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Penser pour panser: Disparité

Disparité

Des personnes qui me sont chères se désolent des conditions de vie de certains d'entre nous sur la Terre. Alors que les uns vivent une existence opulente, les autres subissent la pauvreté. Que comprendre de tout cela ?

J'ai eu besoin d'y réfléchir dans les dernières semaines, car nos échanges m'ont troublée.

Est-ce possible que le sacrifice soit partie intégrante du vivant? Que le légume que je mange pour le bienfait de ma santé tout comme le lièvre dans la gueule du loup soit un maillon dans la grande chaîne de la vie. Que les pommes tombées au sol lors de la récolte ne soient pas peine perdue pour le pomiculteur, mais servent en fait de nourriture aux créatures minuscules terrestres et qu'elles soient aussi indispensable à l'équilibre écologique que le pain pour l'humain. Que la mère qui donne son sang, son temps et son amour assure une saine maturité au bébé. Que les enfants d'un père décédé dans la force de l'âge bénéficient de son énergie suite à son décès. 

Je ne saurais vous dire à quoi servent dans le cycle de la vie tous ces gens qui périssent dans les guerres, mais je garde l'espoir que leur sacrifice n'est pas vain. Je ne comprends pas tout. Est-ce que l'expérience affective et sensible vécue dans ces conditions est nécessaire à l'évolution individuelle dans une perspective de réincarnation? Une partie de la réalité m'échappe, mes sens physiques ne me reflétant que la facette matérielle de celle-ci. Alors je m'incline devant le mystère, le cœur et l'esprit ouverts. Je médite dans l'espoir de développer des organes de sens qui me donnent accès à l'invisible. En même temps, je reste aux aguets devant ma tendance à la fermeture et à l'égoïsme. La bascule dans l'indifférence est facile.

Je suis partie intégrante du monde dans lequel je vis. Mes sens perçoivent des informations. Mon cerveau forme des représentations. Je suis un lien entre l'extérieur et l'intérieur. Dans cette intériorité, je conçois ma réalité. Là, j'ai une emprise. Je suis créatrice comme tous les humains. Quand je suis en présence d'une personne agressive ou témoin d'une situation injuste, je peux arrêter le cycle de la violence autant que faire se peut. Je peux prendre le temps d'arrêter, d'observer, de vivre l'émotion. Je peux nommer ce qui m'assaille. Est-ce que je désire répondre par la fuite, la révolte ou le pillage ? Y a-t-il une autre possibilité? Est-ce possible d'agir plutôt que de réagir? Puis-je laisser jaillir et contenir toutes les sensations et impulsions soulevées en moi? Puis-je relaxer en pleine conscience et puiser l'énergie et l'information reçues. Après les phases d'intégration, quelle action veux-je accomplir? Qu'est-ce que je retourne du dedans au-dehors?

The sisters
Photo : Jacqueline Martin - The sisters

Prenons un exemple concret. Je réalise que des personnes habitant des quartiers défavorisés se nourrissent de malbouffe. Ils sont gras, inactifs et malades. Je déplore cette situation. L'absence de comptoirs de fruits et légumes de leur entourage immédiat me révolte. Le problème n'est pas que personnel, il est aussi politique et social. Je vois bien que des entreprises commerciales abusent d'eux avec la complicité des gouvernements. C'est une population vulnérable. Si mon but est de les aider à mieux s'alimenter, à être plus en santé, une avenue possible est de m'investir auprès d'eux comme le font les travailleurs dans les organismes communautaires. Ils leur apportent une information qu'ils sont à même de comprendre. Ils dénoncent aussi les compagnies et les gouvernements. Ils mènent auprès de tous des campagnes de conscientisation. Simultanément, ils procurent à ces citoyens des aliments sains à un coût abordable à proximité de leurs demeures. Ces derniers apprécient, ressentant le bien-être que ces aliments leur apportent. L'offre régulière de denrées saines avec créativité et enthousiasme, développent de nouvelles habitudes de vie. Par ailleurs, les compagnies qui abusent de leur ignorance auront, à plus long terme, moins de consommateurs donc moins de puissance. Ils profiteront aussi de ce revirement de situation, obligés de se remettre en question. L'installation des forces de création et de conservation à côté de celles de dénonciation et de destruction est essentielle pour qu'un nouveau monde surgisse. 

Rome ne s'est pas fait en un jour, il faut être patient, aimant et confiant. Cela prend du temps pour changer les mentalités et la réalité. L'imagination et la projection sont des outils. Ils permettent l'émergence de solutions innovatrices. En décidant d'encourager une meilleure alimentation, forte de la connaissance biologique qu'une semence arrive à maturité, en consacrant volontairement mon amour, ma réflexion et mon action à la régénération, je participe au bien-être planétaire. Chaque réalisation est au début une semence ou un rêve. 

De quoi nourris-je mon âme? De la même façon que je privilégie certains aliments pour alimenter mon corps, je peux favoriser des apports de qualité pour mon âme? Je peux choisir la bonté et la beauté. Je peux transformer l'inconscience en conscience, la mienne et celle des autres. Je peux composter. L'humain est aussi un humus fertile. Cela ne veut pas dire nier la réalité. L'injustice, le meurtre, l'oppression sont réels, mais temporaires comme les nuages dans le ciel. L'équité, la paix et la bienveillance sont éternelles comme l'azur. J'ai le pouvoir dans mon intériorité de transformer petit à petit la réalité en décidant quelle semence j'arrose. La volonté, l'intelligence, la méditation et la persévérance sont exigées pour ces mutations.

Rassemblement matinal (Inde)
Photo Jakimages : Rassemblement matinal (Inde)

Il est parfois difficile d'être créatif face à l'infortune. Mais une partie de notre mission humaine est de favoriser l'amour, la coopération et la vie. Cela fait une différence. Nous pouvons aussi éviter autant que possible de nourrir notre désespoir et notre inconscience. Cela ne veut pas dire ignorer la guerre et la pauvreté. Mais c'est tout aussi insensé de regarder constamment toutes ces nouvelles planétaires dans les médias où le mal et le sensationnel sont exacerbés. Ce qui se passe autour de nous est suffisant. Car là je peux être en contact avec la chaleur humaine que l'on ressent au milieu des populations défavorisées ou avec la froideur dans nos relations de nantis. L'écran ne nous apprend rien sur les sentiments des protagonistes. 

Il est difficile de concevoir la finalité des forces de création, de conservation et de destruction à l'œuvre dans le vivant si l'on s'en tient à une conception matérialiste. La mort, la maladie et la souffrance semblent inutiles et absurdes. Ces conditions sont révoltantes à première vue. Mais si l'on regarde plus loin dans l'espace et le temps, de nouvelles données apparaissent. On aperçoit les bénéfices qu'apportent ces états. On en retire aussi si l'on s'implique dans leur transformation. Ajoutons au quotidien une dimension spirituelle qui exclut la résignation.

Nous sommes le lien entre la terre et le cosmos. Le chemin passe par l'intériorisation et l'individuation. Essayons d'intégrer les impressions extérieures, laissons-les nous habiter, réchauffons-les par le sentiment, vivifions-les par notre imagination. Permettons à des impulsions vivantes et créatrices de jaillir de nos mains, de nos cœurs, de nos cerveaux, de nos esprits. Donnons-nous la main.

Jouons avec grâce notre rôle de vase communicant entre le ciel et la terre.

Renée DemersRenée Demers
reneedemers@covivia.com
auteure et éditrice


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Volume 10, numéro 12 — Mercredi, 27 août 2014
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