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Le chardon-Marie: il était un foie

Le chardon-Marie: il était un foie

Chardonmarie, fleur
Photo : Danièle Laberge

Plusieurs plantes permettent de traiter ou de prévenir les maladies du foie. Dans une chronique précédente, j'ai traité du pissenlit, fort utile pour supporter le foie et les reins. Aujourd'hui, je vous présente le chardon-Marie, une plante protectrice et régénératrice du foie.

Le chardon-Marie (Silybum marianum) tient son nom de la vierge Marie. Une légende raconte qu’en nourrissant Jésus lors d’un voyage entre l’Égypte et la Palestine, Marie a fait tomber sur un chardon quelques gouttes de son lait qui en aurait blanchi les nervures. En anglais, on le nomme Milk Thistle.

Magnifique chardon déployant un feuillage panaché d'où jaillissent des capitules à épines coiffés de fleurs tubulées violettes, cette astéracée spectaculaire peut atteindre plus de 150 cm de hauteur. Originaire du sud de l'Europe, mais déjà présent au XVIe siècle dans le nord de l'Europe, le chardon-Marie s'est naturalisé en Amérique à la fin du XIXe siècle.

Pline l'Ancien mentionnait déjà dans ses écrits il y a 2 000 ans qu'il était efficace « pour faire sortir la bile ». Les Romains le cultivaient comme légume. Ils préparaient aussi un mélange de jus de chardon-Marie et de miel pour régulariser la production de bile. En Europe, au Moyen Âge et à la Renaissance, on mentionne le chardon-Marie dans plusieurs écrits qui rapportent entre autres qu'on le donnait aux femmes allaitantes pour stimuler la production de lait. Il fut transporté en Amérique par des colons au XIXe siècle.

Bénéfique pour le foie

Le foie accomplit des fonctions vitales d’épuration, de synthèse et de stockage. Il fabrique 80 % du cholestérol sanguin ainsi que la bile qui contribue à la digestion des aliments, notamment des graisses, ainsi qu'à l’élimination des toxines. Constamment irrigué de sang – 1,5 litre à la minute – , il stocke les vitamines et met du sucre en réserve qu'il libère, au besoin. Dans certaines circonstances, le foie peut souffrir d'inflammation.

Depuis les années 60, des chercheurs démontrent les vertus protectrices du chardon-Marie pour le foie. Plusieurs études cliniques furent réalisées à partir d'extraits standardisés de graines de chardon-Marie de sorte que le taux de silymarine, son principe actif, soit élevé et constant. En effet, c'est la silymarine, isolée en 1968, contenue dans sa graine qui est reconnue pour ses effets protecteurs sur le foie.

La Commission E d'Allemagne tout comme l’Organisation mondiale de la santé reconnaissent l’usage de la silymarine pour traiter les intoxications hépatiques – usage d’extrait normalisé à 70 % ou 80 % de silymarine – et son efficacité contre les maladies du foie.

Le chardon-Marie assainit le foie, le protège et exerce une action régénératrice qui permet de réparer ses cellules endommagées. Il aide dans les cas de cirrhose, d'excès d'alcool, d'hépatite virale, de jaunisse et d'intoxication alimentaire. Il peut renverser les dommages causés par certains médicaments hépatotoxiques comme l'aspirine et l'acétaminophène – consommés à trop fortes doses – ou par des toxines chimiques comme le tétrachlorure de carbone utilisé dans le nettoyage à sec. Son efficacité est également reconnue dans les cas d'intoxication aux champignons vénéneux, surtout en Europe où les médecins administrent, sous forme d'injection, un dérivé soluble de la silymarine tirée des graines de chardon-Marie pour traiter les intoxications à l'amanite. Ce champignon sauvage renferme une substance toxique pour le foie potentiellement mortelle.

Chardonmarie, semences
Photo : Danièle Laberge

Usages et dosages

Comme les ingrédients actifs du chardon-Marie sont peu solubles dans l’eau, les infusions et les décoctions en contiennent beaucoup moins que les graines fraîches, les teintures et les extraits normalisés.

Pour aider le foie, on réduit en poudre à l'aide d'un moulin à poivre quelques graines de chardon-Marie qu'on incorpore aux aliments.

Pour traiter des affections plus graves de l'organe, il est préférable de prendre de plus fortes doses de poudre de graines, soit de 5 à 10 ml par jour mélangé à la nourriture.

Marie Provost de la Clef des champs recommande en dose d'intervention 3 ou 4 capsules de 1 à 2 fois par jour pendant un maximum de 2 semaines, puis de poursuivre en dose de traitement avec de 2 à 4 capsules par jour pendant de deux à quatre mois. Elle suggère un temps d'arrêt à quatre mois avant de reprendre le traitement, si nécessaire.

Précautions

Pour traiter les maladies du foie, un suivi médical est recommandé; il importe d'obtenir un diagnostic avant d’initier tout traitement, qu'il soit classique ou naturel. Lorsqu'elles sont allergiques à d'autres astéracées tels l’aster, la marguerite et la camomille, certaines personnes réagissent au chardon-Marie.

Mode de culture

En zone 3, pour propager le chardon-Marie, il est préférable d'effectuer des semis intérieurs afin que les semences atteignent leur maturité avant le gel. Il est recommandé de stratifier les semences. L'opération consiste à effectuer le semis en pots dans un terreau de germination en mars et de placer les pots humectés dans un sac de plastique au réfrigérateur ou à l’extérieur de façon à les exposer au froid de 3 à 4 semaines. En avril, on place les pots à la chaleur. Dès la germination, on installe un éclairage d'appoint au-dessus des plants.

En mai, on place les pots à l'extérieur. Après 2 à 3 semaines, on transplante les plants au soleil dans un endroit chaud du jardin, en laissant 75 cm de distance entre les plants. La transplantation doit être effectuée avec soin et délicatesse, sans que la motte de terre se défasse. On peut enrichir le sol avec un peu de compost mûr, mais le chardon-Marie apprécie un sol pauvre et sableux. Le plus simple pour la multiplication de l'espèce demeure un semis direct d'automne ce qui évite d'avoir à organiser la stratification, ce qui est possible en zone 4.

Récolte et traitement

Muni de gants et de vêtements épais, on taille à l'aide de sécateurs les tiges portant les capitules lorsque ceux-ci sont bien secs et ouverts, au stade où se dévoilent les aigrettes. Il sera plus facile de battre les capitules en conservant si possible 20 cm de tige. Pour la récolte, la vigilance demeure de mise, car si on ne les cueille pas régulièrement, les semences tombent au sol.

On accumule les capitules dans un sac de papier brun épais et on les range à l'abri de l'humidité. Une fois la récolte complétée, on bat les capitules dans un grand contenant afin de libérer les graines et de les débarrasser de leurs aigrettes. Des passoires de différentes dimensions permettront de compléter le nettoyage. On prendra soin durant l'opération de ne pas respirer les poussières. Les graines se conservent 4 ans.

Chardonmarie, sommité
Photo : Danièle Laberge

Je terminerais en vous disant que même si votre foie est sain, vous pouvez toujours profiter de la plante sur le plan alimentaire. Caroline Gagnon dans son Materia Medica relate qu'« on mange les feuilles dépouillées de leurs épines en salade, on cuit les tiges (pelées et macérées) comme des asperges et les racines comme des salsifis. Les fleurs se mangent comme des artichauts et on peut même préparer un breuvage avec les graines rôties comme du café. »

Enfin, la plante est si distinctive qu'on peut la cultiver uniquement pour sa beauté.

Grâce au programme de formation continue de la Guilde des herboristes, nous avons la chance d'accueillir, au Cegep de Rosemont à Montréal, l’herboriste français Christophe Bernard, les 22 et 23 avril 2017. Il nous informera sur les plantes médicinales de la tradition française pour le foie, ainsi que les plantes occidentales pour la digestion et l’assimilation.

Cette vidéo vous présente l’herboriste Christophe Bernard et les formations qu’il nous donnera les 22 et 23 avril.

Tous (membres ou non membres de la Guilde des herboristes) peuvent s’inscrire au www.guildedesherboristes.com

Diane Mackay Diane Mackay,
Biologiste, jardinière et herboriste
Les Jardins du Grand-Portage

Références :

Christophe Bernard www.altheaprovence.com/blog/chardon-marie-silybum-marianum/.

Capucine Chartrand Le chardon-Marie. Le Journal de la Guilde des herboristes volume 15, no 2. La Santé du foie - pour maintenir l'équilibre.

Frère Marie-Victorin, Rouleau Ernest. 2e édition, Flore laurentienne. Les Presses de l'Université de Montréal, 1964.

Caroline Gagnon, Valérie Lanctôt-Bédard Materia medica pour sorcières et sorciers avertis… 2002-2003.

Moïra O'Reilly Interactions, contre-indications et complémentarités, plantes-médicaments. L'Herbothèque inc. 2004.

Marie Provost, Marie Jutras Compendium, Clef des Champs.

Rebecca L. Johnson, Steven Foster, Tierona Low dog, M.D. et David Kiefer, M.D. National Geographic Guide to Medicinal Herbs, 2014.

www.passeportsante.net, le site de Passeport Santé donne beaucoup de références sur les recherches effectuées sur le chardon-Marie.


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Volume 13, numéro 6 — Mercredi, 22 mars 2017
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