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Un jardin né sur la grève des carrés rouges

Un jardin né de la grève des carrés rouges

Il y a cinq ans déjà, le Québec vibrait au rythme des casseroles en appui à la grève étudiante des carrés rouges. Rappelons que cette grève étudiante générale et illimitée dans les cégeps et les universités a été la plus longue (du 13 février au 7 septembre 2012) et la plus imposante (plus de 300 000 étudiants en grève fin mars) de l’histoire du Québec et du Canada. Le déclencheur fut la hausse des frais de scolarité totalisant 1 650 $ sur cinq ans que voulait imposer le gouvernement de Jean Charest. Les étudiants ont élargi le débat à une critique globale du système capitaliste néolibérale et une plus grande justice sociale.

Ce printemps « érable » a été pour les étudiants, à peine âgés de 17 ans, qui amorçaient leur première année de cégep, un cours accéléré de militantisme politique. Ce fut le cas de Frédéric . Cette grève a transformé sa vision du monde. Voici le témoignage d’un étudiant anonyme et de ce qu’il a vécu de l’intérieur.

Pour un nouveau monde

Tout commence pour Frédéric à la mi-février 2012 lorsque 3 000 des 4 000 étudiants du Cégep Saint-Laurent sont réunis en assemblée générale et ont à voter pour se joindre à la grève étudiante en cours. Ils sont 80 % à être en faveur.

Outre les grands rassemblements de jour, les manifestations nocturnes, les concerts citoyens de casserole, intra-muros dans les cégeps et les universités, la matière grise était active. Il se donnait des cours autogérés de réflexion sur divers sujets : féminisme, écologie, le monde étudiant, la communauté lgbt et queer, les valeurs sociales, etc. Il y avait des ateliers de créativité et de fabrication de bannières. Une cuisine populaire récupérait les aliments jetés au rebut pour nourrir les grévistes. Bref, un univers parallèle était en activité. À chaque semaine, les étudiants étaient convoqués à une assemblée générale extraordinaire pour reconduire le vote de grève.

Manifestation
Photo : Justin Ling
La délégation de la CLASSE passe au viaduc Berri lors de la manifestation étudiante du 22 mai 2012 à Montréal.

« En faisant la grève, nous, les étudiants, étions les acteurs de la réalité et nous étions à la une des journaux, explique Frédéric. Je n’ai jamais tant lu les journaux qu’à cette époque. Avec les autres grévistes, nous nous sommes vite rendus compte que les médias n’exprimaient pas la réalité et que les nouvelles étaient biaisées. Par exemple, le premier jour de piquetage, l’administration de notre cégep a fait appel à la police pour tenter de garder l’institution ouverte et dans les journaux, on lisait qu’elle n’avait pas demandé à la police d’intervenir pour nous tenir en respect ».

Plus qu’un enjeu autour de la hausse des frais de scolarité, cette grève questionnait les fondements de notre société et dénonçait, notamment, la marchandisation de l’université qui devait être un lieu de connaissance et pas seulement une rampe de lancement pour des emplois lucratifs. Au cours des deux premiers mois, le gouvernement Charest est resté inflexible malgré le fait que le mouvement de grève prenait de l’ampleur, que le soutien aux étudiants dépassait les frontières du Québec et que de nombreux professeurs se sont ralliés à leur cause. « Jean Charest occultait les vrais enjeux en dénonçant la violence des étudiants, relate Frédéric. Une manif n’est pas une partie de plaisir, poursuit-il. C’est au contraire, un moment traumatisant. L’adrénaline est au maximum. La peur nous prend aux tripes quand la police charge. On te tape dessus et on reste là. Tu vois des personnes à qui on fait mal. La personne à côté de moi s’est fait casser une jambe. Tu es envahi à la fois par la colère et la tristesse. Un jour que nous manifestions pacifiquement devant le siège social de la Banque Nationale, les employés ont applaudi la police venue nous disperser violemment. Cela laisse un goût amer. »

Tout au long de la grève, les étudiants se demandaient s’ils devaient tenir compte de l’opinion publique mais comme ils n’avaient aucun contrôle sur celle-ci, ils ont choisi de ne pas s’en soucier. Ils ont donc bloqué l’accès aux moyens de transport et manifesté devant les sièges sociaux des institutions économiques dans l’espoir d’élever le débat et la prise de conscience sociale sur les valeurs de notre société.

Un goût d’amertume

Ce n’est que fin avril, que le gouvernement Charest accepte de négocier avec les associations étudiantes qui coordonnent la grève. Les négociations sont laborieuses et la grève se poursuit. Plusieurs étudiants sont sceptiques quant aux intentions réelles des leaders. Défendent-ils la cause ou travaillent-ils pour se faire du capital politique ? Le 1er août, le gouvernement Charest annonce la tenue des élections générales anticipées qui auront lieu le 4 septembre 2012. Cette annonce marque le début de la fin de la grève. Le mouvement étudiant s’essouffle. Le PQ prend le pouvoir sous la gouverne de Pauline Marois. Son gouvernement abroge la hausse des frais de scolarité et cela met le point final à la grève étudiante.

De nombreux étudiants se sont sentis floués. Pour eux, ils venaient de perdre une bataille importante après avoir mobilisé autant de personnes. Le véritable débat social n’avait pas eu lieu.

« Nous sommes rentrés en classe comme si rien ne s’était passé. Pire, c’était l’omerta. Il n’y a pas eu de post-mortem sur le mouvement. Nous étions brûlés et déprimés. Cela a été un moment difficile à vivre après autant d’intensité », précise Frédéric encore incrédule.

Se réaliser

Frédéric et son groupe d’ami-es complices, aussi en état de choc, éprouvaient le besoin de canaliser leurs énergies dans du concret. Une réalisation tangible à la mesure de leur rêve d’une société plus juste et équitable. Ainsi est né l’idée du jardin. Soutenue par l’Association étudiante, une table de consultation est mise en place avec l’administration collégiale. On leur octroie un local assorti d’un budget de près de 3 000 $ pour démarrer les semis.

Jardin

Le projet initial était d’acquérir quelques ruches et de faire un jardin en pots. Mais le groupe voit soudainement plus grand et a l’ambition de faire un vrai jardin pour l’approvisionnement en légumes frais de la cuisine du cégep. Un terrain vacant attenant au cégep était l’endroit tout désigné. Sans autorisation formelle des autorités collégiales « parce que le dédale administratif est restrictif et sans fin. Nous avons créé un jardin en pleine terre de 200 m2 assorti de quelques ruches. Au grand dam de l’administration qui avait perdu le contrôle du projet », dit Frédéric.

Plan

La première année, les récoltes de légumes et de miel ont été abondantes. « Les surplus de légumes ont été distribués gratuitement », précise Frédéric.

Jardin

Fait intéressant, le projet de jardin, tant décrié par l’administration qui a vainement tenté de le faire avorter, a gagné la bourse intercollégiale en développement duralbe. Le prix d’une valeur de 750 $ consistait en un voyage de cinq jours au Maroc pour parler du dit jardin. Partir pour une si courte période était anti-écologique aux yeux du groupe. Il a décliné l’offre de voyage et a utilisé les fonds pour planter des arbres fruitiers et creuser un étang.

Jardin

Cette fois l’administration a menacé d’arracher les arbres. Le groupe a rédigé un article pour dénoncer cette menace qui fut publié à la une du journal de quartier. Finalement, les esprits se sont calmés grâce à l’intervention du CA du collège. Sur ce lopin de terre squatté par les jardiniers et jardinières, la biodiversité a repris ses droits : lapins, renards, oiseaux et insectes ont peuplé le lieu. Aujourd’hui, le jardin fait la fierté du collège et l’été dernier des réfugiés syriens y jardinaient.

Jardin

Clôde de Guise

Frédéric et son groupe tissé serré poursuivent cette aventure comme maraîcher dans Lanaudière. Ensemble, ils sont à la recherche d’une terre pour faire la culture des légumes racines et réinventer la vie. Si vous avez vent d’une bonne terre à vendre beau, bon pas cher peu importe où au Québec, faites le savoir à Covivia. L’information sera relayée.

Clôde de Guise
coupsdecoeurvoyages.com

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Volume 13, numéro 7 — Mercredi, 5 avril 2017
  
 

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