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Communiquer

Renée Demers

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Léa me confiait hier avoir passé du temps avec une connaissance pour son anniversaire. D’une compagnie difficile, cette dernière était esseulée en cette date importante. Compatissante, Léa l’a visitée et a célébré avec elle cet événement. Cette journée a finalement été pénible et lui laisse encore à ce jour un goût amer. Tout au long de la rencontre, la jubilaire n’a parlé que d’elle, démontrant très peu d’écoute pour l’autre. Léa est maintenant en colère, prisonnière et impuissante de sa réaction. Elle se juge négativement : elle a joué à la sauveuse. De plus, elle n’a pas communiqué à cette connaissance son ressenti, les émotions et les pensées soulevés en elle qui persistent encore deux jours plus tard. Elle ne sait pas comment. Elle croit que c’est inutile. Que cela ne changerait rien. Maintenant qu’elle verbalise ce qui la tracasse, elle remarque que le mal de dos lancinant dont elle souffre a commencé le lendemain matin suivant au réveil.

Incertaine, elle se questionne sur la conduite à suivre. En parler lui fait du bien.

Cela demande du courage d’être vrai dans les relations et de la présence pour se dire réellement avec amour pour soi et pour l’autre. On se place en état de transparence et d’ouverture. Il est possible d’être reçu ou non. Le résultat est inconnu. On risque d’entrer en intimité, mais peut-être aussi d’être rejeté. On ressuscitera certainement d’anciennes blessures enfouies ramenées à la conscience par cette atteinte émotive. Elles attendent depuis longtemps notre maturité pour être prises en charge et guéries. Elles sont fortes d’année de léthargie. Les conscientiser génèrera de la force morale et de la confiance en soi. Dans la relation, si le message passe, de la bienheureuse chaleur humaine.

Il est possible que nous soyons gauches au début quand nous exprimons réellement nos sentiments profonds à l’égard de l’autre. Comme toute habileté, celle-ci s’acquiert en la pratiquant. Soyons indulgents pour nos maladresses de débutant. Il y a des moments plus propices que d’autres pour contacter l’autre. On choisit un espace-temps ou l’autre est disponible à entendre nos propos. On s’abstient de parler sur le coup d’une réaction émotive. On est bienveillant pour soi et pour l’autre devant les manifestations qu’engendre ce dévoilement. On parle de soi, de son inconfort, de son malaise, de son besoin. On décrit la situation, on remémore la situation sans jugement. On écoute la réponse de l’interlocuteur. On dialogue. On laisse le temps à l’un et à l’autre d’être pénétré par les mots, leur sens et leur puissance révélatrice, n’exigeant pas une réponse ou une réaction immédiate. On se découvre. On accepte ce qui est, la résolution ou l’incertitude. On assistera peut-être à une métamorphose. On vise une meilleure compréhension de la nature humaine.

On observe. On fait confiance à la vérité et à l’amour.

Enfants
Photo : Marie-Dominique Demers-King

Louis confiait à sa mère que son amoureuse déplorait son manque de coopération dans les travaux domestiques. Ils avaient cohabité quelques mois dans une résidence étudiante avant la naissance de leur idylle. Son manque d’écoute d’alors devant ses multiples demandes d’aide au moment des repas et de la vaisselle l’avait frustrée. La cohabitation était terminée depuis la fin de la session. Elle lui partageait cette blessure, maintenant que leur relation avait gagné en intimité, espérant qu’il serait réceptif. Aimant tendrement cette amie, il était chagriné de cette ignorance des besoins de l’autre sur un territoire commun. Sa nature fougueuse était tellement emballée par ses projets personnels qu’il en devenait insensible à son entourage. Difficile pour un chasseur, la domestication ! L’action l’entraînait devant et il oubliait le présent et ses simples nécessités.

Il s’est sur le coup rappelé les autres fois où les membres de sa famille lui avaient fait remarquer sa mince participation à l’économie domestique. Il était maintenant assez mature pour que le message parvienne à son esprit et induise un changement salutaire. Il était malheureux que ce manque d’écoute ait blessé des êtres aimés. Il voulait être plus coopérant maintenant. Ses frontières personnelles venaient de s’agrandir. Il aimait encore plus tendrement cette amante. Il s’est excusé ce jour-là auprès de sa mère. Pour elle, les paroles éducatives qu’elles avaient prononcées des années auparavant donnaient leurs fruits. Les mots aimants, telles des semences, germent quand les conditions le permettent. Nous avons la possibilité de nous rendre meilleurs les uns les autres.

Nous seuls pouvons arrêter de faire semblant que tout est correct et cacher notre ressenti pour acheter une paix factice. Après quelque temps, de toute façon ces relations de non-dits deviennent stériles. Elles perdent leur énergie synergique et deviennent ennuyantes. C’est un risque de se dire et de se montrer tel que l’on est. Cependant, cela engendre des relations vivifiantes et créatrices. De plus, on se sent en confiance et détendu avec l’ami qui s’exprime ouvertement et respectueusement.

Au début quand on n’a jamais exprimé nos malaises relationnels, on est instable comme si le sol glissait sous nos pieds. Pas de contrôle. Rien de solide et connu sur lequel s’appuyer. Ressurgissant de l’enfance au cœur de familles sympathiquement dysfonctionnelles et exagérément polies, l’ombre épeurante de la chicane étend ses ailes. Serais-je encore aimée si je me montre telle que je suis ?

La force de la vérité agit. Elle nous ouvre, elle nous nourrit. Elle nous montre que nos souffrances sont là pour être soulagées. Pas pour détruire l’autre, mais pour apporter plus de bien-être et d’harmonie à tous. Pour nous révéler nos conditionnements. Pour nous sortir de la torpeur. Pour nous assouplir. Pour faire le cadeau de la vulnérabilité. Pour permettre de nouveaux apprentissages. Pour tisser des liens de confiance dans nos relations et se bercer doucement dans le filet que l’amitié noue.

Les relations avec les autres sont un miroir des relations que nous entretenons avec nous-mêmes. En soignant les unes, on guérit les autres.

Sans communication authentique, pas de communion.

Renée Demers
reneedemers@covivia.com


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Volume 12, numéro 4 — Mercredi, 2 mars 2016
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