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Sur les pas de Thomas Berry - Différenciation, subjectivité, communion

Sur les pas de Thomas Berry

Différenciation, subjectivité, communion

Dans les chroniques antérieures (a, b, c) décrivant les six cours proposés par Thomas Berry comme rite de passage vers une formation universitaire spécialisée, j’avais seulement mentionné que le sixième cours portait sur les grands principes qui se dégagent de l’histoire de l’univers racontée par la science moderne, principes qui deviennent des valeurs lorsqu’on les respecte.

Avant d’examiner plus en détail ces valeurs, il est utile de décaper le mot « valeurs » lui-même, encrassé qu’il est quotidiennement par un usage réducteur, mercantile ou politiquement opportuniste. Nos valeurs sont comme les pierres d’un gué sur lequel nous traversons l’existence. Un exemple lumineux nous en est donné dans le « discours de Suède » prononcé par Albert Camus quand il reçut le prix Nobel de littérature en 1957. Il y fait l’éloge de la vérité et la liberté comme valeurs fondamentales de l’écrivain : « Dans toutes les circonstances de sa vie, obscur ou provisoirement célèbre, jeté dans les fers de la tyrannie ou libre pour un temps de s’exprimer, l’écrivain peut retrouver le sentiment d’une communauté vivante qui le justifiera, à la seule condition qu’il accepte, autant qu’il peut, les deux charges qui font la grandeur de son métier : le service de la vérité et celui de la liberté. Puisque sa vocation est de réunir le plus grand nombre d’hommes possible, elle ne peut s’accommoder du mensonge et de la servitude qui, là où ils règnent, font proliférer les solitudes. Quelles que soient nos infirmités personnelles, la noblesse de notre métier s’enracinera toujours dans deux engagements difficiles à maintenir : le refus de mentir sur ce que l’on sait et la résistance à l’oppression. » Quelques jours plus tard, dans un autre discours prononcé à l’université d’Uppsala, il précisera : « La valeur la plus calomniée aujourd’hui est certainement la valeur de liberté. De bons esprits (j’ai toujours pensé qu’il y avait deux sortes d’intelligence, l’intelligence intelligente et l’intelligence bête) mettent en doctrine qu’elle n’est rien qu’un obstacle sur le chemin du vrai progrès. Mais des sottises aussi solennelles ont pu être proférées parce que pendant cent ans la société marchande a fait de la liberté un usage exclusif et unilatéral, l’a considérée comme un droit plutôt que comme un devoir et n’a pas craint de placer aussi souvent qu’elle l’a pu une liberté de principe au service d’une oppression de fait. »

Voilà qui est clair, le mouton n’en est pas moins mouton lorsqu’il broute « librement » les vagues « valeurs » brandies par ceux qui troquaient hier des votes contre des bouts de route et les monnaient aujourd’hui en esprit de clocher, très populaire et bien meilleur marché.

Mais revenons à Thomas Berry pour qui l’éducation est indissociable du processus cosmique d’émergence de la conscience, l’homme étant le siège de la faculté de réflexion comme l’arbre est le siège de la faculté de photosynthèse. À chacun son métier dans la maison commune. « Le processus évolutif de la planète est une autodidaxie planétaire. Parmi ses diverses manières d’être spontanée, la planète a appris de manière autonome les diverses modalités des arts de la vie. L’invention d’un réseau aussi extraordinairement complexe de codes génétiques, dont chacun dépend de tous les autres, témoigne déjà d’une compétence suprême, mais qu’un des codes génétiques ainsi établis permette un potentiel d’apprentissage culturel transgénétique est une réalité encore plus stupéfiante. » Autrement dit, non seulement la Terre est autodidacte, mais elle a réussi le tour de force d’apprendre à s’autoétudier.

L’intégration de toute activité humaine aux processus planétaires est un thème omniprésent dans Le rêve de la Terre. « Rien n’existe de manière totalement complète sans tout le reste. Cette existence en relation est à la fois spatiale et temporelle. Quelle que soit la distance physique ou temporelle, le lien unifiant est à l’œuvre. L’univers est à la fois une communion et une communauté. Et nous sommes nous-mêmes cette communion devenue consciente d’elle-même. »

Un tel recadrage transforme évidemment la manière d’aborder l’éducation : « La formation professionnelle devrait reposer sur une prise de conscience du fait que la Terre constitue, en elle-même, le médecin primordial, le législateur primordial, la révélation primordiale du divin, le scientifique primordial, le technicien primordial, l’aventure commerciale primordiale, l’artiste primordial, l’éducateur primordial et l’agent primordial de toute activité en œuvre dans le cadre de nos préoccupations humaines ». Adieu narcissisme anthropocentrique, c’est à l’humus autodidacte et pédagogue émérite que reviennent tous les prix Nobel.

Le sixième cours préconisé par Thomas Berry couronnerait une formation visant à ce que tout candidat à une spécialisation soit d’abord initié en tant que citoyen planétaire de manière à ce que les savoirs auxquels il aura accès soient déposés dans un esprit capable d’en faire un usage qui collabore avec les processus planétaires plutôt que de les combattre. Le « Far West cybérien » nous rappelle quotidiennement que tout savoir est potentiellement convertible en arme de destruction massive, et qu’il est insensé de le remettre entre n’importe quelles mains.

Différentiation, subjectivité, communion

La première grande valeur qui se dégage de l’aventure de l’univers est, selon Thomas Berry, la différenciation. « L’émergence de l’univers se fait par différenciation. Sans différenciation, il n’y a ni univers, ni réalité véritable. Dès ses origines, après une brève période de rayonnement pratiquement exempt de formes, l’univers s’est structuré en constellations ou en motifs énergétiques uniques, repérables et intelligibles. Le réel n’est pas une sorte de bouillie homogène qui s’étendrait à l’infini. Chaque structure qu’il prend est unique et irremplaçable, quel que soit le niveau où elle se situe, du niveau sous-atomique au niveau galactique, du noyau ferreux de la planète à la fleur, de l’aigle qui fend l’air à la personne humaine qui foule le sol. Chacune de ces manifestations est une expression unique de la présence globale de la Terre. À l’échelle humaine, chaque individu devient pratiquement une espèce en soi, tant est imposante la présence qui se dégage de son unicité. » Au « tout est lié » de la vision holistique il faut donc ajouter « vive la différence! »

La deuxième grande valeur est la subjectivité. « Non seulement la manière dont s’exprime la réalité individuelle fait figure d’absolu par rapport à l’altérité, mais l’identité individuelle elle-même comporte une profondeur intrinsèque, une qualité propre, un mystère qui, outre les modalités phénoménologiques qu’elle exprime, traduit également une réalisation archétypale, ce qui permet à chaque expression du réel d’entrer en résonance avec le mystère qui imprègne le monde. Cette qualité se retrouve en toute chose, mais lorsqu’elle est à l’œuvre au niveau humain, elle rend possible la dynamique créative du penseur, du poète, de l’écrivain, du scientifique, du fermier, de l’artisan, du politicien, du négociant, de l’éducateur et de tout autre acteur humain qui participe au fonctionnement de l’univers. »

Chaque entité cosmique est donc un puits de Mystère auquel s’applique l’invitation de Pablo Neruda à « s’asseoir sur la margelle du puits de l’ombre pour y pêcher avec patience la lumière qui s’y perdit. » Pour Thomas Berry, « Lorsque nous nous penchons sur le fonctionnement à grande échelle de notre planète, nous lui reconnaissons aujourd’hui cinq aspects principaux : la géosphère, l’hydrosphère, l’atmosphère, la biosphère et la noosphère. Ces cinq aspects coexistent continuellement et globalement dans un contexte solaire lumineux et radiant ». La subjectivité est l’unicité de chaque note de la musique des sphères.

Avec la troisième valeur cosmique, la boucle se referme dans la communion. « Dans ce domaine, la magnifique perspective offerte par la science confirme l’intuition des anciens que nous habitons un univers constituant un événement énergétique singulier bien que multiforme. L’unité de tout le complexe formé par les systèmes galactiques est une des réalités les plus fondamentales de la physique contemporaine. Bien que cette unité globale de l’univers ait été perçue par les peuples primitifs, affirmée par les grandes civilisations, expliquée par des mythes de création partout dans le monde, soulignée par Platon dans Timée et présentée de façon exhaustive par Newton dans Principes, il n’existe aucun exposé aussi clair de l’interconnexion génétique de tout l’univers que celui que nous offre la science du vingtième siècle. »

Qui doutera un instant qu’après avoir intégré le trio différenciation-subjectivité-communion qui sous-tend l’évolution universelle, avant de se spécialiser en science, en droit, en politique, en économie ou dans n’importe quelle autre branche du savoir, un jeune esprit soit mieux équipé pour assumer son rôle de citoyen du monde? Mais il y a loin de la coupe aux lèvres et, en dépit de notre capacité de communication instantanée sans frontières, nous sommes encore loin d’une allégeance à la Terre qui primerait nos affiliations, nationales, politiques, religieuses, etc.

« Nous traversons actuellement une phase de transition qui pourrait s’appeler une phase de tâtonnement. Nous ressemblons au musicien qui entend à peine la mélodie qui émerge en lui et ne peut encore la jouer tant elle est encore floue. Telle est l’agonie qui nous hante, surtout si nous réalisons que la musique que nous créons est la réalité même de l’univers. »

DanielLaguittonDaniel Laguitton
Abercorn, Qc


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Volume 13, numéro 8 — Mercredi, 19 avril 2017
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