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Dépression

Renée Demers

Dépression

Le ciel et moi subissons une dépression depuis hier. Sérieuse. La pluie et le vent s’époumonent à l’extérieur pendant qu’à l’intérieur un vide dévastateur s’est installé. L’intérêt pour la vie s’en est-il allé avec le soleil et la chaleur providentielle de ce début novembre ?

J’assiste penaude à cet état désagréable de torpeur. Ma première réaction est de le refuser. Je ne suis pas dépressive. Ensuite de le fuir. M’évader en m’agitant. Ne pas ressentir la morosité et le spleen.

Le témoin observe. La personnalité ne demande qu’à être acceptée même dans cet état lamentable. En suis-je capable ? Mon mental s'évertue à chercher une cause pour y remédier promptement. Pourquoi est-ce que je me retrouve ainsi désœuvrée, ennuyée ? Étant seule aux commandes dans ce monde imaginaire que je projette et que je perpétue, qui d’autre que moi peut lâcher prise ?

Dans la fenêtre, j'observe que le ciel pleut. Je me demande s’il se pose lui aussi des questions. Est-ce qu’il se croit seul responsable de cet état de sa nature ? Cherche-t-il quelle action il a pu poser pour que les nuages ainsi s’accumulent ? S’est-il emprisonné dans leurs limites et se prend-il pour un amas d’eau qui se répand pour l’éternité sans possibilité de rédemption ? Est-il capable de laisser les nuages se vider de leur contenu sans intervenir, sans s’identifier non plus ?

La pluie est nécessaire au cycle de la croissance sur la Terre. Je remarque la vitalité des plantes un lendemain de pluie et j'entends le rire des ruisseaux gorgés d’eau.

Le poids et le volume des cumulus n’atteignent pas le soleil qui luit derrière.

Mannequin: Kate Eaton
Photo: Claude Charlebois   Mannequin: Kate Eaton

L’apprentissage que j'exerce est celui d’aimer cette personnalité qui est mienne dans son intégralité. De ne pas chercher à la changer, à la cacher, à camoufler sa dépression. Je ne comprends pas à quoi sert ce passage à vide. Il s’apparente à la mort, à l’entre-deux. Sa subtilité m’échappe. Je ne connais pas l’utilité de la mélancolie. Cependant je rends hommage à cette atmosphère. 

Certains d'entre nous vivent des épisodes dépressifs. Notre société a statué que ceux-ci ne valent pas la peine d’être expérimentés. Pour répondre à ce tabou, les pharmaceutiques ont développé une panoplie de médicaments qui induisent des états de bonheur artificiels quand le spleen nous englue. L’automne existentiel s’en est allé. Avec lui la phase de la destruction qui permet à l’inconnu de naître.

Qu’est-ce qui ne pousse plus dans nos vies quand on esquive l'étape du dépouillement ? Où nous mène cette ordonnance de performance perpétuelle, de continuité infertile, mais combien sécurisantes ?

Le récit de la genèse nous raconte qu’au début le monde était vide et vague et que les ténèbres couvraient l’abîme… Le défi auquel je suis confrontée est d’accepter que je déprime. Je suis au cœur du vide.

Je prends de la distance. Je me fais plus vaste. Je ne suis pas déprimée. La dépression est temporairement installée dans mon ciel. Elle ne prend pas toute la place et elle ne me recouvre pas. Par ces mots, je scrute, curieuse et acceptante. J’aime. Et la vitalité manifeste sa créativité. La joie tranquille monte. Sa patience aussi.

Le poids et le volume des brumes n’atteignent pas la vie qui fuse derrière.

Renée Demers
reneedemers@covivia.com


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Volume 11, numéro 18 — Mercredi, 18 novembre 2015
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