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Sur les pas de Thomas Berry - Un patriarcat à quatre pattes

Sur les pas de Thomas Berry

Un patriarcat à quatre pattes

Le chapitre 11 de The Dream of the Earth [Le rêve de la Terre], traité d’écologie intégrale de l’écothéologien américain Thomas Berry, est intitulé Le patriarcat, une nouvelle interprétation de l’histoire. Cette nouvelle interprétation repose notamment sur les travaux de Marija Gimbutas (1921-1994) archéologue Américaine d’origine lithuanienne spécialiste de l’âge du bronze en Europe. Grande découvreuse de figurines représentant des corps de femmes aux formes hypertrophiées, elle les interpréta comme des vestiges d’un culte préhistorique de divinités féminines dont elle explique la disparition progressive par son hypothèse kourgane selon laquelle un peuple de cavaliers venu des steppes d’Asie centrale aurait pénétré en Europe de l’Est environ quatre millénaires avant notre ère et progressivement remplacé les cultures matricentriques antérieures par une organisation sociale plus hiérarchique et guerrière qui perdure depuis cinq millénaires et à laquelle on doit une agression sans précédent de la Terre-Mère. Les cultes bien documentés des déesses-mères du pourtour de la Méditerranée auraient été les vestiges des cultures matricentriques antérieures. Cette théorie fait parfois l’objet de critiques sévères, récemment sur la base de découvertes génétiques, mais il n’est pas exclu que leur virulence ne soit qu’une démonstration de plus de la résilience du patriarcat.

Qu’il soit ou non nécessaire d’invoquer l’existence de cultures matricentriques avant les cinq derniers millénaires n’enlève rien à la pertinence de l’analyse que fait Thomas Berry du régime patriarcal, ni à celle de son engagement pour favoriser l’émergence d’un omnicentrisme, qu’il définit lui-même comme une culture où « les systèmes écologiques constituent un processus participatif global ». « Cette ère pourrait également être désignée comme l’ère écoféministe étant donné que les spontanéités et les qualités nourricières de cette période correspondent à ce que l’on désigne traditionnellement comme féminin. Cela contraste avec l’ère patricentrique que l’on désigne généralement sous ses aspects oppressants par le terme patriarcat ».

Il est sans doute utile de résoudre ici l’ambiguïté liée à l’adjectif « féminin » qui désigne souvent ce qui relève exclusivement de la femme alors que, dans un contexte philosophique ou ontologique, il désigne un mode de relation au monde qui transcende les considérations liées au sexe ou au genre et correspond au concept chinois de « yin ». Cette désambiguïsation permet de voir dans le « féminisme », au sens de lutte pour la reconnaissance de l’égalité sociétale des femmes et des hommes (parfois selon des règles d’engagement très patriarcales), une composante d’un « féminisme » au sens plus global de rééquilibrage du yin et du yang dans le contexte pathologique « hyper-yang » du patriarcat. Dans les mots de Thomas Berry : « Si nous nous penchons sur les causes premières de cette réévaluation critique de la civilisation occidentale, nous les trouvons dans la montée d’une conscience féminine et dans la dévastation actuelle de toutes les formes de vie de base de la planète provoquée par les régimes machistes qui se sont succédé durant cette période. Le nouveau mode de conscience écologique qui voit le jour se caractérise par l’émergence d’une communauté terrestre ayant une dimension hospitalière fondamentale qui reflète davantage des valeurs féminines traditionnelles que des valeurs masculines ».

Thomas Berry élargit aussi le sens du mot « patriarcat » : « Le terme “patriarcat” a évolué pour désigner aujourd’hui le contexte global de la condition actuelle non seulement des femmes, mais aussi ce qu’il advient de la structure de notre civilisation et de la planète elle-même ». La seule sortie viable de l’anthropocentrisme patriarcal qui a conduit la planète aux soins palliatifs passe, selon lui, par un omnicentrisme reposant sur la reconnaissance de la noblesse et du rôle essentiel de tous les habitants de la maison commune.

« Lorsque nous nous penchons sur le processus historique occidental, quatre types d’institutions patriarcales semblent avoir contrôlé l’évolution historique occidentale au cours des siècles. Même si nous considérons ces entités comme bénignes, et aussi brillantes qu’aient été certaines de leurs réalisations, il nous faut reconnaître que leur pouvoir de destruction est devenu de plus en plus virulent, au point où elles menacent aujourd’hui de mettre fin à tous les systèmes biologiques de base de la planète.

Ces quatre entités sont : les empires classiques, les institutions ecclésiales, l’État-nation, et la grande entreprise moderne. Ces quatre institutions sont exclusivement dominées par des hommes et visent avant tout à satisfaire l’humain dans une perspective masculine ».

Examinons brièvement la morphologie de ce résilient quadrupède.

Les empires classiques constituent le motif de base de l’histoire sanglante qu’on nous a enseignée, des Perses de Darius aux empires coloniaux du XXe siècle, en passant par l’empire macédonien d’Alexandre le Grand, par Rome et par Byzance, sans oublier un certain Napoléon Bonaparte. « Ces empires adoptèrent une symbolique cosmique et établirent leurs relations de pouvoir soit via une lignée de souverains dont la naissance confirmait le statut royal et divin ou celui d’incarnation d’un pouvoir cosmique, soit via un cérémonial religieux de couronnement ».

Le second pilier, l’empire ecclésial, se résume en Occident aux Églises chrétiennes et principalement à l’Église catholique, bien qu’il ne faille pas négliger les Églises évangélistes dont le prosélytisme reste une forme d’impérialisme parfois virulent. « L’Église ne contrôlait pas seulement la croyance religieuse et la discipline morale de la société européenne, elle y contrôlait aussi la formation intellectuelle et culturelle. Si l’économie, le droit et la politique avaient un statut relativement indépendant, l’interprétation qu’en faisait l’Église ne dominait pas moins également ces domaines d’activité. Les Croisades, une des préoccupations centrales des siècles médiévaux étaient commanditées par l’Église et cette dernière mandatait les différents souverains de les mener à l’aide de leurs armées ».

Le troisième pilier, l’État-nation est une forme évoluée des cités-États de l’époque médiévale et de la Renaissance. Il consacre le report vers la « patrie » [du latin pater, le père] d’une allégeance populaire jusque-là exclusivement dirigée vers l’Église. « La montée du niveau d’alphabétisation et des classes bourgeoises, ainsi que l’arrivée de nouvelles technologies mit le monde séculier au premier plan. La philosophie politique de John Locke, avec son emphase sur les libertés individuelles et la liberté d’association fut un autre facteur qui conduisit, sur le plan politique, à l’avènement de gouvernements constitutionnels représentant, en principe, la volonté du peuple et assurant la protection de ses libertés.

[…] On assista alors à la mise en place d’assemblées nationales, à l’adoption de drapeaux, d’hymnes nationaux, d’histoires nationales, de programmes nationaux d’éducation, d’économies et de monnaies nationales, ainsi que de tout l’éventail d’infrastructures des sociétés industrielles modernes avec ses systèmes de transport, de distribution postale, d’aqueducs, d’égouts, et ses services publics en tous genres.

[…] Cette nouvelle dévotion envers la communauté politique n’était pas sans ressembler à une ferveur religieuse. La date de fondation de la nation ou de la révolution nationale devint le jour le plus sacré de l’année et les leaders révolutionnaires les personnalités les plus respectées ».

Avec l’État-nation s’installe un culte de la souveraineté nationale et, curieusement, les États-nations souverains ne semblent avoir eu aucun scrupule à compromettre la souveraineté des populations de leurs empires coloniaux. Ironie ultime, l’État-nation qui a probablement interféré le plus souvent avec le processus électoral des autres nations s’étouffe aujourd’hui d’indignation à l’idée que son propre processus électoral puisse avoir subi une interférence étrangère. Le manque de loyauté envers la nation prit le nom de haute trahison, souvent sanctionnée par la peine de mort, et les dérives extrêmes de ce nationalisme exacerbé ressemblent à s’y méprendre à l’Inquisition, pensons au Maccarthysme des années 50 et au « Make America great again » de la télé-irréalité trumpienne.

Quatrième patte du patriarcat, très griffue celle-là, la grande entreprise, alias la multinationale qui s’arroge aujourd’hui le droit de poursuivre les États-nations qui auraient l’impudence de faire obstacle à son impérialisme financier et « culturel ». « L’entreprise moderne, qu’elle soit industrielle, financière ou commerciale peut être considérée comme la quatrième manifestation destructive du patriarcat, bien qu’elle se plaise à se présenter comme la source première de tous les bienfaits qui contribuent au bien-être de la population. […] Qu’elle soit industrielle, financière ou commerciale, l’entreprise est considérée comme le principal outil de “progrès”, bien que la signification de ce terme ne soit jamais claire. On semble tenir pour acquis que plus le monde naturel est dévasté par la construction de routes, d’aéroports, de projets de développement, de centres commerciaux, de supermarchés et de sièges sociaux d’entreprises, plus on s’approche de la réalisation du “rêve américain”. C’est précisément ce rêve d’un nouveau pays des merveilles créé par l’homme qui sert à l’industrie publicitaire pour induire ce niveau de consommation intense dont les entreprises dépendent pour asseoir leur contrôle de plus en plus grand de notre société tout en s’assurant des profits de plus en plus grands. La publicité a permis aux entreprises de prendre le contrôle des médias et, de contrôler, par leur intermédiaire les forces psychiques et physiques les plus puissantes de la planète ».

Voilà donc esquissée la morphologie du grand prédateur, puisse la sixième extinction annoncée ne porter que sur ce quadrupède.

DanielLaguittonDaniel Laguitton
Abercorn, Qc


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Volume 13, Numéro 15 — Mercredi, 18 octobre 2017
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