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Le goût de l'eau

Le goût de l'eau

Le goût de l'eau
C'est la mémoire du ciel
Sur le bout de la langue
C'est un peu d'éternel
C'est le chant des bateaux
Le vent qui les appelle
Oh le goût de l'eau

Le goût de l'eau, Michel Rivard

À notre arrivée à Saint-Didace en 1980, nous fûmes tentés d'emblée par la baignade dans la Maskinongé, une rivière qui borde notre terre sur sa façade sud. Comme le fond argileux de ce segment la rend peu invitante, nous avons plutôt choisi d'y plonger notre chair au pied des chutes à Germain, qui grondent à quelques kilomètres en amont. La forte pluviométrie ayant dilué les polluants, nous nous en sommes tirés sans mal. L'année suivante fut sèche. Cette fois l'eau, même oxygénée par la chute, nous répugna à cause de son odeur, de sa couleur, d'une profusion d'algues et de mousse verdâtre et surtout, à cause des démangeaisons qui s'ensuivirent. Comme aucun gouvernement n'osait adopter une loi coercitive concernant le traitement des eaux usées et les pratiques agricoles, la rivière demeura malodorante durant toutes ces années.

En 1981, l'Assemblée nationale du Québec, en vertu de sa loi sur la qualité de l'environnement, transférait aux municipalités la responsabilité de la mise aux normes des installations sanitaires des résidences isolées, toutefois sans date butoir. Certaines municipalités furent plus actives que d'autres dans ce dossier. Au début, il fut exigé que toute nouvelle construction soit conforme. Puis, lors d'un transfert de propriété, le nouveau propriétaire devait se soumettre à la loi. Le problème venait des droits acquis des propriétaires de longue date que les politiciens craignaient de contraindre, de peur de perdre des appuis électoraux. Jusqu'à tout récemment, ils rejetaient directement leurs excréments dans la rivière.

Entretemps, les villes se dotèrent de stations d'épuration ce qui permit le traitement des eaux des égouts municipaux qui jusque-là étaient déversées dans les cours d'eau. Les agriculteurs furent contraints à une gestion plus responsable de leurs fumiers et lisiers. Des fosses furent construites pour les entreposer et l'épandage fut réglementé. L'accès direct à l'eau pour les animaux fut interdit.

Ces dernières années, les pressions des citoyens, du ministère de l'Environnement, les politiques concertées des MRC ainsi que les initiatives de plusieurs conseils municipaux ont contraint les propriétaires de résidences isolées à procéder avec échéance à des installations septiques conformes. À titre d'exemple, à Saint-Didace en 2013, toutes les propriétés durent se soumettre à la règlementation, ce qui eut pour effet combiné une amélioration notable de la qualité de l'eau de la rivière Maskinongé. Incidemment, nous avons observé une réduction importante de la présence d'algues et une limpidité accrue de l'eau.

En automne 2013, mon ami Pierre qui vit sur une terre, un peu en aval de chez nous, m'invita à explorer la rivière. Il me prit sur ma rive et, une fois installés dans son canot, nous pagayâmes une bonne heure jusqu'aux rapides prenant naissance au pied des chutes à Germain, puis en aval jusqu'à d'autres rapides pour un total de de 5 kilomètres de rivière canotable, riche d'une profusion de scènes et d'ambiances sauvages créées par des colonies de noyers, de tilleuls et d'érables centenaires qu'on n'a pu récolter à cause de la forte déclivité des rives. Il en résulte des paysages spectaculaires et chatoyants, dignes des plus beaux parcs nationaux, avec en prime, une abondante sauvagine dont une multitude de hérons, de canards et de martins-pêcheurs, pour ne nommer que ceux-là.

À chaque tournant, je suis émerveillé par les chatoyants tableaux qui s'offrent à nous. Je suis excité par tout le potentiel qu'offre ce nouveau terrain d'observation et de communion avec mon environnement, jusqu'ici négligé. Au pied des rapides, deux jeunes voisins et leurs copines batifolent dans l'eau qu'ils nous affirment être douce et rafraîchissante. Nous croisons un kayakiste aussi surpris que nous de la rencontre.

Ce printemps, le propriétaire d'un marché aux puces à Saint-Félix-de-Valois a mis en vente un canot bleu sur le côté de sa maison. Je m’arrête et constate qu'il s'agit d'un canot de fibre de verre, le matériau parfait pour un canot qui hivernera à l'extérieur. Par surcroît, il est en bon état et son prix raisonnable. J'ai remis le dépôt demandé et quelques jours plus tard, le canot bleu reposait sur les rives de ma rivière.

En pleine canicule de juillet, en fin de journée après le travail, j'ai proposé à ma douce sa première exploration de la rivière. Nous nous sommes laissés dérivés en aval, pagayant à peine et admirant les différentes formes et couleurs dont se pare le rivage. Nous avons croisé un jeune castor si peu farouche que nous avons pu l'observer durant plusieurs minutes, immobiles dans notre canot. Un peu plus loin, nous avons accosté dans une anse sableuse qui rendait la baignade invitante. Nous nous sommes abandonnés aux eaux fraîches d'une rivière qui nous paraissait vivante, nous confirmant qu'elle offre dorénavant à tous ses riverains de nouvelles opportunités de baignade, de randonnées en canot ou en kayak, de pêche et d'observation d'oiseaux. Un escalier de bois récemment installé me confirme l'intérêt qu'elle suscite chez mes voisins.

En prenant conscience du potentiel qu'offre une rivière, un fleuve ou même un petit ruisseau, on se demande pourquoi on n'agit pas plus rapidement pour leur préservation et leur mise en valeur. Le temps est venu de se réapproprier nos plans d'eau et d'en faire des milieux propices à répondre à cette soif fervente qui nous habite tous, le goût de l'eau.

Je rêve d'une rivière
un torrent fabuleux
un courant de lumière bleue
en chemin vers la mer

Rivière, Michel Rivard

Yves Gagnon
Les Jardins du Grand-Portage

P.S. Je décline mes Vers Solidaires avec Marc-Antoine Sauvé
au vignoble Saint-Gabriel le 22 octobre à partir de 17h


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Volume 10, numéro 15 — Mercredi, 8 octobre 2014
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