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Observer

Renée Demers

Observer

J'écris devant une grande fenêtre. Je lève les yeux à l'instant, quittant l'écran pour regarder dehors. Une centaine d'arbres s'élèvent guillerets d'un sol ocre et charnu.

Ces dernières semaines, l'ennui s'était emparé de moi. Inattentive, engourdie par ce long hiver, il me semblait qu'il ne se passait rien ici en haut de la montagne. Ce matin, interpelée par l'enseignement de Krishnamurti, j'observe.

La brume se répand, enveloppante. Le paysage est nouveau. Quelques minutes plus tôt, la vue était limpide. Le doré des bouleaux jaunes ressortait et illuminait l'espace, créant un pétillement au cœur de la forêt. Maintenant, la brillance des couleurs s'est estompée. Les teintes se fondent. Un effet de douceur mélancolique survient en moi en résonnance.

Dans la fenêtre, comme dans un tableau, une ligne oblique traverse la partie inférieure. C'est un chemin piétonnier en gravelle. De petites roches blanches se distinguent nettement, parmi les cailloux gris et noir. Elles forment une traînée de points blancs qui surgissent comme de petites lumières. Après vient la forêt. Entre deux arbres, une corde de bois chancelante hésite. Au loin, la ligne d'horizon se perd dans la brume qui s'est déjà épaissie depuis que j'ai commencé cette contemplation. Le sol est parsemé ici et là au premier plan de petits végétaux d'un vert tendre qui réjouissent mes yeux. Elles seules indiquent que le printemps est naissant dans ce paysage dénudé.

Quelques feuilles diaphanes suspendues se balancent. En le remarquant, j'apprends que la brise est légère. Je me servirai de cette connaissance pour choisir des vêtements extérieurs adéquats. Alors que je fixe une pierre, un oiseau traverse le panorama. Profitant de la créativité d'un aparté imaginaire, la pierre se transforme en alligator. Je ressens une frayeur devant cette évocation. Posant mon regard à nouveau, l'imagination laisse place à la réalité et la roche immobile se présente à moi telle qu'elle est. Un merle s'est posé sur une branche et s'en est allé. Un sentiment joyeux m'anime. Il est si léger et libre.

Les troncs des arbres sont tous de dimension et de formes différentes. Verticaux, opposés à l'horizontalité de la terre, ils dynamisent la scène. Certains ondulent. D'autres sont frêles. Un tronc robuste penche vers la gauche. Il semble à lui seul porter toute la forêt. Comme si tous les autres tendaient vers lui. Les feuilles diaphanes dansent à nouveau.

Lever de soleil sur l'étang
Photo Danièle Laberge : Lever de soleil sur l'étang


L'éducation est restreinte en grande partie à mémoriser, des dates, des formules mathématiques, des règles de grammaire. Les appliquer systématiquement et exclusivement nous mécanise, nous tue. Si des liens ne sont pas faits entre ces règles, la réalité extérieure et l'intériorité, ces mémoires nous assèchent. Si l'observation du vivant n'est pas partie intégrante de l'éducation, l'apprentissage n'a pas lieu.

L'apparence particulière dans l'instant créée par une multiplicité de facteurs que la forêt intègre est invisible pour l'oeil désabusé. Pour voir réellement, la présence et l'attention sont nécessaires, sans a priori, sans préjugés. Cette attention à l'extérieur et l'influence que cela a sur notre intériorité est source de connaissance.

Conscient du changement constant dans nos conditions de vie, dans notre état de santé et dans notre disposition psychologique, qu'est-ce qui se passe ici et maintenant ? Quelle est la sensation dans mon fessier, assise sur la chaise, dans mes pieds posés sur le plancher ? Est-ce que je ressens du bien-être ou de la stagnation ? Malgré le fait que j'habite ici depuis longtemps, comment est la pièce ce matin ? Le silence est majestueux. La blancheur laiteuse dans la fenêtre est reposante. Un bel oiseau en bois sur le coin de mon bureau féconde ma tendresse. Le sculpteur y a déposé la sienne. Elle se reflète en moi quand je suis présente.

La présence et l'attention rendent l'existence riche. Le jeune adulte devant qui enfant on a jardiné, cuisiné, bâti, a appris l'abc de ces activités. Il s'est imprégné des gestes, de leur séquence et de leur rythme. Il les reproduira aisément au moment voulu. De la même façon, si nous observons notre entourage et notre intériorité, nous apprenons les rouages et les mystères de la vie.

La vigilance éclaire notre parcours. Elle vient de l'intérieur. Un regard neuf sur notre amoureux ou sur notre enfant permet de réaliser que nous interagissons avec une personne différente de ce qu'elle était hier. Notre interaction est vivante. Nous avons elle et moi vécu depuis la précédente rencontre. Une transformation a eu lieu si ne n'est que dans nos cellules qui se renouvellent constamment. Il est déplaisant de se sentir réduit à une identité venue d'un passé révolu.

Mémoriser est utile dans nos actions quotidiennes pour utiliser des outils ou conduire l'auto par exemple. Mais observer quand je conduis produit en plus une expérience sécuritaire, unique et agréable. J'évite alors le trou béant sur le chemin de terre qui est apparu au cours de la nuit. Parce que je suis attentive à mon état intérieur pendant ma conduite, je réalise que je suis tendue. Je choisis de me détendre. Je suis alors présente à l'acte de conduire, à la route, au paysage, aux autres voitures, aux couleurs des maisons que je croise, à la corniche en dentelle, à l'ivresse que procure une balade en voiture. Je réalise aussi la grande somme d'énergie nécessaire à mon déplacement. Est-ce nécessaire ? Cela me donne l'idée de diminuer mes déplacements en regroupant mes commissions et mes rendez-vous.

Observer nous permet de jouir de la vie, de voir toutes les opportunités et d'éviter des écueils. Nos sens sont des lanternes qu'il nous faut allumer avec notre vigilance. Voir, écouter, sentir, goûter, toucher peut tout à fait fonctionner sur le pilote automatique. Mais alors nous ne jouissons pas de leurs sensations, nous ne nous nourrissons pas de l'énergie présente dans notre environnement, nous ne sommes pas imprégnés des influences extérieures et nous ne sommes pas informés intérieurement. Nous n'apprenons pas. La vie est plate et morne, comme une nature morte. Rien ne change parce que nous ne sommes pas attentifs au renouvellement constant de la réalité. Nous ne pouvons cueillir la vitalité, les informations et les signes précurseurs.

Notre vie se résume pour la majorité d'entre nous à la stérilité des mots anciens que nous accolons sur des expériences neuves. Mon mental s'empresse de qualifier la première brise chaude d'avril du mot "vent". L'apport intellectuel pour ma qualité de vie est pauvre si je n'y ajoute pas la jouissance de la caresse de l'air doux tourbillonnant sur mes joues et dans mes cheveux ainsi que toutes les connaissances que je peux en tirer. Les mots sont utiles pour communiquer, mais combien réducteurs pour expérimenter !

Soyons vigilants. Soyons curieux sans supposer d'avance de la suite des choses. Soyons perméables.

La brume s'est dissipée. L'intensité des rayons de soleil excite mon cerveau. La netteté des contours des végétaux est plus précise. À l'intérieur de moi, une clarté d'esprit se répand.

Renée Demers
reneedemers@covivia.com

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Volume 11, numéro 8 — Mercredi, 29 avril 2015
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