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Vagabondage Ô Canada

Vagabondage Ô Canada

Dimanche, 11 h 59 exactement

Je file sur les rails en direction de Niagara Falls. Notre destination ultime: Niagara-on-the-Lake, pittoresque ville loyaliste ainsi que terroir des meilleurs vins ontariens. Je ne vous l'ai peut-être jamais confié, mais j'aime le vin. La bière aussi tant qu'à sortir du cellier! Ces nectars de fruits et de grains m'aident à composer avec la bêtise humaine, à poncer mon désarroi, à atténuer ma peur du trou noir, de la naine blanche.

Ma mère – qui comptera en mars prochain 86 années – fréquente chaque année en septembre Niagara-on-the-Lake, hôte du Shaw Theatre Festival. Elle m'en parle avec tant de ferveur qu'elle a nourri mon désir de m'y tremper les lèvres. Il y a quelques semaines, une amie étudiante me téléphone pour m'annoncer qu'elle était en relâche la semaine du 13 octobre et donc disponible pour garder le jardin. Je réservais aussitôt mes billets pour Niagara Falls où nous louerons une voiture pour gagner Niagara-on-the-Lake, à 30 km à l'est, sur les rives du lac Ontario, à l'embouchure de la rivière Niagara. L'idée était de prendre possession de la voiture aussitôt arrivés à Niagara Falls. Mais comme aucune agence de location de voitures n'est ouverte le dimanche soir, nous serons contraints de dormir ce soir à Niagara Falls!!!!

Après un trajet en train de banlieue Toronto-Burlington, nous complétons notre périple dans un autobus qui roule sur le Queen Expressway qui n'a rien de très différent de nos 10, 15, 20, 30 et 40: l'horizon bouché par les mêmes Home Depot, Club Price, Loblaw, Wal Mart, Canadian Tire, Tim Horton, A & W et Mac Do, avec un tantinet plus de Target et de IHOP. J'observe cette immense banlieue tentaculaire tissée autour de Toronto abritant des millions de travailleurs automates qui fourmillent du matin au soir dans des dédales de bretelles et d'échangeurs, de rues et de boulevards, de tunnels et de corridors, jouant mécaniquement leurs rôles dans cette grande tragédie humaine qui carbure aux cultures de maïs, de soya et de canola transnationaux, semés en rangs bien droits dans la campagne chimérique.

À Niagara Falls, nous sommes accueillis à notre B & B par une vieille dame sculptée et burinée par le régime soviétique. Elle nous conduit à notre chambre dans laquelle nous nous installons sommairement avant de gagner le « strip ». Le tout nouveau casino trône au coeur d'une éclaboussure d'enseignes toutes aussi clinquantes les unes que les autres, créant une ambiance néo-Vegas, n'ayant rien à voir avec le végétarisme. Nous dénichons un restaurant italien qui fait bien les calmars frits et qui cuit sa pizza au four à bois. Ça passe bien avec une bière de microbrasserie locale. On descend ensuite la rue Murray qui conduit aux chutes. À mi-chemin, jaillit de la gorge un éblouissant feu d'artifice qui se reflète dans les vapeurs émanant du pied des chutes de Niagara. Je ne demande pas Diane en mariage et nous rentrons à notre gîte par les petits chemins.

Lundi

Le petit déjeuner est copieux. Les oeufs brouillés sont accompagnés de tomate et de persil du jardin. On apprend que la famille est d'origine slovaque, que ses membres ont beaucoup jardiné, moins maintenant depuis que le père est malade. On visite néanmoins le jardin familial avant de gagner à pied la succursale Avis ou nous cueillons notre petite Fiat que je suis tout excité de conduire. Belle petite bête! Mais pas trop la norme par ici. Plutôt des Audi, des Nissan Maxima, des Mercedes, des BM, de grosses cylindrées qui fleurent la superfétation. On se perd maintes et maintes fois sur les roads and avenues, les streets and boulevards. On finit par se repérer grâce à la rue Queen qui croise la rue King que nous devons emprunter. La carte touristique stylisée que nous suivons n'est pas à l'échelle et manque de précision. Première discorde géographique pour le couple qui, après de multiples détours et retours, se réconcilie en savourant une bouteille de Chardonnay 2010 du Ravine Vinery, attablé dans le restaurant du vignoble où s'active Nathan Young, un jeune chef visionnaire.

Ici tout est bio! Gummi, le jardinier en chef, produit la matière première employée en cuisine. Il soigne les porcs qui servent à la production des charcuteries dont certaines sont fumées. Elles nous furent servies sur plateau de bois, garnies de multiples marinades maison. Diane opte ensuite pour la truite grillée servie sur une salade de fèves coco, de homard, de concombre et de radis alors que je me suis laissé séduire par les penne maison, garnis de courgettes et liés par une sauce crème et vin blanc. Inutile de préciser que nos carcasses ne se sont pas fait prier pour embrasser Morphée aussitôt installés dans notre Victoria Suite du Royal Manor B & B! Je précise que le nom n'offre aucune garantie sur la qualité de l'hébergement. Ici, dans cette contrée orangiste, tout est royal: Edward and Victoria, George and Elizabeth, Dairy Queen and Burger King: please forget me not!

Après une sieste de 3 heures, la torpeur qui s'ensuivit, le sandwich avalé mécaniquement dans un pub anglais à 21 h ne mérite pas d'être raconté pas plus que ma performance au lit. C'est fatigant les vacances. Surtout quand il faut parler anglais. Don't call us, we call you.

Mardi

Ce matin, Diane explore aux aurores la bourgade de Niagara-on-the-Lake, ville phare des loyalistes ayant fui la jeune République américaine, chef-lieu de combats importants pour le Canada, dont la fameuse guerre de 1812, tapageusement commémorée par le gouvernement conservateur afin de se mériter du capital politique. Ici, le 27 mai 1813, l'armée américaine traversait la rivière Niagara pour occuper Fort George ainsi que la péninsule jusqu'au 10 décembre. Lors du repli, ils mirent le feu à la ville qui fut par la suite reconstruite en partie sur ses anciennes fondations.

Je rejoins ma douce sur les rives du lac Ontario. Nous explorons le rivage bordé de nombreux parcs. Nous arpentons la ville, one of the prettiest in Canada, apprécions ses aménagements floraux remarquables, ses cimetières ombragés par de magnifiques arbres centenaires qui surplombent des tombes érodées et moussues datant du 19e. Si les noyers, les chênes, les saules et les érables sont ici si majestueux, c'est à cause de la clémence du climat qui permet d'autre part une viticulture et une arboriculture fruitière florissantes et foisonnantes.

Nous nous sommes offerts en matinée la comédie musicale Cabaret, présenté au Shaw Festival Theatre. Retour critique et toujours actuel sur cette aptitude inquiétante dont dispose l'être humain à adhérer aveuglément et massivement aux diatribes haineuses d'un tyran maléfique.

Nous consacrons le reste de la journée à déambuler dans la ville dont nous admirons la végétation luxuriante et exaltante. La promenade en bordure du lac Ontario est particulièrement inspirante. Au loin, de l'autre côté du lac se profile Toronto où, ce soir, je préfère not to be.

Dans la prochaine livraison, je vous entretiens de la viticulture ontarienne et des quelques vins et vignobles que nous avons découverts.

Yves Gagnon
Les Jardins du Grand-Portage


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Volume 10, numéro 16 — Mercredi, 22 octobre 2014
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