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Thérèse Romer

Champs libres

Thérèse Romer

Éternelle défenderesse de la biodiversité

Thérèse Romer

Thérèse Romer vit depuis l'an 2000 à Verdun dans une tour à condos en bordure du fleuve Saint-Laurent, face à l'Île-des-Sœurs. C'est là que je l'ai rencontrée pour préparer ce texte hommage. Aussitôt entré chez elle, je fus rassuré par sa vivacité intellectuelle et sa passion pour le règne végétal, toujours intactes, malgré les années…

J'ai connu Thérèse en 1985, alors qu'elle était chroniqueuse pour le Journal La terre de chez nous. Elle traitait dans ses textes de plantes indigènes et de jardins d'intérêt. Ayant appris que nous avions remporté un prix décerné par la revue Harrowsmith, elle a voulu nous rencontrer pour s'épandre sur notre jardin. Ce fut pour Diane et moi un coup de coeur instantané de découvrir toute l'énergie et la ferveur de cette grande dame à la plume gracile et à l'amour sans borne pour la Vie. En raison d'une passion commune pour la poésie émanant du règne végétal, les échanges ont duré plus longtemps qu'il n'avait été convenu. C'est lors de cette première rencontre que nous apprîmes qu'elle résidait dans une maison patrimoniale de Saint-Eustache acquise en 1972 avec son deuxième mari Pierre de Bellefeuille.

Maison Chénier Sauvé
Maison Chénier Sauvé - photo : Héritage Montréal

Construite en 1889, la demeure bourgeoise toute faite de bois est constituée d'un corps de logis rectangulaire à deux étages surmonté d'une mansarde orné de lucarnes. Située en retrait sur un terrain voisin de la rivière du Chêne dans le vieux Saint-Eustache, la propriété a immédiatement plu à Thérèse surtout, me l'avoue-t-elle, à cause de son vaste terrain parsemé d'arbres matures.

La maison patrimoniale a été érigée sur le site d'une ancienne école pour filles fermée en 1828 puis ensuite occupée par le docteur Jean-Olivier Chénier jusqu'en 1837, année où les troupes britanniques l'incendièrent, suite à l'insurrection des patriotes qu'il dirigeait. Piégé avec ses hommes dans l'église de Saint-Eustache à laquelle les troupes britanniques avaient mis le feu, il fut tué par celles-ci alors qu'il tentait de s'échapper par une fenêtre.

C'est Georges Lauzon, maire de Saint-Eustache et propriétaire du terrain, qui fit construire la maison actuelle. En 1923, Arthur Sauvé se porte acquéreur de la demeure qu'il cède à son fils Paul en 1944. Ce dernier deviendra ministre sous Duplessis qu'il remplacera à sa mort comme premier ministre et chef de l'Union nationale.

Après l'acquisition de la propriété en 1972 par le couple de Bellefeuille-Romer, la maison devint leur demeure principale. Thérèse fait au printemps la découverte de la collection de pivoines de madame Sauvé, une espèce pour laquelle elle se passionne. Stimulée par la structure végétale existante, elle s'investit corps et âme dans l'aménagement de plates-bandes et y installe une multitude de plantes indigènes qu'elle affectionne.

En 1976, Pierre de Bellefeuille est élu pour un premier mandat comme député péquiste de Deux-Montagnes. C'est à ce moment que Thérèse fonde la Société d'horticulture et d'écologie de Deux-Montagnes dont elle demeurera secrétaire jusqu'en 2000. Très active socialement, elle fonde en 1980 l'Association des maisons anciennes du Québec dans le but d'assurer la protection du patrimoine bâti québécois et, par le fait même, de sa propre maison ancestrale. Au même moment, le Parti québécois perd son premier référendum.

Après cette défaite, René Lévesque opte pour le beau risque, ce qui ne correspond en rien aux idéaux de Pierre de Bellefeuille, un indépendantiste pur et dur. Il joint l'équipe de Denis Monière et perd ses élections en 1995. Désabusé, il décide de déménager à Outremont.

Thérèse qui signe depuis 1991 une chronique sur les plantes indigènes dans la revue Fleurs Plantes et Jardins sent que ses racines sont profondes en terre de Saint-Eustache où elle décide de rester. Elle se donne comme mission de sauver sa maison et ses jardins. En 1997, elle crée l'organisme à but non lucratif Maison et Jardins Chénier-Sauvé dans lequel elle s'investit sans ménagement jusqu'à sa dissolution en 2006. Avec une petite équipe, elle organise des activités éducatives et culturelles, elle ouvre la maison et les jardins au public et surtout elle essaie de trouver du financement pour restaurer la maison.

En l'an 2000, elle déménage avec Pierre à Verdun aux Brises du fleuve, mais elle continue de s'impliquer à Saint-Eustache où elle se rend régulièrement. En 2006 alors que le toit commence à couler, de guerre lasse, elle décide de vendre la propriété familiale à la ville de Saint-Eustache qui réussit à obtenir un financement important du ministère de la Culture et des Communications pour la restauration de la demeure qui deviendra un site patrimonial géré par une corporation municipale. Mission accomplie pour Thérèse. Son œuvre, sa maison, ses jardins pourront lui survivre et témoigner de l'histoire et de la nature du Québec pour des années à venir.

Lors de notre rencontre il y a quelques semaines, j'ai essayé de comprendre d'où lui venait cette passion indéfectible pour les plantes indigènes. Elle me confie qu'étant fille de diplomate polonais, elle fut appelée à suivre ses parents dans une multitude de pays, dont l'Italie, le Portugal, le Japon, la Chine et l'Afrique du Sud. C'est durant ses pérégrinations et les séjours qu'elle fit périodiquement dans la campagne polonaise qu'elle prit conscience de la prodigieuse biodiversité planétaire, variant au gré des latitudes, des altitudes, des climats et des sols. À force de lire la nature, elle en vint à considérer la biodiversité comme un indicateur de la santé de la Terre. Elle s'investit alors pleinement pour tenter de faire comprendre à ses concitoyens l'importance de la préserver.

C'est dans cet esprit qu'elle a aménagé à Verdun un jardin de plantes indigènes sur un terrain en pente entre le fleuve et la tour qu'elle occupe, sous l'ombrage de neuf trembles matures. Elle a dû pour ce faire initier une importante sensibilisation des gestionnaires du parc linéaire en bordure du fleuve afin qu'ils ne tondent pas son pré fleuri, un havre de biodiversité. Ces gens demeurent figés dans une approche archaïque de tonte de pelouse, me confie-t-elle. Ça fait plus propre disent-ils, un argument qui la tétanise.

Pré fleuri
Fleur jaune Fleur d'orpin
Le pré fleuri aménagé par Thérèse entre le fleuve et sa résidence dans lequel j'ai pu admirer une fleur d'Helianthus et une fleur d'un Grand orpin

Voici en quels termes elle décrit ce pré fleuri qu'elle a baptisé Flore Sauvage Verdun dans un petit livret intitulé Nature en ville, prise 2, récemment publié :

Des gouttes d'eau pour changer l'océan? Nous n'avons pas d'autres choix.

Ma goutte d'eau c'est Flore Sauvage Verdun. Un petit lopin de terre (qui ne m'appartient même pas) au bord du grand fleuve Saint-Laurent, coulant des Grands Lacs d'Amérique du Nord jusqu'à l'Océan. Je m'amuse (ce n'est pas très sérieux d'accord) à prendre soin de sa mini-biodiversité. Je suis trop vieille pour continuer longtemps, mais la vieillesse n'élimine pas l'ardeur du cœur …

Comme si cela n'était pas suffisant pour cette sereine nonagénaire, elle décide en 2018 d'entreprendre avec des voisines un projet de culture de tomates en pots au pied de son immeuble. Rien ne semble vouloir freiner Thérèse Romer, si ce n'est un nerf sciatique qui lui cause quelques soucis! Longue vie à cette éternelle défenderesse de la biodiversité!

Thérèse et les tomates

Avec son premier mari Mietek Nitoslawski, Thérèse Romer a eu trois filles et deux garçons qui lui ont donné à ce jour six petits enfants, dont cinq filles et un garçon.

Yves Gagnon
Les Jardins du Grand-Portage

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Maison Chénier-Sauvé

83, rue Chénier
Saint-Eustache, Québec

Renseignements (visites) : 450 974-5170

Nature en ville, prise 2 (pdf)


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Volume 14, numéro 8 — Mercredi, 10 octobre 2018
  
 

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