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La Loi-Pésix joue au chat et à la souris

La Loi-Pésix joue au chat et à la souris

À quoi bon témoigner de mon expérience dans la souricière du 1er mai 2013, où j'ai été détenue avec 450 autres citoyens pendant plusieurs heures, les mains menottées, sous la surveillance étroite de gros hommes armés ? C'est impressionnant certes, mais vous êtes déjà en retard ! Vous manquez de temps ! Comment commencer ce récit, ô gens nuancés, pour ne pas vous perdre dès la première strophe, en entendant vos jugements qui se nichent en travers de ma gorge ? Je goûte dans ces chuchotements qui volent bas, vos coeurs fragiles aux ailes rouillées. J'écris tout de même, peut-être ça vous divertira, un répit dans ce long marathon qu'est votre passage sur la Terre. Je me confie, écoutez  :

— Il était une (première) fois, une demoiselle qui, devinant l'étau des policiers se refermer autour d'elle et des autres manifestants, telles souris en souricière, sut qu'une nouvelle brèche de sa vie s'amorçait. Comme quand l'adolescence frappe, ou le premier amour flambe, ou le père meurt, un vent de nulle part soufflait, silencieux, puissant, à travers son coeur, en ce jour ensoleillé, près des quais, sous la musique de sa fanfare activiste. Six heures plus tard, elle sera revenue sur son balcon, bière en main, une amende de 637  $ dans les poches et les épaules courbatues par les menottes, digne d'un criminel de bande dessinée.  

Elle fut prise dans la première cohorte, sa fanfare continua de jouer sans elle jusqu'au bout. Ses camarades lui ont raconté que lorsqu'ils ont entamé leur dernier morceau, l'hymne « Nous aurons » de Richard Desjardins, un ange est passé, les yeux se mouillaient, même derrière les masques des policiers moustachus. Ces derniers eurent tout de même la force de procéder, sans perdre leur haleine de matou, à l'embarcation de la souricière dans les autobus, jusqu'au coucher du soleil. Chaque manifestant fut numéroté par un bracelet et dépouillé de ses effets qu’on mit dans un sac de poubelles et qu’on empila à l'avant du bus, pas loin du schtroumpf-chauffeur réquisitionné. Fin prête pour un vol transatlante, au fond du panier à salade de la STM, les menottes serrées dans le dos faisaient office de ceintures de sécurité, ce soir-là. Quatre heures d’attente dans un autobus chaud, telles souris en cage, les Pa-pattes souffrantes dans le dos, saoules de testostérone émanant des uniformes suants des trois félins. On se mit à chantonner pour passer le temps, mais on nous miaula  : « Si vous continuez à chanter, je pourrais vous attacher les pieds et vous mettre par terre... je vous laisse le droit de parler, pas de chanter ! » Était-ce du chantage ?

Peu importe, cette demoiselle était présente dans cet attroupement d'anticapitalistes encerclés, souhaitant marcher pour souligner la journée des travailleurs qui a lieu partout à travers le monde, à la même date, tous les ans depuis longtemps. Elle a contrevenu à la nouvelle loi municipale P-6. C'était son point faible, la faille pour qu'elle devienne la souris d'un chat.  

C'est pourtant clair, direz-vous, ce qu'a dit Laloi-Pésix  : « Les manifs de Sans-Itinéraires sont fraîches pour les souricières ! » ou encore « Pas de masques, pas de gaffes, sinon, les baffes ! »

M'enfin ! Une manifestation n'est pas un tour guidé pour touristes, ce sont des milliers de guides voyageurs qui se rassemblent pour redessiner les cartes du monde. Qu'on les laisse circuler, comme une rivière suit son cours, et vous les policiers, prévoyant comme vous savez (trop) bien le faire, préparez sifflets et bouées de sauvetage. Surveillez les touristes, piétons et voitures pour qu'ils ne se noient pas comme des sans-dessein dans cette eau qu'ils n'ont peut-être jamais eu la chance d'apprivoiser !  

... Mais revenons à nos matous.

La jeune femme et les 29 autres occupants d'une des premières navettes arrivèrent au terminus, le royaume de l'est des moustachus poilus, au coin de Langelier et de l'autoroute  40. Au micro, une chatte jouait la guide touristique plate  : « Nous sommes toujours à Montréal, pour ceux qui connaissent moins la ville ». Les arrêtés sentaient tout de même qu'on voulait les sortir de la map. Au compte-goutte, les heures passantes, chaque souris a repris son sac, s'est vu remettre une contravention et, fait étrange, elle a eu droit à un tournage vidéo, des pieds à la tête avant de pouvoir être libérée des poilus. La demoiselle souris que nous avons suivie jusqu'ici demanda de sa petite voix aiguë : « Avez-vous vraiment le droit de prendre une photo de moi ? », « Suis-je en état d'arrestation ou bien ai-je simplement commis une infraction, l'équivalent d'une contravention de stationnement ? » La petite souris se fit répondre d'une grosse voix  : « C'est pour prouver qu'on t'a bien remis l'amende, comme ça tu ne pourras pas dire que tu ne l'as pas reçue, et d'ailleurs, c'est correct, car ce n'est pas une photo, c'est une vidéo. »   Avec le sentiment mélangeant de se faire avoir par ceux qu'elle croyait ses protecteurs, relâchée, elle reprit son baluchon et elle gambada en chantonnant jusqu'en bas de la côte, voyant défiler plusieurs autobus remplis d’autres souris toujours en ligne vers les guichets d’amendes puis d'autres encore en provenance du Vieux-Port... Pauvres eux, ils en avaient encore pour peut-être un autre trois, quatre, cinq heures ? Sans eau, sans bouffe et surtout, ô humiliation, sans toilette.

Rendue au trottoir, une vigile solidaire  : l'eau fraîche, le pique-nique et les navettes improvisées l’accueillaient. Coeur léger, la souris venait de vivre son initiation de désobéissance civile. Un sentiment d'accomplissement l'habitait, celui qu'en fantasme, elle avait souvent visualisé. Elle se dit « La peur des matous maintenant matés, je continuerai à suivre mon coeur, bien que parfois, ses ailes me mènent dans ces terres qui s'appellent Bien ou Gros Bon Sens mais qu'on nomme ces temps-ci, Hors-la-loi. »

Chers lecteurs débordés, les ailes de votre coeur se sont-elles assez dérouillées, au détour de ce récit, pour venir contempler une vue d'ensemble ? Le jeu du chat et de la souris me fait peur, c'est un dérapage : il crée en ce moment des précédents dont vous serez peut-être le héros prochainement. Croyez-moi, « On devient vite une souris pour un chat, dans les aléas de l’abus des lois » je dirais même plus : « Dans les aléas de l’abus des lois, on devient vite une souris pour un chat » pour une première infraction municipale, nous accepterons à Montréal d'être arrêtés pendant six heures sans pouvoir boire, manger, pisser ni appeler ? Il est temps qu'on ordonne à nos chats de fixer un oeil plus averti sur les gros rats, et de l'autre, de veiller en ronronnant, laissant les souris faire danser notre temps. 

...J’ai rédigé ce texte au lendemain de mon arrestation. Quelques jours sont passés, la petite souris a déchanté, le traumatisme m'a frappée. Je sens mes besoins de liberté, de respect et de protection aliénés, une grande compassion pour mes concitoyens brutalisés aussi. Ces lois qui vont à l'encontre de la charte des droits et libertés du Québec, comme la loi-78 et la loi P-6, adoptées par nos états et appliquées sévèrement par le SPVM, balisent en ce moment le chemin que notre société prend. Un engrenage est en marche... et il ne tourne pas rond.

Gaia Viau
Étudiante en ostéopathie et musicienne

1er mai 2013, Fête des travailleurs, Montréal. from David Champagne on Vimeo.


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Volume 9, numéro 9 — Mercredi, 8 mai 2013
  
 

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