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Séparée, multiple et unifiée

Renée Demers - Penser pour panser

Séparée, multiple et unifiée

Il y eut d’abord la séparation. Née dans une famille dépressive, j’ai eu longtemps l’impression d’être seule au monde. Isolée, triste et révoltée, j’ai erré quand les rênes familiales ont desserré leur étreinte au seuil de l’adolescence. La cigarette m’a enveloppée d’un halo de protection. Les relations se faisaient moins douloureuses sous son influence. Dans ma bulle enfumée, je me réfugiais à l’abri de l’amour, de la tendresse et des liens que j’avais interprétés comme néfastes et manipulateurs.

Mes parents n’étaient coupables de rien. C’était des gens bons, ignorants et inconscients, rendus là dans leur évolution personnelle et en adéquation avec la société dans laquelle ils évoluaient. Ils faisaient de leur mieux. Vraiment. Comme je ferai plus tard à mon tour. Avec le recul, j’ai l’impression que ce contexte familial, telle une mise en scène orchestrée à l’avance, m’a prédisposée à cette grande quête intérieure que je poursuis depuis mon jeune âge. L’entourage étant insatisfaisant, j’ai plongé à l’intérieur de moi dans un espace de folie libératrice.

Puis vint la puberté, la saison des amours et de la reproduction dans la période effervescente de grande liberté sexuelle que furent les années 70 venue contrebalancer des siècles de désirs corsetés. Ce premier enfant que j’ai conçu sans véritables attaches à l’aube de la vingtaine a été la première expérience d’amour unifiant que j’ai vécue. C’était une immense découverte et un baume sur mon âme.

J’étais une jeune maman intentionnée et inexperte. Cependant ma volonté de bien materner cet enfant était d’une force incommensurable. Les hormones veillaient. Prise entre mon instinct qui me dictait d’accoucher dans mon nid, de lover, de prendre soin, d’allaiter, de porter sur moi et la tradition en cours qui préconisait la séparation le plus tôt possible dès la naissance entre la mère et l’enfant, j’étais mélangée. J’ai appris avec lui hors de tout doute que la place d’un bébé est sur la mère, collé, au chaud, bercé par le rythme de son cœur et aimé coûte que coûte. Au contact de la nature et dans le contexte de la vie communautaire, la deuxième maternité fut moins tourmentée ayant gagné en confiance quant à mes aptitudes innées du soin des bébés. J’ai connu avec ces enfants pour la première fois cette expérience de communion avec plus grand que soi, hors des frontières de mon corps et de mon intellect. Ces êtres devinrent des constituants de moi. J’étais devenue plus vaste.

Au temple Jain
Photo Jacqueline Martin - Au temple Jain

Cependant il me prit plus de temps pour baisser les gardes et accepter de connaître l’union avec un amoureux. Je porte un énorme bouclier sur mon cœur. En même temps, j’aspirais à cette union noble avec un homme où la réunion est intense, complète et immense. Rien de moins.

Cet amant est finalement venu et nous avons formé une famille. Je suis devenue encore plus large, membre d’un ensemble auquel je m’identifiais. Cet homme chevalier, cinq enfants adorés et moi-même avons formé une entité. J’ai commencé là à dissoudre l’illusion de la séparation. J’étais reliée. Nous étions des faces d’un même prisme lumineux. Si ma fille réclamait de plus en plus pour elle-même dans une envolée narcissique d’une envergure monumentale, c’était pour m’indiquer que je ne prenais pas assez soin de moi et que j’avais une compréhension erronée de mes frontières individuelles. Cette famille a constitué un jalon primordial dans mon éveil spirituel et ma conscience de l’union avec le grand Tout. Shrî Aurobindo décrit cette étape de l’évolution personnelle dans ces mots:  « cette première forme imparfaite d’unité dans cet effort pour comprendre et sympathiser, la tendance à l’amour, la compassion élargie, le sens de la fraternité, le besoin de travail pour l’amour des autres. »  1 J’y reconnais tellement mon expérience. La vie au sein de cette famille a constitué une révélation de l’interdépendance, de la finitude et de l’infinitude de chacun d’entre nous. Nous sommes un.

Je pourrais faire le même parallèle avec ma vie professionnelle ou sociale qui est passée de gagner sa vie à rendre service puis à participer à l’évolution de la conscience sur cette belle Terre. 

Plus j’avance en âge, plus je prends conscience que tout ce qui est, moi inclus, sommes une même réalité, plus Je suis 3 . Autrement dit, plus je réalise dans ma psyché et dans mon âme l’ensemble que nous formons tous. Tout ce qui est, est un. À la fois individualité et partie intégrante du grand tout. La cellule, la semence, l’enfant, le quartier, le pays bien que possédant une intégrité et des frontières définies constituent simultanément un élément du corps, de la forêt, de la famille, de la ville et du monde. De plus tous ces éléments se marient dans le cosmos. Unité et multiplicité.

Le passage sur Terre m’initie à l’amour et à l’unité.

J’oscille encore entre la séparation et l’union. Cependant je danse de plus en plus harmonieusement entre les rives de l’individualité et le courant me mène jour après jour vers la grande mer unifiée. Quand je suis ancrée dans mon unicité et consciente de mon appartenance au grand Tout, la créativité m’anime. Par exemple je rédige ce texte. Mes neurones jubilent. Je suis joyeuse.

Parfois la réalité m’illusionne encore et me rattrape. Ce matin je lis dans le journal que le président américain Donald Trump insulte le premier ministre canadien Justin Trudeau. Une manifestation physique de peur se manifeste dans mon plexus solaire. Alors je dis intérieurement et sincèrement ces mots :

Pardonne-moi
Je suis désolée
Je t’aime
Merci 3 

Ces phrases tirées du livre de Joe Vitale intitulé Zéro Limite 3 qui présente la méthode Ho’onoponopono m’apaisent. Je me calme. Je sors de ma fermeture momentanée. J’entends de nouveau le chant mélodieux des oiseaux qui pénètrent à travers la fenêtre ouverte. Pendant ce court épisode de stress, mes sens s’étaient rétractés. Je suis Renée Demers,  Donald Trump, Justin Trudeau et les oiseaux. Ma contribution à la paix et à l’amour sur cette planète passe par la reconnaissance de ma totalité, entre responsabilisation et guérison. Ces énergies bordent le chemin que j’empreinte depuis mon arrivée au sortir du vagin de ma mère dans l’entité Renée Demers. Le silence et la méditation écartent lentement mes œillères et me révèlent à la fois mon individualité sacrée et mon unité divine avec tout. La lumière nous traverse tous totalement et cela même dans nos conditionnements et nos retranchements. Elle dissout les brouillards inconscients.

En avançant en âge, je me sens de plus en plus reliée à tout. Plus j’aime, plus je suis sereine. Plus la vie est simple.

Parfois encore je vis des conflits personnels et relationnels. Je souffre. En laissant la rugosité lisser mes aspérités, en ressentant l’inconfort, en étant consciente de mon repli, en restant avec, en aimant, un processus alchimique et mystérieux se produit. Des pans de moi laissés dans l’ombre se dévoilent. Je les intègre. Je me métamorphose. Je me réveille un matin et une compréhension nouvelle est intégrée. La douleur émotionnelle a accompli sa vertu régénérante. Des éclats du bouclier que je porte depuis l’enfance s’effritent. Des conditionnements fondent au soleil.

Pardonne-moi
Je suis désolée
Je t’aime
Merci 3

C’est à moi intérieurement que s’adressent ces phrases. Tôt ou tard l’extérieur s’y conformera. Je suis patiente à l’instar de la Terre qui me porte.

Renée Demers
reneedemers@covivia.com

  1. Trois Upanishads - Ishâ, Kena, Mundaka, Shrî Aurobindo, Éditions Albin Michel
  2. Je suis, Nisargadatta Maharaj, Éditions Les Deux Océans
  3. Zéro Limite - L’ultime secret, Joe Vitale, Éditions Dauphin blanc

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Volume 14, numéro 6 — Mercredi, 13 juin 2018
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