Acupuncture Addiction Agriculture Alimentation Alzheimer Amérindien Anarchisme Anatomie Animaux Anthroposophie Apiculture Approche craniosacrée Approches aquatiques Arboriculture Arbre Aromathérapie Art Arthrose Artisanat Astrologie Ayurveda Botanique Bouddhisme Cabane à sucre Calendrier Cerveau Chamanisme Channeling Chant Christianisme Coaching Collectivité Communication Constellations familiales Couleur Créativité Danse Dentisterie Eau Écologie Éducation Éducation somatique Électromagnétisme Énergétique Energétique chinoise Enfants Ennéagramme Ésotérisme Famille Faune Femme Fleurs de Bach Forêt Géobiologie Guérison Habitat Hakomi Herboristerie Histoire Homéopathie Horticulture Huiles essentielles Jardinage Jeûne Kabbale Leadership Lithothérapie Mantra Massothérapie Maternité Méditation Médiumnité Microbiote Mort Mouvement Mycothérapie Naissance Nature Naturopathie Neuroscience Numérologie Nutrition Ornithologie Ostéopathie Parkinson Permaculture Phamacopée Philosophie Photos Physique quantique Phytothérapie Pleine conscience Poésie Pollution Portraits Psychologie Qi Gong Reiki Restos végés Rites Rituel Rolfing Santé Science Semencier Sexualité Shiatsu Société Soin Corporel Son et vibration Soufisme Spiritualité Taoisme Tarot Tourisme vert Transport Vaccins Vieillir Vitamine Yeux Yoga Yoga Derviche Zen
  Imprimer Imprimer

Dévotion

Renée Demers - Penser pour panser

Dévotion

J’ai relu dans les dernières semaines un ouvrage fondamental de Rudolf Steiner intitulé : Comment acquérir des connaissances sur les mondes supérieurs ou l’initiation (1). Ce livre écrit au début du 20e siècle propose un enseignement pratique de procédures pour augmenter notre sensibilité et ainsi percevoir des réalités invisibles à nos sens physiques : la vue, l’ouïe, le toucher, le goût et l’odorat.

La première recommandation de Rudolf Steiner concerne la dévotion, la reconnaissance de son action pour l’âme. Il nous invite à nous y consacrer.

Dans ma jeune vingtaine, j’ai renoué avec le concept de dévotion en m’initiant à la spiritualité indienne. C’est un élément fondamental de la relation entre le disciple et son gourou. Ce rapport m’effrayait alors, car cela s’apparentait dans ma psyché à de la soumission aveugle, de la crédulité ou de l’esclavage. Dans la tradition orientale, l’importance est mise sur l’état intérieur que crée l’attitude obéissante chez le disciple. La dévotion ouvre le cœur, rend humble, soigne l’égo et permet la transmission d’enseignant à élève. Ce que reçoit le maître dans cette vénération est secondaire. Sa responsabilité de guide prime. Cela demande beaucoup de maturité pour ne pas glorifier sa propre personne de cette attitude de dévouement, ne pas gonfler le soi et ne pas abuser de sa position d’autorité. Le gourou est un être humain… L’adepte doit demeurer vigilant.

Qu’est-ce que la dévotion ? C’est un mot peu prononcé. Quand j’étais petite, mes tantes échangeaient au sujet de leur dévotion à Marie ou à Saint-Jude. Il y avait un sanctuaire dédié à ce dernier sur la rue Saint-Denis où elles se rendaient prier pour dénouer des causes perdues. Elles imploraient Marie à l’église le dimanche agenouillée devant sa statue portant Jésus pour soutenir leur force physique et morale maternelle exténuée par la maladie de leur enfant. À bout de ressources, elles s’abandonnaient à plus grand que soi pour achever leur tâche colossale. À l’adolescence, j’ai raillé ce type de dévouement.

Rudolf Steiner quant à lui réserve la dévotion à la vérité et à la connaissance. Il spécifie très clairement que ce penchant ne s’adresse pas à un maître. Je comprends tout à fait qu’il nous mette en garde. Le conditionnement intellectuel occidental requiert un contexte différent pour accéder à la sagesse.

Lever de soleil
Photo : Danièle Laberge - Lever de soleil

En réfléchissant à ce qu'évoque ce vocable peu populaire, il y a quelque chose de dynamique dans sa signification. Dans les définitions du Petit Robert et d’Antidote, je note la ferveur et l’attachement ardent à quelqu’un ou à quelque chose. La dévotion alimente le feu. Cet élément sur la planète Terre apporte l’énergie, la purification et la transformation. Ses qualités physiques agissent aussi dans la sphère spirituelle et donnent les mêmes résultats.

Steiner explique que la dévotion se déploie naturellement en bas âge si l’être est mis en contact avec des adultes bons et dignes dont l’autorité est juste et bienveillante. Alors l’âme de l’enfant est éveillée. Il approche cet adulte avec un cœur ouvert et un esprit attentif, avec le désir d’être reçu et de recevoir. Si le petit a la chance de connaître une relation autoritaire aimante, il développera une attitude réceptive saine. Il grandira avec confiance et recherchera la vérité. La connaissance sera comme une lumière vers laquelle il dirige ses pas.

Certains d’entre nous ont connu ce type de relation en bas âge avec une personne mûre. D’autres non. À notre époque, l'éducation et la vie sociale sont basées en grande partie sur la critique. Celle-ci a ses avantages. Car c’est avec un esprit critique qui isole, qui différencie, que la science s’est développée. On se méfie aussi plus de l'autorité qu'autrefois dans les contextes parental et professoral. Nous avons laissé derrière nous la forme tribale, société dans laquelle tous les adultes veillent au bien-être des enfants. De nos jours, on conseille aux enfants d’être prudents face aux grandes personnes car certaines étant immatures pourraient profiter de leur vulnérabilité. Ce ne sont pas des dispositions qui favorisent la dévotion en bas âge.

Les sentiments nobles comblent l’âme et lui permettent de se manifester dans la conscience. Sinon elle reste tapie dans l’inconscience attendant d’être soutenue pour s’épanouir. L’âme a faim de vérité et de connaissance comme le corps d’aliments. Si les conditions pour développer un esprit de dévotion n’ont pas été présentes dans les premières années de notre vie, il nous est demandé à l’âge adulte de les créer. Comment ? En vénérant ce qui est bon dans l’autre et dans les situations que nous rencontrons. Dans les relations que nous entretenons aussi bien que les rencontres fortuites, porter attention aux talents et aux dispositions bienfaisantes de la personne en face de nous. Avec une intention claire et sans tomber dans l’angélisme ou l’aveuglement. De plus, il est essentiel de favoriser le respect des êtres qui mettent de l’avant la vérité. Steiner nous invite à fortifier en nous le sentiment profond qu’il existe une réalité qui nous dépasse. Cependant, autant la vérité et la connaissance sont des aimants qui nous poussent à l’élévation, autant pour accéder à leur essence, la descente en soi et la culture de l’humilité, humus de la vie spirituelle, sont fondamentales.

Faire confiance et respecter stimulent les forces de l’âme, grande oubliée de la modernité ! Rudolf Steiner constate qu’à son époque au début du 20e, l’idéal s’est abaissé sous la pression de l’esprit critique nécessaire aux découvertes scientifiques et aux avancées technologiques. C’est encore aussi vrai en 2020. La vénération et l’admiration sont acceptables maintenant sur la place publique quand elles s’adressent aux vedettes de la pop ou aux athlètes émérites. Comme la vénération est une tendance intrinsèque de l’être humain, cette action se manifeste sous cette forme réduite dans la société. Ces dispositions sont maintenant taboues quand elles sont envisagées dans un contexte professoral, de connaissance de soi et de relation spirituelle.

La dévotion ne se cultive pas par l’étude, nous dit Rudolf Steiner. Il faut la faire naître en soi. Il faut la pratiquer. En recherchant dans l’entourage ce qui force notre respect et notre admiration. Il ajoute que si je ne relève que les faiblesses dans l’autre pour les blâmer, je me prive d’une force de connaissance supérieure. Cependant si je m’applique avec amour à découvrir ses qualités, je concentre cette force en moi. Dans ma maison si j’ouvre la fenêtre de l’est sur le soleil levant, je profite du coup de cette lumière stimulante du matin. Si je l’ouvre à l’ouest sur la nuit qui s’achève, la lueur naissante ne pénètre pas.

Quand je suis en relation avec l’autre et que j’observe les pensées qui circulent librement dans mon mental, c’est fascinant comme je suis encline à me séparer de l’autre, à critiquer, juger voire mépriser… Maintenant, je cultive consciemment l’attitude inverse. Estimer et aimer. Cette attitude creuse un sillon dans laquelle l’énergie circule de plus en plus allégrement dans les deux sens, au-dehors et au-dedans.

Rudolf Steiner préconise que dans des moments de retour sur soi-même, on réalise l’effet qu’exercent ces critiques et ces blâmes. Comme un examen de conscience sans jugement. Seulement observer et constater les répercussions. Comme je me sens physiquement, émotionnellement et intellectuellement quand je vis cette opposition ? Et à l’inverse ?  En laissant monter à la conscience des idées imprégnées d’admiration, d’estime et de respect envers les choses et les êtres de ce monde, nous progresserons dans la connaissance spirituelle, affirme l’auteur.

Dans les contes de fées traditionnels, quand trois frères sont confrontés à une épreuve, c’est le plus jeune, le naïf, candide et aimant de tous ceux qu’il rencontre, n’y discernant point malice, qui triomphe et marie la princesse . Qui n’est nulle autre que l’âme…

Et notre civilisation en a bien besoin d’amour, de vérité et de connaissance. À force de ne voir que ce qui va mal sur la planète, on est en train de tuer l’enthousiasme et d'enterrer la capacité humaine intrinsèque à transformer la réalité. Nous sommes des créateurs et des créatrices. Nous avons un devoir de reconnaissance envers cette puissance que nous possédons. L’univers est à notre image. Il est notre reflet. Nous avons un pouvoir de manifestation de la vie sur la Terre et une responsabilité dans la préservation de l’équilibre écologique.

Dans cet état de dévotion s’ouvre le regard de l’esprit. Il devient clair que jusqu’ici on ne voyait qu’une partie du monde. Les personnes de notre entourage nous apparaissent sous un jour nouveau. La métamorphose reste discrète. Elle se passe dans l’intimité. Il n’est pas question de prêcher autour de soi. Quoique cela ressemble à ce que je fais ici !

C’est l’âme qui connaît les mondes supérieurs. Une des tâches que nous avons sur la Terre est de favoriser sa croissance en la nourrissant et ainsi d’accéder à d’autres niveaux d’existence. La pratique artistique, le contact avec la nature, la lecture de textes spirituels, la fréquentation de personnes sages, la méditation sont d’autres activités dans lesquelles nos facultés de percevoir le non manifesté s’aiguisent.

Terminons cet article sur cette phrase de Rudolf Steiner : « Le respect, l’estime, la dévotion sont des substances nutritionnelles qui assurent santé et vigueur à l’ensemble des activités de l’âme et, avant tout, à celle de la connaissance »

Renée Demers
reneedemers@covivia.com

Bibliographie et références: 


Accueil
  Flèche gauche
Volume 14, numéro 2 — Mercredi, 7 février 2018
Flèche droite  
 

POUR RECEVOIR LE WEBZINE