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Les arbres selon Hermann Hesse

Les arbres selon Hermann Hesse

Foret

Au hasard d’une promenade dans la forêt Cyberienne, j’ai découvert, il y a quelques années, une version anglaise d’un texte de Hermann Hesse tiré du recueil intitulé « Bäume: Betrachtungen und Gedichte » [Les arbres : réflexions et poèmes], une collection de bijoux littéraires de la plume du Prix Nobel de littérature 1946, sur le thème de l’arbre. Le maître d’œuvre de ce coffre aux trésors, réédité en 2014 sous le titre simplifié « Bäume », est Volker Michels, éditeur, biographe et grand spécialiste de l’œuvre de Hermann Hesse. Ayant moi-même toujours considéré les arbres comme mes professeurs les plus éloquents, ce texte m’a profondément touché et j’ai voulu le faire connaître à mes amis. Comme il n’en existait que des bribes de traduction en français, je me suis mis à l’œuvre et, sans autre préambule ou commentaire, le voici.

« Les arbres ont toujours été pour moi les prédicateurs les plus convaincants. Je les vénère quand ils vivent en tribus et en familles dans les forêts et les bosquets. Et plus encore, je les vénère quand ils sont solitaires, tels des êtres esseulés. Pas comme des ermites qui par une quelconque défaillance se sont retirés du monde, mais comme de grands personnages solitaires tels un Beethoven ou un Nietzsche. Dans leurs cimes on entend bruire le monde, leurs racines reposent dans l’infini sans s’y perdre et ils n’aspirent de toute la force de leur vie qu’à une seule chose : obéir à la loi inhérente de leur nature, construire leur propre image, s’épanouir pleinement. Rien de plus sacré, rien de plus exemplaire qu’un arbre beau et vigoureux. Quand on abat un arbre et que sa plaie mortelle s’ouvre béante au soleil, on peut lire toute son histoire sur le disque lumineux de son fût : dans les cercles qu’y ont gravés les saisons sont fidèlement inscrits ses combats, ses blessures, ses peines, ses maladies, ses bonheurs et sa plénitude, ses années maigres et ses années grasses, les attaques qu’il a refoulées et les tempêtes qu’il a essuyées. Tout enfant des campagnes sait que le bois le plus dur et le plus noble cache sous son écorce les cercles de croissance annuelle les plus serrés, que c’est dans les montagnes et dans le péril perpétuel que croissent les arbres les plus indestructibles, les plus robustes et les plus exemplaires.

Les arbres sont des sanctuaires. Celui qui sait leur parler et les écouter accédera à la vérité. Ils ne prêchent ni doctrines ni préceptes mais, indifférents aux circonstances individuelles, ils prêchent la loi antique de la vie.

Parole d’arbre : Un noyau est caché en moi, une étincelle, une pensée, je suis la vie jaillie de la vie éternelle. En moi la mère éternelle a effectué une tentative, pris un risque unique, uniques sont les formes et les veines de ma peau, uniques sont le plus infime jeu de feuilles dans mes branches et la plus petite cicatrice de mon écorce. J'ai été fait pour donner forme à l’éternel et le révéler jusque dans mes détails les plus minimes et les plus singuliers.

Parole d’arbre : Ma force est la confiance. Je ne sais rien de mes pères. Je ne sais rien des milliers d’enfants qui, chaque année, jaillissent de moi. Je vis le secret de ma graine jusqu’au bout et rien d’autre ne m’importe. J’ai confiance que Dieu est en moi, confiance que mon labeur est sacré. Cette confiance me fait vivre.

C’est lorsque nous sommes affligés et ne pouvons supporter notre vie plus longtemps qu’un arbre a un message pour nous : Calme-toi! Calme-toi! nous dit-il, regarde-moi! La vie n’est ni facile, ni difficile. De telles pensées sont puériles. Laisse parler le divin en toi et tes pensées se tairont. Tu es anxieux parce que ton chemin t’éloigne de ta mère et de chez toi. Mais chaque pas et chaque jour te ramènent à la mère. Ta demeure n’est ni ici, ni là-bas. Ta demeure est en toi ou elle n’est nulle part.

Un désir d’aventure me déchire le cœur lorsque j’entends frémir les arbres dans le vent du soir. À force de les écouter patiemment et en silence, le noyau de ce désir, sa signification se révèlent. Quoi qu’on puisse en penser, il ne s’agit pas tant d’un désir d’échapper à sa souffrance que d’une aspiration vers un chez-soi, vers une mère dont on se souvient, vers de nouvelles métaphores de vie. Ce désir nous guide vers une demeure où convergent tous les sentiers; chaque pas est une naissance, chaque pas une mort, chaque tombe une mère.

Les arbres bruissent donc le soir quand le doute qu’engendrent nos pensées puériles nous étreint. Les arbres ont des pensées longues, des pensées au souffle lent et reposantes, tout comme ils ont des vies plus longues que les nôtres. Ils sont plus sages que nous tant que nous n’avons pas appris à les écouter. Mais dès que nous avons appris à écouter les arbres, la brièveté, la rapidité et la précipitation enfantine de nos pensées fait jaillir en nous une joie incomparable. Quiconque sait écouter les arbres n’a plus envie d’être un arbre. Il ne veut pas être autre chose que ce qu’il est. C’est cela, être chez soi. C’est cela, le bonheur. » (texte original en allemand : Hermann Hesse, Bäume, une compilation de Volker Michels, Insel-Bücherei No 1393)

Introduction, traduction et photo : Daniel Laguitton Abercorn, Qc
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Volume 12, numéro 1 — Mercredi, 20 janvier 2016
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