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Les aventures de Laurence - Vases communicants

Les aventures de Laurence

Vases communiquants

Alors que Laurence entrait dans le nouvel appart de son filleul Simon,  à qui elle avait consenti un lift, elle fut envahie d'un malaise devant le désordre qui régnait chez lui. Elle le quitta quelques minutes plus tard, un peu troublée. Sur le coup, elle ne lui avait pas fait part de l'effet déstabilisant que le désordre produisait chez elle. Elle n'était pas certaine que cela était approprié. Après tout, il était maintenant un jeune adulte indépendant. Elle préférait attendre. Quand elle vivait une situation stressante qui perturbait sa paix intérieure, elle ne réagissait plus immédiatement. La meilleure stratégie avait-elle réalisé avec les années, était de mettre cela de côté jusqu'au moment où elle pourrait consacrer du temps tranquille et paisible à ce questionnement. Il n'y avait pas de presse.

Elle s'est mise au lit dès son arrivée chez elle, la journée avait été longue. Au réveil, son malaise est revenu à sa conscience. Cette situation avait mis en évidence son besoin de beauté et d'harmonie. Le désordre la perturbait. Elle était désolée qu'il vive dans un environnement laid. Elle désirait lui communiquer le bonheur de vivre dans un espace beau et rangé. Qu'un lieu empreint de beauté, d'ordre et de vide est inspirant. En même temps, elle était consciente que son jeune âge, la cohabitation à plusieurs ainsi que sa fin de session excusaient en partie ce chaos. Il y avait des circonstances atténuantes. Elle s'est aussi souvenue de l'état négligé de ses appartements de jeunesse, inconsciente de leur influence sur son état intérieur.

Elle réfléchit. Par quel moyen, expliquer à Simon que l'extérieur a une influence sur l'intériorité et vice versa, de sorte d'être reçue et entendue ? Comment aborder l'influence de la beauté et la profondeur de cette quête en nous et autour de nous ? Était-ce de l'ingérence ? Ne rien dire serait-il plus aidant ? Elle repensait à l'encombrement et à la disharmonie. Il était inutile de le sermonner ou de lui faire de la morale. Cependant, elle voulait l'informer tout en le respectant. Peut-être n'avait-il jamais pris conscience de cet aspect de la matérialité ?

Après avoir jonglé à ce sujet durant quelques minutes, elle a mis de côté cette question et elle a procédé à sa méditation matinale sans intention particulière si ce n'est, créer un espace lumineux et aimant.

À la fin de la méditation, une idée a jailli dans son esprit : offrir à Simon « Faire le ménage chez soi, faire le ménage en soi » de Dominique Loreau. Elle avait lu un précédent ouvrage de cette auteure  et elle avait alors été sensibilisée à la beauté, à l'ordre et au vide. Elle avait pris connaissance de la sortie de ce volume en lisant le dernier numéro du webzine Covivia et une amie chère lui en avait dit beaucoup de bien dans la même semaine. Synchronicité ! Du coup, une pression dans son corps se libéra. Oui, cela comblait son besoin de porter à l'attention de Simon les bienfaits d'embellir son habitat. 

Oui, cela était un bon filon. Elle ne voulait pas lui dicter son comportement.  Elle ne désirait pas non plus qu'il prenne cela comme un jugement. Elle voulait lui offrir cette connaissance. Leur relation était bonne. Ils s'aimaient. Elle avait l'intuition qu'il apprécierait cette lecture, curieux de nature. D'autant plus que l'auteure habitait le Japon et Simon était attiré par cette culture. Cela adonnait bien, car ils avaient prévu magasiner ensemble au courant de l'après-midi. Elle ajouterait aux vêtements promis en cadeaux de fête, un exemplaire du livre en lui expliquant son malaise et son intention de l'instruire. Elle lui suggérerait aussi de l'offrir à ses colocs, une fois parcouru. Pourquoi pas ?

Elle remercia pour ces idées qui surgissaient au cours de ses méditations et qui s'avéraient justes et créatrices. Maintenant, elle se sentait détachée de la suite des choses. Elle s'était occupée du besoin qu'elle avait fortement ressenti.

La danse des fougères
Photo : Jakimages - La danse des fougères

Quelques semaines plus tard, elle s'informa auprès de Simon de son appréciation du volume. Il n'avait pas eu le temps de le lire, mais son appartement depuis était propre et dégagé. Il avait donné des objets inutiles et il en avait modifié l'aménagement. C'était plus beau et cela le rendait heureux. Ils se rappelèrent tous les deux un libraire sympathique et original qui leurs avait déjà déclaré que les livres influencent les personnes qui habitent les lieux où ils sont entreposés même s'ils ne sont pas lus par celles-ci. Après tout, les lettres sont des symboles. Leur transmission est évidente quand on les lit, mais est-ce que leur portée symbolique s'arrête là ? Ils étaient à peu près certains tous les deux que le pouvoir de l'intention avait influencé le comportement de Simon. Mais était-ce l'intention de Laurence, de l'auteure Dominique Loreau ou celle de Simon ? Cela demeurait un mystère.

Laurence savait depuis longtemps que les intentions étaient des outils puissants. Simon le réalisait de plus en plus. Il venait aussi de se prévaloir du rayonnement de la beauté et d'être informé que l'intériorité et l'extérieur sont des vases communicants. Petit passage initiatique ! Il possédait une clé de plus dans son trousseau pour ouvrir les portes de sa vie. Quant à Laurence, la capacité aimante de Simon à interagir avec ouverture et confiance guérissait en elle de vieilles blessures relationnelles. 

Décidément, la vie était bien bonne !

Renée Demers
reneedemers@covivia.com


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Volume 10, numéro 9 — Mercredi, 14 mai 2014
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