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Poursuivre le semis intérieur

Poursuivre le semis intérieur

Je me remets difficilement du dernier scrutin. J'osais espérer que nous réfléchirions collectivement à notre avenir, aux défis qui guettent notre langue, notre culture, notre société et notre territoire. Je me suis surpris à rêver que nous pourrions devenir un pays modèle qui inspirerait les autres dans leur développement et leur rapport à la Terre. Force est de constater que le peuple québécois s'est encore une fois fait berner par le mirage matérialiste, par la perspective d'un pouvoir d'achat accru et de gains en capital.

Pourtant la soupe est chaude. Les scientifiques du Groupe intergouvernemental d'experts sur l'évolution du climat (GIEC) persistent et signent. Dans leur rapport préparatoire à la conférence de Paris sur le climat qui se tiendra l'année prochaine, ils nous préviennent sans aucune ambivalence qu'il faut s'attendre à une multiplication des évènements météorologiques extrêmes qui auront des impacts dévastateurs sur l'agriculture, les pêcheries et l'eau potable. «À défaut d'une remise en question immédiate et révolutionnaire de notre modèle de croissance basé sur les énergies fossiles et l'économie de consommation, nous filons tout droit vers une fatale catastrophe.»

Ainsi, contre toute logique, l'hiver polaire duquel nous émergeons serait un signe avant-coureur de ces phénomènes. Au centre et au nord de l'Inde, au même moment, des averses répétées de grêle ont détruit des millions d'hectares de blé, de maïs, de pomme de terre, de mangue et de papaye sur le point d'être récoltés, entraînant dans le Maharashtra et le Madhya Pradesh le suicide d'une centaine d'agriculteurs croupissant sous le poids de dettes impossibles à rembourser. En pleine campagne électorale, les Indiens s'apprêtent pourtant eux aussi à élire un gouvernement de droite qui encouragera tous azimuts la croissance et la consommation. Pourtant, « il n'est point besoin d'avoir l'esprit scientifique pour se rendre compte que la rue étouffe et qu'elle étouffera de plus en plus au nom d'un développement qui se mesure en vente d'automobiles et en mines de charbon[1].»

Photo Jakimage : Sur les routes de l'Inde

En quoi pouvons-nous changer la vie de ces paysans. Faute d'élire des gouvernements responsables qui ont à coeur le bien-être de tous les humains de la terre, nous pouvons par des gestes et des choix responsables faire notre part. Il s'agira ensuite pour arriver à des résultats tangibles de multiplier ces gestes par millier, par million et par milliard. La stratégie est simple: opter pour une vie plus simple et moins agitée, adhérer à une consommation minimaliste et responsable. Nous en serions quittes pour une plus grande qualité de vie, du temps en abondance pour cultiver et se cultiver, pour partager et échanger.

La cupidité des uns aura-t-elle raison de plus de 4 milliards d'années d'évolution? La réponse nous sera donnée dans les prochaines décennies. En attendant, j'ai décidé de me consacrer totalement à mon jardin et de promouvoir le jardinage comme pierre d'assise d'un mode de vie qui permet de répondre à bon nombre de nos besoins fondamentaux: vivre au rythme de la Vie, s'activer, se nourrir sainement, évoluer en santé, s'émerveiller et s'imprégner de beauté.

Photo : Perry Mastrovito

Depuis les élections, j'ai éteint la radio et la télé et je trouve refuge dans ma serre où évoluent mes plants d'artichaut, d'oignon, de poireau, de laitue et de chou, des espèces de climat froid qui apprécient des températures fraîches. Dans la maison se déploient les semis de tomate, de poivron et d'aubergine qui commandent davantage de chaleur.

Le temps est venu d'effectuer le repiquage de ces espèces. L'intervention consiste à offrir aux jeunes plants en rangs serrés plus d'espace ainsi qu'un terreau plus riche qui compte 50 % de compost – j'emploie un compost de feuilles de deux ans, mais les marques Bio-Sol et Bio-Max donnent également de bons résultats – ainsi que 25 % de perlite et 25 % de vermiculite. On pourrait remplacer ces derniers par de l'Agro-Mix biologique de Fafard ou du Pro-Mix biologique de Premier Horticulture. Une fois le mélange fait et humecté, on en remplit des caissettes – j'emploie des caissettes en polystyrène recyclées – puis on procède au repiquage.

Dans un premier temps, à l'aide d'une cuillère, on soulève les plants de façon à les déraciner, à les séparer et à dégager leurs racines en évitant de les sectionner. Puis on saisit délicatement les jeunes plantules par une feuille et on les porte dans la caissette de destination dans laquelle on les transplante en enterrant la tige jusqu'à sous leurs cotylédons ce qui atténue les effets de l'étiolement et favorise le développement de nouvelles racines sur la partie de la tige enterrée. On ne dispose que 6 plants de tomate par caissette de 24 cm x 15 cm, 8 de piment, de poivron et d'aubergine.

En principe, les plants peuvent demeurer dans ces caissettes jusqu'au moment de leur transplantation au jardin, une fois les risques de gel passés. Un deuxième repiquage en pots individuels peut être effectué si on observe une stagnation dans la croissance. On peut aussi fertiliser les plants avec 5 ml d'algue liquide et 5 ml d'émulsion de poisson par litre d'eau d'arrosage.

Pour les laitues, les choux, les herbes et bon nombre de fleurs, on procède de la même façon, mais on peut augmenter le nombre de plants par caissette jusqu'à une vingtaine. L'important ce n'est pas le calibre des plants, c'est leur qualité. En raison d'une contrainte d'espace, je transplante toujours des petits plants au jardin. Ils ont l'avantage de reprendre plus rapidement et étonnamment, de produire davantage.

Small is beautiful. Je consomme petit. Les Indiens apprécient.

Yves Gagnon

Les Jardins du Grand-Portage
Catalogue de semences des jardins
Bon de commande

[1] Taillefer, Guy. Le Devoir. 22 avril 2014, page B 2.

Une merveilleuse nouvelle

Le Sénat du Vermont a voté le mercredi 16 avril une loi qui imposera à partir du premier juillet 2016 un étiquetage obligatoire des produits alimentaires contenant des organismes génétiquement modifiés (OGM). Approuvée par 28 voix contre 2 par la chambre haute, la loi doit être adoptée par la Chambre des représentants de l'état pour être validée.

Pour en savoir plus:

actualites.yahoo.com/le-vermont-premier-état-américain-à-vouloir-étiqueter


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Volume 10, numéro 8 — Mercredi, 30 avril 2014
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