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Sépia

Penser pour panser

Sépia 

J'ai été pour quelques semaines enveloppée d'un brouillard dépressif qui s'est d'abord étendu tout doucement, pour finalement m'engloutir. Une brise de tristesse soufflait dans ma poitrine et pochait mes yeux. Je ne savais pas trop d'où venait ce blues automnal. Tout semblait moche, inutile, teinté de sépia. Était-ce l'apogée de la noirceur annuelle qui m'éloignait de moi ?

Le passé tel une sirène dans la mer mentale chantait des ritournelles nostalgiques. Me retrouver dans la maison familiale avec mon bien-aimé ressucité entourés de jeunes joyeux à la table racontant leur apprentissage du monde et leurs projets naissants ressemblait tout à coup à une plage luxuriante du Sud. Des larmes dans les yeux, le cœur gros, je me sentais malheureuse et isolée.

Mon existence présente ne ressemble en rien à cette ancienne vie quotidienne collective. Je vis en solitaire entourée de voisins amicaux depuis plusieurs mois déjà et hier encore, cela me rendait heureuse et créatrice. Puis novembre me surprend m'enfonçant dans les sables mouvants du vague à l'âme. La vie est remplie de surprise et elles ne sont pas toutes heureuses.

Est-ce que ces mois de méditation intensive atteignaient cette couche existentielle de tristesse ancestrale que l'activité frénétique des quarante dernières années avait enfouie ? Je renouais avec la mélancolie de l'adolescente triste, vide et perturbée que je gelais à coup de cigarettes, de joints et de bières. Je la croyais soignée celle-là… Était-ce le deuil qui réclamait mon attention pour une autre phase de récupération ? Était-ce une réaction à quelques refus reçus dernièrement à un projet qui me tient à coeur? Était-ce un signal qu'un changement s'imposait dans mon quotidien ? Avais-je un mot à dire dans mon destin ?  Tant de questions tournoyaient dans ma tête. Je n'avais que le goût de me distraire.

Il m'était difficile de ressentir cette léthargie. Comme si la vie s'en était allée.

J'ai pris le temps de rester avec le malaise et la froideur de mon corps qui n'arrivait pas à se réchauffer. Manque de vitalité et apathie, irritabilité, défensive, indifférence à la compagnie ont été mon lot pendant plusieurs jours. J'ai continué à méditer avec cette impression de tourner en rond. Que cela ne donnait rien. Que je perdais mon temps ! Je me suis délectée de quelques divertissements espérant ainsi fourvoyer la tristesse. Malgré la honte et la peur qui se nourrissaient de mon désarroi et me dictaient l'enfermement, j'ai confié ce mal de vivre à des amis. Ils m'ont écoutée. Leur amour m'a réconfortée. « Retourner en arrière est certainement un faux pas. »  Soutenue par eux, il a été plus aisé d'apprivoiser cet état paralysant. J'ai alors pu rester telle quelle, aimante et confiante, tranquille, seule et parfaitement mal à l'aise. La pratique de l'attention porte des fruits.

Lotus
Photo Jakimages : Lotus

Hier, au réveil, spontanément j'ai sorti ma pharmacie homéopathique. J'ai pris le tube de Sepia, médicament préparé à partir de quelques gouttes d'encre de seiche dynamisée. J'ai avalé quelques granules. Rien de prémédité. Le geste était certain et assuré. La nuit, l'amour et la méditation portent conseil. Dans la présence, le geste juste se joue. 

Après coup, enchantée de cette joyeuse initiative et de la dispersion de la brunante perpétuelle, je me suis remémorée que l'arme défensive de la pieuvre, prescrite alors par un homéopathe professionnel, m'avait déjà sauvée d'une semblable impasse. À l'époque, même la présence compatissante de mon amoureux me menaçait. Plus vite que mon ombre, mon âme aux multiples tentacules s'est souvenue de cette médecine avant que mon mental en prenne conscience.

La vitalité est revenue. Mon corps est détendu. Je suis énergique et sereine. J'ai repris la rédaction du webzine que j'avais délaissée et qui me semblait sans aucun intérêt. J'en suis très contente. C'est tellement plus simple. La campagne est belle. La neige illumine l'intérieur de mon foyer. Les dindons sauvages se dandinent sur le chemin allumant des éclats de rire dans mes yeux. Mon mental s'est apaisé. Le spleen s'est estompé.

À l'instant, une amie chère me téléphone pour m'inviter à une séance de conte et à un concert de Noël. Cela me réjouit.

Merci à cette belle médecine qu'est l'homéopathie !

Renée Demers
reneedemers@covivia.com


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Volume 10, numéro 19 — Mercredi, 3 décembre 2014
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