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L'évolution des pratiques entourant l'accouchement

L'évolution des pratiques entourant l'accouchement :
les intuitions des femmes devenues… savoir scientifique

Il y a près de 40 ans de cela, je donnais naissance à mon premier enfant, après avoir participé à des rencontres prénatales animées par une sage-femme d'alors (autodidacte, devenue depuis membre de l'Ordre des sages-femmes du Québec après la légalisation de cette profession en 1999), tout en ayant un suivi avec un médecin. Je souhaitais un accouchement le plus naturel possible, mais je finis par avoir une césarienne, après 36 heures de travail. Mon bébé se présentait mal et il était impossible d'aller le chercher autrement. Cette difficile expérience, loin de me décourager de vouloir donner naissance, me fit … accoucher, puis écrire un livre sur l'accouchement vaginal après césarienne (AVAC) et explorer plus à fond, depuis, les méandres de ce qu'on a appelé l'humanisation de la naissance. Ce mouvement en était un de réappropriation de leur corps par les femmes enceintes, de re-découverte du sens multiple de la naissance d'un bébé et de sa mise au monde (alors considéré comme un événement uniquement bio-médical). Je faisais partie des milliers de femmes (et de couples) qui, en Amérique du Nord dans les années 70, remettaient en cause les dogmes de l'obstétrique. Mais, plus que cela, qui voulaient mettre au monde leur enfant à partir de ce qu'elles ressentaient au plus profond d'elles-mêmes. Qui souhaitaient, chose étrange dans les années 70, allaiter leur bébé. Qui ne voulaient pas qu'on provoque l'accouchement, croyant que leur bébé naîtrait quand il serait prêt. Qui voulaient pouvoir se restaurer, et boire pendant le travail exigeant d'accoucher. Et bouger, se lever, se promener, s'immerger dans l'eau chaude (et souvent, y donner naissance). Qui ne voulaient pas qu'on clampe le cordon ombilical aussitôt que leur bébé était né. Qui voulaient par-dessus tout avoir, dès sa naissance, sans aucune interruption, leur bébé dans leur bras tout contre elles. Bref qui voulaient qu'on respecte l'événement qu'elles vivaient, le rythme qui lui était propre et son caractère sacré.

Et comme, lorsqu'elles accouchaient en milieu hospitalier, les femmes devaient trop souvent se battre pour qu'elles puissent vivre ce que leur intuition les inclinait à faire, plusieurs préféraient accoucher à la maison, dans la chaleur de leur foyer, avec les femmes qui s'étaient formées comme sages-femmes, qui avaient été chercher une formation à l'étranger, ou encore qui étaient diplômées mais non reconnues en Amérique du Nord. Ces sages-femmes, intuitivement elles aussi, avaient développé un accompagnement centré sur ce que les femmes voulaient et sur ce qu'elles apprenaient d'elles.

Ces pratiques alternatives entourant l'accouchement encouraient l'opprobre et le courroux des médecins, sauf, heureusement, de quelques exceptions à l'esprit ouvert ou qui avaient vécu pour leur enfant autre chose pour sa naissance, exceptions qui devenaient très recherchées par les femmes voulant elles aussi, autre chose. Dans la presque totalité des milieux médicaux, on traitait trop souvent ces dernières d'irresponsables, de folles, d'hystériques ou, au mieux, de « granolas ».

Graduellement, très très lentement, les pratiques obstétricales s'ouvrirent au fil des décennies à d'autres façons de faire (je devrais plutôt dire aux « façons de ne rien faire », ce qui, pour l'accouchement, peut en favoriser le bon déroulement). Longtemps, je fus découragée de la lenteur des changements, de la résistance des milieux hospitaliers. Jusqu'à ce que, ces dernières années (je dirais à partir des années 2000), les études qui commençaient à porter sur les pratiques alternatives pour l'accouchement révèlent, une par une, qu'à peu près tout ce que les femmes avaient réclamé pour leur accouchement et qui avait été traité de farfelu, inutile, sinon carrément dangereux, par la plupart des milieux obstétricaux s'avère être… ce qu'il y avait de mieux pour la santé du bébé, ou de la mère, ou pour le déroulement optimal de l'accouchement. Il fallut par exemple attendre 2007 pour qu'une première revue systématique de littératurei souligne les bénéfices de telles pratiques centrées sur la mère et son bébé.ii

Alors, aujourd'hui, toutes ces idées longtemps conspuées comme la mobilité durant le travail, l'importance de laisser la femme en travail dans sa « bulle », de favoriser la pénombre et le silence autour d'elle, la poussée physiologique (ne pas être dirigée à bloquer sa respiration et en comptant comme on le fait encore trop souvent dans les départements d'obstétrique), attendre que le sang du cordon ait fini d'être transféré au bébé après sa naissance, ou le contact peau-à-peau ininterrompu de la mère et de son bébé pendant 1 à 2 heures après sa naissance – quelques exemples parmi des dizaines – sont devenues des pratiques reconnues par la science comme bénéfiques pour l'accouchement, la santé de la mère et le bébé, et qui devraient remplacer ce qui traîne encore trop souvent ici et là dans les hôpitaux où les femmes accouchent.

On commence par exemple à reconnaître sur le plan scientifique le rôle très délicat et irremplaçable des hormones naturelles pendant le travail, soulignant leur action et leurs effets pour un déroulement optimal de l'accouchement. On commence à voir que la poussée dirigée, non seulement épuise la mère, mais qu'elle nuit au fœtus car elle réduit l'apport  en oxygène qui lui parvient alors. On sait aussi, à l'heure actuelle, que de retarder après la naissance le clampage du cordon ombilical de quelques minutes permettra au bébé de recevoir un volume de sang supérieur et ainsi avoir moins de risque de faire de l'anémie. On sait aussi que le contact du bébé en peau-à-peau avec sa mère, dès sa naissance, l'aide à maintenir sa température corporelle, diminue ses pleurs, et que le contact olfactif permet au bébé de reconnaître sa mère, un élément important dans le phénomène d'attachement. Enfin, de plus en plus d'études soulignent le rôle bénéfique de l'accouchement vaginal pour la colonisation de l'organisme du bébé par les bonnes bactéries de sa mère, ce qui favorise un bon système immunitaire, contrairement au fait de naître par césarienne. Cela aurait un impact positif durable sur sa santé comme enfant, puis comme adulte. N'est-ce pas réconfortant que, dans le domaine si précieux de la mise au monde des êtres humains, des façons de faire issues de l'intuition des femmes se voient depuis quelques années presque toutes validées par la science ? (et ce n'est pas fini…)

MicroBirth

Pour poursuivre la réflexion, un merveilleux documentaire est sur le point de voir le jour. Il s'agit de MicroBirth, qui sera éventuellement disponible en d'autres langues que l'anglais. Ce film soulève des questions extrêmement importantes mais très peu discutées, soit que la façon dont l'accouchement et la naissance se déroulent a non seulement un impact sur les enfants, mais peut-être aussi, sur l'avenir de l'humanité. Des biologistes, neuro-immunologistes, neuro-toxicologistes se demandent si avec la médicalisation et la chirurgicalisation de la naissance, on n'est pas en train d'altérer l'avenir de l'humanité – et notamment si celles-ci ne joueraient pas un rôle dans l'accroissement des maladies chroniques et des maladies auto-immunes qui affligent de plus en plus les humains et taxent de manière croissante les ressources de nos systèmes de santé.iii Avec les taux d'interventions obstétricales qui n'en finissent pas de croître, sauf exception, il est plus que temps d'y réfléchir. www.youtube.com/MicroBirth

Hélène Vadeboncoeur, Ph.D

Chercheure en périnatalité
Auteure de Une autre césarienne ou un AVAC ? S’informer pour mieux décider (3e édition, FIDES, 2012) et de Birthing Normally After A Cesarean or Two – A Guide for Pregnant Women (Fresh Heart Publishing, 2011)
www.helenevadeboncoeur.com
Membre du c.a. de l’Organisation internationale pour la naissance MèrEnfant (IMBCO)
Membre du comité aviseur de la charte Le respect dans les soins de maternité : Les droits universels des femmes pendant la période périnatale (Alliance du Ruban blanc pour une maternité sans risque)


i— Une revue systématique de littérature est une méthode d'évaluation scientifique qui permet de faire le tour des études scientifiques ayant porté sur tel ou tel sujet, en fait le tri selon des critères précis et qui donne un portrait global des résultats des différentes études retenues. C'est une des formes de recherche considérées comme les plus probantes.

ii— The Coalition for Improving Maternity Services : Evidence Basis for the 10 Steps of Mother-Friendly Care. 2007. The Journal of Perinatal Education. Vol. 16 No. 1. Suppl.

iii— Le documentaire MicroBirth, en voie d'être terminé, est présentement en recherche de financement. Pour plus d'informations, voir le site suivant : http://www.indiegogo.com/projects/microbirth


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Volume 10, numéro 4 — Mercredi, 5 mars 2014
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