Acupuncture Addiction Agriculture Alimentation Alzheimer Amérindien Anarchisme Anatomie Animaux Anthroposophie Apiculture Approche craniosacrée Approches aquatiques Arboriculture Arbre Aromathérapie Art Arthrose Artisanat Astrologie Ayurveda Botanique Bouddhisme Cabane à sucre Calendrier Cerveau Chamanisme Channeling Chant Christianisme Coaching Collectivité Communication Constellations familiales Couleur Créativité Cuisine Danse Dentisterie Eau Écologie Économie Éducation Éducation somatique Électromagnétisme Énergétique Energétique chinoise Enfants Ennéagramme Ésotérisme Famille Faune Femme Fleurs de Bach Forêt Géobiologie Guérison Habitat Hakomi Herboristerie Histoire Homéopathie Horticulture Huiles essentielles Intention Jardinage Jeûne Kabbale Leadership Lithothérapie Mantra Massothérapie Maternité Méditation Médiumnité Microbiote Mort Mouvement Musique Mycothérapie Naissance Nature Naturopathie Neuroscience Numérologie Nutrition Ornithologie Ostéopathie Parkinson Permaculture Phamacopée Philosophie Photos Physique quantique Phytothérapie Pleine conscience Poésie Pollution Portraits Psychologie Qi Gong Reiki Restos végés Rites Rituel Rolfing Santé Science Semencier Sexualité Shiatsu Société Soin Corporel Son et vibration Soufisme Spiritualité Taoisme Tarot Tourisme vert Transport Vaccins Vieillir Vitamine Yeux Yoga Yoga Derviche Zen
  Imprimer Imprimer

Quand l'anxiété me tient

Renée Demers - Penser pour panser

Quand l'anxiété me tient

Elle arrive en criant gare. Elle s’insurge dans mon plexus. Elle fait mal.

Je projette alors cette anxiété sur les personnes de mon entourage. Je leur prête un jugement négatif sur moi. Surtout quand nous agissons ensemble dans un contexte professionnel. J’imagine que je ne suis pas à la hauteur de leurs attentes, qu’elles m’en veulent, qu’elles n’apprécient pas mes services, qu’elles ne m’aiment pas. Et j’ai peur, terriblement peur des conséquences.

À l’adolescence, j’ai terminé l'abdication de mon identité personnelle. J’ai remis ma destinée dans les mains d’un fantôme sévère et exigeant qui n’existe que dans ma psyché. Depuis je compose plutôt mal que bien avec cette renonciation.

J’ai longtemps évité la manifestation malaisante de cette peur au travail en me plaçant sous la protection d’autrui, en le secondant. De sorte que je ne sois pas responsable du résultat, de l'image publique. Donc à l’abri de mes projections. Cependant l’aliénation limite la créativité. En mettant mes dons et mes talents au service de l’autre, mon unicité ne peut se déployer. Comme si la semence de la rose offrait son énergie potentielle au chêne qui la côtoie. Le monde serait privé de la beauté et de la fragrance de cette magnifique fleur. Et le géant forestier en retirerait peu d’avantages.

Il y a de cela quelques années, des épreuves salutaires telles la mort et le cancer ont fait dérailler le train de ma vie. J'ai perdu le contrôle. J'ai contemplé un nouvel horizon. J’ai changé de trajectoire et enfin opté pour mon excitante découverte. Cependant, cela ne vient pas sans heurts.

Depuis une semaine, l’anxiété m’étouffe. Elle monte facilement quand je me vois dans les yeux de l'autre. L’écriture m’apaise. Car j’y suis invisible. Seuls les mots apparaissent sur l’écran ou sur l’imprimé. Ma personne y est absente.

Ma naissance a été pénible. La petite enfance aussi. Je le sais. Je connais toute l’histoire. Cette empreinte initiale continue de formater le contenu de mes jours et de mes nuits. Comment échapper à cette rigole énergétique creusée profondément dans mon corps et mon esprit ?

Je suis anxieuse. Est-ce un problème ? Est-ce que cet état perturbé me définit ? Une pression se manifeste sur mon plexus L’inquiétude gagne mon esprit et je m’y identifie. La panique vient du fait que je suis engluée dans cette peur. Enlisée et impuissante. Il n’y a alors que l’anxiété. Je ne suis qu’énervement. C’est douloureux. J’ai mal dans mon ventre. J’ai peur de ce que l’autre dira, de son rejet. Je me cache chez moi. À l'abri. Tout cela est dans mon imagination… Rien autour de moi n’est menaçant.

Je porte encore enroulé autour de la cheville l’anneau qui m’enchaînait à la misère familiale. Tel l’éléphant mature au service diligent de son maître qui ayant été attaché dès sa naissance, croit toujours être lié à la chaîne par la présence de l’anneau autour de sa cheville. Depuis belle lurette, le dompteur a enlevé l’attache pour pouvoir l’amener sur les différents chantiers de travail.

J’ai moi aussi depuis longtemps quitté le nid de mes parents. Malgré tout, je garde cette illusion d’attachement et je perpétue les conditions de la capitulation. Je maintiens l’allégeance. Je suis un maillon d’une chaîne de transmission ancestrale dépressive. Se soumettre et se contenter de peu est une attitude de survie. Abdiquer son pouvoir est devenu une seconde nature. De génération en génération. Le manque de confiance en soi est relayé. Inconsciente et innocente…j’ai aussi légué. Que cela rend humble d’être à son tour parent.

Grave Detail UK
Photo : M.-D. Demers-King - Grave Detail UK

La porte est ouverte. L’anxiété indique la sortie. Il s’agit uniquement d’avancer de quelques pas. Les barreaux seront derrière. Le seul empêchement est à l’intérieur de moi.

Revenir à ce qui est ici et  maintenant, ce que je perçois par mes sens, à la réalité. Aimer ce qui est.

Je suis chez moi assise sur une chaise devant un bureau. Sur celui-ci, un ordinateur portable est posé. Je tape sur son clavier. Devant moi, une grande fenêtre dans laquelle j’aperçois un paysage forestier balayé par le vent. Des feuilles et des mots virevoltent. Dans mes oreilles le bruit de la brise qui danse.

La luminosité à l’intérieur de mon logis est magnifique. Dorée par le reflet des feuilles en mode automnal. Un poinsettia exhibe des feuilles rouges souriantes. Le pot cramoisi qui l’accueille apporte une touche de passion dans le décor. Devant, les coquillages dans un vase émeraude me rappellent d’où je proviens. De la mer et de la mère. Cette dernière était épuisée au moment de ma naissance. Elle n’a pas pu m’accueillir décemment. J’ai été placée dans une pouponnière. L’état de stress dans lequel je me trouvais a engendré trois jours de pleurs incessants. Les religieuses ont téléphoné à mes parents pour qu’ils viennent me chercher… Mon père est venu me chercher pour m’amener dans cette demeure épuisée.

Cela est la petite histoire.

Mais pourquoi cette entrée dramatique dans cette vie ? Quels sont les désirs, les circonstances ou les conséquences qui ont créé cette mise en scène ? Est-ce que l’histoire commence véritablement à ce moment où le bébé vient au monde ? Pourquoi les conditions de vie sont-elles différentes pour les uns et les autres ? Que de mystère !

60 ans plus tard, je peux m’apitoyer sur mon sort et me dire que les dés sont jetés. Je passerai le reste de mon existence à vivre sporadiquement cet état anxieux, paralysant et déprimant.

Peut-être que la réponse est ailleurs. Dans la dissociation de la peur et de mon identité. Suis-je anxieuse ? Non je suis beaucoup plus que ça. C’est un état passager qui ne me décrit pas totalement.

Puis-je malgré cette sensation plexulaire oppressante porter mon attention plus haut dans mon corps, à mon cœur ? En captant l’énergie située à cet endroit, en ressentant sa douceur chaleureuse, en la laissant couler dans mes bras, en percevant le picotement dans mes yeux et le desserrement dans mon crâne, un apaisement survient. Un circuit qui va du coeur au sommet de ma tête vibre. De la tendresse se propage. De la vitalité se dégage.

Aimer et pardonner.

Si la seule leçon à apprendre ici sur Terre était l’amour et le pardon. Pour moi et pour les autres. Pardonner et aimer. M’aimer tant que je me protège dans toutes les situations. Aimer tant que je sois puissante. Aimer tant que j’aime même mon anxiété. Aimer tant que l’opacité se transforme en transparence. Que le courage se lève et que la peur se dissolve. Que la beauté de la Terre m’inonde de sa splendeur. Aimer tant que je m’accueille et que j’arrête de me chicaner, de me juger moi et les autres, de me questionner sur mon avenir. Aimer tant que je sois correcte à mes propres yeux. Aimante et accueillante. Aimer tant que tout soit bienvenu même l’ardu apprentissage de la légèreté du bonheur.

Renée Demers
reneedemers@covivia.com

Recommandations livresques:

Pèlerinages & pérégrinationsPèlerinages et pérégrinations, Jean-Pierre Marcoux.
2017 - 187 p. - 14 X 22 - Reliure à spirale

Un ami a publié ce livre à compte d'auteur.  Recueil lumineux qui allie clichés originaux et courtes réflexions poétiques sur la nature, l'architecture du paysage, l'enfance et Gaudi.
Pour vous le procurer, écrivez à jpmarcoux@cooptel.qc.ca.
Le prix du volume est 47$ frais de port inclus.

.

Soigner Aimer
Soigner Aimer, Ouanessa Younsi,
Éditions Mémoire d'encrier.
2016 - 136 p. - 21.95$

Un ouvrage poétique sur l'amour, la psychiatrie, le soin des patients,
Sept-Îles et la mort. Un baume pour l'âme et une étincelle pour la créativité.


Accueil
  Flèche gauche
Volume 13, Numéro 16 — Mercredi, 1er novembre 2017
Flèche droite  
 

POUR RECEVOIR LE WEBZINE