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Quatre corps

Renée Demers

Pleine conscience, nourriture pour l’esprit

Dans le cadre de l’Expo Manger Santé 2017 à Montréal, je donnerai une conférence intitulée : Pleine conscience. J’avais pensé ajouter à ce titre les termes « même dans le bruit » car au Palais des congrès lors de cet événement, c’est festif, éducatif, gargantuesque, mais peu silencieux. J’ai opté pour « nourriture de l’esprit », étant donné l’axe privilégié de cette exposition. En réfléchissant à cette sortie publique ainsi qu’aux thèmes des prochains textes publiés dans Covivia, j’ai réalisé que je pouvais me servir de cette plate-forme pour développer l’autre, tels des vases communicants.

Voici donc une première envolée intellectuelle sur la pleine conscience. Je ne prétends pas être pleinement consciente. Je suis plutôt en route vers et pleinement consciente d’être en chemin. J’ai relu des livres de Rudolf Steiner dernièrement. Ils m’ont inspirée dans cette réflexion sur nos différents corps. Je trouvais important de décrire notre organisme complexe pour mieux situer ensuite les effets de l'observation de soi qui est le fondement de cette pratique. D'autres textes sur la technique suivront dans les prochains numéros.

Pour les personnes qui souhaitent assister à cette conférence, je la donnerai à Montréal à Expo Manger Santé les 24 et 25 mars à 14 : 30 sur la Petite Scène Atelier. J’ajouterai alors à ces informations, l’énergie de ma voix et la présence révélatrice.

1- Quatre corps

Nous sommes constitués de différents corps. Ceux-ci se superposent les uns aux autres pour former notre être. Notre corps physique est le plus tangible et le réceptacle des autres gaines dans notre existence terrestre. Il progresse dans sa morphologie depuis des milliards d’années et je contribue de mon vivant à la maturation de l’espèce. Chacun de nous est à la fois un des chaînons de l’évolution et un individu libre de développer ses potentialités. Paradoxale existence !

À travers les âges, ces corps ont pris différents noms selon les écoles initiatiques et religieuses. Cependant, ces nomenclatures se recoupent. Une connaissance spirituelle s’avère d’autant plus exacte quand différentes traditions en arrivent aux mêmes conclusions, même sans communication entre elles durant de nombreux siècles.

Dans l’enseignement ésotérique, quatre enveloppes perceptibles par nos sens et nos facultés innées sont identifiées : physique, éthérique, astrale et spirituelle. À notre époque, nous réduisons grosso modo ces fourreaux à trois enveloppes : le corps qui englobe notre dimension physique et éthérique, le coeur notre dimension astrale et l’esprit notre dimension intellectuelle.

Le fourreau physique est le plus évident. Il est constitué de chair, d’os, de sang, de minéraux et ses matières sont les mêmes que celles qui composent la matière terrestre. Il est lié au monde minéral. Quand la vie le quitte, il se dégrade et se décompose pour retourner à la terre qui est son élément. L’étymologie du mot « physique » est « relatif à la nature » ce qui le caractérise bien. Il constitue notre forme. Dans le jeu du Tarot, il est représenté dans les arcanes mineurs par les deniers.

La vie qui anime cette enveloppe physique appartient au corps éthérique, aussi nommé corps d’énergie de vie. Il porte les patrons ou motifs de notre biologie et la mémoire de notre héritage ancestral. C’est le « chi » de la médecine orientale. C’est le feu qui ayant épuisé sa réserve de combustible, s’éteint et entraîne la mort. Il infuse à notre corps la vitalité. Celle-ci diminue en vieillissant et c'est un des repères qui nous permet de l'identifier. Cette énergie est invisible à nos yeux, mais bien évidemment nous la ressentons dans ses variations constantes par exemple dans des épisodes de maladie ou après une semaine de repos. Le corps éthérique est lié au feu et nous le possédons en commun avec le monde végétal. L’étymologie du mot éthérique est « région supérieure du ciel ». Dans le jeu du Tarot, il est représenté par les épées. Son essence est le mouvement.

Le corps astral est constitué de nos pulsions, de nos désirs, de nos émotions et de nos sentiments. Il se révèle fortement dans notre besoin relationnel. Il s’apparente à l’eau. Nous le détenons en commun avec le monde animal. Il se détache la nuit de notre enveloppe physique et il est le domaine des rêves. Immatériel, il se manifeste à notre conscience lors de notre réveil par le souvenir de nos songes. Son existence se manifeste dans notre amour de l’autre, les larmes, les rires et les envolées lyriques. Il a des répercussions tangibles sur le corps physique telles les tensions morbides de la peur sur l’estomac. C’est le siège de l’âme. Il constitue notre contenu, notre substance individuelle. Il est représenté par les coupes remplies dans le Tarot. L'étymologie évidente de son appellation est en lien avec les astres.

Nous nous élevons toujours plus avec les racines historiques ce ces mots : de la nature physique à une région supérieure du ciel, nous sommes rendus à la hauteur des astres avec ce troisième fourreau. Puis l'esprit que je décris dans le prochain paragraphe nous propulse jusqu'au cosmos.

La femme en vert
Photo : Jakimage - La femme en vert
Varanasi, sur les bords du Gange; après les ablutions rituelles, on remet son beau sari vert...

Le corps de l’esprit est le siège de l’intellect, de la pensée, de l’égo et du Moi. Son énergie est lumineuse. Ne dit-on pas d’un humain intelligent qu’il est brillant ? L’être humain a la capacité unique de nommer, ce qui est souligné dans la Bible et les Upanishads. L’esprit possède des capacités d’observation, de réflexion, de concentration et de pénétration. Cela donne à l’humain le pouvoir de créer et de matérialiser ses désirs et ses projets. La femme et l’homme peuvent imaginer et incarner une idée dans la matière jusqu’à sa finalité. La pensée libre et libérée des besoins primaires ainsi que de l’instinct propre à l'espèce est réservée au genre humain sur la Terre. Le pouvoir de penser se manifeste à différents niveaux. Il y a cette présence constante de pensées vagabondes et automatiques qui surviennent dans notre psyché sous forme d’images, de réminiscences, de fantasmes anxieux tel un fil de presse au bas d’un écran de télévision moderne. Cela est différent de cette faculté consciente et volontaire qui nous permet de nous concentrer sur un sujet précis. Nous appliquons cette pensée sous sa dimension intellectuelle pour résoudre des problèmes scientifiques, inventer des technologies appliquées ou créer des œuvres d’art. Cette partie de notre organisme est lié à l'élément air. L'étymologie du mot esprit est « souffle ». Son action créatrice et sa réceptivité passive est représenté par les bâtons dans le jeu du Tarot .

Garant de notre liberté, le corps de l’esprit est le lien entre la vie terrestre et le monde spirituel. Il est le siège du Moi. L’humain en prend conscience quand il se décide à développer ses facultés supérieures. Le terme « moi » ne s’applique qu’à soi-même et à rien d’autre. Chacun pour soi, seul dans son fors intérieur, nous avons accès au moi et au Moi. Dans l’esprit se trouve un seuil qui mène à la dimension spirituelle de notre être. Une des facultés perceptibles de cette région de notre esprit est l’intuition. Du vide surviennent spontanément dans notre intellect des informations pour la résolution d’énigme ou pour une direction à prendre. Aussi il est le lieu de la révélation. Nous y recevons par émanation des enseignements cosmiques.

L’humain a le choix de développer sa nature divine latente. Cela ne lui est pas imposé. La langue française utilise le mot esprit pour désigner à la fois la réalité pensante et le souffle de Dieu. La religion catholique identifie un des membres de la Trinité comme le Saint-Esprit. Cet enseignement symbolique nous rappelle que l’esprit est la porte d’entrée vers nos corps spirituels restés à l'état de potentialité ainsi que le pont entre nos enveloppes matérielles et immatérielles. Car nous possédons d'autres enveloppes en plus de celles mentionnées dans cet essai. Pour les percevoir, il faut éveiller des zones inactives de notre cerveau et parfaire notre système nerveux. J'aborderai dans les prochains textes des outils que les maîtres de sagesse et les modernes neurologues mettent à notre disposition pour vivifier ces circuits neurologiques et accéder ainsi à une aire plus vaste de notre être.

Chacune de ces gaines mérite notre protection, nos soins et notre respect. Notre physique a besoin de toucher, d’aliments sains, de mouvements et d’exercices pour favoriser sa vitalité. Notre âme de sentiments nobles, de relations harmonieuses, de magnifiques paysages et de belles œuvres d’art qui, augmentant notre sensibilité, accroissent notre capacité de saisir l'impalpable. Notre esprit de sagesse, de silence et d'intellectualité profonde pour s'illuminer. Il n’est pas question ici de hiérarchie ou de bien et de mal. Cependant, l’être humain aspire à l’harmonie et à la paix de tout son être même si parfois ce désir est relégué aux oubliettes de son inconscience. Ces quatre différentes gaines s’imbriquent les unes dans les autres et elles agissent de concert. Cependant, l’enfant consacre d’abord la quasi-totalité de son énergie au développement de son corps physique, puis il libère des forces de vie pour l’essor des autres instances de sa personne. Cela se fait de façon inconsciente d’abord. Le motif et le fonctionnement de ces corps sont inscrits dans nos gènes et nos cellules. L’évolution terrestre y pourvoit. Cependant, cultiver nos forces spirituelles est une mission qui nous revient individuellement et à laquelle nous sommes conviés à l'âge adulte.

Renée Demers
reneedemers@covivia.com


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Volume 13, numéro 2 — Mercredi, 25 janvier 2017
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