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De l'opportunité de la peine d'amour

J'ai parfois l'impression de frôler les abords de la sagesse. Comme si une étincelle de son feu tranquille parvenait jusqu'à moi. J'ai alors un pressentiment de vastitude. Cette perspicacité est source de surprise joyeuse. Cette vie n'arrête pas de se révéler et je suis tout ouïe devant son immensité. 

J'ai dernièrement été approchée par une jeune amie qui vit une rupture amoureuse. Au moment où cette histoire commence, elle me donnait un coup de fil pour partager sa détresse alors que je relisais l'excellent ouvrage de Alan Watts: Tao, The Watercourse Way. (1) Je venais tout juste de m'approprier la phrase à la page 82 qui dit ceci : « there is a basic sense in the Taoist view that we must make the desparate gamble of trusting ourselves and others. » (2) J'étais à ce moment, le téléphone à la main, en plein paradoxe, reconnaissante pour ces mots recueillis et plongée au cœur d'un drame qui m'atteignait par ricochet. Pendant un long moment, je me suis mise en mode écoute et reflet. J'ai refermé l'appareil, ambivalente. Elle semblait apaisée. Je balançais entre la force de la compassion et la faiblesse d'un préjugé : c'était bien de valeur ce qui arrivait à cette personne et je craignais qu'elle ne passe pas à travers. Cela me déstabilisait et me tourmentait un peu. Au cours de la nuit, alors que le plaisant oubli des soucis du jour s'était retiré, l'insomnie m'a offert l'opportunité de revenir là-dessus.

Catedral de São Sebastião do Rio de Janeiro
Photo Jakimage : Catedral de São Sebastião do Rio de Janeiro


Le thème de la souffrance s'est imposé à ma réflexion et c'est à ce moment que l'étincelle propulsée par le vent de la sagesse a virevolté jusque dans mon cerveau. Tout à coup, un sentiment de gratitude a jailli des ténèbres, à l'égard de la souffrance. Quand cette dernière nous accable, elle ouvre une brèche et nous permet de contacter notre intimité et sa tendre vulnérabilité. Que c'est bon d'être en contact avec soi-même, sous la surface, une fois la peur écartée et la confiance dans notre capacité à se soigner, récupérée !

Disons que par accident on se coupe au bras. Tout à coup, on découvre qu'à l'intérieur du corps, il y a du sang, de la chair et, que mises à jour, ces substances organiques causent de la douleur. Les premières fois que l'on se blesse physiquement, habituellement la panique s'empare de nous. On a besoin d'un adulte pour nous rassurer et prendre soin de la blessure. Il est important de refermer l'ouverture à l'aide de pansements. Ensuite, le temps, les soins et les forces de guérison vont cicatriser et rétablir l'harmonie. L'occasion nous est donnée d'emmagasiner du savoir-faire et du courage si le soignant en fait preuve, par imitation et par transfert énergétique.

Quand la vie nous inflige une perte affective et qu'une brèche s'ouvre dans notre corps émotionnel, il se passe un peu la même chose. Cela peut faire très mal et être déroutant. L'ampleur insoupçonnée de notre intériorité éventrée, ouverte par la blessure se révèle alors à nous. Cela est surprenant quand on est de jeunes adultes, car notre époque favorise l'extériorité et l'activité. Ce monde intérieur que notre société et notre éducation nous ont peu donné l'occasion de fréquenter prend alors toute la place. Nous devenons un acteur inefficace au sein de la société active pour quelque temps, un artiste touché en plein cœur de son essence. Nous sommes appelé à plonger à l'intérieur de nous et à ralentir pour écouter.

La souffrance est une occasion de fréquentation de soi-même. C'est un couloir qui mène à notre âme. La peine d'amour, le rejet et la perte de l'autre sont des brûlures sur notre cœur. Alors que l'on concevait son avenir tissé serré avec cet autre, voici que celui-ci file vers d'autres lieux. Nous voilà, nu et seul. Cette perception est épeurante et déstabilisante au quotidien. Cependant, il y a là la chance de transcender cet espace horizontal sur lequel nous nous activons la majorité du temps et d'emprunter le chemin de la verticalité. En tournant notre regard vers le centre de soi, en se rencontrant profondément, une nouvelle dimension apparaît.

L'image qui me vient me rappelle une histoire qu'un cousin m'avait racontée. Nous parlions de la rivière Rouge dans les Laurentides. Il m'avertissait, alors que je séjournais tout près et que je m'y baignais, de la présence des remous dans cette rivière. « Ils sont traîtres », disait-il. « Le problème, quand tu rencontres un remous, c'est que tu as tendance à te débattre et que tu es pris dans ce mouvement qui tourne autour de toi et t'emprisonnes, t'empêchant de remonter à la surface. La seule façon de t'en sortir, c'est de te détendre, de te laisser couler jusqu'au fond et de plonger par en bas pour ressortir un peu plus loin ». Quand on rencontre un tourbillon émotionnel, le chemin est le même. Il faut descendre jusqu'en bas, se faufiler par le trou au tréfonds et ressortir plus loin dans le grand bain de la vie. Une fois qu'on sait qu'il y a un remous à cet endroit, il est important de noter la place et de préférence, ne pas y retourner.

Les larmes liquéfient et évacuent l'infortune. Elles nous ouvrent, nous assouplissent, nous attendrissent. Elles nous invitent au grand gymnase de l'intériorité pour muscler la confiance, en soi, en l'autre et en la vie. Les appareils de l'amour, de la compassion et de la transcendance nous y attendent. La solitude et son silence propices à la concentration et à l'illumination y règnent riches et pleins.

Bientôt le blanc prendra toute la place
Photo Jakimages : Bientôt le blanc prendra toute la place


Cependant, nous avons le choix de ne pas accueillir l'intensité du malaise émotionnel. Nous pouvons consommer les médicaments anesthésiants de détresse produits par la pharmacopée moderne ou geler notre senti avec les bonnes vieilles substances stupéfiantes et éthyliques. Mais les forces qui vont être éveillées et mises à profit naturellement, pour rétablir l'équilibre ne seront alors pas sollicitées. Alors oui un soutien est parfois nécessaire, mais il ne faut pas qu'il prive la personne d'une riche expérience. Quelle maigre récolte attend l'être qui confine son expérience aux limites de la matérialité et du confort ?

Dans le chagrin, nous rencontrons le désarroi, la désorganisation, le chaos. La perte certes engendre le vide. Mais du vide naît le plein. Cependant, quand on est jeune et que l'on n'a pas encore subi de revers, on a l'impression que ce malaise existentiel durera toujours.

Alors la présence, l'art, et la spiritualité sont d'un grand secours. Pour une période plus ou moins longue, nous ressentirons la douleur. Nous contacterons notre intimité. Nous la partagerons avec d'autres. Nous pleurerons. Nous accuserons. Nous comprendrons. Nous trouverons les mots, porteurs de sens, qui expliquent notre vécu. Patients, nous observerons le temps cicatrisant. Nous prierons pour que les forces invisibles participent à notre guérison. Nous créerons de nouveaux schémas. Nous pardonnerons. Nous muterons et nous réaliserons que nous sommes plus forts que nous croyons.

Une partie de nous que nous ne connaissions pas émergera alors. Nous qui nous limitions, en nous identifiant aux premiers fruits à la surface des rameaux, nous voilà, découvrant que nous sommes un grand arbre enraciné profondément dans la terre. Nos branches se déploient chaque jour davantage dans le ciel clément, rejoignant celles de nos frères et sœurs, ombrageant les arbrisseaux naissants. Nous sommes un géant… entouré de nos pairs.

Alors tout à coup, au mitan de la nuit, je me suis réjouie pour cette personne, de la chance inouïe que la vie lui offre en lui ouvrant la porte de l'intimité. Cela demande du courage, de la bienveillance et de l'intelligence pour entrer et explorer ce monde fascinant qu'est notre humanité. Les sages du monde qui depuis le début des temps nous racontent que nous sommes beaucoup plus que ce corps qui mange et qui dort, que cet être qui travaille, qui consomme et se distrait, nous convient alors à leur table. Le banquet est magnifique. Chacun de nous est un puits et un phare. Le vent cosmique nous berce doux et caressant. La terre nous couvre sensuelle. Et la prochaine relation amoureuse jouira d'une plus grande intimité…

Les forces sont disponibles. Elles sont à l'intérieur de notre individualité. Faisons confiance !

Renée Demers

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(1) Je ne peux m'empêcher quand je lis ce titre d'entendre « The Intercourse Way ». Je me plais à penser que connaissant la réputation de bon vivant de Alan Watts, il y fait allusion.

(2) Traduction: « une des idées de base de la vision Taoiste est que nous devons faire le pari désespéré de se faire confiance à soi-même et aux autres. »


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Volume 9, numéro 4 — Mercredi, 27 février 2013
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