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Le mouvement authentique

J’ai eu l’occasion dernièrement à quelques reprises de pratiquer le mouvement authentique. Cette approche corporelle utilise le mouvement, l’introspection et le silence. Elle se pratique généralement dans un cercle regroupant plusieurs personnes, mais peut aussi être pratiquée en duo, uniquement. Les participants sont jumelés et s’assistent mutuellement. Dans le silence, l’un bouge les yeux fermés tandis que l’autre regarde et assure la sécurité. Il n’y a pas de musique. L’activité consiste pour l’un à se mettre en mouvement à partir d’une impulsion intérieure jaillissant d'une pensée, d'une image, d'une sensation ou d'une émotion et pour l’autre d’être témoin. Le travail du témoin est d’observer l’autre sans jugement positif ou négatif. Il se tient autour du cercle, en retrait et est prêt à intervenir si son jumelé se retrouvait dans une situation fâcheuse. Très simplement, présent au mouvement ainsi qu’aux sons, aux images, aux impressions et aux souvenirs qui l’accompagnent, les protagonistes se concentrent sur ce qui est là, l’essentiel. Cela à la fois autant pour celui qui bouge que pour celui qui regarde.

Il s'agit d'un processus profond invitant l’univers conscient et inconscient à se révéler au fur et à mesure que le mouvement se déploie. Les séances auxquelles j’ai participé duraient vingt minutes, mais peuvent être de durée variable. Entre chacune des séances, les deux personnes échangent et témoignent de leur expérience. Ensuite, elles changent de rôle.

J’ai mis un certain temps à apprivoiser cette approche corporelle et j’en suis aux balbutiements. La sensation de bouger les yeux fermés, présente aux sensations et aux impulsions de mon corps sous la protection de l’autre est agréable. Je me sens protégée. Regarder l’autre se mouvoir, parfois danser ou taper du pied est un acte qui génère de la surprise, de la compassion et de l’affection.

Dans le grand cercle, mon corps rencontre d’autres corps dans une exploration tactile. Je suis libre d’accepter ou de refuser le contact en touchant l’autre ou en m’en détournant. Il est possible que les contacts avec les autres amènent certaines personnes à danser collectivement, et ce toujours avec présence et délicatesse. Parfois, pour de courts moments, un mouvement d’ensemble naît alors que tous ont les yeux fermés et que rien n’a été planifié. C’est intriguant de réaliser que la communication est tangible entre les personnes sans l’utilisation du regard ou du langage. En pratiquant cette forme de mouvement, je retrouve tranquillement cet espace sans mots. Mon corps est mon ancrage. Cet exercice me donne l’occasion de m’y consacrer totalement. C’est un travail exploratoire de l’intériorité. Ce qui est très intéressant est qu’il émane du corps et se transmet par la suite à notre psyché, à nos émotions et à la relation. L’apprentissage est subtil et révélateur. Cette activité peut être pratiquée par tous, peu importe l’état de leur forme physique, car chacun se meut selon sa capacité.

Le mouvement authentique est un exercice corporel expressif, improvisé, créé en 1950 par Mary Whitehouse (1911-1979),  danseuse professionnelle, professeure de danse et psychothérapeute jungienne. En 1981, Janet Adler, danseuse et thérapeute en mouvement de la danse, fonde la première école de mouvement authentique aux USA, y ayant été initiée par Mary Whitehouse.

Quelques thérapeutes en danse, en éducation somatique ou spécialiste du travail psychocorporel sont formés au Québec à cette pratique. Pour les connaître, en savoir plus et pour pratiquer, visitez le site canadien www.authenticmovement.ca.

Vous pouvez aussi regarder ce vidéo produit par Janet Alder, Ph.D.:
www.youtube.com/watch?v=fcZGUTy5wYk

Renée Demers
reneedemers@covivia.com


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Volume 9, numéro 7 — Mercredi, 10 avril 2013
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