climatiques et ses propres formes de vie. Ces caractéristiques produisent la grande diversité de communautés vivantes que l’on peut désigner sous le nom de biorégions. Chacune a sa propre cohérence et est intimement reliée aux autres. Ensemble, elles expriment la merveille et la splendeur de la planète-jardin qu’est la Terre ».

Petite fille dans un champ de fleurs
D. L. 1994

Thomas Berry décrit ainsi les six grands mécanismes en jeu dans une biorégion : « La pleine diversité des fonctions vitales [d’une biorégion] est assurée non pas par des individus ou des espèces, pas même seulement par des êtres organiques, mais par une communauté qui regroupe les composantes minérales comme les composantes organiques de la région. Une telle biorégion constitue une communauté qui s’autopropage, s’autoalimente, s’autoéduque, s’autogouverne, s’autoguérit, et s’autoréalise. Chacun des systèmes vivants qui la composent doit intégrer son mode de fonctionnement spécifique à la communauté dont il fait partie pour pouvoir survivre de manière efficace ».

Ces caractéristiques de base traduisent la relative autonomie de biorégions qui sont aussi globalement interdépendantes.

« La première fonction, l’autopropagation, exige que nous reconnaissions les droits de chaque espèce de disposer d’un habitat, de routes de migration et d’une place dans la communauté. La biorégion est le contexte domestique de la communauté qui y vit, tout comme la maison est le contexte domestique de la famille. C’est précisément en tant que communauté que la biorégion se perpétue d’une génération à l’autre. Que ce soit en termes d’espèce que de nombre d’individus, un certain équilibre doit être maintenu dans la communauté. Que les humains s’arrogent le droit d’occuper le territoire en excluant d’autres formes de vie de leur habitat fait insulte à la communauté au niveau de sa structure la plus profonde. Cela revient aussi à déclarer une guerre dont l’humanité ne peut sortir vainqueur étant donné qu’elle dépend, en fin de compte, des formes de vie qu’elle détruit ».

« Le deuxième rôle des biorégions, l’auto-alimentation, exige des membres de la communauté qu’ils se soutiennent les uns les autres dans le cadre des modalités de fonctionnement du monde naturel pour le bien de l’ensemble de la communauté et de chacun de ses membres. Le mode de fonctionnement de chaque biorégion est tel que chaque espèce y est restreinte par des formes de vie ou des conditions adverses qui font en sorte qu’aucune forme de vie individuelle ou collective ne puisse écraser les autres. Ce second rôle de la biorégion englobe, pour ce qui est des humains, l’ensemble des activités liées à la cueillette, à l’agriculture, au commerce et à l’économie ».

Comme le répète à plusieurs reprises Thomas Berry, la Terre est notre meilleur professeur d’économie : « Les diverses communautés biorégionales du monde naturel peuvent être considérées autant comme des aventures commerciales que comme des processus biologiques. Même au sein du monde naturel, on trouve un échange permanent de valeurs, des investissements de capitaux, et une recherche de façons plus économiques de faire les choses. La Terre est notre meilleur modèle en matière d’aventure commerciale. Elle mène ses transactions avec une économie de moyens et une productivité qui dépassent de loin celles des entreprises humaines. Elle opère également avec un minimum d’entropie. On ne trouve dans la nature aucun de ces déchets stériles, toxiques ou non dégradables que l’homme seul produit ». À ce propos, je faisais récemment le calcul qu’en moins de dix ans, l’île de Manhattan tout entière et son gratte-ciel le plus élevé le One World Trade Center, avec ses 541 mètres, disparaîtraient sous le dépotoir de quatre milliards de tonnes de déchets généré annuellement par l’humanité.

« La troisième fonction d’une biorégion est l’autoéducation basée sur l’élaboration de structures physiques, chimiques, biologiques et culturelles. Chacune de ces structures a besoin des autres pour exister et pour prospérer. Tout le processus d’évolution peut être considéré comme une réalisation remarquable basée sur l’autoéducation de la planète Terre et de ses diverses unités biorégionales. Un aspect important de ce processus autodidacte est qu’il repose sur l’expérience. La Terre et chacune de ses biorégions ont mené un nombre incalculable de milliards d’expériences pour en arriver au système actuel du vivant. Le processus autodidacte suivi par le monde naturel constitue donc un modèle à suivre pour l’humanité. Le livre d’instructions que constitue le monde naturel est actuellement la seule ressource dont disposent les humains pour apprendre à survivre et pour se réaliser ».

La quatrième fonction d’une biorégion, l’autogouvernance, repose sur une organisation fonctionnelle intrinsèque qui « consiste en un réseau interne de liens communautaires permettant à chacun des membres de participer à la gouvernance et d’exprimer pleinement la spécificité de chaque forme de vie. Presque partout dans le monde, cette gouvernance est assujettie à la séquence saisonnière des manifestations de la vie, séquence qui règle l’ordre dans lequel la florescence et les exubérantes renaissances de la vie se déroulent. Les humains se sont traditionnellement intégrés à ce processus communautaire par leurs célébrations rituelles ». N’oublions pas que dans une norme biocentrique « tous les membres de la communauté biorégionale devraient être représentés lors des délibérations auxquelles se livrent les humains ». On est loin du totalitarisme narcissique et myope d’un bipède qui cherche de la vie dans l’espace alors qu’il détruit sans la voir celle qui est sous ses pieds et au bout de son nez dans la montagne, dans la rivière et dans la forêt.

Pour la cinquième fonction, l’autoguérison, Thomas Berry nous rappelle que « la communauté est porteuse non seulement des énergies nourricières requises par chacun de ses membres, elle porte aussi les énergies spécifiques d’une régénération ». Qui n’a été surpris par la rapidité de l’autoguérison de la Terre après un incendie de forêt lorsque, dès le printemps suivant, une multitude de pousses vertes et de fleurs jaillissent des interstices des souches calcinées? Chaque fois que je passe près de Marieville, entre Montréal et Sherbrooke, je me souviens, en voyant les rangées d’arbres prospères qui bordent l’autoroute des Cantons de l’Est, des squelettes démembrés qu’ils étaient au lendemain de la tempête de verglas de 1998. Pour se guérir, les humains ont, depuis la nuit des temps, recours à la pharmacopée de la nature. Tout en dénigrant ces remèdes l’industrie pharmaceutique envoie aujourd’hui ses pirates dans les endroits les plus reculés de la planète à la recherche des « secrets » des pharmacopées régionales pour tenter d’en comprendre les principes guérisseurs et d’en synthétiser les molécules qui, coupées de leur synergie vitale et protégées par de lucratifs brevets, orneront les étagères des pharmacies.

L’autoréalisation, sixième fonction de la communauté biorégionale, témoigne de son épanouissement dans la prospérité des multiples composantes que nous sommes invités à célébrer : « dans les prairies en fleur, dans les chênes majestueux, dans le vol du moineau, dans la baleine qui émerge pour respirer, et dans toute autre expression du monde naturel. Il existe aussi des modes saisonniers d’autoréalisation de la communauté, tout comme dans la renaissance mystérieuse du printemps. En célébrant de manière consciente le mystère numineux de l’univers tel qu’il se manifeste dans les qualités uniques de chaque communauté biorégionale, l’être humain assume son rôle spécifique. C’est la fonction de certaines liturgies religieuses, des comices ou foires agricoles, du décorum des assemblées politiques, des multiples modalités du jeu, de la musique, de la danse, et de tous les arts visuels et des arts de la scène. C’est de ce type de manifestations qu’une biorégion tire son identité culturelle ». Dans cette description des biorégions on reconnaît en filigrane les notions de « terroir » et de « produits régionaux » qui devraient toutefois dépasser leur anthropocentrisme actuel.

Il y a fort à parier qu’en pratique, lorsque les États-nations et leur patriarcat prédateur auront atteint leur limite dans l’effondrement de l’ordre économique insoutenable actuel, la notion viable de souveraineté qui renaîtra de leurs cendres sera celle des biorégions..

DanielLaguittonDaniel Laguitton
Abercorn, Qc

Thématiques : Écologie


La Guilde des herboristes
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La Guilde des herboristes

Entrevue avec Caroline Gagnon, par Serge Grenier

Qu'est-ce qui t'a amené à aimer les plantes et à t'impliquer dans la Guilde des herboristes?

Caroline Gagnon
Caroline Gagnon, photo : Sue Mills

Mon amour des plantes a commencé quand j'étais toute petite. À 5 ans, je me souviens avoir grimpé sur le comptoir de la cuisine, ouvert l'armoire, puis sur le plateau d'épices de ma mère, joué avec le basilic, le romarin, la muscade. C'étaient mes amies. J'ai commencé ma formation en herboristerie dans l'Ouest canadien sur l'île de Vancouver, fin dix-neuf ans, début vingtaine. Dans ces eaux-là.

Puis, en revenant au Québec, j'ai rencontré plusieurs herboristes dont la première était Linda Brosseau. Elle travaillait à l'Académie de Phytothérapie du Canada qui n'existe plus maintenant. Puis j'ai continué ma formation dans cet établissement surtout pour les cours de science – anatomie, biologie, microbiologie, etc.

La Guilde des herboristes a été fondée cette année-là, en 1995. Deux ans plus tard, j'ai décidé de me présenter au C.A. Je devais avoir 23, 24 ans lors de ce premier mandat. Je voulais que la Guilde ait davantage de connexions avec les régions. Je viens de Québec. Je m'y rendais pour organiser des activités afin d'accroître le rayonnement de la Guilde. Je me suis aussi occupée du comité des activités. Donc, j'ai participé à la création de grandes fêtes pour célébrer l'herboristerie avec des contes, des poèmes, des chansons, des musiciens.

C'était la bonne époque pour ça!

Oui! On faisait même des vins à base de plantes médicinales : des vins de mélisse ou avec des mélanges de plantes comme l'angélique et la valériane. En passant, ces vins-là sont vraiment délicieux dans le temps des fêtes.

Par la suite, j'ai quitté le CA pour me concentrer sur la création de l'aile professionnelle. Un comité qui encadre les herboristes-thérapeutes et leur accréditation. Dès 1999, je me suis penchée sur les différents codes de déontologie qui existaient dans les milieux de la santé et des regroupements d'herboristes à travers le monde : en Angleterre, en Australie, aux États-Unis, etc. Puis je suis tombée sur le code de déontologie que les sages-femmes venaient d'adopter parce qu'elles étaient en train de devenir un ordre professionnel. J'ai trouvé que leur code était le plus juste, le plus inspirant, je dirais aussi le plus éthique. Alors nous nous sommes basés sur ce code-là pour faire le nôtre. Ça a été un long processus parce que traditionnellement au Québec l'herboriste est une personne assez isolée au fond de son rang. Il y a eu beaucoup de répression par le passé contre les herboristes.

En France, ils les ont presque complètement éliminés.

Exactement, donc je pense qu'on porte cela en nous aussi. J'ai étudié dans l'Ouest canadien où la réalité herboristique était très différente. Le domaine de la santé y est plus ouvert aux autres corps de métier ou professions de la santé que ce soient les ostéopathes, les acupuncteurs, les sages-femmes. Tout le monde y a sa place. Et quand les gens y sont malades, ils pensent à aller consulter un herboriste. Ce qui n'était pas du tout la réalité au Québec.

Finalement, concernant le code de déontologie nous avons atteint un consensus après plusieurs tables rondes. Nous avons compris les avantages de s'auto-organiser et et c'est ainsi que l'aile professionnelle maintenant nommée comité des herboristes-thérapeutes accrédités a vu le jour avec un processus d'accréditation et de gestion de plaintes. À ce jour, nous sommes plus de 50 herboristes-thérapeutes accrédités. Et la pratique clinique de l'herboristerie est maintenant très dynamique au Québec.

Dont seulement deux hommes!

Évidemment c'est un milieu assez féminin. Mais ce n'est pas exclusif au Québec, cette réalité est très présente dans l'herboristerie partout dans le monde. Dans les symposiums, aux États-Unis par exemple, on y rencontre en grande majorité des femmes. Mais il y a quand même des hommes. C'est important d'avoir leur vision aussi.

Coupe de stellaire
Coupe de stellaire, photo : Caroline Gagnon

Mais à la Guilde il n'y a pas que les herboristes-thérapeutes accrédités, car la Guilde se veut un regroupement de tous les amoureux et toutes les amoureuses des plantes médicinales au Québec, c'est même écrit dans ses lettres patentes. On est là pour aider à la préservation de la tradition herboristique, francophone et québécoise. Nous regroupons plusieurs centaines de membres : des cueilleurs de plantes médicinales, des chercheur.e.s, des autodidactes, des mamans qui aiment les plantes et les utilisent, des fabricant.e.s de produits thérapeutiques et de cosmétiques à base de plantes, des producteurs qui ont des produits sur le marché, des enseignant.e.s, des botanistes. C'est très très diversifié.

Et maintenant, je suis de retour au C.A. de la Guilde. Je termine la première année de mon mandat de deux ans comme présidente. Ce qui m'a incitée à revenir à l'administration, c'est qu'on est dans un tournant en ce qui a trait à la réglementation avec Santé Canada. De plus, nous sommes dans un tournant d'acceptabilité sociale de l'herboristerie. Donc, nous sortons un peu plus du fond de nos rangs; l'herboristerie occupe plus de place dans le monde. C'est important non seulement qu'on soit vus, mais aussi qu'on soit bien vus. Nous voulons avoir une plus large discussion avec les gens à propos des bienfaits de l'herboristerie pour qu'ils comprennent à quel point c'est une approche sécuritaire.

Par rapport aux législateurs, est-ce que le terrain de jeu est égal ou est-ce que les pharmaceutiques tirent toute la couverte de leur bord?

C'est certain que nous faisons face à une grosse industrie qui dispose de ressources importantes. On avait cette crainte-là par rapport à la nouvelle réglementation de Santé Canada. On ne voyait pas comment elle pouvait améliorer l'accessibilité des produits d'herboristerie pour les consommateurs. Mais j'ai rencontré les gens du département de santé (DPSNSO - Direction des produits de santé naturels et sans ordonnance) et je suis sortie de cette rencontre-là avec beaucoup plus d'espoirs; j'ai été vraiment rassurée de constater que nous avons notre place à la table.

Ça fait plaisir à entendre.

L'industrie pharmaceutique ne décide pas tout. Il y a vraiment des personnes à Santé Canada qui veulent que les gens aient accès à nos produits. Pour eux, ce sont des produits d'une grande innocuité. Mais ils veulent aussi s'assurer qu'ils soient d'une certaine efficacité. Donc, on travaille avec eux pour leur prouver que c'est le cas.

J'imagine que ce n'est pas la Guilde comme telle, mais ses membres qui effectuent les recherches et les études cliniques?

La Guilde n'a pas les moyens de faire de la recherche, on parle de millions de dollars. Mais si vous faites la recherche sur internet, vous constaterez qu'une quantité incroyable de recherches se fait présentement sur les plantes médicinales partout sur la planète. C'est exponentiel!

Racine d'échinacée
Racine d'échinacée, photo : Caroline Gagnon

Il y a un très bel ouvrage publié en 2013 que j'ai recommandé aux gens de Santé Canada : le Botanical Safety Handbook, 2nd edition, du American Herbal Products Association. Il s'agit d'un compendium sur les plantes incluant des monographies sur leur efficacité et leurs interactions possibles avec les médicaments. Et ça démontre leur innocuité. Une des éditrices du livre a fait son doctorat sur cet ouvrage. Cela a nécessité la lecture de milliers d'études. Ça distingue les contre-indications pertinentes de celles qui ne le sont pas.

Il y a 20 ans, on considérait que les plantes, ça ne faisait rien. C'étaient des remèdes de grands-mères et on les voyait comme des placebos. Puis, il y a 15 ans, c'est devenu dangereux. Mais jamais efficace! On ne devait pas prendre de plantes médicinales pendant la grossesse ou si on prenait des médicaments. On a préconisé des précautions exagérées pour éviter toute interaction avec les médicaments. Je ne dis pas qu'il n'y a pas d'interactions possibles, mais on ajoutait beaucoup trop d'avertissements dans la littérature et dans les bases de données pour les pharmaciens à propos d'interactions qui étaient surtout hypothétiques. Mais, ce qui est intéressant, c'est que depuis 10 ans, en fait plutôt depuis 5 ans, il y a des recherches précisément sur ces interactions-là. Et on constate que, par exemple, lorsqu'on utilise la plante entière par voie orale, il y a beaucoup moins d'interactions qu'on ne le pensait. On commence à démêler tout ça. C'est fait par des chercheur.e.s qui décortiquent les recherches.

Si on retourne loin en arrière, il n'y avait pas de grands laboratoires, on se fiait plutôt sur l'intuition...

En fait, il faudrait définir ce qu'est l'intuition. Je pense que c'est simplement l'utilisation d'une plus grande portion de notre intelligence. C'est la relation avec le monde qui nous entoure. Ce qui est particulier avec l'herboristerie, c'est qu'à la base c'est un savoir autochtone partout sur la planète. Chaque peuple a son propre savoir herboristique développé à travers justement cette communication avec le monde, en observant les animaux et les plantes. Vous connaissez peut-être la doctrine des signatures : la forme de la plante, le lieu où elle pousse, tout ça nous parle de ce qu'elle fait.

Ce savoir a été aussi obtenu de façon empirique, en essayant des choses. Ce qui est vraiment intéressant avec ces nouvelles recherches c'est qu'elles confirment plusieurs des usages et effets que nos ancêtres comprenaient déjà. C'est très valorisant. Je lisais récemment que l'anxiété affecte la rate. En médecine chinoise, ils savent cela depuis longtemps.

À travers les différents outils qu'elle offre – sur le site web avec le bottin des ressources et le calendrier des événements – la Guilde veut montrer aux gens à quel point le milieu de l'herboristerie au Québec est vraiment un monde diversifié, dynamique qui propose plusieurs événements et ateliers comme par exemple comment soigner vos enfants l'hiver, comment prévenir l'épuisement ou comment s'aider quand on a de l'anxiété avec les plantes, nos amies les plantes. On peut apprendre comment faire des cosmétiques naturels, on offre des ateliers de jardinage, des visites de jardins. Il y a tout un bassin de thérapeutes qui ont une vision clinique très contemporaine. Il y a maintenant des problématiques qu'on ne voyait pas il y a 200 ans, comme les troubles auto-immunitaires, auxquels nous faisons face. La maladie de Lyme arrive au Québec. Les plantes sont vraiment fantastiques pour ça. D'ailleurs il y a un article dans le magazine de novembre sur la renouée du Japon qui est excellente pour traiter la maladie de Lyme.

Calendule
Calendule, photo : Manon Lessard

Comment s'est passé le colloque annuel de la Guilde le 18 novembre?

Chaque année au mois de novembre, on se réunit tous ensemble à Montréal. C'est une invitation aux membres, mais aussi aux non-membres. Ils peuvent venir pour l'après-midi écouter les conférences, partager la joie et l'amour des plantes médicinales. Il y a souvent des contes, de la poésie et des chansons en plus des conférences un peu plus poussées. La journée commence tôt avec notre assemblée générale annuelle puis dans l'après-midi il y a des conférences. On parle aussi de nos projets, de ce que la Guilde et ses différents comités feront au cours de l'année. On présente le nouveau C.A., les nouveaux herboristes thérapeutes accrédités, etc.

Aussi, on vote pour choisir la plante de l'année. En 2017, c'était l'année du bouleau. Alors il y a eu des contes sur le bouleau, une conférence sur le bouleau par l'ethnobotaniste Alain Cuerrier. On a aussi parlé du chaga parce que c'est un champignon qui pousse justement sur le bouleau. Le substrat du champignon, i.e. là où il pousse, lui donne des vertus médicinales particulières.

Alain Cuerrier
Alain Cuerrier, photo : Annie Schneider

On a aussi lancé notre tout nouveau magazine, Plantes médicinales – tradition, science et santé. Et le dossier expert de cette première édition porte justement sur le chaga.

Le comité d'experts qui a fait la recherche sur le chaga a aussi interviewé des thérapeutes qui l'utilisent, des producteurs, des cueilleurs. Comme on parle d'une ressource en milieu sauvage, qui est peu cultivée, il a fallu aborder la question éthique de la cueillette écoresponsable. Un des mandats de la Guilde est de préserver les écosystèmes. Dans le dossier expert sur le chaga, on fait le tour de la question. Ça peut paraître très poussé parce que grâce à la collaboration d'un chimiste, on y trouve des diagrammes de molécules, mais il y a aussi les usages historiques. On y explique aussi comment utiliser le chaga, car il est souvent vendu, comme plusieurs autres plantes médicinales, sans explication à propos de la meilleure façon de les utiliser. C'est un peu comme si on jetait notre argent pas les fenêtres, car on a pas l'efficacité maximale de la plante. Donc on explique dans le magazine comment retirer l'efficacité maximale du chaga et d'autres champignons durs comme du bois très riches en chitine.

J'en ai acheté du chaga en poudre. Maintenant j'suis dû pour m'en faire un thé.

Ça vaut la peine de le faire mijoter longtemps. C'est à la mode à cause de son petit goût de café, la mode de l'expresso de chaga, mais ce n'est vraiment pas la meilleure façon de le prendre. Ce n'est pas mieux d'ajouter la poudre de chaga dans ses céréales. Le chaga n'est pas très digeste, donc il faut vraiment l'extraire. Traditionnellement, là où il pousse, en Sibérie, en Amérique du Nord, les peuples nordiques le faisaient mijoter pendant trois jours.

Ça va mieux faire ça quand tu chauffes au poêle à bois.

Oui exactement. Mais maintenant on a des mijoteuses qui fonctionnent très bien. On peut aussi mettre notre chaga à tremper toute la nuit dans de l'eau, puis le faire mijoter toute la journée et on va déjà pouvoir retirer davantage de ses bienfaits. Ça va être plus efficace.

C'est pour ça que ça vaut la peine de parler avec une herboriste.

Oui c'est ça!

Jardin
Jardin, photo : Martine D’Anjou

Dans le monde normal, tu vas voir un médecin, puis il t'envoie voir un pharmacien. Mais dans le monde herboristique, on dirait que le pharmacien et le médecin c'est la même personne.

Je dirais même plus que ça, être herboriste, c'est être à la fois un peu pharmacien, un peu médecin – on ne pratique pas la médecine, mais on donne des soins aussi – un peu philosophe, botaniste, historien, pharmacologue. Il faut aussi s'intéresser à la chimie.

C'est ça que j'ai aimé de l'herboristerie : ça recoupe toutes ces passions que j'ai. Quand j'avais 12 ans, je voulais être archéologue. Après ça, j'ai voulu être géologue. Puis quand j'ai découvert la chimie, je voulais être microbiologiste. Ensuite, j'ai voulu être psychologue, puis sage-femme. Finalement quand j'ai découvert l'herboristerie, ça couvrait toutes mes passions d'un coup.

Jackpot!

Exactement. Souvent je dis à mes étudiant.e.s qui commencent un parcours ou des études en herboristerie : vous ne ferez jamais le tour de la question. Intellectuellement, émotivement, spirituellement. Pour moi et plusieurs autres herboristes ou passionnés des plantes, l'herboristerie nous comble dans toutes ces sphères-là de la vie. C'est vraiment nourrissant.

Pour terminer, parle-nous des craintes, des espoirs, des défis et de ce que les lecteurs et lectrices de Covivia peuvent faire pour aider la Guilde.

Les craintes, particulièrement au Québec, concernent le Collège des médecins, ou même l'Ordre des psychologues. On a vu avec la bataille de l'Ordre des chiros contre les ostéopathes qu'il y a quelque chose de plus restrictif au Québec comparativement aux autres provinces. C'est la réalité en France aussi. Donc, il s'agit de rester aux aguets pour conserver et protéger le droit d'utiliser les plantes médicinales. La Guilde considère cela comme un droit ancestral. D'ailleurs on fait des démarches auprès de l'UNESCO pour que l'herboristerie soit reconnue comme patrimoine vivant. Parce que ça l'est. Vous pouvez peut-être nous aider dans cette démarche-là.

Le niveau législatif provincial vise la pratique de l'herboristerie. Au niveau fédéral, ça vise l'accès aux produits. On est très actifs dans ce dossier-là avec Santé Canada depuis le début. Pour l'instant, nous sommes très confiantes que ça va dans le bon sens. On a une écoute auprès des personnes qui sont en train d'écrire la réglementation. J'ai moins de craintes aujourd'hui que j'en avais il y a un an.

Armoire de Sandie
Armoire de Sandie, photo : Sandie Boutillet

Quand j'ai commencé ma pratique il y a 25 ans, les gens ne connaissaient pas l'herboristerie du tout. Maintenant c'est beaucoup plus actif, des gens de tous les milieux vont consulter en herboristerie. Il y a une plus grande ouverture. Je ne sais pas trop comment le dire, c'est maintenant reconnu dans le « mainstream » alors qu'avant c'était seulement pour les « granos ». J'ai beaucoup d'espoir aussi quand je vois les jeunes qui s'impliquent. Quand je constate à quel point les gens qui ne sont pas nécessairement dans le milieu sont de plus en plus intéressés à être autonomes face à leur santé. Ils veulent avoir le droit de recourir à des façons naturelles de se soigner, à des plantes qu'ils peuvent cultiver eux-mêmes. Je suis super enthousiaste de voir tout le mouvement des micro fermes. Souvent ces gens-là incluent des plantes médicinales dans leurs cultures. Je suis aussi contente de voir les plantes médicinales entrer dans l'alimentation, comme la poudre de chaga ou les fleurs comestibles dans les salades. Donc je pense que le défi est de continuer à faire connaître l'herboristerie et c'est pour cela que nous avons lancé notre nouveau magazine à travers le Québec et le Nouveau-Brunswick.

Les lecteurs et lectrices de Covivia peuvent visiter la page Facebook de la Guilde et s'abonner à l'infolettre dans laquelle on inscrit toutes les activités qui se passent au Québec chaque mois, comme les ateliers qui sont donnés en Estrie, dans le Bas du fleuve, à Québec, à Montréal, dans les Laurentides, en Outaouais, etc.

Ils peuvent ainsi en parler, s'inscrire à un atelier, créer des groupes de fabrication de sirop de plantes, de crèmes pour le visage, des choses comme ça. Une fois qu'on a acquis ces connaissances-là, on ne peut nous les enlever. Il s'agit donc de nous réapproprier cet héritage qu'est l'herboristerie.

On peut aussi devenir membre de la Guilde. La cotisation annuelle de 60$ inclut l'abonnement aux deux magazines, l'accès à l'espace membre, l'invitation aux événements et conférences, des rabais chez plusieurs commerçants,  etc. Nous vous encourageons à devenir membres car. Cela rend notre voix plus forte lors de nos échanges avec le personnel de Santé Canada quand nous mentionnons le nombre de membres que nous représentons. Ça aussi c'est important!

Merci beaucoup!

Thématiques : Herboristerie


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18 Amazing Benefits of Yoga, According to Science

Yoga is becoming more mainstream in western cultures as those who practice it realize the numerous physical, mental, and emotional benefits that come with the ancient art.

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Il ne se passe pas une journée au Québec, sans que l’on parle dans les médias de notre système d’éducation. À lire tout ce qu’on en dit, rien ne va plus. Il faudrait la repenser, la réinventer, la mettre à l’ère numérique, la gaver d’idées nouvelles, de « projets porteurs », d’innovation. Beaucoup de mots qui ne posent pas une question fondamentale: quelle est la finalité de l’éducation? Quelle est sa mission?

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