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Anxiété et amour

Anxiété et amour

Ce matin, je me suis éveillée tôt aux prises avec de l’anxiété au sujet d’une personne que j’aime. Du moins, je crois. J’étais mal à l’aise dans mon lit, insomniaque et inquiète. Mon système nerveux était en alerte. Il avait sonné l’alarme. Je ne pouvais plus dormir. C’était désagréable. J’avais beau ordonner à mon mental de se calmer et au sommeil de revenir, mais cela ne fonctionne pas comme cela. Après avoir essayé d’échapper à ce qui est là, en me retournant de bord et en tentant de me rendormir, je me suis rendue à l’évidence qu’il fallait prendre soin de ce malaise.

Pourquoi le bonheur tranquille ne dure-t-il pas toujours ?

Je me suis assise dans mon lit. J’ai déposé un oreiller contre le mur. Je me suis accotée. J’ai fermé les yeux. J’ai soupiré. J’ai pris conscience de mon état. Ma respiration allait et venait à un certain rythme. Mon cœur battait à une cadence accélérée. Je sentais ma lymphe circuler. Les pensées jaillissaient rapidement et répétitivement. Mes jambes, mes bras, mon corps étaient tranquilles. Je suis restée attentive à cette disharmonie. Mon plexus solaire était douloureux. Il y avait de la peur. 

Des scénarios de malheur apparaissaient dans mes pensées, je me sentais oppressée dans mon ventre. L’espace était petit et tendu. J’ai accueilli l’angoisse. J’ai fait confiance à ce qui était là. Cela m’a soulagée. Je ne combattais plus, je ne niais plus, je ne refusais plus. Il y avait de la contrariété en moi. J’acceptais cette manifestation. L’anxiété réagissant à mon déni avait réclamé toute l’attention en m’envahissant, en me harcelant. Le sentiment d’amour était absent et pour moi et pour l’autre durant toutes ces minutes.

Un constat heureux s’est imposé : il est certain que, malgré la nuit que nous traversions cette personne et moi-même, la lumière renaîtrait. N’est-ce pas ce que la nature et l’évolution me montraient depuis toujours ? La preuve c’est que je vivais heureuse après avoir traversé des épreuves et que l’arbre devant la fenêtre fleurirait dans quelques jours.

J’ai remercié la solitude qui m’obligeait à m’assumer. En présence de l’autre, j’exigerais sa protection, son réconfort, le rendant responsable de mon bonheur. Maintenant à moi la relation directe au monde et le pouvoir de surcroît. Vive la maturité et l’autonomie.

Cette anxiété m’appartenait. C’était mon énergie qui s’exprimait ainsi. Mes lunettes personnelles intervenaient dans la réception des images. Je pouvais attester que ce visionnement soulevait cette agitation. Mais au sujet de l’autre, je n’observais rien de réel. Je projetais des développements douloureux dans son existence et dans la mienne par ricochet. Cela se passait dans ma tête et ma tête n’était pas le territoire.

Je réalisai alors combien le divin est bon dans sa confiance en notre humanité. Il nous laisse valser à notre guise, se tromper, s’égarer et retrouver le chemin de la beauté et de l’amour, encore et encore. Le bien est toujours là tel le soleil de l’autre côté de la planète quand le soir se glisse. Le goût m’est venu dans mon lit à ce moment-là d’être aussi aimante et confiante que le divin. En étais-je capable ? Pouvais-je prendre la distance nécessaire pour apercevoir le soleil tourner autour de la Terre ?

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Coucher de soleil
Photo: Claude Charlebois

Puis-je laisser l’autre être, faire sa vie, prendre les routes qui lui conviennent, confiante et aimante ? Ai-je l’humilité de ne pas savoir ce qui doit être ? Suis-je capable de cette ampleur, de ce sacrifice ? Car pour qu’une telle attitude soit possible, il me faut laisser tomber le contrôle. J'ai à vérifier auprès de l’autre si mes anticipations sont fondées. Je peux l’inviter à poser certains gestes et l’informer des conséquences que j’entrevois à ces actions. Nous parlementerons. J’apprendrai que je fabule, je l’influencerai peut-être, je me retirerai ou encore il m’invitera sur un territoire encore inconnu de ma psyché. Mon être grandira dans cet échange respectueux.

Quand l’anxiété surgit, ma capacité d’accueil se réduit à peau de chagrin. Réflexe automatique de fermeture, telle une machine. Cependant, j’arrive maintenant à choisir la direction de l’accueil. Je m’aime imparfaite. Je me berce. J’observe la réaction de rejet. Je m’exprime. Je remets cela dans les mains du divin. J’aime.

Alors ma respiration devient plus ample. Mes rythmes corporels se coordonnent. Je me tranquillise.

Il y a longtemps que j’ai pris la décision qu’il fallait me battre, que la vie ne fonctionnait pas, que je ne recevrais pas ce dont j’avais besoin. Le désespoir et la mort sont mes compagnons dans longtemps. (1) Je me suis emmaillotée dans le manque prenant l’éphémère pour l’éternité. Je délie cette enfant chérie. Je la comble des bienfaits des rayons du divin sur sa peau sensitive.

J’aime.

Je peux écarter le manque. J’ai ce pouvoir. J’ai le choix entre l’amour fécondant le présent et l’anxiété reproduisant un passé stérile. Puis-je partager et célébrer mon humanité ? Suis-je capable de reconnaître que ces émotions malheureuses nourrissent l’illusion d’être importante et séparée ? Puis-je les ressentir, les nommer, les innocenter, les partager, les réchauffer, les laisser circuler, se fluidifier et s’évaporer ?

À chaque moment, cette décision est à prendre et elle change tout. La psychothérapie, la méditation, la parole, la prière, le rituel sont des outils de métamorphose.

Je choisis l’amour et ses détours. J’opte pour la confiance et la patience.

J’aime.

Renée Demers
reneedemers@covivia.com

1. La mort est une illusion


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Volume 10, numéro 8 — Mercredi, 30 avril 2014
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