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Les aventures de Laurence - Don de soi en danger

Les aventures de Laurence

Don de soi en danger

Laurence buvait tranquillement un délicieux thé vert dans sa tasse de porcelaine favorite devant la fenêtre. C’était réconfortant d’être assis là, son endroit préféré dans la maison. Elle avait besoin d’être seule. Elle était troublée ce matin. Il y a de cela trois ou quatre jours, elle avait senti s’installer un serrement sur son plexus dont les ramifications s’étaient déployées depuis, dans tout son corps, soulevant des émotions et des pensées obsessives.

Cette lourdeur venue petit à petit avait éveillé des mémoires corporelles désagréables. Ce matin, elle passait en revue les moments passés dernièrement avec Maude qu’elle aimait beaucoup, mais qui causait actuellement ce malaise. Elles travaillaient ensemble depuis plus d’une année. Elles se connaissaient depuis près de quinze ans. Elles s’étaient rencontrées dans leur cercle d’amis. Elles s’étaient rapprochées ayant plusieurs atomes crochus. Maude l’avait invitée à venir travailler avec elle sur un projet d’édition. La complicité professionnelle avait remplacé la relation sociale. Puis l’intimité s’était glissée, bienheureuse. Leur collaboration temporaire s’était prolongée. Elles avaient plaisir à œuvrer ensemble. Le dernier manuscrit sur la table était sur le point d’être publié. Il était vraiment bien. Les auteurs et l’éditeur étaient dithyrambiques.

Les ouvrières du temple de Samat
Photo : Jacqueline Martin - Les ouvrières du temple de Samat

Elle appréciait le côté relax et joyeux de Maude. Sa facilité à couler dans la vie, sa stabilité, sa fidélité à la loi du moindre effort, sa capacité à identifier ses limites et à en prendre soin, sa légèreté, son charme lumineux, tout cela la comblait. Elle se sentait fécondée par Maude. C’était intéressant de réaliser qu’un autre équilibre de valeurs et de comportements créait une vie harmonieuse. Elle s’était vue se détendre à son contact. La sensualité et la fluidité de Maude étaient vraiment un apport qui la transformait. Il n’y avait pas grand monde autour d’elle avec qui elle pouvait parler de spiritualité, de méditation, de philosophie, de silence et d’extase. Elles exploraient toutes les deux l’amour et son influence dans leur vie. Elles avaient pris l’engagement de partager ce qui était dérangeant dans leur relation avec l’assurance que l’amitié était un filet souple et soutenant. Jusqu’ici, cela s’était bien passé. Cela avait été facile.

Mais là, elle rencontrait une résistance. Elle était fâchée contre Maude. Depuis quelques semaines, elle avait l’impression d’être abusée. Cela avait commencé à son anniversaire. Elle s’était sentie obligée d’organiser la célébration alors que son désir n’y était pas. Elle n’avait pas été capable de dire : « non, je ne peux pas. » Puis elle avait remarqué toutes sortes d’occasions par la suite où elle donnait plus qu’elle ne recevait. Cela éveillait de vieux sillons affectifs pavés de manque et de négligence. Là, elle était confuse, malveillante et inquiète.

Elle se savait de nature généreuse. Elle était encline à donner. Était-ce pour être aimée en retour ou pour être stimulée par l’autre ? Certainement un peu. Mais elle prenait aussi un grand plaisir à offrir. Elle privilégiait les relations où l’on prenait soin l’un et l’autre. Une ambiance sacrée créée par le service mutuel s’installait alors. Et là dans sa relation avec Maude, elle avait réellement l’impression que l’échange n’était pas équitable. Elle était frustrée. En même temps, gênée de vivre cette situation et mélangée. Qu’est-ce qui était réel dans cet état des choses ? Qu’est-ce qui lui appartenait ? Avait-elle le droit de réclamer plus d’attention ? Elle jugeait négativement la situation, Maude et elle-même ? C’était pesant.

Sa première réaction était de se fermer et de fuir. Loin, loin, loin pour panser ses cicatrices qui se déssoudaient sous l’effleurement d’une réalité blessante. « L’autre abusait d’elle et il n’y avait pas de possibilités de dialogue. L’autre ne comprendrait jamais. » Elle écoutait, désemparée, ses paroles intérieures.

À ce moment-là, elle prit une décision devant la fenêtre tout en replaçant la tasse dans la soucoupe sur la table. Elle méditerait sur son ressenti dans les jours qui viennent. Elle aimerait Maude et elle-même en même temps qu’elle laisserait la place à son ressentiment et à ses perceptions. Elle éviterait la présence de Maude pour ne pas mettre de l’huile sur le feu. Elle écouterait le moins possible son mental, autant que faire se peut, qui lui ressassait en boucle les mêmes images, les mêmes constats sur cette nouvelle ennemie ainsi que tous les commentaires négatifs entendus au cours des années au sujet de Maude par des connaissances communes. Cela nourrissait l’émotion guerrière en elle. Personne n’est parfait. Ce n’était pas nécessaire de déterrer les morts. La situation présente suffisait. Elle repousserait fermement la condamnation, car cela ne faisait que noircir le tableau. Elle resterait présente à ses sensations, à ses émotions, à son amour et à cette ambivalence de fermeture et d’ouverture. Elle savait que cela était la voie pour délier le nœud énergétique. Elle connaissait le chemin de l’apaisement. Il passait par la bienveillance.

Elle soupira. Déjà, elle se sentait plus légère. Il y avait un autre comportement possible que le désespoir. Le feu n’était pas pris. Elle ne mourrait pas d’anxiété dans les jours qui viennent. L’inconfort était soutenable. Le temps mûrirait le fruit de la solution. La bonne volonté était le fondement de leur amitié et cela était un gage de paix.

Au moment où elle se levait, le téléphone sonna. C’était Maude qui l’informait d’un rendez-vous avec le graphiste. Elle lui répondit qu’elle prenait congé aujourd’hui pour se reposer. Elle n’avait pas besoin d’expliquer pourquoi. L’intimité entre elles était assez grande pour que Maude ait remarqué son refroidissement. Maude lui demanda de lui redonner des nouvelles. Elle rencontrerait le graphiste toute seule. Elles se dirent peu de mots. Laurence fut reconnaissante du fait que Maude accepte son retrait sans poser plus de questions. Elle éprouva de la gratitude. C’était bon. Déjà, l’énergie marquait un tournant.

Pendant les quatre jours du long week-end, au cours de ses méditations quotidiennes, elle prit un moment pour se coller sur le ressenti physique et le désarroi qui l’oppressaient. Des images, des impressions des souvenirs récents et anciens surgissaient. Des larmes coulèrent et des tensions physiques se dégagèrent. L'étau qui l'enveloppait se desserra. C'était plus confortable. Il était clair maintenant pour elle qu’effectivement l’échange avec Maude n’était pas équitable. Il y avait quelque chose qui clochait mais elle ne savait pas comment l’interpréter. Elle aimait beaucoup Maude et leur collaboration était fructueuse. Elles formaient une bonne équipe. Elle ne voulait pas que cela se termine ainsi. Elle était maintenant mûre pour faire part de sa frustration et de sa réflexion à Maude. Seule plus longtemps avec cela, elle tournerait en rond. Elle était plus calme, encore vulnérable, mais aimante. Elle était prête à parler avec Maude.

Elle lui téléphona à son réveil. Maude passerait après déjeuner. Elle était libre pour quelques heures et elle était contente que Laurence soit prête à parler de ce qu’elle vivait.

Maude arriva vers 10 h, un peu moins radieuse que d’habitude, hésitante dans ses mouvements, le port de tête moins altier. Elles s’embrassèrent rapidement sur la joue, leurs yeux s’évitèrent. Toutes les deux étaient dans la retenue. Laurence prépara le thé et elles s’assirent au salon.

Laurence parla de son malaise, de sa frustration et de son amitié toujours vivante malgré tout. Elle lui expliqua comment elle avait été surprise de la tempête émotionnelle qu’avait soulevée l’organisation de son anniversaire. Elle s’était culpabilisée de ne pas prendre plaisir à la préparation. Mais cela était trop lui demander. Elle recevait en même temps sa famille cette fin de semaine là. Il y avait une tempête de neige qui rendait la conduite dangereuse et les commissions avaient été un stress épouvantable. L’idée première était de se rendre au restaurant, mais Maude n’avait pas pris le temps de réserver. Le jour même alors qu'elle s’informait du lieu du souper, elle avait appris que Maude ne s’en était pas occupée. Quand elle-même téléphona, tout était complet en ville. Elle lui reprocha alors dans sa tête, sans le communiquer, d’être toujours à la dernière minute. Elle se retrouvait prise au piège et obligée de préparer le souper. Et depuis à maintes occasions, elle remarquait l’absence de générosité de Maude, dit-elle du bout des lèvres…

Maude lui confia son immense désir d’être fêtée ce soir-là. Elle était désolée que cela ait été un tel poids pour Laurence. Elle comprenait maintenant. Elle avait bien perçu un petit quelque chose au moment de la fameuse soirée. Mais elle avait le goût d’être dans l’euphorie de la célébration et elle avait ignoré les signaux.

Laurence avoua avoir l’impression que Maude abusait d’elle, qu’elle profitait d’elle en recevant plus qu’elle ne donnait. Elle était malheureuse et elle avait le goût de mettre fin à leur relation. C’était douloureux. Elle ne savait pas trop quoi faire avec cela. Elle se retrouvait dans un état de détresse. Ce n’était pas facile de communiquer son insatisfaction et de montrer sa vulnérabilité.

Elles étaient toutes les deux fébriles et émues.

Un moment de silence apaisa le flot des émotions. Maude prit la parole : « Tu sais Laurence, je te regarde me donner et donner aux autres autour de toi et je trouve cela très beau. J’apprécie beaucoup tout ce que tu accomplis pour moi. Et cela me donne le goût d’apprendre à agir ainsi. Je ne sais pas comment. Je l’ai peu fait dans l’intimité. Je m’excuse pour l’incident de mon anniversaire. J’avais tellement le goût d’être célébrée, que quelqu’un s’occupe de tout. Cela a été tellement joyeux pour moi de m’asseoir à la table avec les chandelles et les coupes de cristal. C’était merveilleux ! À ce jour, j’ai toujours organisé moi-même mes soupers de fête. Jusqu’ici dans ma vie, j’ai été dans des relations où chacun s’occupait de soi-même. Oui on vivait ensemble, mais c’était chacun sa bouffe et quand on mangeait c’était chacun seul ou, si l’on partageait un repas, c’est qu’on avait cuisiné ensemble. Avec Mario, c’était pareil. Malgré nos dix ans de mariage, on faisait tout de même notre vie chacun de notre côté. Il y avait toujours une rivalité entre nous un peu comme entre un frère et une sœur qui se disputent pour avoir l’attention, l’attention du couple. La complicité était parfois là, mais pas souvent à l’exception de nos voyages. J’imagine que c’est pour cela que je chérissais tellement nos vacances. Tout cela pour te dire que c’est vrai que tu donnes facilement et que tu prends soin de l’autre. Je trouve cela beau et j’ai le goût d’apprendre. Recevoir de toi est un cadeau, chère Laurence. »

Laurence était assise sur sa chaise, un peu éberluée. Elle n’avait pas imaginé une telle réponse. Elle croyait recevoir de la colère ou du déni de la part de Maude. Mais là, elle était agréablement surprise et déjouée. Elle se sentait reçue, reconnue et aimée. Maude observait le même état de fait et s’expliquait. Un poids quitta ses épaules. Ses bras tombèrent et elle soupira.

Porteuses pressées
Photo : Jacqueline Martin - Porteuses pressées

Elles séchèrent leurs larmes. Les papiers-mouchoirs jonchaient le plancher. La profondeur de leur relation leur sauta aux yeux.

Elles se prirent dans leur bras et restèrent enlacées quelques minutes. Elles étaient contentes et soulagées. Elles s’étaient comprises. Maude promit de faire volontairement et consciemment l’apprentissage du don. Elle en avait vraiment le goût. Elle veillerait aussi à reconnaître les signaux inconscients de ras-le-bol de Laurence et à alors demander : « Es-tu certaine que c’est correct ? » Laurence s’engagea à dire non quand elle ne voulait pas, à être plus attentive à ses limites, à identifier ses besoins et à les communiquer. Elle promit de favoriser sa capacité à recevoir de Maude et à remarquer ses offrandes. Elles plongèrent leur regard tendre l’une dans l’autre et sourirent.

Elles étaient toutes les deux confiantes et aimantes. Doucement, elles changeraient et développeraient une dynamique plus équilibrée, elles y arrivaient déjà dans cette explication. Que c’était bon la communication et l’amitié !

Renée Demers
reneedemers@covivia.com


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Volume 10, numéro 11 — Mercredi, 11 juin 2014
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