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Les aventures de Laurence - L'amitié révélatrice

L'amitié révélatrice

Ce matin, Laurence assise à la table devant son déjeuner est troublée. Hier soir elle a soupé avec Brigitte. La conversation de Brigitte a tourné tout au long du repas autour de sa déprime et de ses querelles avec les membres de sa famille. Elle s'est montrée agressive à l'égard de Laurence à quelques reprises. Laurence a bien essayé d’exprimer son malaise, car leurs dernières rencontres ont ressemblé à cela. Mais Brigitte s'est cantée dans un personnage de victime. Laurence ressent de l'aversion.

Assise à la table devant le soleil levant, elle se sent à la fois désolée et coupable. Pour retrouver la paix, elle mettra au monde un comportement reflétant ses dispositions actuelles dans son rapport avec Brigitte : respecter son authenticité et en même temps aimer. Ce sentiment lui tient à coeur. Elle s'énerve quand elle expérimente de la tension dans ses relations. Elle retardera son départ et elle accordera du temps et de la présence à cette réflexion.  

Il y a deux ans, après des années sans se voir, Brigitte et elle se sont retrouvées dans un atelier de yoga curatif, alors que toutes deux traversaient un passage difficile. Elles ont grandement sympathisé. Leurs ondes sur une même fréquence ont rendu leur compagnie mutuelle attirante. Qui s’assemble se ressemble. Elles ont renoué leur amitié et elles continuent de fréquenter le centre de yoga.

Pour elle-même, le sablier du temps réparateur a écoulé ses grains. Rétablie, elle a atteint l'autre rive. Un bonheur simple l'habite. Pour Brigitte, la détresse perdure. 

Le miroir que lui renvoie Brigitte met en scène une fillette blessée à l’intérieur d’une femme mature. Instable et généreuse. Telle une poupée gigogne. Laurence perçoit sous la surface polie, l’enfant ignorée qui dérange l’autre pour recevoir de l’attention. Brigitte lui a raconté sa jeunesse difficile. Son corps de souffrance s’est gonflé face à la non-disponibilité de ses protecteurs. La survie financière de la famille et leur inhabilité relationnelle ont empêché ses parents de lui donner des soins de qualité ainsi que cette sécurité affective essentielle à l'estime de soi.

Laurence a grandi dans des conditions semblables. Elle se projette facilement dans la personne de Brigitte. Sans doute, de là viennent leurs atomes crochus. Comme bébé, elle n'intéressait pas ses parents débordés et ses bons coups dans l'enfance ne les satisfaisaient pas non plus. Elle avait réagi à l'adolescence en dérangeant et en s’opposant. La qualité de chaleur humaine dont elle s’abreuvait était tendue, mais elle avait permis sa survie. Les affrontements nourrissaient la nécessité d’être vue. Cette stratégie est devenue inutile et malheureuse à l'âge adulte.

Complicité
Photo : Jaqueline Martin - Complices, Automne 2009


La traversée ardue qui l’avait rapprochée de Brigitte a entraîné une profonde crise intérieure. Le fardeau du malheur l’écrasait. Son coeur fermé la rendait cruelle, semblable à ses ancêtres. La différence avec le passé se trouvait dans sa responsabilisation par rapport aux circonstances. Un retour à la psychothérapie ainsi que la méditation, la lecture d’ouvrages de sagesse et l’amour bienveillant d’humains matures avaient illuminé un pan de son inconscience. Elle entretenait une relation haineuse avec elle-même et par ricochet avec les autres.

La force spirituelle de la transcendance avait permis une métamorphose. Sa crise existentielle s'était résolue, plus rapidement que celles qu'elles avaient vécues auparavant. Une capacité d'amour plus grande avait jailli. Elle avait pardonné à ses parents ainsi qu’à elle-même d’avoir perpétué une incarnation dans ces conditions. Était-ce le karma ? Était-ce nécessaire pour développer sa sensibilité et sa compassion ? Qui sait ? 

Maintenant, elle constate le changement dans ses interactions. Quand un jugement acerbe sur autrui monte dans son esprit, son cœur attrape la balle au bond et l’enveloppe de bienveillante chaleur. Cela se fait tout seul et l'étonne. Quand la peur du rejet l’envahit, elle vérifie si ces pensées sont bien réelles en questionnant ouvertement. Elles se méfient de son imagination qui invente des scénarios. En contrepartie, les gens la traitent avec gentillesse. Elle s'est adoucie. Au bureau, elle collabore au lieu de s'isoler. Elle écoute, elle s’impatiente moins, elle partage ses idées créatrices qu’elle a si longtemps tues par peur du ridicule. À sa surprise, ses collègues la consultent pour avoir son avis. Elle est ravie.

Dans cette relation avec Brigitte, maintenant, elle est confrontée. Elle s'interroge. Comment cultiver la bienveillance à l’égard de l’autre quand tout ton être veut s’en éloigner? Comment accueillir le processus d’évolution de chacun ? Assez de réflexion, se dit-elle. Place au vide ! Elle ferme les yeux, elle redresse le dos, elle s’assoit confortablement. Elle écoute le silence, elle porte attention à sa respiration. Elle se détend sans désir et sans appréhension, laissant les pensées circuler comme des nuages dans le ciel. Elle médite. Une trentaine de minutes s'écoulent. Elle termine son recueillement. Elle est ouverte et prête à recevoir la réponse à ses questions sans non plus être pressée. Il est temps d'enclencher sa journée active.

Alors qu’elle tourne le robinet de la douche, sa peur de l'agression se révèle : elle craint la colère de l'autre. Son jugement négatif sur la conduite de Brigitte voile cette craintes ancienne de la tape du parent désapprobateur ainsi que le danger d'être rejetée par le clan. Elle respire. Elle se rassure. Les personnes qu'elle côtoie au centre de yoga sont plus conscientes que les êtres qui l'entouraient cinquante ans plus tôt. La réalité actuelle est différente. 

Brigitte ne présente aucune menace. Elle chemine à son rythme… et Laurence observe à travers ses filtres personnels. 

Toutes deux méritent respect et compassion dans leur processus humain. Laurence identifie le besoin de se protéger. Pour le moment, voir Brigitte est difficile. Elle ne cherchera pas à la revoir pour un temps indéterminé et en même temps elle ne nourrira pas des pensées hostiles à son égard. En se respectant et en s’aimant, elle génère cette énergie autour d’elle. Cela est une évidence.

Elle remercie la vie et la lampe de l'intériorité. Une illusion de moins l'habite. Elle ne mangera pas la pomme de la discorde. Un grand sourire se lève sur son coeur. Ses yeux picotent. Un soupir souffle les restants de morosité. Elle entre dans la douche. Elle est ample et lègère. Elle aime.

Renée Demers
reneedemers@covivia.com


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Volume 12, numéro 12 — Mercredi, 24 août 2016
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