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Et le soleil s'arrêta

Renée Demers

Solstice d'hiver

Et le soleil s'arrêta.

Nous approchons au Québec du solstice hivernal. À l’opposé du solstice vernal éclatant de croissante verdure, les couleurs vives sont absentes, les jours courts et les nuits longues. À la campagne le soir loin des lampadaires, la noirceur est enveloppante et envoûtante. Nous voici arrivés au temps propice de l'année pour goûter à la bienfaisante intériorité. Au-dedans de nous, de nos maisons et de nos lits.

Le vivant est ponctué de rythme. Contrairement à la machine stable et régulière, la nature croît et décroît. Elle grandit, atteint un zénith, ralentit puis repart de plus belle. Tel le souffle dans l’intimité de notre corps, tel le cœur battant la cadence, telle la course de la Terre autour du Soleil, le vivant se déroule de cette façon.

Mon panier est plein
Photo Jacqueline Martin: Mon panier est plein

En nous appuyant sur le rythme du vivant, nous participons à la grande danse cosmique à l'instar des acrobates et des musiciens pour qui cela est essentiel. Nous nous rendons la vie facile, nous favorisons notre santé. Quand j’étais mère, dans des périodes d’épuisement, je m’appuyais sur le rythme pour mener à bien ma tâche. La régularité du réveil des petits, l’horaire établi des repas, l’heure de l’endormissement programmée avec celle du soleil, ces rituels me portaient. J’étais redevable à ce rythme pour arriver à soutenir avec joie la vie familiale malgré le manque de sommeil. Les enfants très physiques dans cette phase de leur maturation ont besoin de cet accord avec le rythme naturel de façon soutenue pour assurer leur bien-être. La routine est un élément essentiel à leur bonheur. Pour nous aussi adultes, quoique nous pouvons nous permettre d’échapper à la régularité sporadiquement, un retour à un rythme régulier de vie est toujours bénéfique pour la santé et essentiel à la guérison.

L'automne tardif et le début de l'hiver favorisent le repos et le recueillement. Notre corps est gorgé des réserves de l’été qu’il a assimilées. Notre esprit moins sollicité par l’environnement se retourne spontanément vers sa propre découverte.

Il y a peu à faire à l’extérieur de nos demeures. Anciennement, les réjouissances pouvaient commencer en cette période de l’année. Les travaux agricoles étaient exécutés. Tout était engrangé. La terre se reposait. Les humains aussi. Nous avons conservé la tradition des fêtes avec ses retrouvailles familiales, ses festins et ses embrassades. Les amis de longue date, les collègues de travail, les familles soulignent ce temps de l’année par des célébrations, des échanges de cadeaux, des flûtes de champagnes, des vœux de bonheur. Cependant, nous ne portons plus attention aux forces spirituelles montantes dans cette nature décroissante et nous ignorons son inspiration.

Nous nous sommes éloignés des rythmes naturels. L’électricité a permis l’allongement des jours au creux de l’hiver. Les journées de travail se sont allongées. Le calendrier scolaire ne tient plus compte de la léthargie ambiante de décembre. On exige des étudiants universitaires des heures prolongées d’étude et des remises de travaux en décembre alors qu’il est primordial de se reposer. Nos corps réclament plus d’heures de sommeil. Les échanges internationaux rendus possibles grâce aux ordinateurs font en sorte que les balises du jour et de la nuit n’existent plus. Il faut être disponible jour et nuit pour négocier avec les personnes de l’autre côté de la Terre qui derrière leur écran attendent notre confirmation. Les robots ont cet avantage sur nous de ne pas avoir besoin de dormir.

En nous éloignant des rythmes, nous nous déshumanisons. Nous adoptons un comportement de machine. Et nous brisons dans nos corps… plutôt que de croître et décroître allégrement. Et nous déprimons, exigeant de nous des performances estivales tout au long de l’année. Plutôt que d’écouter notre nature et de s’accorder une jachère hivernale au coin du feu, enrichissant ainsi notre vitalité. Prenons la pause pour accorder notre enveloppe physique comme un guitariste attentif à la sonorité de son instrument avant le retour sur scène. Lors de la prochaine saison active, notre jeu sera rafraîchi, juste et joyeux.

Dans cette époque moderne où la machine remplace avantageusement l'humain dans plusieurs fonctions, il nous faut rester alertes et attentifs aux besoins de notre corps et de notre âme. Fermons les écrans, les lumières, les systèmes de son, les appareils de communications plus tôt quand souffle le vent frisquet de décembre. Stationnons nos autos, fermons les bureaux, les usines, les commerces dans la période du solstice d’hiver. Jouissons du silence, ressentons la joie de la chaleur humaine et connectons-nous à la grâce de l’inactivité. Passage obligé : farniente, célébration et retour à soi !

People of India
Photographie Jacqueline Martin: People of India

En temps venu, le printemps et son regain d’énergie seront magnifiques et excitants.

Pour l’instant, savourons l’accalmie et inspirons. Respectons notre nature rythmique et ainsi favorisons notre santé physique, émotionnelle, mentale et spirituelle. Vive les vacances!

Renée Demers
reneedemers@covivia.com

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Volume 11, numéro 20 — Mercredi, 16 décembre 2015
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