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Portrait: Marie Claude Rodrigue

Portrait

Marie-Claude Rodrigue: du yang au yin – le Qi Gong de l’âme

Marie-Claude Rodrigue a un parcours de vie fascinant – du patinage artistique, à la danse au sein de la troupe O’vertigo de Ginette Laurin pour finalement se consacrer au Qi Gong. Le Qi Gong est un art millénaire issu de la médecine traditionnelle chinoise. C’est un travail d’écoute du corps doux et lent (gong) au service de l’énergie vitale (Qi) qui circule partout en nous.

Elle a fondé en 2003, dans le quartier Mile-End de Montréal, Fragments Libres, une école de Qi Gong. Son approche est basée sur l’autoguérison physique, émotionnelle et mentale.

Depuis 2005, elle dirige parallèlement des ateliers de Qi Gong féminin s’appuyant sur des rituels et des pratiques puisées dans les traditions taoïstes, chamaniques et amérindiennes.

Territoires féminins
Photo : spectacle solo Territoires féminins

De l’énergie à revendre

Marie-Claude est originaire de la Beauce et vient d’un milieu modeste. Sa mère était une patineuse qui lui a transmis l’amour du patinage artistique. De 8 à 18 ans, elle est passionnée pour cette discipline à la fois sportive et artistique. Sa mère créait ses chorégraphies et ses costumes. Sans jamais avoir eu d’entraîneur professionnel, elle a participé à de nombreuses compétitions et s’est méritée la médaille d’argent aux Jeux du Québec en 1978. Elle négociait bien avec la pression et carburait à l’adrénaline.

Mais cette activité est coûteuse. Le manque de moyens financiers pour gravir les hautes sphères de cette discipline artistique a eu raison d’elle. Un bon midi à la table familiale, elle déclare  sans ambage : « J’accroche mes patins, je vais me tourner vers une discipline où je n’aurai pas besoin de costumes, de paillettes et de patins de fantaisie coûteux ni de dépenser pour des heures de glace. S’il le faut, j’irai danser pieds nus dans la nature ». C’est ainsi qu’elle mit un terme au patinage artistique pour se tourner vers la danse non sans relever un défi initial de taille, celui d’être admise au module de danse de l’UQAM.

Territoires féminins
Photo : spectacle solo Territoires féminins

Une volonté à toute épreuve

Parce que son profil de patineuse ne correspond pas à celui d’une danseuse, elle essuie un refus. Marie-Claude ne se laisse pas intimider. Elle se pointe, sans être invitée, aux auditions d’admission. « J’ai pris toute seule l’autobus pour Montréal. C’était une grosse affaire pour la fille de campagne que j’étais. L’Agora de la danse, rue Sherbrooke, était un édifice impressionnant. Une soixantaine de danseurs faisaient leurs exercices de réchauffement. Moi, je portais un de mes costumes de patinage et j’ai attendu que tout le monde auditionne, pour alors demander avec insistance : pouvez-vous me regarder danser. Finalement, le jury a accepté. Je me suis élancée corps et âme dans une improvisation enflammée qui s’est terminée sous la table de ces derniers. Ils ont dû se pencher pour voir la finale de ma chorégraphie. » À la fin de l’été, l’audace de Marie-Claude est récompensée, elle est admise au baccalauréat en danse. Une joie mêlée de peur l’envahit. C’est un changement de vie bouleversant. Elle quitte son village natal et s’installe dans la grande ville.

La danse dans la peau

Territoires féminins
Photo : spectacle solo Territoires féminins

Son grand défi est de transformer son corps athlétique de patineuse en un corps plus souple de danseuse. Elle n’aura jamais le corps de la danseuse de ballet, elle le sait. C’est la danse moderne qui l’interpelle. Cette forme d’expression stimule sa créativité.

Juste avant de terminer son baccalauréat, elle bifurque et poursuit ses études à LADMMI, l’école de danse contemporaine la plus prestigieuse à l’époque, dirigée par Linda Rabin et Candace Loubert. Pendant deux années, elle travaille avec des grands chorégraphes comme Lucie Grégoire, Daniel Léveillé et Isabelle Van Grimm de Belgique. « J’étais très stimulée par le processus de création. C’était le paradis pour moi. Nous avions des professeurs passionnés et exigeants. Nous étions une vingtaine au départ, et seulement huit personnes ont terminé. Et, de ce nombre, il y avait quatre chorégraphes danseurs dont j’étais », raconte Marie-Claude

Cette dernière, vous l’aurez compris, est une battante qui n’hésite pas à relever les défis. Entre les cours, elle enseigne la danse, fait des petits boulots, dort peu. Elle a la danse dans la peau.

Au terme de ces deux années, elle bénéficie d’une bourse de perfectionnement d’un an et choisit d’apprendre le flamenco à Madrid. Au bout de six mois, elle quitte l’Espagne pour tenter sa chance à Paris. Elle rencontre des chorégraphes, se prête au jeu des auditions dans l’espoir de se joindre à une troupe mais sans succès.

Au même moment, la troupe de danse de Ginette Laurin, O’vertigo, est en tournée en France. Elle revoit des danseurs qui étaient ses professeurs à LADMMI et tous l’encourage à passer une audition chez O’vertigo.

Ce n’est qu’avec l’assurance de faire partie des apprentis, qu’elle revient au Québec. Elle gravit rapidement les échelons et fait carrière, pendant 13 ans, au sein de la troupe de Ginette Laurin.

« Ginette est une femme généreuse qui donne de la place à ses danseurs et danseuses. Elle nous permettait d’être nous-mêmes en toute liberté. Elle a été la pionnière de la danse en duo. J’ai aimé danser avec des partenaires. Le couple pouvait être avec un homme ou une femme. Ce furent des années formidables. J’ai expérimenté ma vulnérabilité. Je danse à l’instinct et le trac me propulse », précise Marie-Claude.

Explorer le yin

Territoires féminins
Photo : spectacle solo Territoires féminins

Celle-ci n’hésite pas à reconnaître que jusqu’à la fin de sa trentaine, elle s’est épanouie selon le principe yang de son énergie. Elle était dans la discipline, la performance physique, la volonté, la carrière, etc.

Marie-Claude, qui a fait des tournées mondiales, qui a été acclamée par le public et qui a repoussé les limites de son corps, ressentait le besoin d’explorer la thérapie par le mouvement pour améliorer la connexion au ressenti. Ainsi parallèlement, à son travail avec O’vertigo, elle complète, en 2001, une certification en Gyrotonic et Gyrokinésis qui est une approche holistique du mouvement. Elle étudie le Qi Gong auprès du maître Yves Réquéna de l’Institut Européen de Qi Gong, l’acupression (Jin Shin Do) et le massage des organes (Chi Nei Tsang). En 2004, elle devient instructrice certifiée du Universal Tao System créé par maître Mantak Chia, un maître spirituel taoïste et une sommité du Qi Gong.

À l’aube de ses 40 ans, cette chercheuse infatigable, qui n’a pas eu d’enfant, mûrit une profonde réflexion sur les femmes de sa lignée. Elle raconte : « De mes arrières grands-mères, à ma mère et à mes tantes, toutes se sont réalisées à travers la maternité et le rôle de femme au foyer qu’elles ont accompli au meilleur de leurs connaissances. Ma mère est presque morte à chacun de ses accouchements. Cela m’a foutu une peur viscérale de l’accouchement ». Elle poursuit : « Je sentais intuitivement que comme descendante, j’avais une autre mission, celle de réaliser, canaliser, manifester les dons, les talents et les rêves qui étaient restés au stade embryonnaire chez mes ancêtres. J’ai canalisé mon instinct maternel par l’enseignement dès un très jeune âge. Enseigner c’est soutenir, accompagner, donner des outils, nourrir, aider à grandir. C’est un rôle d’empathie, d’écoute et de connexion intime avec l’autre. J’ai enseigné dès l’âge de 9 ans à de jeunes patineurs, par la suite à de jeunes danseurs et je continue de le faire à travers l’enseignement du Qi Gong. »

Ce retour du balancier vers le principe féminin dans sa vie, le yin, a donné naissance à une création solo en danse. « Ce spectacle intitulé, Territoires féminins, illustre le parcours d’une femme vers la nature de ses pouvoirs féminins, sa sexualité sacrée, son pouvoir spirituel, ses visions, son intuition, sa connexion au cosmos et à la nature afin de laisser mourir de vieux conditionnements limitatifs et renaître à soi-même », précise avec enthousiasme Marie-Claude.

Depuis 2005, elle dirige des ateliers de Qi Gong au féminin. « La pratique que j’ai développée inclut plusieurs formes de rituels aidant les femmes à libérer leur sexualité des transmissions transgénérationnelles (blessures, abus, tabous, secrets, hontes, dénis, etc.). Les femmes sont amenées à travers ces pratiques et rituels à valoriser et honorer leurs caractéristiques féminines, leur pouvoir Yin, leur vision féminine pour leur vie, pour celle de leurs filles et celle de la planète. Elles sont guidées pour apprendre à écouter leurs intuitions, à respecter leurs limites, prendre soin d’elles avec douceur et lenteur ».

Territoires féminins
Photo : spectacle solo Territoires féminins

Marie-Claude explore toutes les zones d’ombres qui ont marqué l’histoire des femmes ; pour guérir et transformer les peurs, les colères, les ressentiments, les tristesses qui sont enfouis dans l’Utérus. Elle souhaite poursuivre cette démarche en accumulant plus d’expériences et en développant des outils pour soutenir et accompagner les femmes en périménopause, ménopause et post-ménopause dans les cercles de Qi Gong féminin.

Elle caresse le rêve d’offrir l’opportunité à tous les élèves de son école, Fragments Libres, de vivre l’expérience du Qi Gong en pleine nature sur un site inspirant et ressourçant à la campagne.

« Pour guérir de nos blessures, cela nous prendrait une épidémie du bonheur », conclut Marie-Claude en riant.

Clôde de GuisePour en savoir plus : www.fragmentslibres.com

Clôde de Guise
coupsdecoeurvoyages.com

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Volume 13, numéro 5 — Mercredi, 8 mars 2017
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