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Cowansville : une ville où il fait bon accoucher

Cowansville : une ville du Québec où il fait bon accoucher
l'implantation d'une initiative internationale
axée sur la dyade MèrEnfant, l'IMBCIi

J'ai eu la chance d'accompagner depuis 2009 un centre hospitalier québécois dans ses démarches vers l'implantation de l'Initiative internationale pour la naissance MèrEnfant (IMBCI), initiative que j'ai présentée dans le numéro 7 de Covivia. Leurs efforts illustrent que, OUI C'EST POSSIBLE POUR UN CENTRE HOSPITALIER DE CHANGER SES PRATIQUES AUTOUR DE L'ACCOUCHEMENT. Ce que cela prend ? Essentiellement une ouverture d'esprit au départ envers une innovation pouvant améliorer les pratiques, la volonté de l'implanter, l'engagement de la direction et de tout le personnel (incluant ces travailleurs autonomes que sont les médecins), une gestion intelligente du changement, notamment par une démarche systémique et des ajustements au besoin en cours d'implantation.

Photo prise en janvier dernier lors d'une visite de Debra Pascali-Bonaro, présidente du C.A. de IMBCO, (l'avant-dernière à droite, 2e rang) et de moi-même (1ère à gauche, 2e rang) au CH Brome-Missisquoi-Perkins à Cowansville. Avec l'équipe de ce jour de janvier et (au 2e rang à l'extrême droite) la coordonnatrice du secteur Périnatalité et Petite enfance au CSSS de la Pommeraie, Christiane Charest.

Il faut dire qu'au départ, le centre hospitalier Brome-Missisquoi-Perkins (situé à Cowansville) avait déjà l'habitude d'instaurer des changements. Premier hôpital à devenir Ami des bébés, en 1999, et re-certifié plusieurs fois depuisii, cet hôpital a innové en étant parmi les premiers à n'avoir que des chambres uniques (travail, accouchement, post-partum), et pas de pouponnière. Les infirmières de son Pavillon de naissances sont polyvalentes, s'occupant des femmes en travail, de celles qui accouchent, et des nouvelles accouchées et des bébés. C'est un des seuls hôpitaux au Québec où les obstétriciens-gynécologues ne sont pas responsables des accouchements se déroulant bien (ce sont les médecins de famille qui s'en occupent), venant en soutien pour les grossesses à risques et les accouchements plus délicats. Et comme tous les hôpitaux avec un département d'obstétrique, l'hôpital Brome-Missisquoi-Perkins participe depuis 2008 au programme axé sur la sécurité et la qualité des soins AMPRO, de la Société des obstétriciens et gynécologues du Canada (SOGC). Enfin, tout comme d'autres hôpitaux, cet hôpital a participé, ces dernières années, à l'étude QUARISMA sur la baisse des taux de césariennes. Bref, le contexte était favorable à l'implantation de l'IMBCI.

Voici comment on s'y est préparé, durant trois ans, et comment on a implanté l'IMBCI, la quatrième année. Soulignons que ce processus, réalisé au travers des tâches quotidiennes d'un département d'obstétrique, et sans aucun budget supplémentaire les premières années, prit quatre ans, et s'accompagna de collecte de données. La première année, un comité d'implantation fut mis sur pied et commença à approfondir sa connaissance de l'IMBCI, à réfléchir à l'objectif poursuivi si on l'implantait et à comment s'y prendre pour l'implanter. Les guides d'implantation et d'évaluation sur l'IMBCI furent traduits en français et résumés de manière à les rendre opérationnels. L'IMBCI et la participation du centre hospitalier à cette initiative furent présentées au personnel ainsi qu'à un colloque en pratiques obstétricales, Enfanter le monde, qui eut lieu à Québec en 2010.iii

La seconde année, le comité se familiarisa avec l'approche physiologique du travail et de l'accouchement et avec l'approche sage-femme en soins de maternitéiv, qui fondent l'IMBCI : en quoi elles consistent, ce qui favorise l'accouchement physiologique – le rôle des hormones qui facilitent le travail, le rôle de la mobilité pendant le travail, le rôle de la douleur durant l'accouchement, comment l'accompagner, etc. En même temps, à la lumière de ces nouvelles connaissances, on commençait à réfléchir à ce qui avait besoin d'être modifié dans les pratiques, pour que les 10 conditions de l'IMBCI soient respectées.

Photos : Hélène Vadeboncoeur

Photo de gauche : Dans la salle d'équipement, trois ballons et un banc de naissance, pour faciliter le travail et l'accouchement

Photo de droite : Atelier sur IMBCI, 23 avril 2013, Anne Goubayon, sage-femme, coordonnatrice de la Maison de naissances du Boisé


La troisième année, une sage-femme d'expérience de l'Ordre des sages-femmes du Québec, Céline Lemay – aussi chercheure – fut engagée pour rédiger un document qui servirait de base de connaissances commune pour la compréhension de la physiologie de l'accouchement. Pendant ce temps, un comité travaillait à l'approfondissement de ses connaissances sur la normalité et la physiologie de l'accouchementv – par la lecture d'ouvrages qu'il résuma, et par des formations données au personnel par un médecin et des infirmières du service. Par exemple, une formation en massage durant le travail fut donnée par une infirmière du service qui est aussi massothérapeute, et d'autres – infirmière ou médecin – animèrent des ateliers sur la douleur et l'accouchement, sur la mobilité durant le travail, sur la physiologie, etc. Ces formations de quelques heures données au personnel par des membres du comité eurent lieu entre 2010 et 2012.

La quatrième année, afin de changer la culture entourant l'accouchement chez la clientèle-cible, le contenu et la forme des cours prénataux furent entièrement repensés. De cours centrés sur les étapes de l'accouchement et les exercices de respiration, donnés en 5 soirées en autant de semaines consécutives à 12 couples, on passa à des cours donnés à 6 couples et axés sur ce qu'est un accouchement physiologique, sur ce qui le favorise, sur ce qui lui nuit, donnés en 2 fois 4 heures un weekend.vi La préparation des clientèles vivant en contexte de vulnérabilité fut également revue. De plus, quatre journées d'AMPRO sur l'accouchement physiologique eurent lieu, animées par le docteur Guy-Paul Gagné, obstétricien-gynécologue et Anne Goubayon, sage-femme. Cet atelier fut offert successivement à tout le personnel infirmier et médical, et servit aussi à préparer les participants à ce qui avait besoin d'être amélioré pour respecter les 10 conditions de l'IMBCI et à réfléchir sur comment y arriver. Tout ceci marqua le début de l'implantation comme telle de l'IMBCI au Pavillon de naissances, en 2013. Essentiellement, la priorité des membres de l'équipe était de faire un pas de plus vers le respect du caractère physiologique de l'accouchement : en faire la promotion, le favoriser et le protéger. On voulait en implantant l'IMBCI favoriser chez les femmes une expérience positive d'accouchement et l'empowerment des femmes enceintes et des hommes qui les aiment.vii

Finalement, les femmes enceintes du territoire – pour la plupart des femmes attendant leur premier enfant – préparées depuis février 2013 selon la nouvelle approche physiologique de l'accouchement, commencèrent à accoucher en avril 2013, soit depuis un peu plus d'un an. Les résultats s'annoncent prometteurs. En voici quelques-uns. D'abord, des résultats qualitatifs : les infirmières se sentent beaucoup plus à l'aise dans leur rôle d'accompagner les femmes et de les soutenir dans le respect de la physiologie, les médecins sont plus familiers avec les accouchements physiologiques; on observe qu'ils en parlent plus, qu'ils agissent pour le favoriser et le protéger. Les femmes et couples sont très satisfaits, et écrivent de nombreux commentaires positifs dans le questionnaire.viii Les pères en particulier apprécient la préparation reçue et les soignants observent qu'ils semblent plus à l'aise lors du travail. L'allaitement semble facilité. Et des femmes/couples d'autres territoires que celui du CSSS de la Pommeraie expriment le désir de pouvoir s'inscrire aux cours prénataux.

Et lorsqu'on examine les statistiques, comparant les femmes dont la grossesse présente peu de risques et qui ont participé aux nouveaux cours prénataux et celles (même niveau de risques) n'y ayant pas participé, on constate une diminution significative du nombre de césariennes chez les femmes ayant bénéficié de la nouvelle préparation. On constate aussi plus d'accouchements physiologiques dans le premier groupe. L'écart concernant ces deux paramètres semble s'accentuer chez les femmes primipares ayant accouché plus tard dans l'implantation de l'IMBCI, comparativement à celles ayant accouché plus tôt dans le processus. Mais comme l'initiative est implantée depuis peu, l'examen des statistiques dans les prochaines années nous dira si cette tendance se maintient.

Bref, le fait que j'aie accompagné depuis le début l'implantation de l'IMBCI dans cet hôpital – par ailleurs à 15 minutes de chez moi ! – m'a permis de constater que c'est tout à fait faisable pour un département d'obstétrique d'effectuer un changement important dans ses habitudes. Il reste certes des choses à faire pour bonifier l'implantation et le suivi des effets, nais les résultats suggèrent déjà qu'il s'agit d'un exemple important à suivre.

Hélène Vadeboncoeur, Ph.D

Hélène VadeboncoeurChercheure en périnatalité
Auteure de Une autre césarienne ou un AVAC ? S’informer pour mieux décider (3e édition, FIDES, 2012) et de Birthing Normally After A Cesarean or Two – A Guide for Pregnant Women (Fresh Heart Publishing, 2011)
www.helenevadeboncoeur.com


i Initiative internationale pour la naissance MèrEnfant (International MotherBaby Childbirth Initiative, www.imbci.org)

ii La dernière certification s'est étendue au CSSS de la Pommeraie, qui inclut l'hôpital.

iii Enfanter le monde fut préparé par un groupe interdisciplinaire sous les auspices de l'Association pour la santé publique du Québec. Ce colloque réussit à faire ce qui n'avait pas été accompli au Québec dans un colloque remettant notamment l'obstétrique en question : attirer 700 participants dont… une centaine de médecins – du jamais vu dans un colloque questionnant l'obstétrique –, de nombreuses infirmières, des sages-femmes, des accompagnantes à la naissance, des consultantes en allaitement, etc.

iv La condition no 2 de l'IMBCI se lit comme suit : « Posséder les connaissances relevant de la pratique sage-femme, qui favorisent l'accouchement physiologique ».

v Denis Walsh 2011. Evidence and Skills for Normal labor and Birth – A Guide for Midwives, Routledge; Verena Schmid, 2011. Birth Pain – Explaining Sensations, Exploring Possibilities – A Guide for Midwives, Fresh Heart; Penny Simkins & Ruth Ancheta, 2011, The Labor Progress Handbook – Early Interventions to Prevent and Treat Dystocia, Wiley-Blackwell; Blandine Calais-Germain Nuria Vives Parés. 2009. Bouger en accouchant. Éd. Desins ARA; Julie Bonapace. 2009. Accoucher sans stress avec la méthode Bonapace. Éditions de l'Homme; Bernadette De Gasquet. 2012. Accouchement : la méthode De Gasquet; Soo Downe, 2008. Normal Childbirth – Evidence and Debate, Churchill Livingstone.

vi Pour les femmes dont ce n'est pas la première grossesse, un cours accéléré d'une heure et demie est offert.

vii Parallèlement au travail de préparation qui avait lieu au sein du CH, la coordonnatrice du Service Périnatalité et Petite enfance du CSSS, Madame Christiane Charest, a participé aux travaux de l'INESSS (Institut national d'excellence en santé et services sociaux) sur les interventions obstétricales évitables  commandés par le MSSS dans la foulée de la mise en œuvre de la Politique de périnatalité 2008.

viii Depuis 2008, un questionnaire est disponible, auquel les femmes peuvent répondre de façon anonyme avant de quitter l'hôpital. Il s'agit du questionnaire d'AMPRO, un programme de la Société des obstétriciens et gynécologues du Canada. D'ici peu, un questionnaire IMBCI le remplacera, avec des questions en lien avec le respect des conditions de l'IMBCI.


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Volume 10, numéro 9 — Mercredi, 14 mai 2014
  
 

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