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Le Pendu, douzième Arcane du Tarot

Renée Demers

Le Pendu, douzième Arcane du Tarot

On aperçoit un personnage suspendu. Le talon de son pied gauche est enlacé dans une double corde, elle-même attachée à une branche d’arbre. Ce talon qui causa la perte d’Achille et d’Ève jadis symbolise la grande vulnérabilité du Pendu. Sa tête se retrouve au même niveau que les racines des arbres. Son visage serein et détendu surprend du fait de sa position. Sur sa tunique, on aperçoit deux croissants de lune inversés l’un par rapport à l’autre. Il est encadré par deux troncs dont les branches ont été coupées présentant des bourgeonnements rouges. Ses jambes sont croisées, la droite se tient derrière la gauche. Le fond de l’image est blanc.

La lettre hébraïque correspondante est « lamed » qui désigne le bras qui s’étend, se déploie ou s’élève. Elle est devenue le signe du mouvement expansif : extension, occupation, possession. L’arcane du Pendu, tête en bas, croisant les bras derrière le dos renonce à l’appropriation. Sa tête et ses bras forment un triangle renversé qui s’appuie sur des jambes en forme de croix. Il est puissant dans ce sacrifice.

Les onze premiers arcanes du tarot montrent le chemin de l’apprentissage actif et volontaire. L'arcane de la Force termine ce cycle en maîtrisant la puissance sexuelle et créatrice. Avec le Pendu commence l’initiation passive ou mystique. Celle que l’on reçoit du silence, de l'écoute et de l’intuition. Notre Bateleur retrouve la Papesse du deuxième arcane pour former le nombre XII comme le démontrent les éléments jumelés qui entourent le Pendu sur l'image. Après avoir traversé l’épreuve du choix en tant qu'Amoureux sur l’arcane VI, maîtrisé ses émotions sur son Chariot en VII, notre héros développera dorénavant sa sensibilité, sa féminité et sa subtilité.

Le nombre 12 est associé à la fin d’un cycle, à un accomplissement et à un regroupement. On le retrouve dans les douze mois de l’année, dans la douzaine de pouces du pied, dans la douzaine d’œufs, etc. Avec le Pendu se termine la quête matérielle du Bateleur et débute l’aventure spirituelle véritable.

C’est le printemps sur cet arcane. La terre se réveille tout juste et son herbe est vert tendre. La sève monte dans les arbres jaune et rouge sur les côtés. La vie est sur le point de renaître. Notre heureux sacrifié a pacifié et intégré les forces terrestres dans les arcanes précédents. Il se libère de la gravité terrestre, il se tourne vers les forces célestes. Il naîtra à nouveau. Il est dans la bonne position pour cela.

Il délaisse l'avidité et l'inquiétude. Il s’est placé sous la protection du ciel. Il met en doute l'emprise du désir et de la souffrance. Il est allé au bout de la connaissance qu’ils pouvaient tirer de l’expérience de la dualité et de l’égoïsme. S’il continue dans cette voie, il générera un enfermement sur lui-même. Il stagnera et il régressera. Arrivé à cette étape de maturité, le soi tend à s’enrouler s’il ne s’ouvre pas à sa dimension spirituelle. Le serpent que l'on retrouve comme acteur dans la chute d'Adam et Ève nous informe entre autres ce danger de l'enroulement au début de l'âge adulte.

De l’enroulement à la verticalité autonome est le parcours que le fœtus accomplit jusqu’à l’âge adulte. Ensuite vient le rayonnement. Le Pendu arrive à cette étape. La lumière et l’amour le traversent comme nous l’indiquent les couleurs rouge et jaune sur son torse. Le jaune et le rouge irradient autour de lui comme on le voit dans les troncs d’arbres. Il est une passoire de lumière. Il rayonne. Son visage serein nous indique que le sacrifice s’est transformé en bonheur tranquille.

Ses bras sont cachés à l’arrière de son dos. Nul attachement et nul effort ne sont requis. Il se fait léger. Il n’accapare plus le monde, ses objets et ses personnes. Sa large poitrine démontre qu’aimer est maintenant son état d’être. Il est réceptif et intuitif comme l’indique sa jambe gauche qui lui sert de crochet. Le geste juste se manifestera à travers lui sans intervention personnelle. Il devient un instrument du divin.

Le Pendu est plus vaste que sa propre personne. Jusqu'ici il s'identifiait à son mental, à son corps et à son histoire personnelle. Là était son petit royaume. La réalité lui fait remettre en question cette limitation. Il se retrouve suspendu dans un entre-deux.

La suspension dont il est question sur cet arcane est un état rencontré à différentes étapes de la vie profane.

Une grande épreuve subie telles la maladie ou la faillite nous place dans la position du Pendu. La souffrance est providentielle pour nous éveiller à notre dimension spirituelle. Pour la transcender, il est nécessaire de s'intérioriser et de s'approfondir. Cependant le danger est de s'y enliser.

Le parent ou l'aidant naturel met aussi ses besoins personnels de côté pour se consacrer au bien-être d'un être vulnérable. Sa propre personne n'est plus sa seule priorité. Il est au service. Il comprend alors qu'il est plus vaste que ce qu'il croyait jusque-là.

Quelques jours avant l’accouchement, la femme enceinte est suspendue. Le temps s’arrête. L’attente est pleine. La personne âgée en fin de vie est aussi suspendue. Plus de projets à concrétiser à moyen ou long terme. Il lui reste le présent à savourer. Avant la mort.  La professionnelle qui délaisse une carrière prospère dans laquelle elle s’ennuie pour se réaliser pleinement sans encore connaître la prochaine étape est un Pendu. La carte du Pendu correspond à cet espace avant le basculement dans une nouvelle dimension de vie. Cette transition peut apporter de l'anxiété et de l'inconfort. La mutation peut aussi être source de bonheur. 

Le Pendu est patient et à l’écoute. Rien au-dehors pour le distraire ou le mouvoir. Il est en attente d’un nouveau cadre de vie, dans le vide. Il ne s’agite pas et ne gaspille pas son énergie. Il stabilise sa position avec sa jambe droite repliée à l’arrière. 

Le Pendu apparaît parfois dans un tirage pour honorer la capacité adulte de reconnaître des comportements obsessionnels répétitifs. En s’observant, il voit comment ceux-ci le restreignent. Suspendu consciemment à ses obsessions, aimant pour lui-même, sans déni, il peut se libérer de l’emprise qu’elles ont sur lui. Il aide aussi à reconnaître un état de stagnation dans notre existence. Il invite à se poser différemment pour mieux voir et à adopter de nouveaux points de vue.

Renée Demers
reneedemers@covivia.com

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