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Cantique méditatif

Renée Demers

Cantique méditatif

La grisaille automnale s’est installée confortablement à l’extérieur. En moi, elle tourne au mélodrame latin. Elle stimule une couche dépressive tapie dans mes entrailles. Comme beaucoup d’entre nous, chers contemporains. Depuis aussi longtemps que je me souvienne, l’humidité brumeuse et ténébreuse ravive mon accablement.

J’ai le goût d’écrire sur cet état, car un grand nombre d’Occidentaux sont aux prises avec la dépression et l’anxiété au point d’avoir recours à la pharmacopée. Démunis devant ces manifestations morbides, de plus en plus d’entre nous ingurgitons des molécules chimiques qui modifient superficiellement notre comportement. Cependant, cette humeur mélancolique pourrait aussi être le déclencheur d’une profonde aventure de conscience et de changements heureux.

Quand cela survient, j’ai le sentiment d’être quelqu’un, quelqu’un de malheureux. Cette identité est captivante. Je suis triste et accablée. Il me semble que tout est lourd et sans issue. Rien de ce que j’accomplis ne semble valable. Je me sens isolée, inutile et inerte. Je doute de tout. L’enthousiasme s’en est allé.

Alors que ma vie se déroule dans des circonstances semblables à celles de la dernière quinzaine qui me semblaient réjouissantes, elle perd de son attrait. Il est vrai que dehors, l’ennuagement a chassé l’ensoleillement doré. Le climat est froid et mouillé. Certaines personnes chères à mes yeux sont malades physiquement et psychologiquement. La pleine lune est en phase descendante. Sont-ce les raisons de ce découragement ? Bien fragile équilibre…

La nature nous donne en exemple ces cycles de croissance et de décroissance avec les saisons. Le jour et la nuit aussi. L’enfant devenu vieillard en va de même. Les montagnes entourent la vallée. Les rythmes sont inhérents à l’existence.

Château
Photo : M.D. Demers-King - Stourhead UK

Dans l’espace méditatif que j’affectionne, je me suis demandé : suis-je découragée? Est-ce réellement ce que je suis?

Alors que je m’assois pour méditer, prenant le temps de bien ajuster mes coussins, de trouver la position juste, je me propose de m’observer. Je ressens la lourdeur qui me tire vers la détresse. Je me sens petite, enserrée dans un étau pressant. J’assiste à un épisode dépressif qui met en scène ma propre personne. Je reconnais l’exigence de perfection, le jugement envers ce que je qualifie de faiblesse et la honte noire et paralysante. Une tension dans ma poitrine remonte à la surface. Je persiste dans la présence, la lumière et l’amour. J’applique un sourire intérieur sur mon cœur.  Malgré la résistance. Un élan de bienveillance se manifeste à mon égard. La douleur se fraie un chemin jusqu’à mes yeux et elle s’épanche en un ruisseau de larmes qui coule sur ma joue. Je m’attendris.

Alors je maintiens mon attention à ici et maintenant. Je me détends. Je suis témoin de ma respiration qui va et qui vient, du plein et du vide alternant au-dehors et au-dedans, dans le grand tout. Un sourire se soulève sur mon visage. Je perçois cette entité tendue et malheureuse à laquelle je me restreins. Elle se situe dans une étendue plus vaste tel un nuage dans le ciel. Un soupir s’extirpe. Je porte mon attention sur le troisième oeil. Je perçois une lumière blanche et douce.

Je me rassure. Tout est correct. Une dépression me traverse. Dehors aussi une dépression s’épanche en pluie sur le sol. Le soleil brille derrière. La dépression me laboure. Elle me meuble. Elle m’ouvre. Elle nourrit ma sensibilité et ma compassion. Elle est bonne. Elle stimule le désir de comprendre ma nature humaine. Elle est bienfaitrice. Elle m'exerce à l'amour. 

Cela me rappelle le personnage de la princesse dans les contes de fées qui tombe en amour avec un gueux malgré l’opposition du roi et de la reine, ses parents. Une fois que la douce et belle jeune fille a assumé son attirance et qu’elle quitte le palais pour partager l’existence misérable de son amoureux, il se révèle être un prince charmant riche et bon.

Les épisodes dépressifs sont naturels et inhérents à la condition humaine. L’ombre s’y manifeste dans sa noire splendeur. Un des défis que ces états soulèvent est d’apprivoiser cette partie monstrueuse et sauvage de nous. Accueillir. Le sourire intérieur resplendissant est toujours là malgré notre confusion telle l'astre d'or dans notre système planétaire. 

Dans la boue enlisante que sont la tristesse et l’accablement se trouvent les conditions bénéfiques à la naissance du lotus. L’attendrissement précieux. La créativité féconde.

Un des apports du silence méditatif aux états noirs est une illumination progressive. À l’instar du gymnaste qui en soulevant des poids activement rend sa musculature plus forte, le méditant en abandonnant tout agir, en s’adonnant au vide, apprivoise la lumière et voit sa nature profonde se transformer.

L’espace introspectif se compare à l’infiniment petit de la physique quantique. Alors que cette science a tout d’abord étudié les phénomènes infiniment grands et réussit à expliquer les lois qui régissent ceux-ci, le développement plus récent de la physique quantique découvre dans l’infiniment petit des règles du comportement de la matière différentes et étonnantes. Quand je médite, j’ai l’intuition de me retrouver au niveau du minuscule. De la même façon que la physique n’a pas encore trouvé l’explication qui servirait de pont entre ces deux secteurs d’investigation, la physique relative générale et la physique quantique, l’interaction de ces deux dimensions que sont l’espace méditatif et la vie quotidienne est réelle et en même temps mystérieuse. Elles sont entrelacées et elles coexistent. La clarté qui s’épanouit intérieurement se reflète à l’extérieur dans un quotidien plus aisé et unifié.

Renée Demers
reneedemers@covivia.com


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Volume 12, numéro 17 — Mardi, 1er novembre 2016
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