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Yves Gagnon, le lauréat

Yves Gagnon, le lauréat

Yves Gagnon a reçu vendredi dernier le 26 juin 2017 le prix Henry-Teuscher du Jardin botanique de Montréal. Ce prix décerné une fois par année dans le cadre du Rendez-vous horticole reconnaît la contribution exceptionnelle d’une personnalité ayant participé à l’avancement de l’horticulture au Québec. La thématique mise à l’honneur cette année dans cette exposition est l’aménagement comestible. Cela rend cette distinction d’autant plus pertinente. Yves Gagnon s’est tourné vers le jardinage biologique dans sa vingtaine pour s’assurer de la qualité, de la fraîcheur et de la saveur des aliments qu’il cuisinait, lui fin gourmet et diplômé de l’École d’hôtellerie de Montréal.

René Pronovost remettant le prix Henry-Teuscher à Yves Gagnon
René Pronovost directeur du Jardin botanique remettant le prix Henry-Teuscher à Yves Gagnon. Espace pour la vie - Photographe : Mathieu Rivard

Depuis son plus jeune âge, Yves jardine. D’abord avec sa mère qui entourait la résidence familiale de plates-bandes fleuries. Elle l’a initié à l'horticulture. À 9 ans, il avait déjà découvert la joie du binage et encore aujourd’hui deux heures de cette activité essentielle au potager sont une méditation bienheureuse pour lui.

Après ses études de cuisine, il termine un voyage pancanadien en prolongeant son séjour en Colombie-Britannique avec sa douce Diane Mackay. Trois années durant, ils oeuvreront à l’entretien d’un verger et d’un jardin maraîcher dans une entreprise commerciale. L’utilisation de pesticides et d’herbicides à grande échelle dans cette exploitation l'amène à remettre en question l'agriculture conventionnelle. Peu d’oiseaux chantent dans la vallée et ses yeux piquent à la fin de la journée. Cette expérience nourrit son intention de s’investir dans la production maraîchère et fruitière organique. J'utilise cet anglicisme, car c'est le terme organique qui désignait dans la langue courante cette révolution horticole et sociale et ce retour aux sources en Amérique française à la fin des années 70.

Il s’abreuve alors à l’excellente revue canadienne Harrowsmith. Il apprendra dans ces pages les bases de l’agriculture biologique dans des dossiers fouillés incluant culture, cultivars et cuisine d’un légume ou d’un fruit. Petit saut dans le temps, quelques années plus tard, lui et Diane Mackay remporteront la mention du plus beau jardin canadien dans un concours concocté par ce fameux magazine. C'est un honneur et le prix qui l'accompagne est joyeux. Cela consiste en un voyage organisé pour visiter des jardins en France, aux Pays-Bas et en Angleterre. Les jardins anglais auront sa préférence et tout particulièrement le « Great Comp ». La découverte de ce lieu est une véritable révélation. Dorénavant, il orientera sa pratique horticole vers un jardin à l’Anglaise. Plus tard, l’influence orientale se mariera à cette esthétique européenne.

De retour de la vallée britanno-colombienne, il achète avec sa compagne un petit lot de terre à St-Didace le long de la rivière Maskinongé. Ils transforment la grange en maison et ils implantent les premières semences de leur projet. Ils le nomment de l’appellation du rang qu’on empreinte pour s’y rendre Les jardins du Grand-Portage, changé depuis pour le chemin du Portage. Le soir, il relit « L’agriculture biologique » de Claude Aubert et consulte religieusement tous les numéros de sa revue française Les quatre saisons du jardinage. Il se familiarisera grâce à ce précurseur émérite avec les micro-organismes, l'azote, etc. Au cours des années subséquentes, Yves rédige un premier ouvrage sur le jardinage biologique. C’est une arche dans laquelle séjournent assidument les intellects de milliers de Québécois qui se tournent vers la pratique maraîchère biologique. Enfin un livre d'agriculture bio adapté à la terre québécoise, en langue française en plus. Plusieurs publications suivront. Elles deviendront des classiques du jardinage biologique au Québec. Il est engagé par la commission scolaire de Saint-Eustache pour donner la première formation institutionnelle québécoise d'horticulture écologique autogérée à de jeunes apprentis horticulteurs au Centre de formation agricole de Mirabel. Il raconte qu’il montait ses cours au fur et à mesure, nouveau dans la profession en se référant principalement au livre fondateur de Dominique Soltner intitulé Les bases de la production végétale.

Pendant ce temps, les Jardins du Grand-Portage à St-Didace fructifiaient et prospéraient. Sur cette terre sablonneuse en friche, Diane Mackay et Yves Gagnon ont créé un jardin comestible, médicinal, zen et floral de remarquable beauté et fertilité toujours croissant en harmonie aujourd’hui.

Dans les années 80, il se lance aussi dans la production de semences. Il sélectionne des cultivars précoces, rustiques, adaptés à la culture biologique, résistants au parasitisme et productifs. C’était une percée importante dans le marché des semences pour les jardiniers biologiques québécois. On pouvait dorénavant se procurer des graines de qualité adaptées à notre terroir. Auparavant il fallait s'approvisionner aux États-Unis. Depuis sa fille Catherine Gagnon-Mackay a repris l'entreprise de vente de semences familiale. Elle a pignon sur le web aux Semences du Portage.

Depuis près de quarante ans, Yves a enseigné à des milliers de personnes les bases du jardinage biologique partout au Québec. Il a donné des conférences partout dans la province. Il a été chroniqueur à l’émission de Radio-Canada, La semaine verte durant une décennie. Il a accueilli dans ses jardins de nombreux stagiaires avec qui il a partagé son art. Il a reçu des milliers de visiteurs et il les a sustentés à sa table champêtre. Il a publié une dizaine de livres sur le jardinage, la cuisine, l’écologie et la poésie. Oui, Yves est aussi poète et musicien. Depuis quelques années, il se produit sur scène dans un spectacle éclaté dans lequel il dénonce les horreurs de la dégradation de l’état de la Terre et il loue la beauté incommensurable de la nature.

Yves est un homme-orchestre solide comme un roc à l’image de ceux qu’il aime et qu’il parsème dans les Jardins du Grand-Portage. Ces roches recouvertes de mousse et savamment disposées verticalisent élégamment cette terre nourricière dont les sucs profonds giclant des racines gorgent les fruits, légumes et herbes de nutriments essentiels et de vitalité. C'est un lieu enchanteur et enchanté.

En 2009, j’avais invité Yves Gagnon à écrire dans le bulletin d’information virtuel de la librairie Biosfaire, suite au retrait de feu Jacques Viau alors malade. Je désirais qu’une créativité à couleur masculine fleurisse sur les pages de cette revue, l'ancêtre de Covivia. Ces textes sont pertinents et d’une écriture irréprochable, savante, simple, poétique, revendicatrice et humoristique.

Alors que ce conteur captivant présentait ses enfants à la cérémonie de remise de prix, cela me frappa de réaliser que l’un d’eux travaillait comme serveur dans un bon restaurant montréalais, l’autre avait repris l’entreprise de semences et que la troisième se produisait sur scène comme comédienne. Les trois portaient plus loin les passions de leur paternel. Yves Gagnon est aussi un homme de famille, un père fier et un amoureux épris.

Albert Mondor qui lui présentait un hommage vendredi au Jardin botanique, a fait un lien entre l’orthographe de son prénom qui porte un s à la fin et sa versatilité. Il ressemble dit-il à ces personnages de la renaissance qui était à la fois musicien, ingénieur et savant. J'ajouterais que ces multiples talents et passions lui donnent une perspective large sur le monde et une capacité de réaliser les liens qui unissent toute chose sur cette Terre.

Merci cher précurseur pour ta transmission et ton engagement à promouvoir l’amour de la Terre. Ton incroyable appétit de vivre est communicateur.

Félicitations de tout coeur, Yves, pour cette reconnaissance!

Le prix Henry-Teuscher

Ce prix honore l’horticulteur, botaniste et architecte paysagiste visionnaire et passionné, Henry Teuscher (1891-1984), qui fut l’architecte concepteur du Jardin botanique de Montréal. Proche collaborateur du Frère Marie-Victorin, on lui doit la conception de plusieurs serres d’exposition et l’existence de certaines grandes collections végétales du Jardin. Le prix Henry-Teuscher est offert annuellement depuis 1999.

Renée Demers
reneedemers@covivia.com


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Volume 13, numéro 11 — Mercredi, 31 mai 2017
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