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Les aventures de Laurence - Mourir à la désapprobation

Mourir à la désapprobation

Laurence sentit la charge la chavirer. Son plexus bouillonnait. La douleur émotionnelle la sonna. En pleine réunion, estomaquée, elle assista à la prise de la Bastille en elle. Elle était désapprouvée. Cela la démontait. Sa collègue, contrariée, avait réagi à son intervention en questionnant la source de ses références. Laurence habituellement silencieuse avait osé dire les mots fatidiques qui avaient soulevé une réaction antipathique. Elle avait transgressé un vieux dictat personnel : ne pas montrer son désaccord en dehors de l'intimité.

Voilà ce qui en résultait. Elle avait peur. Elle ne savait plus comment agir. Elle était décontenancée. Était-elle irresponsable ? Était-elle coupable ? Était-elle haïssable ? L'autre était-elle despotique ? Arriverait-elle à arrêter l'escalade de la pression en elle ?

Elle informa les autres qu'elle ne sentait pas bien et qu'elle quittait l'assemblée. Elle se leva, elle salua tout le monde avant de fermer la porte. Elle avait besoin d'air, de solitude pour observer et comprendre son tourment émotionnel. Elle rentra chez elle. Malgré son malaise et sa gaucherie, elle était contente d'elle-même. Elle avait essayé un comportement différent de celui auquel elle s'astreignait depuis longtemps.

Des menaces et des reproches fusaient dans ses pensées. « Qui la sermonnait maintenant qu'elle était seule ? » Le climat d'oppression persistait, mais personne autour. Il fallait bien se rendre à l'évidence. Il semblait bien qu'elle était à la fois l'oppresseuse et l'oppressée. Une grande vitalité se manifestait dans son être. Cependant pour le moment, cela prenait l'aspect de peur, de colère et de confusion. Son corps tendu lui donnait l'impression d'être trop petit pour contenir ce tourbillon.

Elle désirait observer cette agitation dans la tranquillité. Elle attendait cette occasion. Elle s'était promise que la prochaine fois qu'une violente émotion circulera en elle, elle la regarderait. C'était une aventure de clarté à laquelle elle s'adonnait depuis déjà plusieurs semaines. Elle savait qu'elle détenait là une clé de conscience. Ce tourment émotionnel né de la relation à l'autre la révélait à elle-même. Elle était à la fois totalement chavirée et allumée quand elle entra chez elle. Elle se laissa choir sur le divan.

Le feu brûlait dans sa poitrine. Elle avait mal. Elle tremblotait. Des pensées négatives emplissaient son mental. Elle avait tellement peur. De l'autre, d'elle-même. Elle se sentait en danger. Allait-on encore l'aimer ? Allait-on la rejeter ? Elle resta présente à ce qui était là. La douleur, le chaos, la terreur du rejet, l'enfermement, le goût de fuir, de crier, de s'activer.

Au dedans de moi, point de salut !

Elle se prit en pitié. Pauvre elle-même ! Elle avait le goût de se réfugier dans les bras d'un être aimé et protecteur.

Elle se sentait séparée en deux parties. Une qui regardait et l'autre qui souffrait. Elle s'identifiait à la partie témoin. Le témoin regardait la peur. Et le témoin se défendait bien de ressentir l'anxiété et l'inconfort. À bout de bras, il repoussait le plus loin possible la peur. Cela exigeait un grand effort et la fatiguait.

« Si tu laissais tomber la défensive belle Laurence. » Se dit-elle à elle même ? « Relâche tes bras bandés. C'est ça, laisse aller. Détends tes épaules. Sois avec la peur. C'est ça. C'est pas si pire… C'est faisable. Cette désapprobation est là, dans toi. Laisse l'énergie être sans la qualifier de mots. Arrête de repousser, de te séparer en deux, en trois morceaux. Accueille. Reste avec… »

Cette pensée créa une brèche dans le malaise qu'elle ressentait. Pourquoi pas ? Elle baissa les bras. Elle respira. Elle était tout ça, la peur, la tension, celle qui le vivait, tout.  Du coup un soulagement se produisit et de l'amour pour elle-même se manifesta. Ses yeux se remplirent de larmes. Elle se détendit. Elle sentait la peur dans son corps, dans son esprit. C'était envahissant, mais pas trop. Elle resta avec. Elle en était capable.

Le temps était arrêté. L'espace était chaud et vivant. L'instant était tout à coup vaste. 

L'émotion s'agitait. Pour une des premières fois de sa vie, seule, elle essayait consciemment de ne pas avoir peur de la peur. Les larmes coulaient sur ses joues. Un soulagement interne lui fit pousser un grand soupir.

Une partie d'elle-même voulait se nourrir de cette frayeur, l'ajouter à toutes les autres qu'elle avait vécues. Elle la voyait saliver, justifier dans ses pensées sa conduite défensive, la méchanceté du monde. Elle observa. Elle intégrait tout.

Elle respira. Des images de l'enfance jaillirent. Elle les accueillit. La peur était là. Elle ne l'affrontait pas. Elle la portait.

Elle pleura. Elle sentit son corps se détendre encore plus. Les minutes s'écoulaient. La vague émotionnelle se tranquillisait. Un sourire s'esquissa dans son ventre ainsi qu'un sentiment de bien-être. C'était tellement bon de récupérer cette peur comme étant sienne. En tout cas, cela lui donnait de l'énergie. Elle passa des pleurs au rire et vice versa.

Elle voyait clairement que la principale attaquante qu'elle avait rencontrée lors de son intervention était elle-même. Elle s'était projetée sur l'autre lorsque celle-ci l'avait mise en doute. Transgresser cette application du bâillon qu'elle s'imposait en public l'avait mise dans un état d'extrême vulnérabilité et d'instabilité. 

Présentement, l'insécurité était évidente, mais la vitalité et la tendresse aussi. Un cocktail intime et vivant. Elle se sentait en état d'amour pour elle-même et aussi pour sa collègue, à sa grande surprise. Elle ressentait beaucoup moins de frustration et de colère à son égard que quand elle se restreignait au carcan du silence. Elle voyait bien que taire sa différence, l'éteignait… Cependant, avoir exprimé son désaccord était loin d'être confortable. Sa peur de l'autre était évidente.

Des révélations se firent spontanément dans sa conscience. Des situations du passé revinrent à sa mémoire. Elle berça la petite Laurence.

La paix montait en elle. Sa sensation de l'espace se transformait. La quiétude augmentait. Elle était moins oppressée. Elle resta présente. Elle n'analysa pas. Elle observa, incorporant la peur, l'agressivité, la confusion, l'apaisement et l'estime d'elle-même.

Cela était bon. Elle était moins effrayée. Elle découvrait qu'elle était capable de se protéger et cela la rassurait. Elle ne règlerait pas tout aujourd'hui. Là, c'était suffisant. Le danger n'était plus imminent. Elle poussa un grand soupir.

Un rendez-vous était prévu avec Maude, sa grande amie, demain. Cela adonnait bien, elle se confierait. Elle prit aussi la décision de prendre son courage à deux mains et de discuter de cet accrochage avec sa collègue. Pour aujourd'hui, c'était assez.

Elle se leva et s'étira de tout son long. Elle avait envie d'un bain chaud. Elle se dirigea vers la salle de bain.

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Photo : Claude Charlebois

Le lendemain matin alors qu'elle se rendait chez Maude en auto et qu'elle montait la fameuse côte, la difficulté lui fit moins peur. Elle ne stationna pas en bas. Elle prit le virage. Alors que la voiture peinait et ralentissait, elle se surprit à appuyer la pédale au fond avec une impulsion joyeuse. Elle la tint fermement. Le moteur vrombit et la voiture reprit de l'allure.

Quand elle stationna dans l'entrée, elle sourit se remémorant les quelques fois où elle avait abandonné cette montée. Elle était excitée. Elle avait réussi. La peur n'était pas toujours synonyme d'abdication. Parfois, c'était une incitation à agir différemment, à poser une action inhabituelle et adéquate.

La vie lui sembla tout à coup plus stimulante.

Renée Demers
reneedemers@covivia.com


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Volume 11, numéro 5 — Mercredi, 18 mars 2015
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