Acupuncture Addiction Agriculture Alimentation Alzheimer Amérindien Anarchisme Anatomie Animaux Anthroposophie Apiculture Approche craniosacrée Approches aquatiques Arboriculture Arbre Aromathérapie Art Arthrose Artisanat Astrologie Ayurveda Botanique Bouddhisme Cabane à sucre Calendrier Cerveau Chamanisme Channeling Chant Christianisme Coaching Collectivité Communication Constellations familiales Couleur Créativité Cuisine Danse Dentisterie Eau Écologie Économie Éducation Éducation somatique Électromagnétisme Énergétique Energétique chinoise Enfants Ennéagramme Ésotérisme Famille Faune Femme Fleurs de Bach Forêt Genre Géobiologie Guérison Habitat Hakomi Herboristerie Histoire Homéopathie Horticulture Huiles essentielles Intention Jardinage Jeûne Jung Kabbale Leadership Lithothérapie Mantra Marche Massothérapie Maternité Méditation Médiumnité Microbiote Mort Mouvement Musique Mycothérapie Naissance Nature Naturopathie Neuroscience Numérologie Nutrition Ornithologie Ostéopathie Parkinson Permaculture Phamacopée Philosophie Photos Physique quantique Phytothérapie Pleine conscience Poésie Pollution Portraits Psychologie Qi Gong Reiki Restos végés Rites Rituel Rolfing Santé Science Semencier Sexualité Shiatsu Société Soin Corporel Son et vibration Soufisme Spiritualité Symbolisme Taoisme Tarot Tourisme vert Transport Vaccins Vieillir Vitamine Yeux Yoga Yoga Derviche Zen
  Imprimer Imprimer

Conditionnements

Renée Demers - Penser pour panser

Conditionnements

Nous étions quelques amis assis autour de la table réunis pour l'anniversaire de deux d'entre nous. Nous conversions allègrement. L’un d’entre eux qui avaient étudié l’anthropologie racontait comment les tribus africaines radiaient un individu s’ils ne respectaient pas les us, coutumes et tabous de la collectivité. Les membres du clan ne lui parlaient plus, il n’existait tout simplement plus. C’était le châtiment extrême. Une autre dit qu’elle avait lu que la même dynamique se retrouvait chez les Amérindiens au début de la colonisation française. La vie tribale est riche et soutenante. Cependant, elle implique une adhésion communautaire entière.

Ce comportement m’interpela. Je reconnaissais une empreinte familière et lointaine.

Nous avons échangé un peu plus tard au cours de la soirée au sujet de l’anxiété et de l’insécurité que créaient dans notre psyché certains choix de vie extravagants de nos enfants. Malgré toute notre modernité et notre amour, nous avions de la difficulté à accepter la marginalité de certains d’entre eux. Le lendemain alors que je marchais dans la forêt, cette conversation rejaillit dans mon esprit et servit de point de départ à cette réflexion.

Un des rôles que j’endosse en tant que mère est d’élever des enfants pour qu’ils s’intègrent dans la société, acceptent ses normes et deviennent de bons citoyens. La pression sociale que j’ai mise sur mes épaules est pesante. Je dois réussir ma mission parentale. 

Finalement, je ne suis pas différente du parent pakistanais qui oblige sa fille à épouser l’homme qu’il a choisi pour elle. La tradition veut que le père sélectionne un mari fiable et d’une bonne caste. Ce fiancé assurera la sécurité de sa descendance et le maintien du statu quo national. Les parents responsables respectent les traditions et ainsi perpétuent les coutumes de la société à laquelle ils appartiennent. Le conditionnement culturel que cet homme a reçu lui prescrit cette conduite. À l’intérieur de ces balises, il se sent légitime et protégé. Même si ce mariage était malheureux, ce qu’il ne souhaite pas bien évidemment, car il aime sa fille, mais advenant l’échec marital, il ne serait pas fautif. Enchaîné, il s’abrite sous le couvert social dans sa psyché en reproduisant le modèle dominant.

Chaîne
Photo: Chain UK, M.D. Demers-King

Je fais de même en obligeant le jeune adulte jadis mon enfant chéri à rentrer dans le rang. En me faisant du mauvais sang parce qu’il délaisse la société capitaliste et ses dictats pour explorer la route de la décroissance, de l’autosuffisance, des relations amoureuses ouvertes et de la communauté avec toute la force intransigeante et fécondante de la jeunesse. Je suis malheureuse qu’il tourne le dos à cette idéologie dominante. Mes valeurs profondes remontent à la surface. J’ai peur pour lui… est un des accroires auxquels je m’enchaîne. Je souhaiterais le voir choisir une carrière pour qu’un jour il puisse subvenir aux besoins de sa famille. Oui critiquer le système, mais de l’intérieur. Se lamenter, se plaindre oui, mais pas se rebeller réellement et construire un monde nouveau. Je serais tellement plus tranquille s’il portait des vêtements neufs, s’il était en couple avec une compagne stable, belle et bonne, s’il consommait modérément et s’il reproduisait les stéréotypes qui assurent le maintien des structures sociales.

Mes attentes par rapport à ce fils aventureux sont légitimes aux vues de la société québécoise en 2017. Malgré cette illusion de bon droit, elles sont du même ordre que ce père pakistanais qui oblige sa fille à accepter ce mariage arrangé. Tout mon être veut exercer de la pression sur ce jeune pour qu’il se conforme… Je nage en pleine contradiction moi la femme occidentale, éduquée, consciente et ouverte.

J’ai le choix. Observer l’insécurité que le parcours de cet être soulève en moi. Rapatrier l’inquiétude qui est en moi et non dans la situation. Constater le contrôle parental que je veux continuer d’exercer. Nous aimer tous les deux et démontrer de la curiosité pour ce processus relationnel, social et individuel en perpétuelle mutation. Je peux aussi tenter de l’obliger à se conformer par tous les moyens à ma disposition. Je peux lui faire porter le fardeau de mon anxiété la déguisant en sagesse maternelle. Je peux le paralyser dans la grande toile d’araignée sociale en brandissant le poison effroyable du rejet sociétal.

Observant, je perçois la peur et la dépendance. Je crains l’échec et la désapprobation. Je suis en danger. Il pourrait devenir un fardeau financier dans quelques années. Je ne pourrai pas « me mirer dans lui » comme dirait ma mère s’il n’a pas une situation sociale enviable. Ce jeu d’ombre mettant en scène un parentage que je veux pourtant bienveillant est une occasion en or d’explorer la peur. La liberté commence en prenant conscience de ses conditionnements et en s’aimant tel que l’on est.

Les personnes proches sont des miroirs de notre psyché. Les frictions relationnelles sont des sources de carburant. L’huile y abonde pour alimenter notre lanterne et avancer dans la pénombre. Cela est libre à nous. L’écoute et la méditation sont des outils de vigilance. Dans le silence et la clarté, on peut observer, entendre, distinguer, aimer et comprendre. Cela permet de conscientiser des pans de la réalité occultée jusqu’ici à notre entendement.

Mon conditionnement me saute aux yeux. Il n’est pas réservé aux Africains ou aux Pakistanais. Il est en moi. Ce que j’appelle amour est plutôt un contrôle et une déresponsabilisation. Je perpétue à l’intérieur de moi un futur étriqué, dévastateur, mais connu. Il se réverbère sur mon environnement.

Cette réflexion crée du sens. Je soupire. La vérité est libératrice. J’aime et je suis à l’écoute dans la mesure de mes aptitudes actuelles. Sans forcer et sans idéaliser.

Je souhaite que mes dispositions engendrent la paix. Celle que je veux tant pour le monde, suis-je capable de les manifester en moi et dans mes relations ?

Renée Demers
reneedemers@covivia.com


Accueil
  Flèche gauche
Volume 13, numéro 9 — Mercredi, 3 mai 2017
Flèche droite  
 

POUR RECEVOIR LE WEBZINE