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Sur les pas de Thomas Berry - La biorégion, cadre d’une manière viable d’habiter la Terre

Sur les pas de Thomas Berry

La biorégion, cadre d’une manière viable d’habiter la Terre

Dans son livre-clé The Dream of the Earth [Le rêve de la Terre, traduction D.L.] l’écothéologien américain Thomas Berry insiste sur l’importance de passer d’une norme anthropocentrique à une norme biocentrique, en particulier dans notre définition du « progrès ». « S’il doit y avoir un progrès véritable, il doit profiter à toute la communauté du vivant. » Or, le contexte le plus favorable à un tel changement est la biorégion qu’il définit ainsi : « Une biorégion est une zone géographique identifiable par ses systèmes vivants interactifs et qui est relativement autosuffisante dans le contexte des processus sans cesse renouvelés de la nature ».

Les diverses entités minérales, végétales et animales sont les cellules de l’organisme vivant qu’est la Terre. Les biorégions en sont les organes. « Cette planète se présente à nous non pas comme une réalité globale uniforme, mais comme un ensemble de régions aux différences très marquées contribuant chacune à l’unité globale de la planète. On y trouve des régions arctiques et des régions tropicales, des régions littorales et des régions continentales, des montagnes et des plaines, des rivières, des vallées et des déserts. Chacune de ces régions a sa propre géologie, ses propres conditions climatiques et ses propres formes de vie. Ces caractéristiques produisent la grande diversité de communautés vivantes que l’on peut désigner sous le nom de biorégions. Chacune a sa propre cohérence et est intimement reliée aux autres. Ensemble, elles expriment la merveille et la splendeur de la planète-jardin qu’est la Terre ».

Petite fille dans un champ de fleurs
D. L. 1994

Thomas Berry décrit ainsi les six grands mécanismes en jeu dans une biorégion : « La pleine diversité des fonctions vitales [d’une biorégion] est assurée non pas par des individus ou des espèces, pas même seulement par des êtres organiques, mais par une communauté qui regroupe les composantes minérales comme les composantes organiques de la région. Une telle biorégion constitue une communauté qui s’autopropage, s’autoalimente, s’autoéduque, s’autogouverne, s’autoguérit, et s’autoréalise. Chacun des systèmes vivants qui la composent doit intégrer son mode de fonctionnement spécifique à la communauté dont il fait partie pour pouvoir survivre de manière efficace ».

Ces caractéristiques de base traduisent la relative autonomie de biorégions qui sont aussi globalement interdépendantes.

« La première fonction, l’autopropagation, exige que nous reconnaissions les droits de chaque espèce de disposer d’un habitat, de routes de migration et d’une place dans la communauté. La biorégion est le contexte domestique de la communauté qui y vit, tout comme la maison est le contexte domestique de la famille. C’est précisément en tant que communauté que la biorégion se perpétue d’une génération à l’autre. Que ce soit en termes d’espèce que de nombre d’individus, un certain équilibre doit être maintenu dans la communauté. Que les humains s’arrogent le droit d’occuper le territoire en excluant d’autres formes de vie de leur habitat fait insulte à la communauté au niveau de sa structure la plus profonde. Cela revient aussi à déclarer une guerre dont l’humanité ne peut sortir vainqueur étant donné qu’elle dépend, en fin de compte, des formes de vie qu’elle détruit ».

« Le deuxième rôle des biorégions, l’auto-alimentation, exige des membres de la communauté qu’ils se soutiennent les uns les autres dans le cadre des modalités de fonctionnement du monde naturel pour le bien de l’ensemble de la communauté et de chacun de ses membres. Le mode de fonctionnement de chaque biorégion est tel que chaque espèce y est restreinte par des formes de vie ou des conditions adverses qui font en sorte qu’aucune forme de vie individuelle ou collective ne puisse écraser les autres. Ce second rôle de la biorégion englobe, pour ce qui est des humains, l’ensemble des activités liées à la cueillette, à l’agriculture, au commerce et à l’économie ».

Comme le répète à plusieurs reprises Thomas Berry, la Terre est notre meilleur professeur d’économie : « Les diverses communautés biorégionales du monde naturel peuvent être considérées autant comme des aventures commerciales que comme des processus biologiques. Même au sein du monde naturel, on trouve un échange permanent de valeurs, des investissements de capitaux, et une recherche de façons plus économiques de faire les choses. La Terre est notre meilleur modèle en matière d’aventure commerciale. Elle mène ses transactions avec une économie de moyens et une productivité qui dépassent de loin celles des entreprises humaines. Elle opère également avec un minimum d’entropie. On ne trouve dans la nature aucun de ces déchets stériles, toxiques ou non dégradables que l’homme seul produit ». À ce propos, je faisais récemment le calcul qu’en moins de dix ans, l’île de Manhattan tout entière et son gratte-ciel le plus élevé le One World Trade Center, avec ses 541 mètres, disparaîtraient sous le dépotoir de quatre milliards de tonnes de déchets généré annuellement par l’humanité.

« La troisième fonction d’une biorégion est l’autoéducation basée sur l’élaboration de structures physiques, chimiques, biologiques et culturelles. Chacune de ces structures a besoin des autres pour exister et pour prospérer. Tout le processus d’évolution peut être considéré comme une réalisation remarquable basée sur l’autoéducation de la planète Terre et de ses diverses unités biorégionales. Un aspect important de ce processus autodidacte est qu’il repose sur l’expérience. La Terre et chacune de ses biorégions ont mené un nombre incalculable de milliards d’expériences pour en arriver au système actuel du vivant. Le processus autodidacte suivi par le monde naturel constitue donc un modèle à suivre pour l’humanité. Le livre d’instructions que constitue le monde naturel est actuellement la seule ressource dont disposent les humains pour apprendre à survivre et pour se réaliser ».

La quatrième fonction d’une biorégion, l’autogouvernance, repose sur une organisation fonctionnelle intrinsèque qui « consiste en un réseau interne de liens communautaires permettant à chacun des membres de participer à la gouvernance et d’exprimer pleinement la spécificité de chaque forme de vie. Presque partout dans le monde, cette gouvernance est assujettie à la séquence saisonnière des manifestations de la vie, séquence qui règle l’ordre dans lequel la florescence et les exubérantes renaissances de la vie se déroulent. Les humains se sont traditionnellement intégrés à ce processus communautaire par leurs célébrations rituelles ». N’oublions pas que dans une norme biocentrique « tous les membres de la communauté biorégionale devraient être représentés lors des délibérations auxquelles se livrent les humains ». On est loin du totalitarisme narcissique et myope d’un bipède qui cherche de la vie dans l’espace alors qu’il détruit sans la voir celle qui est sous ses pieds et au bout de son nez dans la montagne, dans la rivière et dans la forêt.

Pour la cinquième fonction, l’autoguérison, Thomas Berry nous rappelle que « la communauté est porteuse non seulement des énergies nourricières requises par chacun de ses membres, elle porte aussi les énergies spécifiques d’une régénération ». Qui n’a été surpris par la rapidité de l’autoguérison de la Terre après un incendie de forêt lorsque, dès le printemps suivant, une multitude de pousses vertes et de fleurs jaillissent des interstices des souches calcinées? Chaque fois que je passe près de Marieville, entre Montréal et Sherbrooke, je me souviens, en voyant les rangées d’arbres prospères qui bordent l’autoroute des Cantons de l’Est, des squelettes démembrés qu’ils étaient au lendemain de la tempête de verglas de 1998. Pour se guérir, les humains ont, depuis la nuit des temps, recours à la pharmacopée de la nature. Tout en dénigrant ces remèdes l’industrie pharmaceutique envoie aujourd’hui ses pirates dans les endroits les plus reculés de la planète à la recherche des « secrets » des pharmacopées régionales pour tenter d’en comprendre les principes guérisseurs et d’en synthétiser les molécules qui, coupées de leur synergie vitale et protégées par de lucratifs brevets, orneront les étagères des pharmacies.

L’autoréalisation, sixième fonction de la communauté biorégionale, témoigne de son épanouissement dans la prospérité des multiples composantes que nous sommes invités à célébrer : « dans les prairies en fleur, dans les chênes majestueux, dans le vol du moineau, dans la baleine qui émerge pour respirer, et dans toute autre expression du monde naturel. Il existe aussi des modes saisonniers d’autoréalisation de la communauté, tout comme dans la renaissance mystérieuse du printemps. En célébrant de manière consciente le mystère numineux de l’univers tel qu’il se manifeste dans les qualités uniques de chaque communauté biorégionale, l’être humain assume son rôle spécifique. C’est la fonction de certaines liturgies religieuses, des comices ou foires agricoles, du décorum des assemblées politiques, des multiples modalités du jeu, de la musique, de la danse, et de tous les arts visuels et des arts de la scène. C’est de ce type de manifestations qu’une biorégion tire son identité culturelle ». Dans cette description des biorégions on reconnaît en filigrane les notions de « terroir » et de « produits régionaux » qui devraient toutefois dépasser leur anthropocentrisme actuel.

Il y a fort à parier qu’en pratique, lorsque les États-nations et leur patriarcat prédateur auront atteint leur limite dans l’effondrement de l’ordre économique insoutenable actuel, la notion viable de souveraineté qui renaîtra de leurs cendres sera celle des biorégions..

DanielLaguittonDaniel Laguitton
Abercorn, Qc


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Volume 13, numéro 19 — Mercredi, 13 décembre 2017
  
 

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