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Cultiver le vert intérieur

Cultiver le vert intérieur

Quand on me rabâche à tout rompre que les vraies affaires c'est l'argent la croissance, le pouvoir d'achat, la balance commerciale, le PIB et le FMI, je défroque. Discours pathologiquement matérialiste auquel les conservateurs de l'ouest nous ont tant accoutumés qu'on ne s'offusque même plus d'un discours politique orienté exclusivement sur la matière et l'avoir, sur l'acquisition et l'exploitation.

Bien sûr l'économie c'est important. Elle encadre et régule les échanges que nous entretenons. L'emploi aussi mérite l'attention. Il permet aux citoyens de contribuer au projet commun. Si justice sociale il y avait, notre richesse collective conférerait à tous et à toutes l'accès à un logement, à des vêtements et surtout à 3 repas de qualité par jour.

Ceci dit, on peut aspirer à autre chose. Aspirer à un état. Tendre vers l'insouciance. Réduire l'agitation. Se dépouiller du superflu, de tout ce qui pèse, qui rend lourd, anxieux et méfiant. Une décroissance consciente et volontaire est salutaire pour le corps et pour l'âme.

J'ai peu entendu parler de l'âme durant cette présente campagne. De campagne encore moins. D'environnement, si peu qu'on dirait que les candidats fuient le sujet, mis à part Françoise David qui décline avec conviction et fierté l'orientation écologique de son parti. Pourtant ne venons-nous pas tous d'une petite planète bleue, qui peine de plus en plus à nous supporter.

Au terme d'une campagne électorale qui n'en finit plus de prioriser les affaires, je tente ici de rétablir un certain équilibre dans les couleurs ambiantes en vous livrant un vibrant plaidoyer pour le vert intérieur que nous pouvons tous cultiver.

Mesclun vient du latin mesclare qui veut dire mélanger. Ainsi, mesclun signifie salade mélangée. J'en mélange, j'en sème et j'en mange le plus possible. Laitue en feuilles, Boston, glaciale, romaine, feuille de chêne, épinard, roquette, moutarde, mizuna, amarante, chicorée, radicchio, kale, bette à carde, pousses de pois et de chou, coriandre, fenouil, basilic et tutti quanti. En variant à l'infini les feuilles, les pousses, les herbes, les fleurs comestibles et la vinaigrette, chaque mesclun constitue une expérience intérieure unique.

Au jardin, je sème dès le début de mai un mélange de laitues et de verdures, intervention que je répète une fois par mois jusqu'en septembre, ce qui me permet une récolte qui parfois s'étiole jusqu'à la fin de novembre. Depuis quelques années, j'établis ces mêmes cultures dans ma serre au début d'avril, ce qui me confère un peu d'avance sur la saison.

Pour m'offrir des salades d'hiver, j'ai tout récemment transformé une antiquité en un meuble à mesclun. J'ai demandé à un artisan de me construire une boîte en cèdre qui s'encaverait dans le meuble d'origine au fond duquel un film de polythène recueillerait l'eau d'arrosage.

Je vous livre ici les photographies qui illustrent la construction de ce meuble à mesclun. On peut s'en inspirer pour créer son propre meuble ou un simple bac à mesclun. Pour réussir une culture intérieure, peu importe l'espèce, la fenestration doit offrir une lumière adéquate. Dans les cas d'une déficience lumineuse – on l'observe couramment en campagne électorale –, on peut avoir recours à des fluorescents.

Soyons vibrants

Mesclare ad nauseam

Yves Gagnon

Les Jardins du Grand-Portage
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Volume 10, numéro 6 — Mercredi, 2 avril 2014
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