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Lucidité

Renée Demers - Penser pour panser

Lucidité

Je rapportais à des amies au cours d’un cercle de parole que la Bhagavad-Gita enseignait que l’un des principaux apports de la méditation est la lucidité. Et que cela correspondait à mon expérience. L’une des personnes présentes me demanda alors : qu’est-ce que c’est que la lucidité ? Celle-ci étant de langue maternelle anglaise, je traduisis par « lucidity ».  Je connais le mot, me répondit-elle, mais qu’est-ce que cela signifie vraiment ? Cela a été l’inspiration pour ce texte.

Qu’est-ce que la lucidité ?

Le Petit Robert définit ce mot comme suit :
1. Qualité d’une personne, d’un esprit lucide. V. Acuité, clairvoyance, clarté, pénétration, perspicacité.
2. Fonctionnement normal des facultés intellectuelles. V. Conscience
Antonyme : Aveuglement, démence, égarement, illusion, ivresse, passion.

Alors là si la méditation favorise la lucidité telle que décrite ici, je m'y mets. Tout de suite, sans attendre. Je pense même que je laisse tomber le projet d’écriture de ce texte… Petite manifestation égoïstique... continuons notre exploration altruiste.

Antidote y va de cette définition :
Qualité d’une personne lucide, perspicace. La lucidité surprenante d’un centenaire.
État d’une personne lucide, consciente dont les facultés intellectuelles fonctionnent normalement. Les moments de lucidité du schizophrène.

Plus prosaïque. Mais bon on est dans l’efficacité virtuelle avec Antidote. Tout de même, allons y voir aussi l’adjectif lucide pour nous éclairer un peu…

Lucide :
Vieux et soutenu – Lumineux, translucide
Moderne – Caractérisé par des facultés intellectuelles intactes. Une personne âgée lucide. Les moments lucides alternaient avec les moments de folie
Courant – Qui exprime ou comprend les choses avec pénétration, perspicace, clairvoyant. Un jugement lucide.

Saurais-je vieille joueuse ? Je privilégie la luminosité, la translucidité, mais aussi la femme pratique se reconnaît dans le courant pénétrant, perspicace et claivoyant. Cette recherche de sens étymologique me donne de plus en plus le goût de méditer. Vraiment !

Et qu’en est-il de la provenance ?
Antidote nous informe que la langue française a emprunté ce vocable au latin classique « lucidus », clair ; du latin classique lucis, génitif de lux, « lumière ».

Et si on regardait du côté des Anglais dans le Webster’s New Twentieth Century Dictionary Unabridged:
1.Lucid: (lucidus, light, clear, from lucere, to shine)
2.shining; bright; resplendent; as, the lucid orbs of heaven (Poet.)
3.clear; transparent; as, a lucid Stream
sane; mentally sound
4.(a) clear; distinct; presenting a clear view easily understood; as, a lucid order or arrangement (b) clearheaded; rational; as, a lucid thinker
5. in astronomy, visible to the naked eye: said of a star.

Dans mon entendement, la lucidité est un état brillant de l’esprit qui rend toute chose plus claire. Elle apporte de la clairvoyance, du discernement et favorise la justesse du jugement. Elle permet de voir la réalité telle qu’elle est et elle élimine les fantasmes en les reconnaissant comme tels. Elle éclaire. Elle permet de prendre de la distance et elle donne de la perspective, en percevant les éléments avec leur contour dans la vastitude. Une fois allumée, la lampe dévoile au lieu du serpent appréhendé, la corde posée sur le sol. Rien n'est changé, si ce n'est que l'éclairage. 

Krishna explique à Arjuna dans la Bhagavad-Gita que la nature est constituée de trois qualités et que tout ce qui participe de la nature traverse ses différentes phases. La lucidité ou la lumière (sattva), la passion ou l’agitation (rajas) et les ténèbres ou la torpeur (tamas). En développant la lucidité, on perçoit de plus en plus ces trois qualités à l’œuvre dans la nature, dans notre nature et dans le cosmos.

Crocus sur neige
Photo : Danièle Laberge - Crocus sur neige

Il ne s’agit pas d’aspirer à n’expérimenter que l’état de lucidité, car cela est impossible quand on vit dans un corps sur la Terre. La lucidité permet à notre intelligence de discerner ces trois phases. Par exemple, la semence dans un état de torpeur depuis déjà un certain temps dans le fond du sachet, une fois semée dans les ténèbres de la Terre se ravive pour sortir au soleil sous la forme d’une plante et la lumière la parfera jusqu’à la fleur, quintessence lumineuse de beauté. De la plante parvenue à maturité dans la lumière, des semences retomberont sur la terre. Si les conditions le permettent, elles se raviveront. Récoltées, elles s'endormiront. Moi de même, toutes les nuits je refais mes forces dans les ténèbres, au matin je m’éveille à la lumière, je m’active durant le jour et je m’endors de nouveau quand vient le soir. Nous retrouvons la même séquence dans l’existence humaine. Dans la Bhagavad, Krishna invite Arjuna et nous lecteurs et lectrices, à observer le déroulement de ces trois phases. Sans s’attacher à l’une ou à l’autre.

La lucidité est aussi à l’œuvre dans la connaissance. La connaissance illumine. En se passionnant pour la musique, en développant la théorie musicale, Beethoven a composé des œuvres musicales qui élèvent l’âme. La gynécologue-obstétricienne à cause de son brillant savoir peut opérer une césarienne et sauver la vie d'une parturiente dont le bébé menace la vie. C’est parce que j’ai été attentive aux caractères sur le papier dans l’enfance que j’ai appris à lire. La  connaissance des textes sacrés jette une grande luminosité dans mon esprit. L’aspiration à la lumière peut aussi devenir toxique quand le désir d’éclat permanent se transforme en dépendance à la drogue ou au sexe. L'extase aussi peut être addictive.

En m’assoyant tranquille, les sens ouverts, en étant présente à ce qui est, je suis de plus en plus consciente. Car ce sont mes organes de sens, les yeux, les oreilles, le nez et la bouche qui me permettent de prendre conscience de l’environnement. À travers eux l'énergie lumineuse circule. Il m’apparaît de plus en plus clairement dans l’état méditatif que je projette les patrons de mon esprit sur mon entourage et que je formate ce que je perçois par ces sens dans l’exacte mesure de mes conditionnements. Ces ouvertures sont des lieux par lesquels la lumière peut circuler, soit pénétrer et se propager et la méditation aide à nettoyer leur surface. Enlever la poussière et ses motifs qui font que la lumière n’est pas réverbérée telle quelle. La Bhagavad ajoute deux ouvertures. Le sexe et l’anus. C’est d’ailleurs dans l’ouverture sexuelle que j’ai eu mes premiers accès conscients à la lumière cosmique. C’est une porte puissante. En m’unifiant avec l’autre, en activant ce vortex d’énergie, en le liant à celui de cœur, en affectionnant l’autre, les frontières de nos êtres matériels s’estompent. L’énergie sexuelle m’a donné mes premiers bains dans l’océan cosmique lumineux et aimant. C’est sans doute l’une des raisons pour laquelle une majorité d’entre nous s’y accroche. C’est tellement bon.

There is a crack in everything 
That's how the light gets in
Leonard Cohen, Anthem (1)

Quand la lumière de la connaissance rayonne dans le corps à travers toutes ces portes (sens), alors, assurément, la sattva prédomine.
Bhagavad-Gita, chant XIV – 11

La contemplation m’a révélé aussi que la torpeur en moi prenait la forme de l’ennui. État gris presque noir ténébreux. J’ai subi des phases d’ennui toute ma vie jusqu’à tout récemment sans vraiment comprendre pourquoi cet état de désintérêt s’installait en moi. En méditant, il m’est apparu comment cette humeur était un relent de la disposition dépressive de mes ancêtres. Celle-ci se manifestait chez moi non par des envies suicidaires, mais par cet ennui dans lequel tout devient morne et dans lequel je me retrouvais désœuvrée. La lucidité a dispersé le brouillard de la torpeur. En réalisant quelle était la nature de cette détresse, elle est disparue. Comme si ce sort jeté sur moi s’était évanoui. Je dois cette conscience à la méditation.

Je perçois aussi plus clairement les états d’agitation dans mon mental. Alors que je suis assise en méditation, des pensées circulent. Si je m’enfarge dans l’une d’elles, d’autant plus si elle est liée à un état émotif et que j’y réponds, je me retrouve prise au beau milieu d’un rêve éveillé dédaléen sans aucune réalité. Je suis prise dans un état agité et anxieux. Si je reviens à la respiration si je porte mon attention à l’espace plus vaste dans lequel ces pensées apparaissent et disparaissent, le calme s’installe. Je peux aussi constater la différence dans le quotidien entre ces états agités qui ne mènent nulle part si ce n’est qu’à la dispersion et à la fatigue nerveuse et, l’action dynamique dictée par la situation présente et au rôle juste que j’y exerce. Alors les agirs nécessaires sont baignés dans les non-agirs bienfaisants. Et les non-agirs relaxants sont entrelacés d’agirs efficaces.

1. Anthem

Renée Demers
reneedemers@covivia.com

Références:

  • La Bhagavad-Gita, suivie du commentaire de Sankara (extraits)
    Traductions d’Émile Senart et de Michel Hulin, Éditions Points, 2010
  • The Bhagavad-Gita, Krisnha’s Counsel in Time of War
    Translated by Barbara Stoler Miller, Bantam Classics, 1986


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Volume 13, Numéro 18 — Mercredi, 29 novembre 2017
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