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La gros business

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La gros business
ou comment prioriser le profit au détriment de la Vie !

Usine

Lorsque les premiers OGM ont été cultivés commercialement en 1996, je ne savais pas trop comment me positionner, mais je sentais bien qu'il s'agissait là d'une technologie qui permettrait à l'industrie agrochimique d'accroître son contrôle sur la production alimentaire mondiale, de maintenir en place une agriculture qui repose sur l'utilisation des pesticides qu'elle fabrique et commercialise et surtout de générer davantage de profits. Ce pressentiment s'est confirmé plutôt rapidement, une fois démasquées les assertions qui laissaient entendre que les biotechnologies allaient sauver l'humanité de la famine et réduire l'emploi de pesticides. Depuis, je suis devenu un irréductible opposant aux OGM.

Le dimanche 17 février dernier, j'ai eu le privilège lors d'un brunch auquel participaient quelques militants, agronomes, professeurs et chercheurs de rencontrer Gilles-Éric Séralini, docteur et professeur de biologie moléculaire à l'université de Caen et auteur du livre récemment publié chez Flammarion Tous cobayes ! OGM, pesticides, produits chimiques qui relate l'expérience qu'il a menée secrètement avec une équipe de chercheurs triés sur le volet pour étudier les effets toxiques du maïs NK 603 tolérant au Roundup de Monsanto ainsi que du Roundup lui-même, l'herbicide le plus vendu sur la planète.

Equipe

Très attentifs aux conversations et aux échanges qui prenaient place autour de la table, je me suis rapidement rendu compte que malgré les livres que j'ai écrits sur l'agriculture biologique et le jardinage écologique, je n'étais pas conscient à quel point les sociétés agrochimiques transnationales et les agences gouvernementales s'étaient liguées pour nous faire avaler leurs mensonges et leurs poisons et surtout avec quel mépris et quelle arrogance elles manipulaient et camouflaient l'information sur la toxicité des produits alimentaires que nous ingérons quotidiennement. Dans le préambule de son livre, le docteur Seralini résume en ces mots cette intolérable réalité:  « Dans le monde entier, il n'est pas une famille qui ne soit touchée par les cancers, la malnutrition, ou encore des problèmes de reproduction, de maladies nerveuses, hormonales, immunitaires, ou des malformations congénitales. La forte augmentation de ces pathologies n'est pas le fait du hasard (...). Une poignée de géants de l'industrie — parmi lesquels Monsanto, Bayer, Aventis, DuPont, Syngenta, BASF, Dow Chemical, Zeneca et leurs fournisseurs de matières premières — remplissent nos assiettes de colorants, de conservateurs, d'OGM, de pesticides, d'antibiotiques... Il y a donc des criminels et des complices. Je les ai coudoyés. La société les connait peu, car ils échappent très souvent à la justice en se drapant dans ce qu'on nomme abusivement le progrès et l'appartenance aux élites. » Voilà qui résume bien les propos que nous a tenus le chercheur autour de la table.

SeraliniJe savais que ses recherches avaient été dénigrées par plusieurs médias, par les scientifiques liés de près ou de loin aux multinationales agrochimiques ainsi que par les Agences gouvernementales — entre autres le Haut conseil des biotechnologies (HCB), l'Agence européenne de sûreté alimentaire (Efsa) et l'Agence nationale de sécurité alimentaire (Anses) — qui ont été créées théoriquement pour protéger la santé des consommateurs. Mais, les pétitions d'appui à son travail signées par 140 scientifiques français dans le journal Le Monde démontrent que Gilles-Éric Séralini n’est pas seul dans son combat pour la transparence et la rigueur scientifique et qu'il s'est mérité le respect d'une communauté scientifique indépendante.

Autour de la table, le docteur a tiré à maintes reprises des salves contre Santé Canada qui, expliquait-il, n'a jamais exigé une contrevérification indépendante des études conduites par les sociétés agrochimiques pour faire approuver leurs OGM en cultures et les pesticides auxquels ils sont devenus tolérants par transgénèse. D'ailleurs, il en étonnera plusieurs de savoir que cette agence gouvernementale fédérale se contente généralement d’examiner les questions de toxicité des OGM et des pesticides à partir des données des entreprises. J'ai aussi appris que très peu d'analyses sont conduites sur les aliments que nous consommons afin d'évaluer leur teneur en résidus de pesticides et que les quelques résultats recueillis sont extrêmement difficiles à obtenir et à interpréter, même de la part d'un agronome: imaginez les difficultés encourues par un simple citoyen qui désire s'informer sur ce qu'il mange.

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En vrac

Afin de nourrir la révolte des consommateurs que nous sommes tous, voici quelques faits marquants sur l'agriculture industrielle qui furent évoqués lors du brunch :

— la presque totalité des OGM sont des plantes à pesticides : 62 % sont des plantes tolérantes à un ou à plusieurs herbicides, 16 % produisent des molécules insecticides et 21 % tolèrent un ou plusieurs herbicides et produisent des molécules insecticides.

— 160 millions d'hectares furent cultivés avec des OGM en 2012 sur la planète ce qui correspond à 9 % des surfaces agricoles mondiales.

— depuis le début des cultures commerciales transgéniques en 1996, les ventes mondiales de Roundup ont été multipliées par 15.

— le glyphosate qu'on considère comme l'ingrédient actif du Roundup est le seul ingrédient qui a été testé pour l'homologation de l'herbicide; les autres produits auxquels le glyphosate est associé (adjuvants et surfactants) sont aussi toxiques sinon davantage que le glyphosate et n'ont jamais été soumis à des tests de toxicité, car ils sont considérés comme inertes et par surcroît, comme des secrets industriels. De récentes études du docteur Seralini indiquent que le POE-15 ou polyoxyéthylèneamine comporterait une importante toxicité.

Des rats qui parlent

Le lendemain, j'ai assisté à la conférence de deux heures qu'a livrée le professeur Seralini devant une centaine d'étudiants de sciences de l'environnement de l'UQÀM. Considérant l'importance des propos qu'il a tenus pour notre santé, cette conférence aurait dû se tenir au stade olympique. Le professeur en biologie moléculaire a raconté entre autres comment le maïs NK 603 tolérant au Roundup et traité avec l'herbicide avait rendu les rats malades : « À partir du 13e mois se produit un phénomène que nous n'avions pas prévu en commençant l'expérience : la multiplication des tumeurs. C'est le début de la deuxième année de consommation et les corps des femelles sont déformés. Les anomalies dépassent vite celles constatées chez les mâles. Les animaux font peine à voir. Les tumeurs ne cessent plus d'apparaître. »

Rats

Des photos insoutenables illustraient le triste sort réservé à ces mammifères dont l'espérance de vie est de deux ans. Si l’on transpose l'expérience sur les humains, on peut présumer que les mêmes phénomènes se manifesteraient à la demie de nos vies, soit 35 ans après que nous ayons commencé à consommer des OGM.

La solution : le bio

Bien sûr, on doit lutter contre cette triste réalité. Mais les sociétés agrochimiques sont bien en selle. Par surcroît, peu d'agriculteurs ont su développer un sens critique quant aux biotechnologies et aux pesticides qu'on leur propose. Comment donc appliquer un frein à cet empoisonnement généralisé de notre environnement, de notre sang, de nos os, de notre moelle, de nos cellules ainsi que de celles de nos enfants ?

De nombreuses solutions existent. Je vous en propose ici quelques-unes :

— S'informer et diffuser le maximum d'information concernant l'agriculture industrielle et les OGM. 

— Lire Tous cobayes ! OGM, pesticides, produits chimiques par Gilles-Éric Seralini, publié chez Flammarion. Le livre se lit comme un roman. Après sa lecture, vous deviendrez rebelle et tomberez d'admiration devant Gilles-Éric Seralini qui contre vents et marées a su faire la démonstration que l'industrie agrochimique, pour augmenter ses bénéfices, est prête à tout.

— Militer pour l'étiquetage des OGM, car si les aliments contenant des OGM étaient identifiés, il s'en vendrait peu et l'industrie devrait renoncer à leur développement et à leur commercialisation.

— Éviter les produits transformés, car 70 % d'entre eux contiennent des OGM. En cuisinant avec des aliments naturels, on évite de consommer des OGM.

— Privilégier une alimentation biologique, car les aliments bios ne peuvent contenir d'OGM et ne peuvent être vaporisés avec des pesticides de synthèse. Ce faisant, on protège sa santé et celle de ses descendants et l’on refuse un mode de production alimentaire qui ne peut apporter que la maladie et la mort.

— Jardiner écologiquement et ainsi produire sa propre nourriture biologique. Il existe d'excellents livres sur le sujet.

— Participer au Forum sur les dérives des OGM agroalimentaires qui se tiendra à Sherbrooke le 15 mars prochain. www.portail.atestrie.com

— Devenir membre de Vigilance OGM. Il n'en coûte que 20 $. L'infolettre de l'organisme est gratuite et contient une mine d'information sur l'évolution des OGM. Le guide gratuit Guide OGM 101 imprimé ou en ligne dresse un portrait limpide de la situation. www.infoogm.qc.ca/

— Assister à la conférence de Louise Vandelac OGM 1996-2012. Où en sommes-nous et où cela nous mène-t-il ? lors de l'Expo Manger Santé, à Montréal le samedi le 16 mars à 14 h 15 et à Québec le samedi 23 mars à 14 h 15, ainsi qu'à ma conférence Le Bio plus que jamais, à Montréal seulement, le samedi le 16 mars à 13 h 30. www.expomangersante.com

Les photos de l'équipe de chercheurs et des rats malades sont tirés du film Tous cobayes. Les autres sont de l'auteur.

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Yves Gagnon

Site internet :
Les Jardins du Grand-Portage

Courriel :
info@jardinsdugrandportage.com


Yves Gagnon prononcera une conférence intitulée Le bio plus que jamais
le samedi 16 mars à 13 h 30, dans le cadre de l'Expo Manger Santé.


Formation intensive de fin de semaine en jardinage écologique
avec Yves Gagnon à Montréal et à Québec

Les 9 et 10 mars, à Montréal au restaurant Le Commensal sis au 1720 rue Saint-Denis à Montréal ainsi que les 27 et 28 avril, à Québec au Centre culture et environnement Frédéric Back sis au 870, avenue de Salaberry (une rue à l'est de Cartier), Yves Gagnon offrira une formation intensive en jardinage écologique. Le cours de 12 heures traitera entre autres de la planification du jardin, du sol et de la fertilisation biologique, des semences et des semis, du contrôle des adventices, des maladies et des ravageurs. Le cours commence à 9 h le matin et se termine à 16 h. La formation ne requiert aucun prérequis.

Coût: 125 $, taxes incluses. Un dépôt de 50 $ est requis.

Pour inscription, postez votre chèque libellé à Les éditions Colloïdales avec vos coordonnées complètes incluant votre numéro de téléphone à:

Les éditions Colloïdales
800, chemin du Portage
Saint-Didace (Québec) J0K 2G0


Terre cuite maintenant sur Youtube!

L'erreur du beau Réal et Beau yenk su'un bord

En spectacle, les 21 et 22 mars au théâtre de l’Esquisse, à Montréal
ainsi que le 11 avril au Café Babylone, à Québec


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Volume 9, numéro 4 — Mercredi, 27 février 2013
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