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Appelez-moi par mes vrais noms

Bonjour,

J’offre au nom de tous les membres de l’équipe de Covivia nos sympathies à nos lecteurs et lectrices français. Nous sommes de tout cœur avec vous. La communion de longue date entre nos deux pays fait en sorte que nous sommes particulièrement touchés par le drame des attentats de Paris.

Les textes publiés dans ce numéro ont tous été rédigés avant ces évènements tragiques. Je souhaite la bienvenue à Daniel Laguitton qui publie un premier texte dans ce webzine. Il est tout à fait à propos.

J’ai le goût maintenant de me taire et de vous offrir ce poème de Thich Nhat Hanh. Les notes qui le précèdent sont de lui aussi.

Appelez-moi par mes vrais noms (1)

J’ai un poème pour vous. C’est un poème autour de trois d’entre nous. Le premier est une fillette de douze ans, une de ces « boat people » qui traversaient le Golfe du Siam. Elle fut violée par un pirate et s’est jetée dans la mer. La seconde personne est le pirate marin, né dans un village lointain de Thaïlande. Et la troisième personne, c’est moi. J’étais dans une colère extrême bien sûr. Mais je ne pouvais pas m’en prendre au pirate. Il m’aurait été plus facile de le faire, je le sais, mais je ne le pouvais pas. J’ai compris que si j’étais né dans son village et avais vécu une vie semblable à la sienne – économie, éducation etc. – il est vraisemblable que je serais aujourd’hui un pirate. Aussi il n’est pas facile de prendre parti. Dans ma souffrance j’ai écrit ce poème. Il s’appelle : « Appelez-moi par mes vrais noms », parce que j’ai de nombreux noms et quand vous m’appelez par l’un d’entre eux je dois répondre : « Oui »

S’il vous plait appelez-moi par mon vrai nom
Ne dites pas que je pars demain –
Aujourd’hui j’arrive à peine.

Regardez profondément : à chaque seconde j’arrive
Pour être un bourgeon sur une branche au printemps,
Un oisillon aux ailes encore frêles,
Qui apprend à chanter dans son nid tout neuf,
Une chenille dans le cœur d’une fleur,
Un joyau qui se cache dans une pierre.

Je continue d’arriver, pour rire et pour pleurer,
Craindre et espérer.

Mon cœur rythme la naissance et la mort
De tout ce qui vit.

Je suis l’éphémère qui se métamorphose
À la surface du fleuve.
Je suis l’oiseau
Qui fond pour dévorer l’éphémère.

Je suis la grenouille qui nage tout heureuse
Dans l’eau claire d’une mare
Et je suis la couleuvre
Qui silencieusement avale la grenouille.

Je suis le petit Ougandais qui n’a que la peau sur les os
Et les jambes maigres comme des tiges de bambou.
Et je suis le trafiquant d’armes
Qui vend des munitions mortelles à l’Ouganda.

Je suis la fillette de douze ans,
Réfugiée sur une frêle embarcation,
Qui se jette dans l’océan
Après qu’un pirate l’ait violée.
Et je suis le pirate
Dont le cœur n’est pas encore capable
De voir et d’aimer.

Je suis un membre du Politburo
Qui a les pleins pouvoirs.
Et je suis l’homme qui doit payer
Sa « dette de sang » à mon pays
Et meurt lentement dans un camp de rééducation.

Ma joie est comme le printemps et sa chaleur
Epanouit les fleurs sur toute la terre.
Ma peine est tel un vaste fleuve de larmes
Qui remplit les quatre océans.

S’il vous plaît appelez-moi par mes vrais noms
Que j’entende mes cris et mon rire ensemble
Que je voie que ma joie et ma douleur sont une.

Appelez-moi par mes vrais noms,
Afin que je m’éveille
Et que reste ouverte
La porte de mon cœur,
Porte de la compassion.

Thich Nhat Hanh

Bonne quinzaine,

Renée Demers
Éditrice

(1) J'ai extrait ce texte du site:  Michele Duclos: mes auteurs


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Volume 11, numéro 18 — Mercredi, 18 novembre 2015
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