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La Maison-Dieu, seizième Arcane du Tarot

Renée Demers

La Maison-Dieu, seizième arcane du Tarot

Deux jeunes personnes atterrissent au pied d’une tour foudroyée sur une terre argileuse. Sans doute celle qui servit à fabriquer les briques du bâtiment. D’ailleurs, tout près de leurs mains, deux roches jaunes jonchent le sol orangé. Elles pourraient être des restants de l’époque de la construction. Mais aussi des pépites d’or pour financer la phase qui s’amorce dans cette fin annoncée.

L’un sort d’une porte basse et le deuxième culbute, ses pieds pointant vers le créneau transformé en couronne. Leur forteresse est décapitée. Ils sont habillés de vêtements aux couleurs chatoyantes. Leurs mains touchent le sol et plus précisément leurs doigts effleurent les feuilles vertes, présages de fertilité. Leurs visages sont sereins malgré leur expulsion. La scène sur cette carte est énigmatique. Une tour étêtée nous est exposée dans un cadre joyeux. La foudre destructrice est représentée par un ensemble de formes hétéroclites dans lesquelles on peut distinguer parmi de multiples couleurs un amas de chair fœtale. Dans la catastrophe, la renaissance est annoncée.

Cette construction humaine, la première que l’on voit sur les lames du Tarot, est ornée de plusieurs ouvertures : les fenêtres qui rappellent les deux yeux et le troisième œil, la porte entrouverte et le toit enlevé. Des cercles colorés comme des balles ou des bulles de champagne flottent dans l’horizon blanc tout autour suggérant une célébration. Le sol passe du vert en arrière-plan au bleu spirituel derrière le bâtiment pour apparaître richement doré à l’avant. Des plantes vertes à l’avant-scène indiquent l’été par opposition à celles à l’arrière qui sont sèches et jaunies comme au moment de la récolte. Une maturation a lieu. Elle est inhérente au cycle naturel de la vie.

L’homme élève des tours. Il a tendance à concevoir dans son esprit et à établir sur la Terre des systèmes, des dogmes, des religions, une personnalité. Il s’y enferme croyant ainsi assurer sa sécurité voire sa suprématie. L’isolement et l’égoïsme mènent tôt ou tard à l’effondrement. Tout ce qui se spécialise à outrance restreint ses capacités de revitalisation et meurt éventuellement par inadaptation à l'environnement terrestre en perpétuelle mutation. L’être cristallisé dans ses certitudes se rend inapte à s’ajuster et à murir. Cette lame nous enseigne qu’en s’isolant, l’humain se prive de la faculté de marcher au rythme de l’évolution spirituelle. Pris dans l’illusion qu’il ne peut compter que sur lui-même et ses propres connaissances, fermé, il ne bénéficie pas de la soutenance des forces invisibles. Il ne se donne pas accès à la grâce divine et à ses enseignements. Celle-ci se révèle dans des espaces humbles et dénudés telle la nature ainsi que dans des états d’ouverture comme le démontre cet Arcane.

La maison dieuPour nous rappeler à notre dimension spirituelle, la vie se charge tôt ou tard de défaire nos constructions séparatrices. La Maison-Dieu nous enseigne que c’est au cœur d’espaces ouverts et simples que la grâce nous atteint. La connaissance qui nous est alors transmise par osmose est d’or telles les roches au pied des trois marches blanches, couleur de pureté.

Cette lame nous invite à sortir de la tour de l’enfermement de notre égo, de nos convictions, de notre nationalisme, de notre statut social, etc. Le salut de l’humain est indissociable d’une collaboration avec la nature et tous les êtres terrestres. Cette carte nous rappelle qu’un nouveau paradigme est exigé pour survivre. Celui du partage. Le corps humain à l’exemple de la nature est un exemple d’équilibre, d’harmonie et de coopération alors que notre esprit a tendance à s'enliser dans dans des désirs épars et dans la compétition avec ses semblables. Alors il erre.

La sortie de la tour est soudaine. Celle-ci est frappée par la foudre, une circonstance incontrôlable. Nous observons ici une scène de l’existence où une occurrence se produit : naissance, accident, opération, gain d’argent important, déménagement inattendu, etc. Nous pouvons accueillir ce phénomène comme une recherche de sens. Ni s’effondrer en identifiant la circonstance comme malheureuse ni se couper des autres par peur de la jalousie devant notre chance. C’est une occasion d’évolution ou de répétition. 

Par exemple après un divorce, on s’empresse de trouver un nouveau compagnon et on recommence la même histoire en enfermant l’autre à nouveau dans notre fantasme amoureux. Cela se soldera éventuellement par une autre séparation. On peut plutôt saisir cette occasion pour se remettre en question, méditer, réfléchir et comprendre avant d'entreprendre une nouvelle relation. Pour une autre personne, le diagnostic de cancer reçu peut s’avérer un tremplin pour une nouvelle vie. La tumeur s’est développée elle aussi en vase clos, se spécialisant en un amas de cellules parasitaires, se détachant du reste du corps qui l’héberge. Telle la tour sur cette lame. La malade peut à son tour perpétuer la séparation à l’image du mal qui l’assaille ou se tourner vers le divin, sa communauté et la nature pour une guérison. Celle-ci sera d'abord spirituelle. Ensuite si le temps de la maturation nécessaire à la descente sur le plan physique est disponible, elle se matérialisera. Cependant, l’apprentissage de la collaboration et de l’abandon à plus grand que soi sera acquis pour son âme et aura aussi influencé celle de ses proches.

Les crises existentielles sont des questions et les réponses que l’humain trouve sont des modifications de conscience résultant de ces épreuves.

La Maison-Dieu est aussi l’Arcane du rapport entre la volonté et le sort, entre ce qu’on veut et ce qui arrive. Ne plus juger et étiqueter les événements en termes de bien et de mal, mais accueillir. Épouser les circonstances qu'elles soient favorables ou défaborables avec enthousiasme. Elle nous rappelle une des phrases du Notre-Père, prière qui fut donnée aux Apôtres par Jésus : « Que ta volonté soit faite ». Aimer ce qui est, dirait-on en ces temps modernes.

La Maison-Dieu nous invite à l’adaptation, à la souplesse et non à la rigidité et au dogmatisme. Les constructions humaines quand elles sont uniquement conçues à partir des facultés mentales sont stériles. La nature est fertile. En cette époque moderne, ne bâtissons plus des systèmes clos. Créons des initiatives qui croissent en mariant esprit et nature : communauté de partage, villes-jardins, permaculture, hôpitaux allopathiques et holistiques, écoles artistique, scientifique, sportive et initiatique, etc. Matérialisons ces entreprises en reproduisant les phases de la nature soit la création, la préservation et la destruction sans préférence pour l’une ou l’autre car toutes trois entretiennent la prospérité. Chacune d’elle est essentielle au flux éternel.

Cette lame évoque aussi la tour de Babel, construite par les hommes pour atteindre Dieu. La Bible rapporte que Dieu anéantit la tour, dispersa les bâtisseurs et leur donna de multiples langues. Il mit alors fin au projet des hommes de s’allier pour le remplacer. Parabole de la chute qui rappelle celle de la Genèse, elle nous invite à l’humilité. Le paradis est sur la Terre, au cœur de la nature ainsi que de la connaissance et du respect de ses lois. La mission primordiale et éternelle de l’humanité est de cultiver et de garder le jardin terrestre et non de s’élever au-dessus.

Renée Demers
reneedemers@covivia.com

Bibliographie:

Dictionnaire des symboles, Jean Chevalier, Éditions Robert Laffont, 1982
Méditations sur les 22 arcanes du Tarot, Anonyme, Éditions Aubier, 1980
La voie du tarot, Alexandro Jodorowsky, Éditions Albin Michel, 2004
La maîtrise du Tarot de Marseille, Claude Darche, Éditions du Rocher, 1998
Le tarot des imagiers du Moyen Âge, Oswald Wirth, Éditions Tchou, 1984
The Tarot Handbook, Angeles Arrien, Putnam Publishers, 1997


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