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Penser comme une montagne

Penser comme une montagne

Voici un article extrait du nouveau livre de Paule Lebrun, Quête de Vision Quête de sens, publié aux éditions Vega. L'auteure y présente la quête de vision comme un rite s'inscrivant dans un écochamanisme contemporain, comme une pratique environnementale de base pour ceux qui veulent protéger la nature, réapprendre son langage et retrouver l'unité avec le monde sauvage.

Aldo Leopold a été l'un des premiers environnementalistes convaincu dans l'Amérique des années 60. Voici comment s'est passé sa première intuition profonde d'une écologie ou tout était relié. Il avait 28 ans. Il était un jour à la chasse avec ses amis, et il a tiré sur un loup :

« Nous nous sommes approchés du vieux loup juste à temps pour voir une lueur verte et féroce dans ses yeux mourants. Je réalisai alors, et je le sais dans toutes mes cellules depuis ce jour, que je venais de toucher quelque chose de radicalement nouveau pour moi, quelque chose que seuls le loup et la montagne savaient déjà. J'étais jeune alors. Je pensais que quelques loups de moins signifiaient plus de chevreuils. Et dans mon esprit, la destruction complète des loups équivalait à une sorte de paradis pour les chasseurs. Mais après avoir vu la flamme verte s'éteindre dans les yeux du vieux loup, j'ai senti profondément que ni le loup, ni la montagne n'étaient d'accord avec pareille conception [1]. »

La prise de conscience, tel le dessin caché dans le journal, est inattendue, tient de la révélation, et suppose un bris radical dans la croyance dominante qui nous veut maîtres du monde. Soudain, Aldo Leopold est sorti de l'état de transe collective moderne qui veut que nous dominions la nature.

L'expression Penser comme une montagne est le titre d'un petit livre de l'écologiste australien Jonh Seed [2] qui a eu pignon sur rue dans les années 1970. John Seed et Joanna Macy offraient alors une série de processus intitulés Despair Workshop. Ces processus s'offraient aux écologistes et avaient pour but de reconnaître ces sentiments de désespoir, de colère et de tristesse liés à la destruction de notre environnement, sentiments recouverts de couches de déni, d'inertie et de torpeur collective. Seed avait alors inventé une pratique nommée « Le concile de tous les êtres » où dans de grandes assemblées, les participants revêtaient un masque et parlaient au nom des espèces en voie de disparition. C'était d'une puissance à couper le souffle. John Seed dit qu'à moins de penser comme une montagne ou un ours brun ou une fourmi ou une rivière, il sera impossible d'éviter le désastre. Aldo Leopold devant le vieux loup agonisant s'est mis à penser comme un loup.

Les loups hurlent sur la rive à l'endroit où nous faisons les quêtes de visions sur les îles. On entend aussi constamment le chant fantomatique des huards. Les lapins pointent les oreilles et se sauvent, les écureuils vrillent, sont curieux et se pourchassent et les ratons laveurs grattent, grappillent, cassent des branches, continuent leurs activités quotidiennes… Ces bruits, ces cris se déposent au fond de notre corps et nous sortent immédiatement de notre univers logique. Ils nous ramènent dans des mémoires si anciennes que nous n'avons plus de noms pour elles.

Les canyons profonds, les cascades, le chant des huards, l'immobilité du lac, les loutres joueuses, les couples d'oiseaux qui traversent le ciel et dont vous entendez le battement d'ailes, la luminosité vibrante d'un oiseau mouche, le tronc d'arbre mort qui bloque le passage, le pin agité par le vent qui semble une réponse à vos prières, la montagne immobile qui vous regarde, le serpent à peine entrevu mais dont vous sentez la présence sur votre lieu, l'odeur acre du sauvage après le passage lent d'un raton laveur, le désert de jour et sa lumière suspendue, la caresse et le chant mélodieux du vent, la nuit qui prend une éternité à descendre, les étoiles, la noirceur bruissante : tout ça parle de votre âme, de vos émotions, de votre peur de mourir, de votre goût de vivre. L'inextricable jeu vie—mort—vie de la nature sauvage, arbres morts, feuilles mortes, herbes jaunies et en même temps cette incroyable vitalité de la nature, la vie qui se fraie un chemin à travers la mort, nous l'avons ici notre guru, notre enseignant ! Tout est donné, à nous de voir !

La force d'un rite comme la Quête de vision est donc qu'il est à la fois physique et psychique. Nous sommes dans la nature sauvage, pas dans une salle de classe. Comme dans n'importe quel système spirituel, l'étude sans la pratique n'est rien. Nous aurons beau avoir lu vingt livres sur le zen, si nous sommes incapables de nous asseoir et de faire une pratique de koan avec l'esprit d'un débutant, nous ne saurons jamais ce qu'est le zen. Même chose côté chamanisme : lors de la quête, nous avons chaud, nous avons froid, nous sentons le vent, le soleil nous tape dessus, nous sommes exposés à la tempête, nous voyons la nuit descendre interminablement, nous dansons sous les étoiles, nous transportons nos pierres pour faire notre cercle, nous parlons aux arbres, nous écoutons ce que le vent veut nous dire. Certains se mettent nus et se couvrent de boue, d'autres se décorent, d'autres jouent comme des enfants dans le sable, d'autres encore chantent une partie de la journée en frappant sur deux pierres, ou d'autres ne font rien de ceci, pure présence immobile alors que tout bouge autour, insectes, oiseaux, mais aussi soleil qui bouge de façon quasi-immobile autour de notre lieu de pouvoir. Nous sommes avec notre corps dans cette aventure. Ce n'est pas seulement la psyché qui vit le passage, qui est dans l'espace liminal, c'est la psyché-corps. C'est l'être entier incarné qui est dans cet entre-deux. L'arrimage de la Grande imagination avec une expérience physique puissante est au cœur de la quête.

Paule Lebrun guide des Quêtes de vision (au Québec et en Arizona) de même qu'une formation en rites néo-chamaniques en Arizona.

Pour plus d'informations:
horites.com


[1] Tiré du livre Dharma Gaïa (op. cit.).

[2] John Seed & Joana Macy, Thinking like a Mountain : Towards a Council of All Beings, éd. Heritic Books, 1988


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Volume 10, numéro 10 — Mercredi, 28 mai 2014
  
 

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