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Rétablir les faits

Des résidus de pesticides dans les aliments biologiques

Rétablir les faits

Le mercredi 8 janvier dernier, Radio-Canada révélait en grande pompe et sans nuance aucune que les aliments biologiques étaient contaminés par des résidus de pesticides.

Ce genre de nouvelle-choc cause un tort majeur à l'agriculture biologique et à ses artisans, mais surtout mine la détermination de nombreux consommateurs aux convictions timides qui, entendant ce type de nouvelles, réagissent souvent en ces termes: « J'le savais, y'a pas de différence: j'vas arrêter de payer plus cher pour rien. »

Or rien n'est plus faux.

Tout d'abord, il importe de préciser que les données évoquées par Radio-Canada proviennent d'un rapport incomplet de l'Agence canadienne d'inspection des aliments (ACIA) qui repose sur l'analyse de 952 échantillons d'aliments biologiques dont 431 contenaient des traces de pesticides. Cependant, la bonne nouvelle, c'est que ces traces sont, dans la plupart des cas, très faibles et elles proviennent à 80 % d'aliments importés. Au final, retenons qu'on doit faire confiance à la certification biologique et aux produits biologiques, mais qu'on devrait privilégier les circuits courts, donc des aliments locaux produits par des fermiers de famille, des entreprises amies ou référées par un tiers. Cette approche se révèle la seule totalement garante de l'intégrité des aliments.

Bref retour sur la qualité biologique

Je citais en 1990 dans La culture écologique pour petites et grandes surfaces Le Dr Doug Hallet d'Environnement Canada: « Il n'existe aucune nourriture qui ne soit pas contaminée. La contamination de l'environnement est telle qu'il n'existe aucune échappatoire possible pour nous et la prochaine génération. (1) »

Lorsqu'on applique des pesticides de synthèse sur les cultures –et on en applique de plus en plus –, ces poisons n'atteignent que partiellement leurs cibles: une importante partie est détournée par ce qu'on appelle la dérive – causée par le vent – et contamine les terres voisines et les autres milieux adjacents. Une importante partie contamine les nappes phréatiques et les cours d'eau. Dès leur application, les pesticides coulent des fossés aux ruisseaux, des rivières au fleuve puis à la mer. Par évaporation, les pesticides gagnent l'atmosphère, voyagent en nuage sur des milliers de kilomètres et nous retombent dessus avec les pluies. Jean Dorst, professeur au Museum national d'histoire naturelle de Paris, expliquait déjà en 1965 dans son livre La nature dé-naturée: « En fait l'abus des pesticides conduit à un empoisonnement véritable des biocénoses naturelles ou artificielles dont on commence à peine à mesurer les conséquences. »

Les aliments industriels sont cultivés dans des sols morts et vaporisés avec des herbicides, des insecticides et des fongicides de synthèse, hautement rémanents.

Aucun milieu n'échappe à la contamination. Même les glaces des pôles sont souillées par des pesticides agricoles appliqués à des milliers de kilomètres de là. Au milieu des années 80, des scientifiques canadiens ont découvert que les Inuits du Grand Nord canadien recelaient dans leur sang et leurs tissus adipeux des résidus de nombreux pesticides agricoles. Nul ne sera donc surpris d'apprendre que des aliments biologiques recèlent des traces de pesticides. Mais il faut bien comprendre que ces traces sont moindres que celles décelées dans les aliments industriels et que la responsabilité de cette contamination incombe aux sociétés agrochimiques et aux agriculteurs industriels qui vaporisent chaque année des millions de tonnes de pesticides sur les cultures alimentaires pour un chiffre d'affaires évalué en 2012 à 44 milliards de dollars.


Terre Vivante

Par bonheur, les études indépendantes démontrent que ceux qui font une large place aux aliments bio dans leur menu recèlent moins de traces de pesticides dans leur urine et, pour les mères allaitantes, dans leur lait. Ce qui confirme la pertinence de la qualité biologique pour réduire les risques de maladies de dégénérescence. L'auteur du livre Pesticides, Le piège se referme François Veillerette relie les pesticides à différentes formes de cancer – estomac, prostate, vessie, cerveau, lymphome non hodgkinien –, à la maladie de Parkinson, à la perturbation du système endocrinien, à la baisse de la fertilité masculine et à la suppression des fonctions immunitaires caractérisée par une hausse des cas d'asthme et d'allergie. Le cancérologue français, Dominique Bellepomme, estime que trois cancers sur quatre sont causés par des facteurs environnementaux. Dans un contexte de pollution généralisée de l'environnement, mieux vaut mettre toutes les chances de son côté et éviter dans la mesure du possible de consommer des aliments industriels.

Des tests probants

Des analyses réalisées en France pour le compte de la revue Terre vivante révèlent qu'une mère qui consomme 80 % d'aliments biologiques ou plus dans son alimentation aura une présence trois fois moins grande de résidus de pesticides organochlorés dans son lait qu'une mère qui en consommerait moins de 40 % (2).

Selon l'Académie américaine des sciences, la principale source d'exposition aux pesticides est l'alimentation. Elle peut donc être en grande partie évitée en optant pour une alimentation biologique, comme le démontre à son tour une étude publiée dans Environmental Health Perspectives. Dans le cadre de cette recherche, des scientifiques ont mesuré les résidus de pesticides organophosphorés présents dans l'urine d'enfants américains âgés de 3 à 11 ans. Lorsque les enfants étaient nourris avec des aliments conventionnels, des résidus de pesticides étaient détectables dans 91 % des échantillons d'urine. Cinq jours après que ces enfants soient passés à une alimentation principalement biologique, les résidus de pesticides dans leur urine s'avéraient non détectables ou quasi non détectables (3).

À cause de la cécidomyie du chou-fleur, les cultures de brassicacées – chou-fleur, brocoli, kale, collard, rutabaga, chou pommé – sont vaporisées régulièrement avec des molécules hautement toxiques.

Ne soyons pas dupes

Malencontreusement, les pesticides agricoles sont considérés par l'industrie agrochimique comme un vulgaire produit de consommation, au même titre qu'un livre, une bicyclette ou un vêtement. En augmenter les ventes est un objectif, une contribution au PIB, sans égard pour les avantages ou les désavantages liés à l'usage du produit. Je ne peux concevoir que des individus sensés réunis en conseil d'administration réfléchissent à des moyens pour encourager la vente et l'application de pesticides, d'accroître la contamination des aliments, des sols, de l'air et de l'eau tout comme je ne peux concevoir que des consommateurs puissent choisir délibérément des aliments qui ont été vaporisés sciemment avec des poisons plutôt que des aliments qui furent cultivés dans un sol vivant, dorlotés, soignés, protégés des ravageurs ou des maladies par des méthodes douces et naturelles, sans impact néfaste sur l'aliment et le milieu où il est produit.

Lorsque je songe à la passion, à l'intégrité et à l'engagement de tous ces artisans du bio, jardiniers, producteurs maraîchers, céréaliers, éleveurs, apiculteurs, cultivateurs, je ne peux m'empêcher de leur réitérer toute ma confiance et de participer en toute solidarité à leur démarche pour réinventer un nouvel ordre agroalimentaire.

Maude-Hélène Desroches et Jean-Martin Fortier, producteurs de paniers biologiques à la ferme La Grelinette

J'ai eu l'occasion d'animer quelques ateliers sur l'alimentation et l'environnement dans des écoles. Je demandais alors aux enfants si c'était une bonne idée de croquer dans une pomme qui avait été vaporisée 25 fois avec des poisons.

Les pommes sont vaporisées en moyenne 25 fois par saison avec divers insecticides et divers fongicides tant et si bien que le fruit est devenu l'aliment frais le plus contaminé par des résidus de pesticides.

Répondriez-vous à cette question comme l'ont fait tous les enfants à qui je l'ai posée?

Yves Gagnon

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1. Kramer, Dee. "Out of season". Harrowsmith # 83. Janvier-Février 1989. p. 45.

2. Aubert, Claude. « Pollution du lait maternel: Une enquête de Terre Vivante ». Les Quatre Saisons du Jardinage. n° 42, janvier 1987, p. 37.

3. Tiré d'une lettre signée dans La Presse en janvier 2013 par Laure Waridel, en réplique à Sylvain Charlebois qui dénigrait précédemment le bio dans un texte intitulé Les mythes du bio.

Lecture complémentaire:

www.laterre.ca/cultures/quatre-ans-pour-analyser-des-donnees/


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