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Écouter

Renée Demers

Écouter

Écouter est un art auquel je m’exerce. Durant longtemps, j’avais l’habitude d’accorder de l’attention aux pensées qui montaient dans ma tête quand une personne me parlait. Des remémorations, des approbations et des dissensions se manifestaient dans mon esprit et je n’attendais que le moment où mon interlocuteur reprendrait son souffle pour les dire. Je préparais intérieurement ma réponse pendant que l’autre conversait. Mes préjugés et mes aprioris faussaient mon entente. Dans mon fors intérieur, je cultivais une propension à tout ramener à moi. Ces tendances s'amenuisent tranquillement.

Je participe depuis quelques décennies à des cerces dans lesquels nous utilisons un bâton de parole et un bol de silence pour harmoniser les échanges. Ces outils aident à installer de nouvelles habitudes dans les discussions. Le bâton accorde le droit de parole à celui qui le tient jusqu'à ce qu'il le repose au centre. Le bol impose le silence. Quand un participant a besoin d’une pause pour intégrer une information, comprendre un état intérieur soulevé par une intervention, ou pour savourer un moment de grâce, il prend le bol dans ses mains. Tous respectent cette demande jusqu’à ce que le détenteur le remette au centre.

L’utilisation de ces objets de pouvoir m’a initiée à un art de la parole profond et détendu. J’apprécie de plus en plus ces partages. Ils apportent un climat de paix. Ils ralentissent le tempo qui parfois s’emballe dans des conversations de groupe. Ils donnent le temps de réfléchir. Ils permettent à chacun de connaître l’autre, d’apprivoiser la différence et de s’en enrichir. La bienveillance et l’empathie moins familière que l’opposition pour une majorité d’entre nous peuvent se déployer.


Photo : Jacqueline Martin 
- On a décroché le soleil

À force de me prêter à cette nouvelle façon d’être en relation, je reconnais les bienfaits de l’écoute. J’entends avec ma tête et aussi avec mon cœur. Dans un dialogue, mon intellect sépare les éléments. Je nous considère nous les personnes qui y participent comme deux entités. De même, j’isole les faits de leur contexte, je les relis à des expériences antérieures similaires et j’extrapole des tendances futures. Cette efficace capacité d’analyse est propre à l’intellect. Mon cœur quant à lui, a le goût d'accueillir et de s'unir. Il est bienveillant et empathique. Maintenant quand quelqu’un me parle, je me sers de ces deux facultés. J’écoute avec ma tête en réfléchissant et avec mon cœur en aimant. Je fais preuve de curiosité à l'égard du prochain. De plus, je m’efforce de m’enlever du chemin et de freiner un besoin d'attention archaïque. Je suis présente à l’autre, à sa spécificité, sans essayer de chercher dans ses propos des justifications égoïstiques. Je m’y exerce. Je n’y arrive pas à la perfection. La tendance est là et elle prend racine. Je suis tellement plus nourrie dans ce type d'interaction. Ce bienfait me pousse à persévérer et ma qualité d'écoute s'améliore. Mes relations aussi.

Cette pratique implique de ne pas interrompre celui que j'écoute. J’attends qu’il ait terminé. Je fais le silence en moi pendant qu'il parle. Des pensées spontanées circulent dans mon mental sans que je m'y accroche. Je consacre mon attention à l’autre et à notre communication. Je l’écoute jusqu’au bout. J’essaie de comprendre son point de vue. Je ne prépare pas ma réponse pendant qu’il s'exprime. Je me laisse féconder par ses propos. Je suis ouverte à son unicité. Je reçois. Je ne me sens pas annihilée ou agressée. Quand vient mon tour de parole, je suis libre. Je peux répondre en apportant un éclairage différent, nuancer mon point de vue, changer d'avis ou me taire. Je me permets de m’exprimer telle que je suis réellement, avec transparence. J'essaie. Cela est parfois difficile de ne pas me censurer d’emblée. Je rencontre alors mes peurs du rejet et du ridicule. J’observe. Je ne me pousse pas. Je respecte ma pudeur. Je suis responsable de mes émotions et je les contiens. L’attitude bienveillante se manifeste aussi à mon égard. Je suis patiente avec moi et avec l’autre. Nous sommes en chemin.

Cette façon d’être à l’écoute enrichit le dialogue. Parfois, la chair de poule apparaît tant la communion est touchante. Un ange passe… disait-on autrefois dans ces moments de silence plein d’une invisible communication.


Photo : Jacqueline Martin - Petite partie de cartes entre copine dans la ruelle

Étant grand-mère, j'ai la chance d'interagir avec des enfants dans l'intimité. J’aime être à l’écoute du bambin de la même manière. Présente, je me penche physiquement et mentalement à son niveau. À demi agenouillée, j’écoute sa parole simple et vivante. Je lui accorde de l’attention. En contrepartie, il verse dans mes oreilles la fraîcheur de la découverte du monde et la vitalité trépidante de sa jeunesse. La coupe qu’il m’offre dans sa cuisine miniature au cours d’un dîner fictif devient « un verre de parent ». Sa poésie explose dans mon entendement et elle pose sur mon visage un sourire ensoleillé. Je perçois la reconnaissance dans ses yeux de la considération que je lui donne. Il est heureux et participatif. Je suis comblée et rajeunie.

J’apprends et je suis régénérée par ce type d'écoute. Car ce que l’autre partage parle de lui et de réalités qui me sont parfois inconnues. En même temps, ses mots dévoilent en moi des territoires inexplorés ou oubliés. J’agrandis mon univers en adoptant sa vision, en me mettant dans ses souliers. Je perçois concrètement comment nous sommes les facettes d’un cristal . Nous sommes à la fois complémentaires et  intimement reliés. Comme les cellules de notre corps, comme les éléments d’un écosystème, les membres d’une communauté participent au monde à partir de leur angle unique, interagissent entre eux, s’influencent, se complètent et créent ensemble un univers commun.

Bonne écoute,

Renée Demers
reneedemers@covivia.com


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Volume 13, numéro 5 — Mercredi, 8 mars 2017
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