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Menthe un jour, menthe toujours

Menthe un jour
Menthe toujours

On trouve à la surface de la Terre une multitude d'espèces de menthe aux goûts, aux couleurs et aux formes variés, employées surtout pour leurs propriétés culinaires. Mais la menthe recèle de multiples principes actifs qui en font une plante médicinale d'importance. La plupart des menthes détiennent des vertus similaires, mais celles de la menthe poivrée, Mentha x piperita sont plus puissantes que celles de ses consoeurs.

Feuilles de menthe poivrée
Photo : Pierre Bertrand - Menthe poivrée

Historique

En Égypte, la menthe était très prisée en cuisine, en médecine et en parfumerie. On en a retrouvé des traces dans un tombeau datant de 1000 ans av. J.-C. Les Grecs anciens l'utilisaient en début d'infection ainsi que pour ses actions diaphorétiques. Les athlètes grecs se massaient avec une huile à la menthe avant les compétitions. Les Grecs et les Romains parfumaient leurs bains et leurs corps à la menthe. Ils en fabriquaient des couronnes pour stimuler la concentration et l'inspiration.

Le nom latin menthe signifie pensée, en référence à l'usage de la menthe comme tonique cérébral. Une autre hypothèse pour l'origine du nom mentha proviendrait d'une légende de la mythologie grecque dont on trouve différentes versions. J'ai choisi de vous partager celle-ci, la moins violente et la plus romantique. La déesse Perséphone, l'épouse jalouse de Hadès, le dieu de l'enfer, maltraitait la nymphe Menthé. Hadès, cédant à Perséphone, amena sa maîtresse sur le mont Triphyle et la métamorphosa en menthe afin d'immortaliser son souvenir.

Au IXe siècle, Odon de Meung écrit que la menthe prise en boisson est digestive, qu'elle fortifie l'estomac et qu'elle arrête les vomissements. Il conseille de la broyer avec du sel et de l'appliquer en cataplasme sur les morsures de chien afin de cicatriser les plaies.

Autrefois, dans la campagne québécoise, chaque famille faisait amples provisions de baume, nom populaire de la menthe à épis, une plante importante de la pharmacopée populaire.

Pour ses nombreux usages aromatiques industriels, dont les gommes à mâcher et la pâte dentifrice, le menthol est extrait de la menthe du Japon, Mentha japonica, une variante de Mentha arvensis, qui en contient plus de 50 %.

Botanique

Originaires d'Eurasie, on trouve une grande diversité de menthes à l'état sauvage. Comme elles sont interfertiles, elles se croisent facilement et ont ainsi donné naissance à de multiples hybrides. On a répertorié une vingtaine d'espèces véritables de menthe et plus de 1 000 variantes.

Parmi les menthes sauvages, on trouve ici la menthe du Canada, Mentha canadensis, qui s'est établi en colonies isolées dans le sud du Québec en milieux humides, principalement des fossés et des bords de rivière. Elle serait une variante de Mentha arvensis, la menthe des champs. Toutes deux portent des fleurs sessiles en verticilles à l'aisselle de feuilles rondes et petites. Les plants mesurent de 15 à 60 cm. Commune en Europe, la menthe aquatique, Mentha aquatica, est plus douce puisqu'elle ne contient pas de menthol. La menthe pouliot, Mentha pulegium, penny royal en anglais, diffère des autres menthes par ses propriétés médicinales distinctes.

En Occident, on cultive principalement la menthe à épis, Mentha spicata, aussi appelée menthe verte ou menthe douce ainsi que la menthe poivrée, Mentha x piperita. Les deux espèces atteignent toutes deux plus de 30 cm de hauteur, ne dépassant jamais un mètre. Comme tous les membres de la famille des lamiacées, les menthes développent des tiges carrées et des feuilles opposées, souvent légèrement dentées.

La menthe verte qu'on appelle spearmint en anglais s'étend très rapidement grâce à ses rhizomes souterrains et à ses stolons. Ses feuilles lancéolées, plus longues que celles de sa descendante poivrée, sont acuminées au sommet. Elle porte des épis terminaux étroits.

La menthe poivrée, peppermint en anglais, vient d'un croisement spontané observé dans un champ en Angleterre en 1696 entre la menthe aquatique et la menthe à épis. Elle se distingue de la menthe douce par sa tige rougeâtre, ses feuilles lancéolées pétiolées vert foncé parfois pourpres, ses épis terminaux larges et son mode de reproduction par stolons qui s'enracinent jusqu'à 2  mètres de distance de la tige principale. Sa forte teneur en menthol lui confère une saveur et une fragrance prononcées, ainsi que des propriétés médicinales notoires.

Jardinage

Menthe verte en fleur
Photo : Pierre Bertrand - Menthe verte en fleur

La menthe étant très envahissante, il est préférable de la cultiver à l'écart, un peu comme l'ortie. Pour éviter qu'elle ne prenne toute la place dans un jardin d'herbes, on peut la cultiver dans un pot d'une largeur et d'une profondeur de 30 cm qu'on enfouira dans le sol; il faudra arroser régulièrement et tailler les stolons qui tenteront de s'échapper du pot.

Contrairement à la plupart des autres herbes aromatiques vivaces, la menthe nécessite un sol frais et humide ainsi que des apports abondants de compost mûr. Elle requiert un arrosage généreux régulier.

Pour obtenir des sujets bien pourvus en constituants, on devrait cultiver la menthe en plein soleil en s'assurant de conserver un maximum de fraîcheur et d'humidité pour ses racines. Un paillis léger peut y contribuer.

On multiplie la menthe par division de plants en mai ou en septembre. On nettoie bien le terrain avant de l'établir, on l'amende généreusement avec du compost et on le garde exempt d'herbes indésirables en binant régulièrement. Il est préférable de recommencer une nouvelle plate-bande tous les 3 ans afin d'avoir des plants plus productifs, bien fertilisés et libérés des plantes adventices qui réussissent toujours à l'envahir. Si on opte pour la culture en pots, la menthe sera plus savoureuse et odorante si on l'installe en plein soleil. Sur un balcon, on devra arroser les contenants tous les jours, car elle aime avoir les pieds dans l'eau.

Rustique jusqu'en zone 3 si on prend soin de la couvrir d'un paillis, on observe de la menthe des champs, Mentha canadensis, jusqu'au 66e parallèle.

Usages

La récolte des feuilles se fait en plein été après 2  jours de temps sec avant que les fleurs ne soient épanouies. Il faudra mettre les tiges à sécher rapidement pour obtenir de la menthe séchée de bonne qualité. On peut aussi, rapidement après la récolte, effeuiller et hacher les tiges puis les mettre à macérer dans de l'huile durant 3  semaines pour en faire une huile à massage prodigieuse qui conférera un soulagement pour les muscles endoloris. Un concentré liquide dans l'alcool ou dans le vinaigre se prépare selon les mêmes principes.

Les Amérindiens écrasaient des feuilles fraiches de menthe pour les mettre dans leurs narines obstruées par le mucus. Pour cet usage, il serait utile d'hiverner un plant de menthe poivrée dans la maison, car une seule feuille de cette menthe triturée et insérée dans une narine dégage les sinus en quelques inhalations. En absence de menthe fraîche, on peut inspirer les vapeurs d'une infusion de menthe poivrée bien chaude qui dégagera les voies respiratoires et les sinus. Cette infusion par ses actions expectorante, mucolytique, analgésique, antiseptique et décongestionnante s'avère très utile dans les cas de sinusites, d'asthme, de bronchite, de rhume ou de catarrhe. Dans les cas de fièvre, son action diaphorétique augmente l'activité des glandes sudoripares, ce qui exsude les toxines et abaisse la température du corps. Elle aide également à diminuer les palpitations cardiaques en stimulant le coeur et en dispersant le sang à la surface de la peau. Elle agit aussi comme stimulant du système nerveux central.

La menthe est reconnue comme une excellente plante antispasmodique et digestive. Elle calme les spasmes et les crampes spécialement les spasmes du colon. Carminative, elle permet de réduire la production de gaz et soulage les ballonnements. Elle stimule le péristaltisme, augmente les sécrétions gastriques et stimule la production et l'évacuation de la bile au niveau du foie et de la vésicule biliaire.

Il est recommandé de prendre une infusion bien concentrée après le repas afin de ne pas trop diluer les sucs digestifs. Pour le syndrome de l'intestin irritable, on recommande d'en boire aussi avant le repas afin de détendre le système digestif. L'infusion ou la teinture diluée ou non, soulagera les nausées et les vomissements tout en combattant les troubles gastriques, le manque d'appétit et une digestion lente. Pour les personnes sujettes au mal des transports ou au mal des hauteurs, on conseille d'avoir sur soi un petit flacon d'huile essentielle de menthe poivrée pour en inhaler au besoin.

Les feuilles et sommités fleuries de la menthe à épis, Mentha spicata, sont utilisées de la même façon pour les problèmes d'indigestion et de nausées ainsi que pour calmer les palpitations et la nervosité. Danièle Laberge mentionne qu'elle est utile pour stimuler tous les appétits, incluant l'appétit sexuel, car elle la considère aphrodisiaque.

Menthe pouliot - Photo : Danièle Laberge

Les feuilles et les sommités fleuries de la menthe pouliot, Mentha pulegium, sont aussi digestives et antispasmodiques. Bienfaisantes pour la circulation, elles sont toniques, stimulantes et dépuratives. Elles favorisent la sudation et font baisser la fièvre. La menthe pouliot se distingue des autres menthes du fait qu'elle est une puissante emménagogue et ainsi, utile, pour déclencher des menstruations qui retardent.

Petits froids d'hiver

Pour les petits froids d'hiver, voici un mélange de plantes créé par Rosemary Gladstar, une herboriste américaine renommée. Le mélange est diaphorétique, c'est-à-dire qu'il aide à transpirer et ainsi à évacuer chaleur et toxines par les pores de la peau.

Une partie de fleurs de sureau (Sambucus nigra ou canadensis);
Une partie d'inflorescences d'achillée millefeuille (Achillea millefolium);
Une partie de menthe poivrée (Mentha piperita).

On mélange le tout et on conserve dans un pot ambré. À boire en infusion au premier froid!

En cuisine

J'aime bien ajouter quelques feuilles de menthe verte hachées dans le taboulé, le tzatziki et l'hommos. On peut en intégrer dans les rouleaux impériaux et l'employer pour préparer de rafraîchissantes limonades ou de délicieux smoothies. La menthe ajoutera de la saveur aux mélanges de tisane fade.

Contre-indications

Il est important de ne pas l'utiliser la menthe pouliot, Mentha pulegium, pendant la grossesse et l'allaitement, car elle pourrait déclencher les contractions et être fatale pour le bébé. À cause de son hépatotoxicité et de sa néphrotoxicité, il vaut mieux l'éviter chez les personnes ayant une faiblesse ou une maladie du foie ou des reins.

Menthe pouliot en fleurs - Photo : Danièle Laberge

L'herboriste Marie Provost met en garde contre l'emploi de l'huile essentielle de menthe poivrée. Il ne faut jamais faire respirer de préparations à base d'huile essentielle de menthe poivrée (ou de menthol) à un nouveau-né ou à de jeunes enfants, car cela risque de provoquer une contraction de la glotte, un spasme laryngé et même la mort par asphyxie. On proscrit aussi l'utilisation en interne de l'huile essentielle qui pourrait causer l'occlusion des canaux biliaires, l'inflammation de la vésicule biliaire, des dommages sérieux au foie et une incidence accrue de reflux gastrique. Il ne faut cependant pas confondre l'huile essentielle de menthe naturelle et le menthol synthétique obtenu à partir du thymol. Le menthol synthétique est toxique et dangereux tandis que le menthol naturel ne le deviendra que s'il est pris en excès.

La menthe poivrée prise en infusion est considérée sécuritaire et sans effets secondaires.

Par contre, certaines personnes peuvent développer des réactions allergiques. On ne la conseille pas en grandes doses pour des personnes souffrant d'ulcères d'estomac avancés. Elle peut aussi augmenter les aigreurs de l'estomac ou le reflux gastrique. Comme elle peut déclencher des contractions chez les femmes enceintes, on conseille une dose modérée de 250 à 500 ml (1 à 2 t) d'infusion par jour. On devrait éviter d'en donner aux bébés et ne pas en faire boire plus d'une semaine aux enfants, car elle pourrait irriter leurs muqueuses et leurs reins. Enfin, les personnes épileptiques devraient prendre une pause de quelques jours après une semaine de consommation parce qu'en trop grande quantité, l'infusion pourrait initier des crises.

Diane MackayDiane Mackay,
Biologiste, jardinière et herboriste
Les Jardins du Grand-Portage

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Bibliographie

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  • GRAY, Beverley, The Boreal Herbal : wild food and medicinal plant of the North. Aroma Borealis Press, 2011
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  • MICHAUD, Lili. Les fines herbes de la terre à la table. Éditions Multimondes. 2015
  • PROVOST, Marie. Notes de cours de l'École buissonnière. Cahier XV, Toniques respiratoires. Val-David 1998.
  • SCHAUENBERG, Paul et PARIS, Ferdinand. Guide des plantes médicinales — Analyse, description et utilisation de 400 plantes. Delachaux et Niestlé. 1977.

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Volume 14, numéro 8 — Mercredi, 10 octobre 2018
  
 

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