Imprimer Imprimer

La déesse de la sagesse himalayenne et la rigueur

Renée Demers - Penser pour panser

La déesse de la sagesse, fille de l'enneigé Himalaya

Il était une fois. Esprit planifia que les dieux remporteraient une grande victoire. Les dieux devinrent vantards; même si Esprit avait planifié leur victoire, ils pensaient avoir tout fait eux-mêmes. Esprit vit leur vanité et apparut. Ils ne pouvaient comprendre; ils disaient : « Qui est cette Personne mystérieuse? »

Ils dirent à Feu : « Feu! Découvre qui est cette mystérieuse Personne! » Feu courut vers Esprit. Esprit demanda ce qu'il était. Feu dit : « Je suis Feu; connu de tous. » Esprit demanda : « Que peux-tu faire? » Feu dit : « Je peux brûler tout et n'importe quoi en ce monde. » « Brûle ceci », dit Esprit en mettant une paille par terre. Feu se jeta sur la paille, mais ne put la brûler. Feu courut rapidement aux dieux et admit qu'il ne pouvait découvrir qui était cette mystérieuse Personne.

Les dieux demandèrent à Vent de découvrir qui était la Personne mystérieuse. Vent courut vers Esprit et Esprit demanda ce qu'il était. Vent dit : « Je suis Vent; je suis le Roi de l'Air. » Esprit demanda : « Que peux-tu faire? » et Vent dit : « Je peux souffler tout et n'importe quoi en ce monde. » « Souffle ceci » dit Esprit, en mettant une paille par terre. Vent se jeta sur la paille mais ne put la faire bouger. Vent retourna vite chez les dieux et admit qu'il ne pouvait découvrir qui était la mystérieuse Personne.

Les dieux allèrent donc voir Lumière et lui demandèrent de découvrir qu'était cette mystérieuse Personne. Lumière courut vers Esprit, mais Esprit disparut à l'instant.

Et apparut dans le ciel cette belle demoiselle, Déesse de la Sagesse, fille de l'enneigé Himalaya. Lumière alla vers elle et demanda qui était la Personne mystérieuse.

La Déesse dit : « Esprit, par l'Esprit tu as atteint ta grandeur. Louange à la grandeur de l'Esprit ». Lumière sut alors que la Personne mystérieuse n'était autre qu'Esprit.

C'est ainsi que ces dieux – Feu, Vent et Lumière – atteignirent leur suprématie; Ils s'approchèrent le plus d'Esprit et furent les premiers à appeler cette Personne Esprit.

Lumière est au-dessus de Feu et de Vent; parce que plus près qu'eux, elle fut la première à appeler cette Personne Esprit.

Ceci est la morale de l'histoire. Dans l'éclair, dans la lumière d'un œil, la lumière appartient à Esprit.

La puissance du mental quand il se souvient et désire,quand il pense encore et encore, appartient à Esprit. Donc laissez le mental méditer sur Esprit.

Esprit est le Bien dans chacun. Il devrait être vénéré tel le Bien. Celui qui Le connait comme le Bien est apprécié de tous.

Vous me demandiez à propos de la connaissance spirituelle, je l'ai expliqué.

L'austérité, le contrôle de soi, la méditation sont les fondements de cette connaissance; les Vedas sont sa demeure, la vérité son sanctuaire.

Celui qui sait ceci triomphera de tout mal, jouira du Royaume des Cieux, oui, pour toujours jouira du béni Royaume des Cieux. (1)


Photo : Claude Charlebois

Et la rigueur

Ce texte m'est revenu en mémoire alors que j'interagissais avec une jeune femme massothérapeute de métier qui me proposait une séance de guérison rapide. Laissez-moi vous raconter cette deuxième histoire qui résonne des milliers d'années après la première …

Une formatrice en shiatsu donnait un atelier introductif d'appoint pour accommoder une étudiante qui désirait s'inscrire à un atelier de deuxième niveau dans cette technique de massage. Comme je lui avais auparavant mentionné mon intérêt d'acquérir les rudiments de cette manipulation pour un usage personnel, elle m'invita à assister à la journée de formation. J'acceptai.

Nous étions donc en apprentissage toutes trois autour de la table, concentrées et appliquées depuis quelques heures quand je ressentis dans mon torse un malaise grandissant. En étant attentive à la sensation, je reconnus cette manifestation anxieuse qui me traverse quand je suis en situation d'enseignement avec un professeur. Alors que nous faisons une pause, j'exprimai à haute voix que la nervosité s'était emparée de moi et que cela était lié à apprendre dans un contexte professoral . Il n'y eut à ce moment aucune réaction de la part de mes interlocutrices.

Je suis une autodidacte de longue date… Plus j'avance dans la connaissance de moi-même, plus je réalise que j'ai inconsciemment choisi cette forme d'acquisition de savoir pour ne pas ressentir cette anxiété désagréable. Étudier avec un professeur me déstabilise et m'insécurise. Donc depuis l'adolescence, j'évite de me retrouver dans cette relation.

Alors que nous avions terminé la journée et que nous rentrions chez nous, ma consœur de classe dans la jeune trentaine vint me trouver. Elle me confia qu'elle avait été émue par ma réflexion sur ma difficulté à œuvrer dans un contexte scolaire. J'étais touchée par sa compassion. Elle continua m'expliquant qu'en tant que massothérapeute et hypnothérapeute, elle pouvait m'aider à dépasser cette résistance. Elle me proposa de prendre rendez-vous avec elle dans la clinique qu'elle avait fondée dans la ville voisine. En dedans de quinze minutes, me dit-elle, elle pouvait régler mon problème. Elle était chaleureuse, sympathique, assurée et pleine de bonnes intentions. M'annonçant qu'elle était pressée, elle me quitta rapidement me laissant sa carte. J'étais un peu abasourdie…

Quelque chose clochait dans cette intervention. Alors que je marchais un peu plus tard sur la route dans le silence et la beauté suttonais, ce texte des Upanishads me revint en mémoire en réfléchissant à notre échange. La déesse de la sagesse dont il est question dans ce texte déversait dans mon esprit les secrets de la rigueur enneigée. Ces histoires métaphoriques des anciens textes sacrés et des contes de fées ont une répercussion étonnante dans ma psyché. Elles soulèvent le voile de l'oubli et elles ravivent des notions existentielles. D'autres récits célèbres m'ont déjà livré une sagesse similaire. Dans l'ancienne Grèce, le jeune Icare grisé d'enthousiasme s'est brûlé les ailes en se frottant au soleil et plus récemment de l'autre côté du miroir, au Danemark La belle et riche reine des neiges d'Andersen a attiré et enfermé Kay dans son palais de glace.

Revenons à cette jeune thérapeute remplie de chaleur au moment de son intervention à mon endroit. Elle avait l'enthousiasme de la jeunesse et l'ardeur du débutant. Son cœur était immense. Son désir de succès jumelé à une volonté vigoureuse l'animait. Cependant, elle manque de rigueur. On ne soigne pas en quinze minutes une anxiété qui creuse ses racines dans un être humain depuis soixante ans. Cela peut même être dangereux d'ouvrir cette boîte de Pandore…

Pour maîtriser un art, la chaleur de l'enthousiasme est absolument nécessaire pour commencer l'apprentissage, en intégrer la base et stimuler la force et le courage d'en savoir plus. Ensuite, la rigueur est la qualité qui permettra d'installer une discipline, d'observer, d'étudier, d'expérimenter et de juger. Une balance entre la chaleur et la rigueur est nécessaire pour qu'un thérapeute soit efficace. Cet équilibre est aussi requis dans tous les arts par exemple chez un compositeur pour que sa musique atteigne notre âme. Dans l'extrait des Upanishads cité plus haut, la déesse de la sagesse originaire d'un pays de froidure offre sa rigueur, qualité d'exactitude, aux puissants éléments et c'est elle qui dévoile à la Lumière qui est cette mystérieuse Personne !

La situation inverse est aussi vraie. Il arrive que la rigueur cognitive pèse trop sur un des plateaux de la balance thérapeutique. Le soin se restreint à la cure et le docteur oublie que prendre soin fait aussi partie intégrante de la guérison. Aimer, envelopper, parler, écouter, expliquer, soutenir sont des actions chaleureuses essentielles à une relation curative. La chaleur du cœur doit faire son poids dans le second plateau. En anglais, on dirait « to care and to cure. » Le meilleur arsenal médical découlant d'un bon diagnostic sous les commandes d'un savant docteur ne garantit pas le rétablissement de la santé.

D'ailleurs, le soin aimant qui a besoin de durée dans le temps pour se déployer dans la relation thérapeutique est une des conditions fondamentales omise dans la réforme médicale actuelle québécoise. Cela fait du tort autant aux soignants qu'aux soignés.

Renée Demers
reneedemers@covivia.com

(1)  Once upon a time, Spirit planned that the gods might win a great victory. The gods grew boastful ; though Spirit had planned their victory, they thought they had done it all.

Spirit saw their vanity and appeared. They could not understand; they said: 'Who is that mysterious Person?'

They said to Fire: 'Fire! Find out who is that mysterious Person.'

Fire ran to Spirit. Spirit asked what it was. Fire said: 'I am Fire; known to all.'

Spirit asked: 'What can you do?' Fire said: I can burn anything and everything in this world.'

'Burn it,' said Spirit, putting a straw on the ground.

Fire threw itself upon the straw, but could not burn it.

Then Fire ran to the gods in a hurry and confessed it could not find out who was that mysterious Person.

Then the gods asked Wind to find out who was that mysterious Person.

Wind ran to Spirit and Spirit asked what it was. Wind said: 'I am Wind, I am the King of the Air,'

Spirit asked: 'What can you do?' and Wind said: 'I can blow away anything and everything in this world.'

'Blow it away,' said Spirit, putting a straw on the ground. Wind threw itself upon the straw, but could not move it. Then Wind ran to the gods in a hurry and confessed it could not find out who was that mysterious Person.

Then the gods went to Light and asked it to find out who was that mysterious Person. Light ran towards Spirit, but Spirit disappeared upon the instant.

There appeared in the sky that pretty girl, the Goddess of Wisdom, snowy Himalaya's daughter. Light went to her and asked who was that mysterious Person.

The Goddess said: 'Spirit, through Spirit you attained your greatness. Praise the greatness of Spirit.'

Then Light knew that the mysterious Person was none but Spirit.

That is how these gods—Fire, Wind and Light— attained supremacy ; they came nearest to Spirit and were the first to call that Person Spirit.

Light stands above Fire and Wind; because closer than they, it was the first to call that Person Spirit.

This is the moral of the tale. In the lightning, in the light of an eye, the light belongs to Spirit.

The power of the mind when it remembers and desires,when it thinks again and again, belongs to Spirit.

Therefore let Mind meditate on Spirit.

At Whose Command- Kena-Upanishad - The ten Principal Upanishads, Put into English by Shree Purohit Swami et W. B. Yeats – Faber Editions, 1937 - Traduction maison: Renée Demers

...

Tarot spirituel

Courriel : reneedemers@covivia.com


Accueil
  Flèche gauche
Volume 13, Numéro 14 — Mercredi, 4 octobre 2017
Flèche droite  
 

POUR RECEVOIR LE WEBZINE