Acupuncture Addiction Agriculture Alimentation Alzheimer Amérindien Anarchisme Anatomie Animaux Anthroposophie Apiculture Approche craniosacrée Approches aquatiques Arboriculture Arbre Aromathérapie Art Arthrose Artisanat Astrologie Ayurveda Botanique Bouddhisme Cabane à sucre Calendrier Cerveau Chamanisme Channeling Chant Christianisme Coaching Collectivité Communication Constellations familiales Couleur Créativité Cuisine Danse Dentisterie Eau Écologie Économie Éducation Éducation somatique Électromagnétisme Énergétique Energétique chinoise Enfants Ennéagramme Ésotérisme Famille Faune Femme Fleurs de Bach Forêt Géobiologie Guérison Habitat Hakomi Herboristerie Histoire Homéopathie Horticulture Huiles essentielles Intention Jardinage Jeûne Kabbale Leadership Lithothérapie Mantra Massothérapie Maternité Méditation Médiumnité Microbiote Mort Mouvement Musique Mycothérapie Naissance Nature Naturopathie Neuroscience Numérologie Nutrition Ornithologie Ostéopathie Parkinson Permaculture Phamacopée Philosophie Photos Physique quantique Phytothérapie Pleine conscience Poésie Pollution Portraits Psychologie Qi Gong Reiki Restos végés Rites Rituel Rolfing Santé Science Semencier Sexualité Shiatsu Société Soin Corporel Son et vibration Soufisme Spiritualité Taoisme Tarot Tourisme vert Transport Vaccins Vieillir Vitamine Yeux Yoga Yoga Derviche Zen
  Imprimer Imprimer

Improvisation libre

Improvisation libre

L’inspiration est moins aisée en ville. Dans la forêt, en haut de la montagne où je vivais, l’air limpide, la beauté, la proximité du ciel et le silence favorisaient le souffle créateur. Fines volutes et clameur inaudible se frayaient un chemin depuis l’invisible. L’irréel s’y devinait. Sa texture subtile, étrangère à mes sens perceptifs adaptés à la matérialité sonore et lumineuse, était plus saisissable.

En me retirant chez moi, en sacrifiant la fréquentation d’amis, de conversation et de stimulation extérieure, l’inspiration se manifeste aussi en milieu urbain. Un rituel est nécessaire. La marche auprès d’arbres majestueux, la solitude imposée, le café et la descente dans l’intériorité composent le mien. C’est un lieu sans certitude et sans appui. C’est aussi le royaume de la créativité.

Lentement et patiemment, comme dans tout le processus évolutif humain, les forces spirituelles venues du futur m’informent et me réforment et ce, même au centre de l’activité incessante urbaine. Cela est rassurant.

La dimension spirituelle est réhabilitée dans la sphère publique depuis quelques années. Longtemps associée à la religion, la spiritualité a été reléguée aux oubliettes. Elle est devenue taboue quand la société québécoise s’est émancipée du joug catholique. Il était nécessaire et il était temps de reprendre notre pouvoir. Car l’évolution humaine demande que chaque être développe son individualité et sa liberté. Un des fondements de notre humanité est cette capacité de choisir et de décider. Je ne suis pas soumise aux instincts de l’espèce tel un animal. Toute organisation qui prescrit des règles identiques pour tous et oblige les personnes qui y participent à y obéir aveuglément de façon officielle ou insidieuse erre. Ces institutions nous déshumanisent.

Plus je vieillis et plus je réalise le privilège de cette liberté. Plus je gagne en sagesse et en tranquillité, moins cette autonomie m’effraie. La moralité naturelle devient mon amie. Je reconnais sa justesse et la paix qui en découle. Il n’est pas nécessaire de consacrer toute mon énergie à la satisfaction de mes sens, à l’accumulation de richesse, à la jouissance et à la survie de mon espèce. L’esprit m’interpelle et je m’y investis de plein gré.

Mes années d’enfance ont été consacrées à mon corps physique, joyeusement occupée à la formation de cette enveloppe corporelle magnifiquement bien adaptée à l’existence terrestre. Puis ce fut la maturation des forces sentimentales et relationnelles qui ont mobilisé mon énergie vitale. Ensuite vinrent la raison, le développement de la pensée et la vibrante clarté de la réflexion.

Une fois devenue adulte, je redonnai à mon tour à une nouvelle génération la chance de s’incarner sur cette Terre. Des années de service, de maternité et de parentalité ont suivi. Simultanément, une exploration des sphères communautaires et écologiques m’a menée à cofonder la librairie Biosfaire. Le but était de fournir la littérature et les outils nécessaires pour rendre ce monde meilleur en favorisant le respect de la terre, de l’humain et du cosmos et une relation harmonieuse et intégrée de notre participation à ces mondes. Ce fut une aventure enivrante, difficile, exigeante et essentielle. Depuis il y a Covivia.

En chemin j’ai construit, j’ai erré, j’ai tâté le bien et le mal. J’ai exploré lumière et noirceur. J’ai réfléchi. J’ai stagné. J’ai douté. J’ai insécurisé. J’ai aimé. Et je fais tout cela encore, mais la lueur de la vigilance s’éteint moins souvent. Je n’oublie plus de conserver de l’huile pour ma lanterne.

Oiseau mouche
Oiseau mouche au lever du soleil - Photo : Danièle Laberge

Maintenant dans la soixantaine, je renoue avec la légèreté de l’enfance. L’avidité et la résistance ont perdu en vitalité. Je suis plus tranquille. Tout est possible. J’ai la vie devant moi et peu de responsabilités. Les enjeux extérieurs sont de moindre importance. Je suis de retour en moi. Comme le bambin qui découvre ses pieds et ses mains, j’explore mon corps spirituel. Il est là depuis le premier jour. (Mais quand était-ce au juste… ?) Il se manifeste avec plus d’envergure maintenant que je reconnais le transistor que je suis. Les hormones ont calmé leurs ardeurs et les besoins du corps physique sont moins prépondérants. La ménopause, la méditation, l’écoute, le silence et le côtoiement des êtres aimés décédés ont déployé mes antennes. Mon lien avec le cosmos et son influence quotidienne dans ma destinée sont détectables et délectables. De plus, en tant qu’ainée, je me rapproche des frontières de la vie terrestre. Naissance et mort sont un même rivage.

Cette proximité de l’au-delà est précieuse.

Mon corps, mes sens et mon cerveau sont des capteurs. Ils permettent à mon être d’être relié à l’horizontale, à la nature et aux humains ainsi qu’à la verticale au cosmos et à la connaissance éternelle. Je saisis la chance d’être encore en vie à un âge avancé. Je vis une phase expansive à l’intérieur de moi et je ressens profondément la grandeur de l’univers. Je ne suis pas limitée à ce corps et à l’existence physique, familiale et sociétale. C’est à la fois bon et intrigant. Comment avoir accès aux informations cosmiques ? Comment développer ces facultés qui permettent de recevoir la connaissance divine ?

Dans les derniers mois, j’ai accepté un poste de libraire à la librairie Nouvel Âge. J’ai perçu la dimension karmique et spirituelle de cet emploi. Des blessures de l’enfance ont été ravivées. J’ai pu les soigner. Au sein d’une équipe, j’ai mis à la disposition d’individus des livres contenant de la sagesse et des outils pour y accéder. Certains de mes préjugés ont fondu en se frottant à l’autre. La rencontre en état d'ouverture favorise l’amour. J’ai terminé en beauté avec mes collègues une œuvre qui existait depuis cinquante ans. C’était émouvant et ressourçant de ressentir la fin. La regarder dans les yeux et ne pas tomber dans les clichés de tristesse ou d'échec. Pleinement consciente et attentive à la qualité spécifique de cette phase. L’espace s’agrandit. Alors que la création de matière concentre l’énergie dans la finitude, sa destruction nous amène dans une dimension qui ressemble au grand large dans lequel navigue l’explorateur sur le fleuve avant d’accoster on ne sait où. La vie devient vaste.

Mes collègues et moi, nous nous sommes séparés. Chacun de son côté, nous repartons. L’activité professionnelle est aussi une expérience initiatrice en plus d’être un gagne-pain, une œuvre collective et un lieu où les talents individuels fleurissent. Tout a aussi une dimension spirituelle. Et c’est ce savoir que j'apprends.

À cette époque de ma vie, je veux échapper à la tyrannie de la consommation, des séries télévisées, de l’isolement et du ras les pâquerettes. J’entends favoriser la bonté, la beauté, la vérité, l’immensité et l’humilité. Me consacrer à la lumière qui est là et qui ne m’éclairera que si je le demande et je m’y adonne. Comprendre qui je suis au sein de cet univers ?

La communion m’appelle. La richesse occidentale récente m’a coupée des rapports communautaires chaleureux nécessaires à la survie dans un environnement pauvre. Je dois réinventer des façons d’être en relation avec mes pairs, d’entrer en communion au-delà de l’entraide. Car c’est une source de joie et de connaissance de soi. Le tu me renseigne sur le Je. Le nous m’universalise. Être ensemble dans l’humus de notre humanité, relié, généreux et dédié au grand œuvre est élevant.

Les parents élèvent les enfants. Une fois devenus des adultes, cette montée n'est pas terminée ... 

La chorale dans laquelle je chante est un autre lieu où je renoue avec la joie de créer ensemble, de parfaire de nouvelles habiletés pour l’harmonie d'une oeuvre. Je ressens et je bénéficie du pouvoir accumulé des mots Gloria, Alleluia et Hosanna entonnés en groupe. Je puise alors à cette puissance collaborative, cette liesse qui jaillit quand plusieurs personnes consacrent leur force individuelle et leur créativité à un but commun dans lequel individualité, collectivité et spiritualité sont honorées.

Notre créativité, notre intelligence, notre spiritualité et notre volonté unies sont des forces suffisantes pour permettre le virage nécessaire à la guérison de la planète Terre. Cependant comme dans toute guérison et évolution, un sacrifice est nécessaire. À chacun d’entre nous de méditer sur ce à quoi nous devons renoncer individuellement et socialement au profit de la santé de la Terre et de ses habitants.

Renée Demers
reneedemers@covivia.com


Accueil
  Flèche gauche
Volume 14, numéro 8 — Mercredi, 10 octobre 2018
  
 

POUR RECEVOIR LE WEBZINE